jeudi 14 mai 2026

Un herbicide impliqué dans les cancers colorectaux précoces chez les jeunes adultes?

Depuis plusieurs années, les médecins observent un phénomène inquiétant : les cancers colorectaux touchent de plus en plus de personnes de moins de 50 ans. Cette hausse est observée dans plusieurs pays occidentaux, mais ses causes restent encore mal comprises.

Une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature Medicine apporte toutefois une piste sérieuse: certaines expositions environnementales, notamment à des pesticides, pourraient contribuer à cette hausse. Parmi les substances étudiées (2,4-D, atrazine, chlordécone, dicamba, glyphosate, malathion, etc.), un herbicide appelé piclorame ressort particulièrement.

Le piclorame est un herbicide dérivé de l’acide chloropicolinique appartenant à la famille des auxines synthétiques (PPDB). Il est utilisé pour éliminer certaines mauvaises herbes dicotylédones, des plantes ligneuses et des broussailles. Herbicide systémique, il est absorbé par les feuilles et les racines puis transporté dans toute la plante, provoquant une croissance anarchique qui finit par la tuer.
Il est principalement employé dans les pâturages, les zones forestières et certaines zones industrielles. Le piclorame a également fait partie des composés utilisés comme défoliants par l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam (Veterans and Agent Orange: Update 2008). Généralement considéré comme à faible risque, il n’est actuellement pas classé comme cancérogène avéré ou probable pour l’humain par les agences sanitaires internationales.

Une enquête à partir des "empreintes biologiques" des patients

Les chercheurs espagnols ont utilisé une approche originale fondée sur l’épigénétique. Plutôt que de tenter de reconstituer directement les expositions environnementales passées à partir de questionnaires souvent imprécis, ils ont analysé des signatures de méthylation de l’ADN présentes dans les tumeurs colorectales.

La méthylation correspond à de petites modifications chimiques de l’ADN influencées par notre environnement et notre mode de vie : alimentation, tabac, pollution, stress, pesticides, etc. Ces modifications peuvent laisser des traces durables dans les cellules et servir d’indices biologiques des expositions passées.

Les scientifiques ont ainsi recherché des "empreintes épigénétiques", c’est-à-dire des traces ou signaux biologiques dans l’ADN associées à différents facteurs environnementaux, afin d’identifier ceux qui semblaient davantage liés aux cancers colorectaux précoces.

L’étude a comparé des patients atteints d’un cancer colorectal avant 50 ans à des patients diagnostiqués après 70 ans. Les chercheurs ont étudié 29 facteurs environnementaux et de mode de vie à partir de plusieurs cohortes internationales.

Les résultats confirment plusieurs associations déjà connues ou suspectées :

  • le tabagisme ;
  • une alimentation éloignée du régime méditerranéen ;
  • certains déterminants socio-économiques.

Mais le signal le plus marquant concernait le piclorame.

Une association statistique marquée avec le piclorame

Les chercheurs ont observé qu’une empreinte épigénétique associée au piclorame était significativement plus fréquente chez les patients atteints d’un cancer colorectal précoce que chez ceux diagnostiqués après 70 ans. Cette association a ensuite été reproduite dans une méta-analyse regroupant neuf cohortes indépendantes. Autrement dit, le signal n’apparaissait pas uniquement dans un seul groupe de patients.

Les chercheurs ont également analysé des données américaines portant sur l’utilisation de pesticides dans 94 comtés sur une période de 21 ans. Là encore, les régions utilisant davantage de piclorame présentaient davantage de cancers colorectaux précoces, même après ajustement pour les facteurs socio-économiques et l’exposition à d’autres pesticides.

L’étude souligne cependant un point essentiel : il s’agit d’une association statistique, et non d’une preuve formelle de causalité. Les auteurs eux-mêmes insistent sur la nécessité de mener des études complémentaires pour déterminer si le piclorame joue réellement un rôle direct dans le développement de ces cancers.

Pourquoi cette piste intéresse les chercheurs

Le piclorame a été homologué aux États-Unis dans les années 1960. Les chercheurs avancent l’hypothèse que les générations aujourd’hui âgées de moins de 70 ans ont pu y être exposées dès l’enfance, contrairement aux générations plus âgées. Cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi l’association est surtout observée dans les cancers précoces.

L’étude suggère également que les signatures épigénétiques pourraient devenir des outils utiles pour retracer certaines expositions environnementales anciennes, un domaine encore relativement récent en médecine.

Les auteurs rappellent toutefois que l’augmentation des cancers colorectaux précoces est probablement multifactorielle. D’autres facteurs sont également étudiés:

  • alimentation ultra-transformée;
  • obésité;
  • perturbations du microbiote intestinal;
  • pollution;
  • exposition combinée à plusieurs substances chimiques.

Cette étude illustre une évolution importante de la recherche médicale : utiliser les traces biologiques laissées dans l’ADN pour mieux comprendre l’impact de l’environnement sur la santé.

Les résultats obtenus autour du piclorame sont suffisamment robustes pour justifier de nouvelles recherches, mais ils ne permettent pas encore d’affirmer que cet herbicide cause directement le cancer colorectal. Ils suggèrent néanmoins que certains pesticides pourraient faire partie des facteurs environnementaux contribuant à l’augmentation préoccupante des cancers colorectaux chez les jeunes adultes.

Une alerte qui dépasse le seul cas du piclorame

Le lien entre pesticides et cancers reste complexe à étudier, car les expositions sont souvent multiples, prolongées sur des décennies et difficiles à mesurer précisément. Pourtant, les études s’accumulent depuis plusieurs années et montrent de plus en plus fréquemment des associations entre certaines substances pesticides et différents types de cancers, notamment chez les agriculteurs et les populations exposées de manière chronique.

L’étude publiée dans Nature Medicine ne prouve pas à elle seule que le piclorame cause directement le cancer colorectal. Mais elle s’ajoute à un ensemble croissant de travaux suggérant que certains pesticides pourraient avoir des effets sanitaires sous-estimés.

Face à ces signaux répétés, une question de santé publique se pose de plus en plus clairement : faut-il attendre des preuves absolues avant d’agir, ou appliquer davantage le principe de précaution ?

Interdire ou réduire drastiquement l'usage des pesticides les plus préoccupants, renforcer leur évaluation à long terme et accélérer le développement de pratiques agricoles moins dépendantes des produits chimiques pourraient constituer des mesures importantes pour limiter des risques potentiellement évitables.

Références

➤ Maas, S.C.E., Baraibar, I., Lemler, L. et al. (2026). Epigenetic fingerprints link early-onset colon and rectal cancer to pesticide exposure. Nature Medecine 2026. https://doi.org/10.1038/s41591-026-04342-5

➤ PPDB: Pesticide Properties DataBase. Picloram (Ref: X 159868). https://sitem.herts.ac.uk/aeru/ppdb/en/Reports/525.htm

 


mercredi 13 mai 2026

Les chênes adaptent le débourrement de leurs bourgeons pour déjouer les chenilles

Face aux attaques répétées de chenilles défoliatrices, certains chênes européens sont capables de modifier leur propre rythme de croissance. Une étude récente publiée dans Nature Ecology & Evolution révèle que les arbres retardent l’ouverture de leurs bourgeons au printemps suivant une forte infestation.

Les chercheurs ont analysé cinq années de données satellitaires et d’expériences menées dans 60 forêts de chênes d’Europe centrale. Leur étude montre qu’après une forte attaque de chenilles, les arbres retardent l’ouverture de leurs bourgeons d’environ trois jours au printemps suivant.

Ce décalage de quelques jours suffit à perturber la synchronisation entre l’éclosion des chenilles et l’apparition des jeunes feuilles dont elles se nourrissent. Résultat: les insectes disposent de moins de ressources au moment critique de leur développement, ce qui limite les dégâts pour l’arbre de 55%.

Les chercheurs y voient une forme remarquable d’adaptation écologique face aux pressions exercées par les ravageurs forestiers et les variations climatiques. Cette découverte pourrait aussi aider à mieux comprendre la résilience des forêts tempérées dans un contexte de changement global.

 

"Gros Chêne", Chêne européen remarquable (Quercus sp. : Q. robur ou Q. petraea), Village de Heyret, Chéniers, France (OP)


Références

➤ Prinzing, A., Muller, J., Maximilian, J., Mallick, S. (2026). « Comment les chênes déjouent les chenilles en retardant l’ouverture de leurs bourgeons ». The Conversation France, 1er mai 2026, [En ligne]. https://theconversation.com/comment-les-chenes-dejouent-les-chenilles-en-retardant-louverture-de-leurs-bourgeons-281952

➤ Mallick, S., Lichter, J., Bae, S., Kneib, T., Molleman, F., Leroy, B. M. L., et al. (2026). Satellite data show trees delay budburst across landscapes to escape herbivores. Nature Ecology & Evolution. 1 May 2026. https://doi.org/10.1038/s41559-026-03071-9

 

mardi 12 mai 2026

L’agriculture biologique favorise la diversité microbienne dans les sols des vergers d’agrumes

Une étude italienne publiée en 2025 dans Microbiological Research met en évidence les bénéfices des pratiques agricoles biologiques sur les sols des vergers d’agrumes dans l'Est de la Sicile. Les chercheurs ont montré que la gestion biologique des vergers favorise une plus grande diversité microbienne et améliore les cycles naturels des nutriments, deux éléments essentiels au maintien de sols fertiles et résilients.

Selon les auteurs, l’usage intensif de pesticides dans les systèmes conventionnels perturbe les communautés microbiennes du sol (bactéries, champignons), réduisant certaines fonctions biologiques clés comme la fixation de l’azote et la solubilisation du phosphore. À l’inverse, la gestion biologique des vergers permet le développement de réseaux microbiens plus complexes, plus riches et plus diversifiés, capables de soutenir la biodiversité et de renforcer la résistance naturelle des cultures face aux stress environnementaux.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble croissant de recherches montrant que la santé des sols joue un rôle majeur dans la régulation des ravageurs et la réduction de la dépendance aux intrants chimiques (engrais, pesticides). Une biodiversité microbienne riche contribue notamment à limiter certains pathogènes du sol et à améliorer la résilience des agroécosystèmes.

Enfin, les auteurs soulignent que la biodiversité microbienne constitue un élément clé de la durabilité des agroécosystèmes et pourrait contribuer à réduire la dépendance aux pesticides et fertilisants chimiques.

Référence 

➤ Sebastiano Conti Taguali, Rhea Pöter, Francesco Aloi, et al. (2025). Influence of environmental and agronomic variables on soil microbiome in citrus orchards: A comparative analysis of organic and conventional farming system. Microbiological Research, Volume 299, 2025. https://doi.org/10.1016/j.micres.2025.128260.

 

lundi 11 mai 2026

Pesticides et microbiote des abeilles : une menace invisible pour les pollinisateurs

Les abeilles sont exposées à différents insecticides susceptibles d’influencer leur microbiote intestinal, un écosystème microbien essentiel à leur santé. Une étude récente publiée dans la revue Insects met en évidence les effets préoccupants de plusieurs insecticides sur le microbiote intestinal des abeilles domestiques (Apis mellifera). Les chercheurs se sont intéressés notamment à des formulations associant benzoate d'émamectine et lufénuron, ainsi qu’à un insecticide faiblement toxique agissant comme agoniste de l’ecdysone, une hormone essentielle impliquée dans le déclenchement des mues et le développement des insectes.

Le mélange de benzoate d'émamectine et de lufénuron est un insecticide à longue durée d'action (souvent 15 à 30 jours) utilisé pour contrôler les larves de lépidoptères, de thrips et d'acariens sur diverses cultures (légumes, fruits, coton). L'émamectine est un neurotoxique dérivé de l'abamectine qui paralyse rapidement les larves, tandis que le lufénuron (ou lufénurone) est un composé de la famille des benzoylurées qui inhibe la synthèse de la chitine.  

Le microbiote intestinal des abeilles joue un rôle central dans la digestion, l’immunité, la détoxification des substances chimiques et la protection contre certains agents pathogènes. Lorsque cet équilibre est perturbé (un phénomène appelé dysbiose), les abeilles deviennent plus vulnérables au stress environnemental, aux infections et aux maladies, ce qui peut fragiliser les colonies.

Les résultats montrent que l’exposition à ces insecticides modifie la composition des bactéries intestinales bénéfiques des abeilles. Certaines populations bactériennes diminuent, tandis que d’autres micro-organismes peuvent proliférer. Ces déséquilibres peuvent affecter les fonctions biologiques liées à la santé des abeilles, notamment leur résistance aux stress et aux agents pathogènes.

L’étude montre également que ces effets apparaissent à des doses sublétales, indiquant que des perturbations biologiques peuvent survenir sans mortalité immédiate.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble plus large de recherches montrant que les pesticides peuvent affecter les abeilles au-delà de leur toxicité directe. Plusieurs travaux antérieurs ont déjà mis en évidence que différentes expositions à des substances utilisées en agriculture et en apiculture, notamment des acaricides (tau-fluvalinate, coumaphos) ou fongicides (chlorothalonil), peuvent perturber le microbiote intestinal des abeilles et leur immunité (Kakumanu et al., 2016).

Des études ont également montré que l’exposition à certains pesticides, comme l’herbicide glyphosate, peut perturber le microbiote intestinal des abeilles dans certaines conditions expérimentales (Motta et al., 2018). Ces effets varient toutefois selon les molécules, les doses et les conditions d’exposition.

Dans ce contexte, les auteurs estiment que les effets sur le microbiote devraient être davantage pris en compte dans l’évaluation des pesticides, un aspect encore largement sous-estimé dans les procédures réglementaires actuelles. Ces effets dits sublétaux pourraient jouer un rôle important dans la santé des pollinisateurs et dans la compréhension des facteurs impliqués dans leur déclin.


Références

➤ Kan, Y., Wang, R., Zhang, B., Liu, Y., Liu, R., Zhang, Z., Zhang, Z., Ayra-Pardo, C., & Li, D. (2026). Contrasting Toxicity Classes Differentially Affect Gut Microbiota Composition in Honey Bees. Insects, 17(4), 437.  https://doi.org/10.3390/insects17040437

➤ Beyond Pesticides. Insecticides Gravely Threaten Honey Bee Gut Microbiome, Study Findings Expand on Previous Research. Daily News Blog. 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/insecticides-gravely-threaten-honey-bee-gut-microbiome-study-findings-expand-on-previous-research/

jeudi 7 mai 2026

Pesticides et myélome multiple : une revue scientifique relance les inquiétudes

Une récente revue publiée dans la revue scientifique Blood Reviews s’intéresse à une question encore largement débattue : l’exposition aux pesticides peut-elle augmenter le risque de développer un myélome multiple, un cancer du sang qui touche les plasmocytes, des cellules essentielles du système immunitaire?

Les auteurs ont analysé les données épidémiologiques et expérimentales disponibles sur différentes expositions environnementales. Parmi les facteurs étudiés, les pesticides apparaissent régulièrement associés à un risque accru de myélome multiple, aux côtés des dioxines et de certaines expositions liées aux incendies ou à la pollution industrielle.

Le myélome multiple reste une maladie complexe dont les causes exactes sont encore mal comprises. Toutefois, plusieurs mécanismes biologiques pourraient expliquer le rôle des pesticides : stress oxydatif, dommages à l’ADN, perturbation du système immunitaire ou encore activation de voies cellulaires impliquées dans le développement des cancers.

Les chercheurs soulignent néanmoins que les preuves restent principalement observationnelles. En d’autres termes, il existe des associations préoccupantes, mais établir un lien de causalité direct demeure difficile. Les niveaux d’exposition, les mélanges de substances et la durée de contact avec les produits chimiques sont encore difficiles à mesurer précisément.

Cette revue met aussi en avant un problème récurrent : les évaluations réglementaires étudient souvent les substances chimiques une par une, alors que, dans la réalité, les populations sont exposées à des mélanges complexes de pesticides et autres polluants environnementaux.

Pour les auteurs, mieux comprendre l’impact des expositions environnementales pourrait devenir un enjeu majeur de prévention dans les cancers hématologiques au cours des prochaines années. 

Prévenir l’exposition aux pesticides est un enjeu de santé publique!

 

Références

➤ del Rosal MV, He MZ, Jagannath S, Parekh S, Kloog I, Arora M, Thibaud S. (2026). Environmental exposures and multiple myeloma risk: A contemporary review of epidemiologic associations and mechanistic plausibility. Blood Reviews. 2026;101392. https://doi.org/10.1016/j.blre.2026.101392

➤ Beyond Pesticides (2026). Literature Review Links Pesticide Exposure to Increased Risks of Multiple Myeloma, a Blood Cancer. Daily News Blog. Published May 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/literature-review-links-pesticide-exposure-to-increased-risks-of-multiple-myeloma-a-blood-cancer/

samedi 2 mai 2026

Loin du miracle promis par l'agroindustrie, les cultures d'OGM stagnent

Depuis leur expansion rapide dans les années 1990 et 2000, les cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM) semblent aujourd’hui avoir atteint un plafond. Les surfaces progressent encore légèrement, mais cette croissance est devenue faible et irrégulière.

Dans les faits, les plantes transgéniques restent concentrées dans quelques pays (principalement, le Brésil, les États-Unis, l'Argentine et le Canada) et reposent presque exclusivement sur quatre grandes cultures : soja, maïs, coton et colza (canola). Elles s’appuient majoritairement sur deux caractéristiques principales : 

  • la tolérance aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready), plus rarement au dicamba et glufosinate, 
  • et la production de toxines insecticides issus de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), ciblant certains ravageurs.

Le maïs Bt (Zea mays) et le coton Bt (Gossypium hirsutum) illustrent bien cette approche. Le maïs Bt est utilisé contre des ravageurs majeurs comme Ostrinia nubilalis, Spodoptera frugiperda ou Helicoverpa zea, et est largement cultivé en Amérique. Le coton Bt, lui, cible notamment Helicoverpa armigera et s’est fortement développé en Inde, en Chine et aux États-Unis. Dans les deux cas, ces cultures ont permis, au départ, de réduire significativement l’usage d’insecticides.

Cependant, ces bénéfices initiaux ont été partiellement remis en question. L’exemple de la chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera virgifera) est emblématique : des variétés de maïs Bt avaient été conçues pour la contrôler efficacement, mais des populations résistantes aux toxines Bt sont rapidement apparues dans plusieurs régions (Gassmann, 2011Tabashnik et al., 2013). Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme.

Par ailleurs, un phénomène similaire est observé du côté des herbicides. Dans plusieurs régions agricoles intensives, notamment dans la Corn Belt, la généralisation des cultures tolérantes au glyphosate a conduit à l’apparition de mauvaises herbes résistantes, notamment des amarantes. Cette évolution biologique oblige les agriculteurs à recourir à des stratégies de désherbage plus complexes ou à de nouveaux mélanges d’herbicides, un phénomène largement documenté dans la littérature scientifique récente (Heap, 2023, Powles, 2008,  Duke et Powles, 2008).

Crée par Ian Heap, cette base de données scientifique recense les cas confirmés de mauvaises herbes résistantes aux herbicides à l’échelle mondiale. Ces données montrent une forte augmentation des résistances depuis la diffusion des cultures OGM tolérantes aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready). L’usage répété d’un même herbicide sur de grandes surfaces a exercé une pression de sélection importante, favorisant l’apparition et la propagation de résistances chez plusieurs espèces de mauvaises herbes.

Face à ces défis, il apparaît essentiel de recourir à des stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, mise en place de zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Par ailleurs, les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent encore marginales à l’échelle mondiale.

Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a également favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme. Face à ces défis, les experts soulignent l’importance de stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent par ailleurs marginales à l’échelle mondiale.

Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites importantes. Leur expansion marque le pas, loin du miracle initialement promis.

 Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites sociétales, écologiques et agronomiques de plus en plus visibles.

Référence 

➤ Noisette, Chrisophe.  Les surfaces mondiales d’OGM stagnent. Inf'OGM, 28/04/2026, [En ligne]. https://infogm.org/les-surfaces-mondiales-dogm-stagnent/

 

 

lundi 27 avril 2026

Cartographier les tiques et leurs agents pathogènes : une avancée majeure pour la santé publique

Les tiques (Ixodida) sont de petits acariens bien connus pour leur rôle de vecteurs de maladies, notamment la maladie de Lyme. En France, une récente étude issue du programme participatif CiTIQUE, menée par des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et de plusieurs partenaires, apporte un éclairage inédit sur leur diversité et les agents pathogènes qu’elles transportent. Elle confirme que le risque infectieux existe, mais qu’il varie fortement selon les espèces, les régions et les agents pathogènes présents. Grâce à la collaboration entre chercheurs et citoyens, la prévention des maladies vectorielles devient plus précise et plus efficace.

 

Une science participative à grande échelle

Entre 2017 et 2019, plus de 2 000 tiques prélevées sur des humains via des signalements citoyens ont été analysées. Ce dispositif repose sur la contribution du public, qui envoie les tiques après piqûre via des outils dédiés. Cette approche permet d’obtenir des données représentatives des situations réelles d’exposition, à l’échelle de tout le territoire français.

CiTIQUE-TRACKER. Signalements de piqûres de tiques en France. https://ci-tique-tracker.sk8.inrae.fr/

 

Des résultats inquiétants mais essentiels

L’étude met en évidence une circulation importante d’agents pathogènes au sein des tiques prélevées sur l’humain en France.

Les analyses montrent que 27 % des tiques examinées sont porteuses d’au moins un agent pathogène transmissible à l’humain. La grande majorité des spécimens analysés (94 %) appartient à l’espèce Ixodes ricinus (famille des Ixodidae), espèce dominante en France et principal vecteur de la maladie de Lyme.

 Chez I. ricinus, plusieurs agents infectieux ont été détectés :

  • 15,4 % sont porteuses de Borrelia burgdorferi s.l., bactéries responsables de la maladie de Lyme
  • 7,1 % sont porteuses de Anaplasma phagocytophilum, bactérie responsable de l’anaplasmose granulocytaire
  • 2,9 % sont porteuses de Neoehrlichia mikurensis, bactérie responsable de la néoehrlichiose;
  • 1,3 % sont porteuses de Babesia spp., protozoaires parasites responsables des babésioses.
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Ixodes ricinus (femelle) Crédit: W.alter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
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Ixodes ricinus (femelle presque gorgée de sang après repas) crédit: Richard Bartz, CC BY-SA 2.5 , via Wikimedia Commons

Moins fréquent, mais également impliqué dans la transmission de pathogènes, le genre Dermacentor représente 3 % des tiques analysées. Parmi ces tiques, 45 % sont porteuses des bactéries Rickettsia spp., responsables des rickettsioses.

Certaines tiques peuvent même héberger plusieurs agents pathogènes simultanément, ce qui complique le diagnostic médical et la compréhension des symptômes après piqûre.

 

Une cartographie du risque

L’un des apports majeurs de cette recherche est la cartographie fine des espèces de tiques et des agents pathogènes selon les régions. Elle montre que la répartition des risques n’est pas uniforme sur le territoire. Ces données permettent d’identifier les zones à risque, d’améliorer la prévention, et d’aider les professionnels de santé à mieux interpréter les cas suspects.

Au-delà des chiffres, cette étude souligne un point essentiel : les tiques ne sont pas toutes identiques et ne portent pas toutes les mêmes agents pathogènes. Comprendre cette diversité est crucial pour mieux anticiper les risques sanitaires liés aux piqûres. Elle met aussi en lumière l’intérêt des sciences participatives, qui transforment chaque citoyen en acteur de la recherche et permettent de collecter des données impossibles à obtenir autrement à grande échelle.

 

Références

➤ Dupont A, Martin L, Rousseau S, et al. (2026). Distribution of tick-borne microorganisms in human-biting ticks in France collected through a citizen-science program. Ticks and Tick-borne Diseases. 2026;17(2):102612. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2026.102612

➤ INRAE. "Programme CiTIQUE : cartographie des espèces de tiques et des agents pathogènes qu’elles transmettent". 10 mars 2026, [En ligne]. www.inrae.fr/actualites/programme-citique-cartographie-especes-tiques-agents-pathogenes-quelles-transmettent


Se protéger des tiques

  • Éviter l’exposition : rester sur les sentiers dégagés et balisés, éviter les herbes hautes et les zones broussailleuses.
  • Porter des vêtements qui couvrent la peau : pantalons longs, manches longues, bas de pantalon rentrés dans les chaussettes, chaussures fermées. Les vêtements peuvent éventuellement être traités traités à la perméthrine, mais en s'assurant de bien respecter les directives.
  • Utiliser des répulsifs : appliquer des produits à base de DEET ou d’icaridine sur la peau exposée, en respectant bien les directives indiquées sur les étiquettes.
  • Inspecter son corps : vérifier soigneusement la peau après une sortie en forêt ou randonnée (aisselles, plis, cuir chevelu, etc.).
  • Retirer rapidement les tiques : utiliser un tire-tique ou une pince fine pour une extraction précoce, ce qui réduit le risque de transmission de la Maladie de Lyme. Puis, désinfecter la plaie. 
  • Surveiller les symptômes : consulter en cas d’apparition d’une rougeur inhabituelle (érythème migrant) ou de signes généraux (fivre, fatigue).
  • Réduire les populations de tiques autour des habitations : garder l'herbe courte, éliminez les tas de feuilles et les broussailles, protéger les animaux de compagnie (par exemple, à l'aide de collier anti-tiques ou de traitement au moyen de pipettes).

 Santé Canada. Prévention des morsures de tiques. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/tiques-maladies-transmises/prevention-morsures-tiques.html

Note : Scientifiquement, les tiques sont des piqueurs-suceurs, car elles percent la peau et aspirent le sang. En pratique, on parle souvent de morsures de tiques, car elles coupent la peau avec leurs chélicères puis s’ancrent fortement, ce qui est ressenti comme une morsure.

Pour en savoir plus sur les tiques et les acariens :

 ➤ Acariens (PestInfos)

 

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