mercredi 10 juin 2026

Pesticides et cancers infantiles : ce que montrent les études épidémiologiques

La majorité des cancers infantiles ou pédiatriques n'ont pas de cause connue. Une nouvelle synthèse de la littérature scientifique publiée dans l’International Journal of Cancer s’est penchée sur plus de quarante ans de recherches portant sur l’exposition aux pesticides et le risque de cancers chez les enfants. Les chercheurs de l'Université du Nebraska-Lincoln ont analysé 88 études épidémiologiques publiées entre 1980 et 2022 afin de mieux comprendre les liens possibles entre les pesticides et deux des cancers pédiatriques les plus fréquents soit certaines leucémies et tumeurs cérébrales. 

Leur conclusion est prudente mais préoccupante : dans de nombreuses études, une exposition aux pesticides est associée à une augmentation du risque de leucémie ou de tumeur cérébrale chez l’enfant. Ainsi, les enfants vivant dans des régions à forte activité agricole présentent plus fréquemment des leucémies ou des tumeurs cérébrales. Cette association pourrait s’expliquer par l’augmentation des traitements phytosanitaires et par la dispersion des pesticides hors des parcelles cultivées (lors de la dérive aérienne à proximité des résidences). 

L’utilisation d’insecticides à l’intérieur des habitations apparaît également associée à un risque accru de certains cancers infantiles. Les études examinées ont notamment pris en compte les pyréthrinoïdes et les organophosphorés utilisés dans les jardins ou sur les plantes d'intérieur, les traitements anti-puces et anti-tiques appliqués aux les animaux de compagnie, ainsi que certains répulsifs insectifuges contenant du DEET. Toutefois, les données disponibles ne permettent pas toujours d'identifier précisément quelles substances sont à l'origine des risques observés.

L’exposition des parents aux pesticides dans le cadre de leur profession constitue également un sujet de préoccupation. Les études concernent notamment les agriculteurs, les ouvriers agricoles, les éleveurs, les techniciens en gestion parasitaire et les applicateurs professionnels de pesticides. Plusieurs travaux suggèrent qu’une exposition avant la conception ou pendant la grossesse pourrait être associée à un risque accru de leucémies ou de tumeurs cérébrales chez l’enfant.

La revue souligne également l’importance de la génétique. Certains enfants possèdent des variantes génétiques qui modifient leur capacité à détoxifier les substances chimiques. Ces différences pourraient rendre certains individus plus vulnérables aux effets des pesticides, notamment lorsque l'exposition survient au cours des premières années de vie. 

Les auteurs de la revue restent toutefois prudents. Les données disponibles ne permettent pas d’établir un lien de causalité direct pour tous les pesticides. Une difficulté majeure réside dans la mesure précise des expositions. De nombreuses études utilisent des indicateurs indirects, comme la proximité des cultures agricoles ou les déclarations des participants, plutôt que des mesures biologiques individuelles. Les chercheurs pointent également un manque d’études sur l’exposition via l’eau potable contaminée, sur les mélanges de pesticides (effet cocktail) et sur les interactions entre facteurs génétiques et environnementaux. Ils appellent donc à des travaux plus approfondis afin de mieux comprendre les mécanismes en jeu et d'améliorer les stratégies de prévention.

En conclusion, même si toutes les questions ne sont pas résolues, cette importante synthèse renforce l’hypothèse selon laquelle certaines expositions environnementales aux pesticides, en particulier pendant la grossesse et la petite enfance, pourraient contribuer au risque de cancers pédiatriques. Elle met surtout en évidence la nécessité de mieux mesurer les expositions réelles des populations et de poursuivre les recherches afin d’identifier les situations les plus à risque et d’améliorer les stratégies de prévention.

Enfin, il apparait essentiel de limiter l'exposition environnementale aux pesticides en réduisant drastiquement l'utilisation des pesticides aussi bien en agriculture qu'en milieu domestique et résidentiel.  


Références

➤ G. N. VanDeSteeg, A. R. Russum, M. R. Sandbulte, E. G. Rogan, and M. G. Rhoades (2026), Environmental Pesticide Exposure in the Etiology of Pediatric Brain Tumors and Leukemia: A Scoping Review of Epidemiological Studies. International Journal of Cancer (2026): 1–25, https://doi.org/10.1002/ijc.70546.

➤ Ferdinand, Pamela. Pesticide use around homes and farms linked to childhood leukemia, brain tumors. U.S. Right to Know, Publié le 8 juin 2026, [En ligne]. https://usrtk.org/healthwire/pesticide-use-linked-to-childhood-leukemia-brain-tumors/


👉 L'étude en question publiée dans International Journal of Cancer : onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/...

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— PestInfos (@pestinfos.bsky.social) 10 juin 2026 à 16:03

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