jeudi 11 juin 2026

Pollinisateurs en déclin : un enjeu alimentaire et sanitaire

Le déclin des pollinisateurs menace aussi notre santé

La disparition progressive des abeilles et des autres pollinisateurs n’est pas seulement un problème écologique : c’est aussi un enjeu majeur de sécurité alimentaire et de santé publique. Une étude récente publiée dans Nature, menée notamment au Népal dans une région isolée de l’Himalaya, révèle à quel point ces insectes sont essentiels à l’alimentation humaine. Les pollinisateurs contribueraient à plus de 20 % des apports en vitamines essentielles et à près de la moitié des revenus agricoles locaux. Leur déclin pourrait donc avoir des conséquences bien plus graves qu’on ne l’imaginait, jusque dans nos assiettes.

File:ApisLaboriosa1.jpg
Apis laboriosa, l’abeille géante de l’Himalaya, est un pollinisateur clé des régions montagneuses du Népal : adaptée à l’altitude et au froid, elle contribue à la reproduction de nombreuses plantes sauvages et cultures vivrières locales. Son miel peut devenir légèrement hallucinogène lorsque les abeilles butinent certains rhododendrons riches en grayanotoxines, un phénomène saisonnier connu sous le nom de « miel fou ». Crédit photo: L. Shyamal, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons


Des abeilles au cœur de l’alimentation humaine

Les chercheurs ont étudié des villages agricoles isolés dans le district de Jumla, au Népal. Dans ces régions difficiles d’accès, les habitants dépendent presque entièrement de leur production locale pour se nourrir et vivre.

Leur constat est clair : les insectes pollinisateurs, surtout les abeilles sauvages, jouent un rôle clé dans la production de fruits, de légumes et d'autres cultures riches en micronutriments. Selon l'étude, ils sont responsables de plus de 20 % des apports en vitamines essentielles (notamment la vitamine A, les folates [vitamine B9], vitamine E) et d’environ 44 % des revenus agricoles des ménages étudiés. Autrement dit, sans pollinisateurs, ces communautés mangeraient moins bien (moins varié et moins nutritif) et gagneraient beaucoup moins.

Champs en terrasse au Népal Crédit photo: P.F. Byrne, Bugwood.org


Un déclin aux conséquences sanitaires mondiales

Les scientifiques rappellent que la baisse des populations de pollinisateurs, en particulier des abeilles sauvages, est principalement due à la destruction des habitats naturels, à l’usage intensif de pesticides, au changement climatique et à l’appauvrissement de la biodiversité florale lié aux monocultures. Les abeilles domestiques ne compensent pas suffisamment la disparition des espèces sauvages.

Les effets sont en cascade : moins de pollinisation signifie moins de fruits, de légumes et de noix , et donc donc des régimes alimentaires plus pauvres en nutriments essentiels.

À l’échelle mondiale, plusieurs travaux suggèrent que ces déséquilibres alimentaires pourraient contribuer à une augmentation des maladies liées à la malnutrition et aux carences alimentaires. Certaines estimations indiquent que la diminution de la pollinisation serait déjà associée à environ 500 000 décès prématurés par an dans le monde (Smith et al., 2022), en raison d’une consommation insuffisante de fruits et légumes, favorisant notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète et d’autres pathologies chroniques.

Protéger les pollinisateurs, protéger notre alimentation

Certaines régions, comme l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est ou l’Amérique du Sud, sont particulièrement vulnérables à ces évolutions.

Les chercheurs appellent donc à renforcer la protection des pollinisateurs en favorisant des pratiques agricoles plus durables et des habitats propices aux insectes. Des solutions existent déjà: plantation plantes sauvages et de bandes fleuries, diversification des cultures, maintien de jachères, restauration d’habitats naturels et réduction de l’usage des pesticides.

Selon eux, ces mesures pourraient non seulement préserver la biodiversité, mais aussi améliorer les rendements agricoles et la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires locaux.

Références

➤ Timberlake, T. P., Sapkota, S., Saville, N. M., Cirtwill, A. R., Baral, S. C., Bhusal, D. R., Devkota, K., Giri, S., Harris-Fry, H. A., Joshi, D., Kortsch, S., Myers, S. S., Roslin, T., Smith, M. R., & Memmott, J. (2026). Pollinators support the nutrition and income of vulnerable communities. Nature. https://doi.org/10.1038/s41586-026-10421-x

➤ Smith, M. R., Mueller, N. D., Springmann, M., Sulser, T. B., Garibaldi, L. A., Gerber, J., Wiebe, K., & Myers, S. S. (2022). Pollinator Deficits, Food Consumption, and Consequences for Human Health: A Modeling Study. Environmental health perspectives, 130(12), 127003. https://doi.org/10.1289/EHP10947

➤ Dickie, G. (2026). Pollinators in peril: scientists reveal the hidden human health costs of the world's disappearing bees. The Guardian, publié en ligne le 10 juin 2026. www.theguardian.com/environment/2026/jun/10/pollinators-in-peril-scientists-reveal-the-hidden-human-health-costs-of-the-worlds-disappearing-bees-aoe

 

🐝 Le déclin des pollinisateurs menace aussi notre alimentation et notre santé. Moins de pollinisateurs, c'est moins de fruits, légumes et nutriments essentiels, avec des impacts déjà mesurés sur les populations les plus vulnérables. www.theguardian.com/environment/...

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— PestInfos (@pestinfos.bsky.social) 10 juin 2026 à 18:35

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