Vers des systèmes agricoles performants sans pesticides
L’agriculture conventionnelle est fondée sur l’usage massif d’intrants chimiques, notamment des pesticides de synthèse pour lutter contre les ravageurs, les agents phytopathogènes et les mauvaises herbes (adventices). Ainsi, elle contribue fortement à la contamination des écosystèmes et à l’érosion de la biodiversité, tout en générant des coûts économiques et sanitaires importants pour la société. Face à ces enjeux, une équipe de chercheurs coordonnée par INRAE a mené pendant 10 ans une vaste expérimentation pour évaluer la faisabilité de systèmes de production agricoles sans pesticides de synthèse. Menée en partenariat avec École d’ingénieurs de Purpan et le CIRAD, cette étude s’inscrit dans le dispositif expérimental Rés0Pest et couvre différents agrosystèmes pédoclimatiques en France.
Une expérimentation à grande échelle
Neuf systèmes de culture (grandes cultures, polyculture-élevage) ont été conçus avec des agriculteurs et des conseillers agricoles. L’objectif était ambitieux : supprimer totalement l’usage des pesticides (y compris les traitements par enrobage de semences), tout en maintenant des niveaux de production viables. Les chercheurs ont misé sur des mesures prophylactiques non chimiques et des principes agroécologiques tels que la diversification et l’allongement des rotations, la sélection de variétés adaptées, la gestion mécanique des adventices et le renforcement de la biodiversité fonctionnelle (cultures associées, cultures intermédiaires, mélanges de variétés, etc.). Le travail du sol, notamment le labour, et l'usage d'engrais minéraux sont restés possibles lorsque nécessaire, même si ceux-ci ne sont pas toujours conformes aux principes de l’agriculture de conservation des sols.
Des résultats encourageants
Au terme des dix années, les résultats montrent que produire sans pesticides est techniquement possible et économiquement viable pour les agriculteurs. Les rendements sont généralement inférieurs à ceux des systèmes conventionnels (avec recours aux pesticides), mais certains dispositifs ont atteint des performances comparables, voire supérieures selon les contextes. Surtout, aucune augmentation significative durable des dégâts liés aux maladies ou aux ravageurs n’a été observée.
La gestion des mauvaises herbes (adventices) reste le principal défi, nécessitant parfois davantage de travail du sol (labour). Malgré cela, plusieurs systèmes ont démontré une viabilité économique satisfaisante, avec des niveaux de revenu compatibles avec une activité agricole pérenne.
Un levier pour la transition agroécologique
Selon cette étude, une agriculture sans pesticides est possible, à condition de repenser en profondeur les systèmes de culture, notamment en diversifiant les rotations et les pratiques culturales, et d’agir à plusieurs niveaux. Cela implique d’organiser des filières et des circuits de commercialisation adaptés, de mieux valoriser économiquement les produits issus de ces systèmes, d’offrir un accompagnement technique aux agriculteurs et de mettre en place des politiques publiques cohérentes pour soutenir cette évolution. Ces résultats apportent ainsi des éléments concrets au débat sur la transition agroécologique et éclairent les trajectoires possibles vers une agriculture plus durable.
Références
Ortiz-Vallejo D., Cellier V., Deytieux V. et al. (2026). Pesticide-free agriculture: is a third way possible besides organic and conventional agriculture? Plant Disease, DOI: https://doi.org/10.1094/PDIS-09-25-1839-FE
INRAE. Une étude expérimentale menée sur 10 ans montre le potentiel de systèmes de production agricoles sans pesticides. Communiqué de presse, 19 février 2026. www.inrae.fr/actualites/etude-experimentale-menee-10-ans-montre-potentiel-systemes-production-agricoles-pesticides
Rés0Pest : Réseau expérimental de systèmes de culture zéro pesticides en Grande Culture et Polyculture-Elevage. https://reseau-pic.hub.inrae.fr/projets/res0pest