En soutenant la fertilité des sols, le recyclage de la matière organique et des nutriments (cycles biogéochimiques du carbone, de l’azote, du phosphore, etc.), la régulation de l’eau et la séquestration du carbone, la biodiversité des sols est essentielle au fonctionnement et à la résilience des écosystèmes et agrosystèmes. Cette biodiversité comprend des organismes tels que des bactéries, des protistes, des champignons, des mycorhizes (associations symbiotiques entre des champignons et les racines des plantes), des nématodes, des collemboles, des coléoptères et autres insectes ainsi que des vers de terre. Sans une biodiversité riche, les sols deviennent moins productifs et les plantes cultivées plus vulnérables aux maladies et aux stress climatiques, comme la sécheresse.
Étude de l'impact des résidus de pesticides sur la biodiversité taxonomique et fonctionnelle des sols
Une récente étude paneuropéenne (Köninger et al., Nature 2026) a analysé 373 sites de sols dans 26 pays (forêts, prairies et terres agricoles) pour évaluer l’impact des résidus de 63 pesticides (insecticides, fongicides, herbicides) sur la vie du sol. Les chercheurs ont étudié non seulement les archées, les bactéries, les champignons, les protistes, les nématodes et autres arthropodes, mais aussi les gènes fonctionnels impliqués dans des processus essentiels du sol.
Principaux résultats
- Des résidus de pesticides ont été détectés dans environ 70 % des sites analysés, confirmant leur présence généralisée dans les sols européens.
- Après les propriétés physiques et chimiques du sol, les pesticides représentent le deuxième facteur le plus influent pour expliquer les variations de la biodiversité du sol.
- Les pesticides provoquent des effets non ciblés sur les communautés biologiques du sol :
- Altération des fonctions microbiennes et, notamment les cycles de l’azote et du phosphore.
- Destruction des organismes bénéfiques, comme les champignons mycorhiziens arbusculaires et certains nématodes qui consomment des bactéries.
Conclusion
L’étude montre que les résidus de pesticides modifient la structure et les fonctions essentielles du microbiome du sol, ce qui peut réduire le fonctionnement et la résilience des écosystèmes terrestres et des agrosystèmes. Actuellement, les évaluations des risques des pesticides se basent souvent sur des organismes indicateurs simples (insectes, poissons, plantes) et ignorent le microbiome du sol. Les auteurs soulignent donc l’importance d’intégrer à l’avenir des mesures taxonomiques et fonctionnelles pour mieux protéger la biodiversité des sols, pilier de la fertilité et du fonctionnement des écosystèmes et agrosystèmes.
Préserver la biodiversité des sols
Pour protéger la vie du sol, il est essentiel de réduire drastiquement les intrants chimiques, notamment les pesticides et engrais de synthèse, et de limiter le travail intensif mécanique des sols en profondeur. Des pratiques comme la rotation des cultures, le recours aux solutions biologiques ou agroécologiques et la préservation des habitats naturels contribuent à maintenir la biodiversité et la santé des sols.
Référence
➤ Köninger, J., Labouyrie, M., Ballabio, C., Dulya, O., Mikryukov, V., Romero, F., Franco, A., Bahram, M., Panagos, P., Jones, A., Tedersoo, L., Orgiazzi, A., Briones, M. J. I., & van der Heijden, M. G. A. (2026). Pesticide residues alter taxonomic and functional biodiversity in soils. Nature, 28 janvier 2026. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09991-z