mardi 12 mai 2026

L’agriculture biologique favorise la diversité microbienne dans les sols des vergers d’agrumes

Une étude italienne publiée en 2025 dans Microbiological Research met en évidence les bénéfices des pratiques agricoles biologiques sur les sols des vergers d’agrumes dans l'Est de la Sicile. Les chercheurs ont montré que la gestion biologique des vergers favorise une plus grande diversité microbienne et améliore les cycles naturels des nutriments, deux éléments essentiels au maintien de sols fertiles et résilients.

Selon les auteurs, l’usage intensif de pesticides dans les systèmes conventionnels perturbe les communautés microbiennes du sol (bactéries, champignons), réduisant certaines fonctions biologiques clés comme la fixation de l’azote et la solubilisation du phosphore. À l’inverse, la gestion biologique des vergers permet le développement de réseaux microbiens plus complexes, plus riches et plus diversifiés, capables de soutenir la biodiversité et de renforcer la résistance naturelle des cultures face aux stress environnementaux.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble croissant de recherches montrant que la santé des sols joue un rôle majeur dans la régulation des ravageurs et la réduction de la dépendance aux intrants chimiques (engrais, pesticides). Une biodiversité microbienne riche contribue notamment à limiter certains pathogènes du sol et à améliorer la résilience des agroécosystèmes.

Enfin, les auteurs soulignent que la biodiversité microbienne constitue un élément clé de la durabilité des agroécosystèmes et pourrait contribuer à réduire la dépendance aux pesticides et fertilisants chimiques.

Référence 

➤ Sebastiano Conti Taguali, Rhea Pöter, Francesco Aloi, et al. (2025). Influence of environmental and agronomic variables on soil microbiome in citrus orchards: A comparative analysis of organic and conventional farming system. Microbiological Research, Volume 299, 2025. https://doi.org/10.1016/j.micres.2025.128260.

 

lundi 11 mai 2026

Pesticides et microbiote des abeilles : une menace invisible pour les pollinisateurs

Les abeilles sont exposées à différents insecticides susceptibles d’influencer leur microbiote intestinal, un écosystème microbien essentiel à leur santé. Une étude récente publiée dans la revue Insects met en évidence les effets préoccupants de plusieurs insecticides sur le microbiote intestinal des abeilles domestiques (Apis mellifera). Les chercheurs se sont intéressés notamment à des formulations associant benzoate d'émamectine et lufénuron, ainsi qu’à un insecticide faiblement toxique agissant comme agoniste de l’ecdysone, une hormone essentielle impliquée dans le déclenchement des mues et le développement des insectes.

Le mélange de benzoate d'émamectine et de lufénuron est un insecticide à longue durée d'action (souvent 15 à 30 jours) utilisé pour contrôler les larves de lépidoptères, de thrips et d'acariens sur diverses cultures (légumes, fruits, coton). L'émamectine est un neurotoxique dérivé de l'abamectine qui paralyse rapidement les larves, tandis que le lufénuron (ou lufénurone) est un composé de la famille des benzoylurées qui inhibe la synthèse de la chitine.  

Le microbiote intestinal des abeilles joue un rôle central dans la digestion, l’immunité, la détoxification des substances chimiques et la protection contre certains agents pathogènes. Lorsque cet équilibre est perturbé (un phénomène appelé dysbiose), les abeilles deviennent plus vulnérables au stress environnemental, aux infections et aux maladies, ce qui peut fragiliser les colonies.

Les résultats montrent que l’exposition à ces insecticides modifie la composition des bactéries intestinales bénéfiques des abeilles. Certaines populations bactériennes diminuent, tandis que d’autres micro-organismes peuvent proliférer. Ces déséquilibres peuvent affecter les fonctions biologiques liées à la santé des abeilles, notamment leur résistance aux stress et aux agents pathogènes.

L’étude montre également que ces effets apparaissent à des doses sublétales, indiquant que des perturbations biologiques peuvent survenir sans mortalité immédiate.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble plus large de recherches montrant que les pesticides peuvent affecter les abeilles au-delà de leur toxicité directe. Plusieurs travaux antérieurs ont déjà mis en évidence que différentes expositions à des substances utilisées en agriculture et en apiculture, notamment des acaricides (tau-fluvalinate, coumaphos) ou fongicides (chlorothalonil), peuvent perturber le microbiote intestinal des abeilles et leur immunité (Kakumanu et al., 2016).

Des études ont également montré que l’exposition à certains pesticides, comme l’herbicide glyphosate, peut perturber le microbiote intestinal des abeilles dans certaines conditions expérimentales (Motta et al., 2018). Ces effets varient toutefois selon les molécules, les doses et les conditions d’exposition.

Dans ce contexte, les auteurs estiment que les effets sur le microbiote devraient être davantage pris en compte dans l’évaluation des pesticides, un aspect encore largement sous-estimé dans les procédures réglementaires actuelles. Ces effets dits sublétaux pourraient jouer un rôle important dans la santé des pollinisateurs et dans la compréhension des facteurs impliqués dans leur déclin.


Références

➤ Kan, Y., Wang, R., Zhang, B., Liu, Y., Liu, R., Zhang, Z., Zhang, Z., Ayra-Pardo, C., & Li, D. (2026). Contrasting Toxicity Classes Differentially Affect Gut Microbiota Composition in Honey Bees. Insects, 17(4), 437.  https://doi.org/10.3390/insects17040437

➤ Beyond Pesticides. Insecticides Gravely Threaten Honey Bee Gut Microbiome, Study Findings Expand on Previous Research. Daily News Blog. 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/insecticides-gravely-threaten-honey-bee-gut-microbiome-study-findings-expand-on-previous-research/

jeudi 7 mai 2026

Pesticides et myélome multiple : une revue scientifique relance les inquiétudes

Une récente revue publiée dans la revue scientifique Blood Reviews s’intéresse à une question encore largement débattue : l’exposition aux pesticides peut-elle augmenter le risque de développer un myélome multiple, un cancer du sang qui touche les plasmocytes, des cellules essentielles du système immunitaire?

Les auteurs ont analysé les données épidémiologiques et expérimentales disponibles sur différentes expositions environnementales. Parmi les facteurs étudiés, les pesticides apparaissent régulièrement associés à un risque accru de myélome multiple, aux côtés des dioxines et de certaines expositions liées aux incendies ou à la pollution industrielle.

Le myélome multiple reste une maladie complexe dont les causes exactes sont encore mal comprises. Toutefois, plusieurs mécanismes biologiques pourraient expliquer le rôle des pesticides : stress oxydatif, dommages à l’ADN, perturbation du système immunitaire ou encore activation de voies cellulaires impliquées dans le développement des cancers.

Les chercheurs soulignent néanmoins que les preuves restent principalement observationnelles. En d’autres termes, il existe des associations préoccupantes, mais établir un lien de causalité direct demeure difficile. Les niveaux d’exposition, les mélanges de substances et la durée de contact avec les produits chimiques sont encore difficiles à mesurer précisément.

Cette revue met aussi en avant un problème récurrent : les évaluations réglementaires étudient souvent les substances chimiques une par une, alors que, dans la réalité, les populations sont exposées à des mélanges complexes de pesticides et autres polluants environnementaux.

Pour les auteurs, mieux comprendre l’impact des expositions environnementales pourrait devenir un enjeu majeur de prévention dans les cancers hématologiques au cours des prochaines années. 

Prévenir l’exposition aux pesticides est un enjeu de santé publique!

 

Références

➤ del Rosal MV, He MZ, Jagannath S, Parekh S, Kloog I, Arora M, Thibaud S. (2026). Environmental exposures and multiple myeloma risk: A contemporary review of epidemiologic associations and mechanistic plausibility. Blood Reviews. 2026;101392. https://doi.org/10.1016/j.blre.2026.101392

➤ Beyond Pesticides (2026). Literature Review Links Pesticide Exposure to Increased Risks of Multiple Myeloma, a Blood Cancer. Daily News Blog. Published May 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/literature-review-links-pesticide-exposure-to-increased-risks-of-multiple-myeloma-a-blood-cancer/

samedi 2 mai 2026

Loin du miracle promis par l'agroindustrie, les cultures d'OGM stagnent

Depuis leur expansion rapide dans les années 1990 et 2000, les cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM) semblent aujourd’hui avoir atteint un plafond. Les surfaces progressent encore légèrement, mais cette croissance est devenue faible et irrégulière.

Dans les faits, les plantes transgéniques restent concentrées dans quelques pays (principalement, le Brésil, les États-Unis, l'Argentine et le Canada) et reposent presque exclusivement sur quatre grandes cultures : soja, maïs, coton et colza (canola). Elles s’appuient majoritairement sur deux caractéristiques principales : 

  • la tolérance aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready), plus rarement au dicamba et glufosinate, 
  • et la production de toxines insecticides issus de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), ciblant certains ravageurs.

Le maïs Bt (Zea mays) et le coton Bt (Gossypium hirsutum) illustrent bien cette approche. Le maïs Bt est utilisé contre des ravageurs majeurs comme Ostrinia nubilalis, Spodoptera frugiperda ou Helicoverpa zea, et est largement cultivé en Amérique. Le coton Bt, lui, cible notamment Helicoverpa armigera et s’est fortement développé en Inde, en Chine et aux États-Unis. Dans les deux cas, ces cultures ont permis, au départ, de réduire significativement l’usage d’insecticides.

Cependant, ces bénéfices initiaux ont été partiellement remis en question. L’exemple de la chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera virgifera) est emblématique : des variétés de maïs Bt avaient été conçues pour la contrôler efficacement, mais des populations résistantes aux toxines Bt sont rapidement apparues dans plusieurs régions (Gassmann, 2011Tabashnik et al., 2013). Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme.

Par ailleurs, un phénomène similaire est observé du côté des herbicides. Dans plusieurs régions agricoles intensives, notamment dans la Corn Belt, la généralisation des cultures tolérantes au glyphosate a conduit à l’apparition de mauvaises herbes résistantes, notamment des amarantes. Cette évolution biologique oblige les agriculteurs à recourir à des stratégies de désherbage plus complexes ou à de nouveaux mélanges d’herbicides, un phénomène largement documenté dans la littérature scientifique récente (Heap, 2023, Powles, 2008,  Duke et Powles, 2008).

Crée par Ian Heap, cette base de données scientifique recense les cas confirmés de mauvaises herbes résistantes aux herbicides à l’échelle mondiale. Ces données montrent une forte augmentation des résistances depuis la diffusion des cultures OGM tolérantes aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready). L’usage répété d’un même herbicide sur de grandes surfaces a exercé une pression de sélection importante, favorisant l’apparition et la propagation de résistances chez plusieurs espèces de mauvaises herbes.

Face à ces défis, il apparaît essentiel de recourir à des stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, mise en place de zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Par ailleurs, les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent encore marginales à l’échelle mondiale.

Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a également favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme. Face à ces défis, les experts soulignent l’importance de stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent par ailleurs marginales à l’échelle mondiale.

Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites importantes. Leur expansion marque le pas, loin du miracle initialement promis.

 Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites sociétales, écologiques et agronomiques de plus en plus visibles.

Référence 

➤ Noisette, Chrisophe.  Les surfaces mondiales d’OGM stagnent. Inf'OGM, 28/04/2026, [En ligne]. https://infogm.org/les-surfaces-mondiales-dogm-stagnent/

 

 

lundi 27 avril 2026

Cartographier les tiques et leurs agents pathogènes : une avancée majeure pour la santé publique

Les tiques (Ixodida) sont de petits acariens bien connus pour leur rôle de vecteurs de maladies, notamment la maladie de Lyme. En France, une récente étude issue du programme participatif CiTIQUE, menée par des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et de plusieurs partenaires, apporte un éclairage inédit sur leur diversité et les agents pathogènes qu’elles transportent. Elle confirme que le risque infectieux existe, mais qu’il varie fortement selon les espèces, les régions et les agents pathogènes présents. Grâce à la collaboration entre chercheurs et citoyens, la prévention des maladies vectorielles devient plus précise et plus efficace.

 

Une science participative à grande échelle

Entre 2017 et 2019, plus de 2 000 tiques prélevées sur des humains via des signalements citoyens ont été analysées. Ce dispositif repose sur la contribution du public, qui envoie les tiques après piqûre via des outils dédiés. Cette approche permet d’obtenir des données représentatives des situations réelles d’exposition, à l’échelle de tout le territoire français.

CiTIQUE-TRACKER. Signalements de piqûres de tiques en France. https://ci-tique-tracker.sk8.inrae.fr/

 

Des résultats inquiétants mais essentiels

L’étude met en évidence une circulation importante d’agents pathogènes au sein des tiques prélevées sur l’humain en France.

Les analyses montrent que 27 % des tiques examinées sont porteuses d’au moins un agent pathogène transmissible à l’humain. La grande majorité des spécimens analysés (94 %) appartient à l’espèce Ixodes ricinus (famille des Ixodidae), espèce dominante en France et principal vecteur de la maladie de Lyme.

 Chez I. ricinus, plusieurs agents infectieux ont été détectés :

  • 15,4 % sont porteuses de Borrelia burgdorferi s.l., bactéries responsables de la maladie de Lyme
  • 7,1 % sont porteuses de Anaplasma phagocytophilum, bactérie responsable de l’anaplasmose granulocytaire
  • 2,9 % sont porteuses de Neoehrlichia mikurensis, bactérie responsable de la néoehrlichiose;
  • 1,3 % sont porteuses de Babesia spp., protozoaires parasites responsables des babésioses.
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Ixodes ricinus (femelle) Crédit: W.alter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
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Ixodes ricinus (femelle presque gorgée de sang après repas) crédit: Richard Bartz, CC BY-SA 2.5 , via Wikimedia Commons

Moins fréquent, mais également impliqué dans la transmission de pathogènes, le genre Dermacentor représente 3 % des tiques analysées. Parmi ces tiques, 45 % sont porteuses des bactéries Rickettsia spp., responsables des rickettsioses.

Certaines tiques peuvent même héberger plusieurs agents pathogènes simultanément, ce qui complique le diagnostic médical et la compréhension des symptômes après piqûre.

 

Une cartographie du risque

L’un des apports majeurs de cette recherche est la cartographie fine des espèces de tiques et des agents pathogènes selon les régions. Elle montre que la répartition des risques n’est pas uniforme sur le territoire. Ces données permettent d’identifier les zones à risque, d’améliorer la prévention, et d’aider les professionnels de santé à mieux interpréter les cas suspects.

Au-delà des chiffres, cette étude souligne un point essentiel : les tiques ne sont pas toutes identiques et ne portent pas toutes les mêmes agents pathogènes. Comprendre cette diversité est crucial pour mieux anticiper les risques sanitaires liés aux piqûres. Elle met aussi en lumière l’intérêt des sciences participatives, qui transforment chaque citoyen en acteur de la recherche et permettent de collecter des données impossibles à obtenir autrement à grande échelle.

 

Références

➤ Dupont A, Martin L, Rousseau S, et al. (2026). Distribution of tick-borne microorganisms in human-biting ticks in France collected through a citizen-science program. Ticks and Tick-borne Diseases. 2026;17(2):102612. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2026.102612

➤ INRAE. "Programme CiTIQUE : cartographie des espèces de tiques et des agents pathogènes qu’elles transmettent". 10 mars 2026, [En ligne]. www.inrae.fr/actualites/programme-citique-cartographie-especes-tiques-agents-pathogenes-quelles-transmettent


Se protéger des tiques

  • Éviter l’exposition : rester sur les sentiers dégagés et balisés, éviter les herbes hautes et les zones broussailleuses.
  • Porter des vêtements qui couvrent la peau : pantalons longs, manches longues, bas de pantalon rentrés dans les chaussettes, chaussures fermées. Les vêtements peuvent éventuellement être traités traités à la perméthrine, mais en s'assurant de bien respecter les directives.
  • Utiliser des répulsifs : appliquer des produits à base de DEET ou d’icaridine sur la peau exposée, en respectant bien les directives indiquées sur les étiquettes.
  • Inspecter son corps : vérifier soigneusement la peau après une sortie en forêt ou randonnée (aisselles, plis, cuir chevelu, etc.).
  • Retirer rapidement les tiques : utiliser un tire-tique ou une pince fine pour une extraction précoce, ce qui réduit le risque de transmission de la Maladie de Lyme. Puis, désinfecter la plaie. 
  • Surveiller les symptômes : consulter en cas d’apparition d’une rougeur inhabituelle (érythème migrant) ou de signes généraux (fivre, fatigue).
  • Réduire les populations de tiques autour des habitations : garder l'herbe courte, éliminez les tas de feuilles et les broussailles, protéger les animaux de compagnie (par exemple, à l'aide de collier anti-tiques ou de traitement au moyen de pipettes).

 Santé Canada. Prévention des morsures de tiques. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/tiques-maladies-transmises/prevention-morsures-tiques.html

Note : Scientifiquement, les tiques sont des piqueurs-suceurs, car elles percent la peau et aspirent le sang. En pratique, on parle souvent de morsures de tiques, car elles coupent la peau avec leurs chélicères puis s’ancrent fortement, ce qui est ressenti comme une morsure.

Pour en savoir plus sur les tiques et les acariens :

 ➤ Acariens (PestInfos)

 

jeudi 23 avril 2026

Appel à protéger les pollinisateurs face aux pesticides!

🐝Ce 23 avril 2026, dans le magazine scientifique Science, un collectif de scientifiques français, principalement écologistes, entomologistes, spécialistes de la pollinisation et agronomes, alerte sur le déclin préoccupant des insectes pollinisateurs en Europe, largement lié à l’usage des pesticides. Ces insectes sont pourtant indispensables à la biodiversité, à la reproduction des plantes à fleurs et à la production agricole. 

David Cappaert, Bugwood.org 

Les scientifiques rappellent que la France avait interdit les néonicotinoïdes en 2018, mais que de nouvelles propositions de loi portées par Laurent Duplomb visent à les réintroduire. Une première tentative a été rejetée après une forte mobilisation citoyenne (dont la pétition "Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective" qui a recueilli plus de deux millions de signatures) et une censure du Conseil constitutionnel, mais un nouveau projet est encore en discussion.

Selon ces chercheurs, ce projet contredirait la Charte de l’environnement, qui garantit le droit à un environnement sain, aggraverait les effets négatifs des pesticides sur la biodiversité, les écosystèmes et la santé humaine, et réintroduirait des insecticides systémiques nocifs.

Ils soulignent que les pesticides contaminent les sols, l’eau et les aliments, avec des risques accrus de maladies, et qu’ils restent largement utilisés malgré l’existence d’alternatives agroécologiques efficaces.

 En conséquence, ces scientifiques appellent à rejeter ce projet de loi, adopter des politiques fondées sur le consensus scientifique, accélérer la transition vers des pratiques agricoles durables et mieux accompagner les agriculteurs dans cette transition.

Pour lire cet appel : 

 ➤ Bertrand Schatz et al. France must protect pollinators over pesticides. Science, vol. 392, p. 366 (2026). https://doi.org/10.1126/science.aeg6003


 

lundi 20 avril 2026

Réchauffement climatique : les insectes tropicaux proches de leurs limites de résistance à la température

Une étude internationale révèle une forte vulnérabilité thermique des insectes dans les régions tropicales du Kenya et du Pérou.

Les insectes constituent la majorité des espèces animales, dont près de 70 % se trouvent dans les régions tropicales, mais les impacts du réchauffement climatique sur ces communautés restent encore très incertains.

Une nouvelle étude publiée dans Nature révèle une inquiétante limite biologique chez les insectes tropicaux : leur capacité à tolérer la chaleur est beaucoup plus faible qu’on ne le pensait. Elle suggère que, dans les zones les plus riches en biodiversité, les insectes pourraient être parmi les premières victimes du réchauffement climatique, faute de pouvoir évoluer assez vite pour y faire face.

En analysant les limites thermiques de plus de 2300 espèces le long de gradients d’altitude en Afrique (Kenya) et en Amérique du Sud (Pérou), les chercheurs montrent que les insectes des zones tropicales basses vivent déjà près de leur seuil maximal de température. Contrairement aux espèces de montagne, capables d’ajuster temporairement leur tolérance à la chaleur, ces insectes disposent de très peu de marge d’adaptation.

Cette contrainte serait en grande partie liée à la stabilité des protéines qui composent leur organisme : une caractéristique profondément ancrée dans leur évolution et difficile à modifier rapidement. Les projections climatiques sont préoccupantes : dans certaines régions comme l’Amazonie, jusqu’à la moitié des espèces d’insectes pourraient être exposées à des températures mortelles dans les décennies à venir.

Or, les insectes jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes et les agrosystèmes (pollinisation, décomposition et recyclage de la matière organique, régulation des populations) si bien que leur vulnérabilité pourrait entraîner des perturbations en cascade.

Référence

➤ Holzmann, K.L., Schmitzer, T., Abels, A. et al. (2026). Limited thermal tolerance in tropical insects and its genomic signature. Nature 651, 672–678 (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10155-w

 

Image: 5416294
Caleb Slemmons, National Ecological Observatory Network, Bugwood.org 

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