Les organismes qui parasitent ou consomment les plantes cultivées, les denrées stockées ou les arbres et leur causent des dommages nuisent aux activités humaines comme l'agriculture, l'horticulture, l'élevage et la foresterie. On distingue habituellement les ravageurs ou déprédateurs, principalement des invertébrés phytophages ou herbivores, qui s'attaquent aux plantes cultivées et aux arbres et les microorganismes ou agents phytopathogènes (champignons et oomycètes, bactéries et phytoplasmes, virus et viroïdes) qui causent des maladies en les parasitant. Présents naturellement dans l'environnement, les ravageurs et les agents phytopathogènes profitent de la concentration à grande échelle de leur plante hôte pour proliférer. Certaines espèces exotiques envahissantes, qui sont introduites accidentellement ou volontairement, profitent aussi de l'absence d'ennemis naturels indigènes pour se propager. Les ravageurs et les maladies des plantes peuvent aussi perturber gravement les écosystèmes naturels en détruisant des espèces végétales sauvages et en modifiant l'équilibre écologique, par exemple des forêts.
Impacts économiques sociaux et écologiques
Selon les estimations de la FAO (Production végétale et protection des plantes, 2025), jusqu’à 40 % de la production végétale mondiale (i.e. cultures, denrée stockées ou pré ou poste récoltes) sont détruites chaque année à cause des ravageurs et des maladies des plantes. Ces pertes ont un coût annuel dépassant les 220 milliards de dollars US (70 milliards dus aux seuls insectes envahissants). Ce sont ainsi plusieurs milliards de tonnes de produits agricoles qui sont perdues chaque année dans le monde. Les cultures vivrières, qui permettent la subsistance de près de 1,2 milliards de paysans dans les pays en voie de développement, sont particulièrement affectées par les ravageurs et les maladies qui en détruisent de 25 à 50 %. Les ravageurs et maladies entraînent des pertes économiques importantes pour les agriculteurs et menacent la sécurité alimentaire de plusieurs pays. Lorsqu’ils deviennent épidémiques, les ravageurs et les maladies des plantes peuvent causer des dégâts énormes aux cultures et menacer la nutrition et la survie de millions de personnes, particulièrement dans les pays en voie de développement. Au milieu du 19e siècle, le mildiou de la pomme de terre fut en partie responsable de la grande famine en Irlande et en Écosse. De nos jours, les criquets, la rouille du blé, la pyriculariose du riz, les mouches des fruits, les maladies de la banane et du manioc sont parmi les ravageurs et maladies des plantes les plus destructeurs à l’échelle de la planète.
Dans les forêts et les zones rurales ou urbaines, les ravageurs forestiers ou défoliateurs et les maladies des arbres, peuvent aussi causer des dégâts socio-économiques et environnementaux importants sur de très vastes superficies. Selon la FAO, ils endommagent près de 35 millions d’hectares de forêt par an, principalement dans les régions tempérées et boréales. Bien qu’ils puissent jouer un rôle important dans la régénération des forêts, les ravageurs forestiers et les maladies des arbres, particulièrement les espèces espèces exotiques envahissantes, modifient l’équilibre et la dynamique des écosystèmes forestiers, en plus d’affecter le bien être et les activités des communautés autochtones et rurales, le tourisme ou l’industrie forestière.
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| Défoliation forestière due aux chenilles de la livrée des forêts (Malacosoma disstria, Lepidoptera) aux États-Unis Crédit: USDA Forest Service - Region 8 - Southern , USDA Forest Service, Bugwood.org |
Stratégies de lutte et prévention
La lutte contre les ravageurs et les maladies des plantes représente un coût élevé et un temps de travail important en agriculture et en foresterie. Les principaux moyens pour prévenir et contrôler la prolifération des ravageurs et maladies sont :
- Surveillance et détection précoce : observations terrains, pièges, capteurs, drones, imagerie satellite, tests ELISA, PCR en laboratoire, etc.
- Mesures réglementaires et institutionnelles : normes phytosanitaires et réglementations internationales et régionales, surveillance et suivi épidémiologique, avertissements phytosanitaires, réseaux de veille, certifications, mesures de quarantaine et de contrôle aux frontières, etc.
- Lutte génétique : emploi de variétés résistantes ou tolérantes, obtenues par sélection classique ou plus rarement par transgenèse (Plantes génétiquement modifiées / PGM).
- Pratiques culturales : rotation des cultures, drainage et irrigation contrôlée des sols, débroussaillage et entretien des cultures, biodiversité culturale;
- Lutte physique : élimination mécanique des végétaux infectés (arrachage, taille) ou des ravageurs (soufflage, aspiration, pièges), désinfection thermique du sol, solarisation, atmosphère contrôlée (ventilation, humidité), protection par des filets, irradiation des denrées stockées;
- Lutte biologique : recours à des auxiliaires comme des prédateurs, des parasitoïdes (faune auxiliaire) ou des microorganismes (lutte microbiologique), de biopesticides botaniques ou microbiens, de pièges à phéromones (lutte par confusion sexuelle), de mâles stériles (lutte autocide). À noter que la plantation de bandes riveraines herbées, fleuries ou boisées autour des cultures permet la conservation des ennemis naturels des ravageurs ou auxiliaires;
- Lutte chimique : utilisation de pesticides (insecticides, nématicides, acaricides, fongicides, bactéricides), répulsifs, désinfectants des semences (formaldéhyde, sulfates)
La lutte chimique au moyen de pesticides de synthèse est la méthode la plus employée en agriculture conventionnelle et intensive. Si les pesticides de synthèse peuvent être parfois de grand secours, leur utilisation massive et répétée dans les cultures intensives détruit les auxiliaires naturels et bénéfiques (prédateurs, parasitoïdes, antagonistes, décomposeurs, mycorhizes, pollinisateurs) et conduit à la résistance des ravageurs et des champignons phytopathogènes, ce qui leur permet de se multiplier davantage. Par ailleurs, les pesticides et leurs résidus, le plus souvent des molécules très toxiques et persistantes, peuvent contaminer l’eau, les sols, l'air et les aliments, et ainsi menacer le fonctionnement des écosystèmes et présenter des risques pour la santé humaine. La combinaison raisonnée de techniques culturales, physiques et biologiques permet de limiter les besoins en pesticides et de réduire les impacts négatifs sur l'environnement et la santé humaine, d'éviter les résistances et de limiter les pertes de récoltes.
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| Application de pesticide dans une rizière en Corée du Sud Crédit: William M. Brown Jr., Bugwood.org |
Ravageurs agricoles et forestiers
Les ravageurs ou déprédateurs sont des animaux invertébrés (Arthropodes, Nématodes, Mollusques) et vertébrés (Oiseaux, Mammifères) qui affectent négativement la production ou la qualité des plantes cultivées ou les écosystèmes. Les Insectes sont les plus importants ravageurs tant par le nombre d'espèces (près de 10 000 espèces recensées) que par les dégâts occasionnés. À eux seuls, ils sont responsables de près de 40 % du total des pertes agricoles causées par les ravageurs et les maladies.Principaux groupes de ravageurs des plantes cultivées et des forêts
| Groupe taxonomique | Exemples de ravageurs | Dégâts / impacts |
|---|---|---|
| Insectes ‑ Lépidoptères | Noctuelles, tordeuses, pyrales, piérides, sphinx, teignes, mites, carpocapses | Chenilles : défoliation, perforations et forage des tiges, destruction des bourgeons et jeunes pousses |
| Insectes ‑ Coléoptères | Doryphore, charançons, hannetons, bruches, scolytes | Morsures foliaires, dévastation des racines, perforations des tiges et du bois, dommages aux fruits, graines et tubercules, transmission de champignons par certains scolytes |
| Insectes ‑ Hémiptères | Pucerons, aleurodes, cicadelles, psylles, cochenilles, punaises | Insectes piqueurs-suceurs : aspiration de sève, formation de galles, affaiblissement, transmission de phytovirus ou bactéries |
| Insectes ‑ Thysanoptères | Thrips | Ponctions cellulaires, argentures, nécroses, transmission de phytovirus |
| Insectes ‑ Diptères | Mouches des fruits, mineuses, cécidomyies | Piqûres des organes par les adultes, larves perforant les tissus et creusant des mines dans les feuilles, dommages aux fruits, formation de galles |
| Insectes ‑ Orthoptères | Criquets, sauterelles, grillons | Défoliation massive, destruction des cultures, récoltes et pâturages |
| Insectes ‑ Hyménoptères | Tenthrèdes (fausses chenilles) | Défoliation rapide des arbres et des cultures |
| Acariens (Arachnides) | Tétranyques, araignées rouges, acariens des galles | Ponctions, décoloration, dessèchement, déformation |
| Autres arthropodes divers | Cloportes, mille-pattes | Dégâts ponctuels, limités et localisés sur plantules |
| Nématodes* | Nématodes à galles, à kystes, des racines | Vers ronds phytophages ou parasites : dégradation des racines, nanisme, flétrissement*, transmissions de phytovirus ou de champignons |
| Mollusques ‑ Gastéropodes | Limaces, escargots | Défoliation, dégâts sur jeunes plantules |
| Oiseaux | Étourneaux, pigeons, corbeaux | Espèces granivores ou frugivores |
| Mammifères | Rongeurs (campagnols, mulots, rats, souris), taupes, lièvres, sangliers | Consommation de racines, graines, écorces; dégâts aux récoltes et denrée stockées |
Les maladies des plantes cultivées et des arbres sont causées par divers microorganismes phytopathogènes comme des champignons, des oomycètes (organismes filamenteux anciennement classés avec les champignons), des bactéries, des virus et des viroïdes (ARN circulaires sans capside). Les quelques 100 000 microorganismes phytopathogènes sont responsables de près de 60 % des pertes agricoles causées par les ravageurs et les maladies et près de 90 % d'entre eux sont des champignons ou des oomycètes.
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| Rouille du blé (Puccina graminis) Crédit: Mary Burrows, Montana State University, Bugwood.org |
Présents naturellement dans les sols et sur les plantes, transportés par les vents ou transmis par des vecteurs vivants, ces organismes phytopathogènes se développent souvent à la faveur de blessures ou de piqûres causées par les insectes phytophages ou de conditions climatiques particulières (excès d’humidité écarts de température important). Ils peuvent provoquer des nécroses des tissus, des pourrissements, des flétrissements, des chancres, des galles ou encore l’obstruction du phloème et conduire au dépérissement des plantes infectées.
La propagation de ces agents repose souvent sur des vecteurs vivants, organismes qui transportent et transmettent les pathogènes d’une plante hôte à une plante saine. Les vecteurs principaux incluent les insectes piqueurs-suceurs (hémiptères, thysanoptères), des coléoptères (scolytes), des acariens (eriophydes), certains nématodes phytophages du sol et quelques champignons du sol.
Maladies abiotiques des plantes
Divers facteurs du milieu comme un stress hydrique (manque d’eau), des carences minérales du sol (en azote, potassium ou fer) ou la pollution atmosphérique peuvent aussi provoquer des troubles de la croissance et des dysfonctionnements physiologiques dont les symptômes sont semblables aux maladies causées par des agents phytopathogènes. Non parasitaires, ces maladies peuvent affaiblir les plantes, causer leur dépérissement ou favoriser l'installation ou le développement d'agents phytopathogènes.
- Maladies liées au stress hydrique
- Excès d’eau : pourriture des racines, asphyxie racinaire, flétrissement ou l’étiolement du feuillage, boursouflures foliaires (œdèmes), prolifération de champignons et moisissures
- Manque d’eau (sécheresse) : dessèchement, flétrissement et parfois mort des tissus
- Maladies liées aux températures extrêmes
- Gel/froid : nécroses des tissus tendres, brunissement des feuilles, fleurs et jeunes pousses, gélivures (fissures) sur les troncs, retards de croissance
- Chaleur/excès de soleil : brûlures des feuilles, déformation des fruits, chute prématurée des fleurs ou fruits.
- Maladies dues aux carences nutritives
- Carence en azote : jaunissement général des feuilles
- Carence en potassium : brûlures marginales sur les feuilles.
- Carence en calcium : déformation des jeunes feuilles ou fruits (ex. pourriture apicale des tomates)
- Carence en fer : jaunissement, voire blanchiment des jeunes feuilles
- Maladies dues aux produits chimiques
- Excès d'engrais : brûlures des racines ou des feuilles dues à un excès d’azote
- Pesticides : nécroses, décolorations et déformations des feuilles, etc.
- Polluants atmosphériques : chloroses, nécroses, chute des feuilles, etc.
- Maladies mécaniques ou physiques
- Blessures : coupures, écrasements ou perforations qui peuvent favoriser l’entrée de pathogènes.
- Vents, grêle, : déchirures des feuilles et tiges, chute de branches, etc.
| Une forêt dévastée par les pluies acides, République tchèque Crédit photo: Lovecz, Public domain, via Wikimedia Commons |
Ressources externes
Identification des ravageurs des maladies des plantes
Arbres, insectes et maladies des forêts du Canada (Ressources naturelles Canada) :
http://aimfc.rncan.gc.ca/fr/
IPM Images : www.ipmimages.org/about/
Maladies des arbres du Québec (CCDMD) : http://arbres.ccdmd.qc.ca
Forest Pests of North America : http://www.forestpests.org/
EPPO Global Database : https://gd.eppo.int/
iNaturalist : www.inaturalist.org/
Réseaux d’avertissements phytosanitaires
Épidémies d’insectes défoliateurs en cours au Québec (SOPFIM) :
http://sopfim.qc.ca/epidemies-en-cours.html
Organisations internationales
International Plant Protection Convention (IPPC) / Convention Internationale pour la Protection des Végétaux (CIPV) : www.ippc.int/fr/
European and Mediterranean Plant Protection Organization (EPPO) / Organisation Européenne et Méditerranéenne pour la Protection des Plantes (OEPP) : www.eppo.int
North American Plant Protection Organization (NAPPO) : https://nappo.org/
Commonwealth Agricultural Bureaux International (CABI) : www.cabi.org/




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