dimanche 8 février 2026

Le vivant de plus en plus exposé aux pesticides

La biodiversité mondiale est aujourd’hui menacée par de nombreuses activités humaines, parmi lesquelles l’utilisation massive de produits chimiques toxiques, notamment les pesticides agricoles. Si les volumes de pesticides utilisés sont relativement bien documentés, leurs effets réels sur les écosystèmes restent plus difficiles à quantifier à l’échelle globale. En 2022, lors de la 15e Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP15) à Montréal, les États membres se sont pourtant engagés à réduire de 50 % les risques liés aux pesticides pour la biodiversité d’ici 2030. Mais les tendances mondiales actuelles vont-elles réellement dans le bon sens, vers une réduction de l’usage et des impacts des pesticides?

Une nouvelle manière de mesurer l’impact réel des pesticides

Pour répondre à cette question, une équipe de chercheurs allemands de l’université de Kaiserslautern-Landau a analysé l’évolution mondiale de la toxicité réelle des pesticides agricoles, et non pas seulement les quantités utilisées. Leur étude, publiée dans Science, prend en compte la toxicité intrinsèque de chaque substance pour différents organismes non ciblés, tels que les insectes pollinisateurs, les poissons ou les organismes du sol.

Les chercheurs ont compilé des données mondiales d’utilisation de pesticides entre 2013 et 2019, couvrant 625 substances actives. Ils ont ensuite pondéré les quantités appliquées par des seuils de toxicité issus de sept autorités réglementaires internationales. Cette méthode leur a permis de construire un indicateur global appelé toxicité appliquée totale ( ou TAT pour Total Applied Toxicity), qui reflète bien mieux l’impact potentiel des pesticides sur la biodiversité que les volumes seuls.

Augmentation globale de la toxicité environnementale

Les résultats sont sans appel et inquiétants! La toxicité environnementale réelle des pesticides a augmenté à l’échelle mondiale sur la période étudiée. Autrement dit, l’exposition du vivant à la toxicité des pesticides s’est accrue pour la majorité des groupes biologiques examinés, notamment les pollinisateurs, les organismes du sol, les poissons, les invertébrés aquatiques, les arthropodes terrestres et les plantes terrestres.

Cette hausse s’explique par deux facteurs principaux :

  • l’augmentation des quantités de pesticides de synthèse utilisée, en lien avec l’agriculture intensive et productiviste;
  • la toxicité croissante des substances actives, en particulier des insecticides, souvent plus puissants à très faibles doses.

En conséquence, la plupart des pays ne suivent pas une trajectoire compatible avec l’objectif international de réduction de moitié du risque pour la biodiversité d’ici 2030. Pire! L’expansion des terres cultivées et la résistance croissante des ravageurs aux pesticides, aussi bien dans les cultures conventionnelles que dans les cultures génétiquement modifiées, devraient conduire à de nouvelles augmentations de la toxicité appliquée totale (TAT) à l’avenir si aucun changement structurel n’est engagé.

Des cultures et des pays particulièrement contributeurs

L’étude montre que l’essentiel de la toxicité appliquée se concentre sur quelques grandes cultures agricoles. Les cultures de pomme de terre, canne à sucre, coton, soja, maïs et riz représentent à elles seules environ 80 % de l’impact global. 

Par ailleurs, les niveaux les plus élevés de TAT sont observés dans les pays où l’agriculture est la plus intensive. La Chine, le Brésil, les États-Unis et l’Inde contribuent ensemble à plus de la moitié de la toxicité mondiale des pesticides. Les auteurs soulignent également que certains pays à forte intensité de TAT, comme le Brésil, l’Argentine ou les États-Unis, présentent des taux élevés de cultures génétiquement modifiées (OGM). Cela montre que les technologies OGM ne réduisent pas nécessairement l’usage ni la toxicité des pesticides, et peuvent même l’augmenter, comme c’est le cas aux États-Unis.

Des changements systémiques indispensables

Les chercheurs concluent que le respect des engagements internationaux en matière de biodiversité nécessite une transformation profonde des systèmes agricoles. La simple substitution de pesticides « moins toxiques » ne suffit pas : des substances moins dangereuses mais moins efficaces peuvent être utilisées en plus grandes quantités, avec des effets négatifs sur d’autres organismes non ciblés.

Parmi les leviers identifiés figurent :

  • la réduction drastique ou l’interdiction des substances les plus dangereuses;
  • le développement de l'agriculture biologique, sans pesticides de synthèse, ou d'une agriculture sans aucun pesticides;
  • la généralisation de pratiques agroécologiques plus résilientes : diversification des cultures, gestion moins intensive des sols, etc.;
  • la réduction du gaspillage alimentaire; 
  • et une évolution des régimes alimentaires, moins dépendants des cultures intensives, notamment celles liées à la production de viande.

Sans changements structurels du modèle agricole intensif actuel, seul un nombre très limité de pays, comme le Chili selon les projections de l’étude, pourrait atteindre l’objectif de réduction des risques liés aux pesticides d’ici 2030.

Références

➤ Jakob Wolfram et al. (2026). Increasing applied pesticide toxicity trends counteract the global reduction target to safeguard biodiversity. Science391,616-621(2026). https://doi.org/10.1126/science.aea8602

➤ Lucchese, V. (2026). L’exposition du vivant à la toxicité des pesticides augmente dans le monde. Reporterre. [En ligne]. https://reporterre.net/L-exposition-du-vivant-a-la-toxicite-des-pesticides-augmente-dans-le-monde

En apprendre plus sur la Convention sur la biodiversité des Nations unies :

➤ Site Web de la Convention sur la diversité biologique (CDB) / Convention of Biological Diversity (CBD) : www.cbd.int/ (en anglais)



jeudi 5 février 2026

De faibles doses de pesticides accélèrent le vieillissement des poissons

Une nouvelle étude publiée dans Science met en évidence un effet préoccupant des pesticides agricoles sur la vie sauvage : une exposition chronique à de très faibles concentrations de chlorpyrifos, trop faibles pour être considérées comme toxiques à court terme, peut tout de même accélérer le vieillissement cellulaire et réduire la durée de vie des poissons.

Le chlorpyrifos (ou chlorpyriphos-éthyl) est un insecticide organophosphoré utilisé en agriculture pour lutter contre divers ravageurs (pucerons, chenilles de Lépidoptères). Cependant, il est associé à des effets neurotoxiques sur le développement chez les animaux et les humains. Ces risques ont conduit plusieurs pays à interdire ou restreindre son usage : il est interdit en Europe depuis 2020, au Canada depuis 2023, et strictement limité aux États-Unis. Malgré cela, le chlorpyrifos reste largement utilisé dans le monde, notamment en Asie sur le riz et le coton, en Afrique sur les cultures maraîchères, et en Amérique latine sur le soja et le maïs.

Des observations sur le terrain et en laboratoire

Les chercheurs ont étudié des populations de poissons sauvages (Culter dabryidans ou Chanodichthys dabryi) dans plusieurs lacs de Chine. Ils ont constaté que les poissons exposés à de faibles niveaux de chlorpyrifos (bien en dessous de leur seuil de toxicité aigüe) avaient des télomères plus courts ainsi que des signes biologiques d’âge physiologique avancé. Ces poissons étaient également moins nombreux à atteindre des âges plus élevés que ceux des lacs non contaminés.

Les télomères sont des séquences d’ADN répétitives situées aux extrémités des chromosomes. Ils protègent les chromosomes lors des divisions cellulaires et leur raccourcissement constitue un marqueur biologique du vieillissement cellulaire.

Pour confirmer que ces effets étaient bien liés au pesticide, des expériences en laboratoire ont exposé des poissons à différentes concentrations de chlorpyrifos sur plusieurs mois. Là encore, même à des niveaux inférieurs aux normes actuelles, une exposition continue a entraîné une accélération du vieillissement cellulaire et une réduction de la survie des poissons. À l’inverse, des doses élevées ont causé une toxicité immédiate (toxicité aigüe), mais n’ont pas accéléré le vieillissement de façon significative.

Réévaluation des risques des pesticides

Ces résultats remettent en question une hypothèse des évaluations de risques chimiques selon laquelle qu’un est sûr s'il produit ne provoque pas d’effets toxiques immédiats. Or cette étude montre clairement que des effets chroniques subtils mais biologiquement importants peuvent passer inaperçus si l’on ne regarde que la toxicité aiguë. Elle souligne donc l’importance de prendre en compte les effets chroniques des pesticides dans les évaluations de risque et le processus d’homologation.

Par ailleurs, comme les mécanismes du vieillissement cellulaire sont similaires chez de nombreux vertébrés, ces effets pourraient aussi se produire chez d’autres animaux, et peut‑être même chez les humains.

 Références 

➤ Huang, K., et al. (2026). Chronic low-dose exposure to chlorpyrifos reduces lifespan in a wild fish by accelerating aging. Science. https://doi.org/10.1126/science.ady4727

➤ Harley, S., Egan, R. (2026). Long-term pesticide exposure accelerates aging and shortens lifespan in fish. Phys.org, 15 janvier 2026. [En ligne]. https://phys.org/news/2026-01-term-pesticide-exposure-aging-shortens.html

dimanche 1 février 2026

Biodiversité des sols en péril

En soutenant la fertilité des sols, le recyclage de la matière organique et des nutriments (cycles biogéochimiques du carbone, de l’azote, du phosphore, etc.), la régulation de l’eau et la séquestration du carbone, la biodiversité des sols est essentielle au fonctionnement et à la résilience des écosystèmes et agrosystèmes. Cette biodiversité comprend des organismes tels que des bactéries, des protistes, des champignons, des mycorhizes (associations symbiotiques entre des champignons et les racines des plantes), des nématodes, des collemboles, des coléoptères et autres insectes ainsi que des vers de terre. Sans une biodiversité riche, les sols deviennent moins productifs et les plantes cultivées plus vulnérables aux maladies et aux stress climatiques, comme la sécheresse.

Étude de l'impact des résidus de pesticides sur la biodiversité taxonomique et fonctionnelle des sols

Une récente étude paneuropéenne (Köninger et al., Nature 2026) a analysé 373 sites de sols dans 26 pays (forêts, prairies et terres agricoles) pour évaluer l’impact des résidus de 63 pesticides (insecticides, fongicides, herbicides) sur la vie du sol. Les chercheurs ont étudié non seulement les archées, les bactéries, les champignons, les protistes, les nématodes et autres arthropodes, mais aussi les gènes fonctionnels impliqués dans des processus essentiels du sol.

Principaux résultats

  • Des résidus de pesticides ont été détectés dans environ 70 % des sites analysés, confirmant leur présence généralisée dans les sols européens.
  • Après les propriétés physiques et chimiques du sol, les pesticides représentent le deuxième facteur le plus influent pour expliquer les variations de la biodiversité du sol.
  • Les pesticides provoquent des effets non ciblés sur les communautés biologiques du sol :
    • Altération des fonctions microbiennes et, notamment les cycles de l’azote et du phosphore.
    • Destruction des organismes bénéfiques, comme les champignons mycorhiziens arbusculaires et certains nématodes qui consomment des bactéries.

Conclusion

L’étude montre que les résidus de pesticides modifient la structure et les fonctions essentielles du microbiome du sol, ce qui peut réduire le fonctionnement et la résilience des écosystèmes terrestres et des agrosystèmes. Actuellement, les évaluations des risques des pesticides se basent souvent sur des organismes indicateurs simples (insectes, poissons, plantes) et ignorent le microbiome du sol. Les auteurs soulignent donc l’importance d’intégrer à l’avenir des mesures taxonomiques et fonctionnelles pour mieux protéger la biodiversité des sols, pilier de la fertilité et du fonctionnement des écosystèmes et agrosystèmes.

Préserver la biodiversité des sols

Pour protéger la vie du sol, il est essentiel de réduire drastiquement les intrants chimiques, notamment les pesticides et engrais de synthèse, et de limiter le travail intensif mécanique des sols en profondeur. Des pratiques comme la rotation des cultures, le recours aux solutions biologiques ou agroécologiques et la préservation des habitats naturels contribuent à maintenir la biodiversité et la santé des sols.


Référence

➤ Köninger, J., Labouyrie, M., Ballabio, C., Dulya, O., Mikryukov, V., Romero, F., Franco, A., Bahram, M., Panagos, P., Jones, A., Tedersoo, L., Orgiazzi, A., Briones, M. J. I., & van der Heijden, M. G. A. (2026). Pesticide residues alter taxonomic and functional biodiversity in soils. Nature, 28 janvier 2026. https://doi.org/10.1038/s41586-025-09991-z

 

jeudi 29 janvier 2026

Effets du dinotéfurane sur les abeilles mellifères : un nouveau mécanisme d’écotoxicité des néonicotinoïdes

Une équipe de chercheurs chinois a montré que l’insecticide néonicotinoïde dinotéfurane affecte profondément la physiologie, la thermorégulation et le comportement des abeilles mellifères (Apis mellifera), avec des conséquences potentiellement importantes pour la santé des colonies et des ruches.

Le dinotéfurane est un insecticide systémique de la famille des néonicotinoïdes. Il est largement utilisé pour lutter contre de nombreux ravageurs, tels que les pucerons, les aleurodes et les thrips en agriculture et en horticulture, notamment pour la gestion des gazons. Il est également employé contre les punaises de lit et les blattes dans les bâtiments d’habitation, ainsi que contre les puces et les tiques en médecine vétérinaire.

Élévation de la température corporelle des abeilles

Les chercheurs ont observé que l’exposition au dinotéfurane lors du butinage modifie les niveaux d’octopamine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’activité et de la thermorégulation chez les insectes. Cette perturbation entraîne une augmentation significative de la température corporelle des abeilles exposées.

Modification du comportement et retour accéléré à la ruche

Cette élévation de température est associée à l’activation de gènes liés au vol, notamment le gène flightin. En conséquence, les abeilles exposées au dinotéfurane reviennent plus rapidement à la ruche après le butinage. Autrement dit, elles transportent le nectar et les résidus de dinotéfurane qu’il contient vers la ruche plus vite qu’en temps normal.

Augmentation de l'exposition des colonies au dinotéfurane 

Cette modification du comportement de butinage entraîne une augmentation de la quantité de dinotéfurane introduite dans la ruche, ce qui peut accroître l’exposition de l’ensemble de la colonie au pesticide. Les auteurs suggèrent que ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi les néonicotinoïdes sont fréquemment détectés à des niveaux élevés dans les ruches, comparativement à d’autres classes de pesticides.

Risque écotoxicologique accru pour la santé des colonies

Au-delà des effets neurotoxiques des néonicotinoïdes déjà bien établis, cette étude met en évidence un mécanisme d’écotoxicité original : en modifiant la physiologie et le comportement des abeilles, ces insecticides peuvent faciliter leur propre propagation au sein de la colonie, en utilisant les abeilles comme vecteurs involontaires de contamination.

Ces résultats soulignent les risques majeurs associés à l’utilisation des néonicotinoïdes en agriculture et en horticulture, en particulier leur capacité à perturber le comportement naturel des abeilles pollinisatrices, avec des conséquences négatives à l’échelle de la ruche entière.


Référence

➤ Fu Zhang, Lixia Zou, Yongheng Zhang, Honghong Li, Dongyu Yang, Lichao Chen, Zhaojie Chen, Xuesheng Li. Neonicotinoid pesticides dinotefuran increase honeybee body temperature and accelerate honeybee (Apis mellifera) translocation of contaminants into hives to enhance ecotoxicity risk,
Environmental Chemistry and Ecotoxicology, Volume 8, 2026, Pages 631-641. https://doi.org/10.1016/j.enceco.2025.12.009

 

lundi 26 janvier 2026

Impact des mélanges de pesticides sur la santé des perdrix grises

Une étude récente menée par des chercheurs du Centre d’Études Biologiques de Chizé (CNRS / La Rochelle Université) et du Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive met en évidence, pour la première fois, qu’un mélange de pesticides, même à faibles doses comme ceux présents dans les agrosystèmes, altère significativement l’état de santé des perdrix grises (Perdix perdix). Cette espèce d'oiseau emblématique des plaines agricoles connaît un fort déclin depuis plusieurs décennies.

Les chercheurs ont mené des expérimentations en conditions semi-naturelles en nourrissant des perdrix avec des céréales issues de l’agriculture conventionnelle. Ces graines contenaient de nombreux résidus de pesticides, comparables à ceux rencontrés dans les agrosystèmes actuels. Des analyses sanguines ont ensuite été réalisées afin de rechercher jusqu’à 94 substances potentiellement polluantes, incluant herbicides, fongicides et insecticides.

Les résultats montrent que l’exposition chronique à des mélanges de pesticides provoque des altérations mesurables du comportement et de la physiologie, ainsi qu’une dégradation globale de leur état de santé. parmi les effets observés : 

  • une baisse significative de l’activité physique
  • une diminution de l’intensité des couleurs autour de l’œil, un indicateur clé de l’état physiologique et un signal sexuel important dans le choix des partenaires;
  • une réduction de la réactivité face au danger;
  • une baisse de l’activité neurologique, mise en évidence par la diminution de l’activité de l’enzyme acétylcholinestérase, révélatrice d’un impact sur le système nerveux.

Fait notable, certains pesticides détectés dans le sang des perdrix n’avaient pas été mesurés dans les graines distribuées. Ce résultat suggère l’existence d'autres voies d’exposition (air, sol, eau) ou le contact direct avec l’environnement, et pas uniquement l’ingestion alimentaire.

L’étude souligne également les limites des méthodes actuelles d’évaluation des risques liés aux pesticides. Celles-ci reposent principalement sur des tests de substances prises isolément, ce qui conduit probablement à une sous-estimation des effets combinés auxquels la faune sauvage est réellement exposée. Or, les mélanges de pesticides présents dans l’environnement peuvent affecter durablement la santé et le comportement des perdrix grises, contribuant ainsi au déclin des populations d’oiseaux en milieu agricole.

Plus largement, ces travaux montrent que l’exposition simultanée à de multiples pesticides, même à faibles doses, peut perturber des fonctions biologiques essentielles, réduire les capacités de survie et de reproduction, et accélérer le déclin de la biodiversité agricole. Ils soulèvent également des interrogations au-delà de la faune sauvage, notamment quant aux conséquences potentielles pour la santé humaine dans un contexte d’exposition diffuse et chronique à de nombreux pesticides dans l’environnement.

 

Références 

➤ CNRS, La Rochelle Université, 2026. Les mélanges de pesticides altèrent l’état de santé des perdrix grises: une première démonstration. Communiqué de presse, 20 janvier 2026. [PDF en ligne] [https://www.cnrs.fr/sites/default/files/press_info/2026-01/20260119%20Perdrix%20CEBC_vF.pdf]

➤ Dupont S.M., et al., 2026. First evidence of deleterious effect of pesticide mixture on health status in semi-captive grey partridges. Environmental Research, Volume 289, 15 January 2026. https://doi.org/10.1016/j.envres.2025.123332

lundi 19 janvier 2026

Le microbiote des plantes : vers une alternative naturelle aux pesticides?

Les plantes, tout comme les humains et les animaux cohabitent avec une multitude de micro-organismes (bactéries, champignons et autres microbes) qui constituent leur microbiote. Cette association étroite entre hôtes et microbiotes joue un rôle clé dans l’accès aux nutriments, la croissance, la résistance aux maladies et, plus généralement, la santé globale des plantes.

La plante comme holobionte 

Aujourd’hui, la plante n’est plus considérée comme un organisme isolé, mais de plus en plus comme un holobionte, c’est-à-dire un ensemble fonctionnel et évolutif formé par la plante hôte et l’ensemble de ses micro-organismes associés et symbiotiques (champignons, bactéries, virus). Le génome combiné de la plante et de ses symbiotes, appelé hologénome, conditionne de nombreux traits biologiques tels que la nutrition, l’immunité, l’adaptation aux stress environnementaux (sécheresse) et les mécanismes de défenses naturelles. 

Interactions et communications entre plantes et microbiotes

Les plantes hébergent des communautés microbiennes autour de leurs racines (rhizosphère), sur leurs feuilles et à l’intérieur même de leurs tissus. Ces relations sont fonctionnelles, dynamiques et évolutives : plantes et microbes échangent des signaux chimiques, des métabolites, mais aussi des molécules de régulation et du matériel génétique sous la forme de mini séquences appelées microARN.

Ces microARN jouent un rôle clé dans la communication entre les organismes. Ils peuvent réguler l’expression de gènes chez la plante ou chez les microbes associés, modulant ainsi l’immunité, la croissance ou la réponse au stress. Certaines bactéries et champignons peuvent influencer les microARN des plantes, et inversement, ce qui révèle un niveau de communication jusqu'alors insoupçonné. 

Note : Les microARN sont des petits ARN régulateurs non codants, d’environ 20–24 nucléotides, produits naturellement par les organismes (plantes, animaux, champignons). Ils assurent une modulation fine de l’expression des gènes, en inhibant ou dégradant les ARN messagers (ARNm). Ils différent des ARN interférents, issus le plus souvent d’ARN double brin (virus, éléments exogènes), provoquent une extinction ciblée des gènes par interférence ARN.

Nutrition et symbioses racinaires

Parmi les partenaires symbiotiques les plus connus figurent les champignons mycorhiziens. En augmentant considérablement la surface d’absorption des racines, ils facilitent l’acquisition de l’eau et de nutriments essentiels, notamment le phosphore. D’autres micro-organismes du sol, comme certaines bactéries associées aux racines, améliorent la disponibilité de l’azote (nitrates) ou d’oligo-éléments. Grâce à ces symbioses, les plantes tolèrent mieux les sols pauvres, la sécheresse et divers stress environnementaux.

Microbes protecteurs et défense naturelle des plantes

Le microbiote végétal joue également un rôle majeur dans la protection contre les agents phytopathogènes. Certaines bactéries antagonistes et champignons bénéfiques limitent le développement de maladies par compétition, par la production de substances antimicrobiennes (antibiose) ou par la stimulation des défenses naturelles de la plante. Les mycorhizes peuvent aussi renforcer les parois cellulaires (manchon mycélien autour des racines) et surtout activer une résistance systémique, rendant la plante moins sensible aux infections. Ces mécanismes naturels offrent des alternatives aux pesticides chimiques de synthèse.

Vers une nouvelle approche phytosanitaire

La prise en compte du microbiote végétal, des symbioses racinaires, des bactéries antagonistes et des mécanismes de communication comme les microARN bouleverse la vision traditionnelle de la protection des cultures. Elle ouvre la voie à des pratiques agricoles fondées sur des inoculants microbiens, une gestion écologique des sols et l’exploitation des interactions biologiques naturelles. 

 Cette approche favorise une agriculture plus durable, moins dépendante des intrants chimiques, notamment des pesticides de synthèse dont l’efficacité diminue face à l’apparition de résistances chez les ravageurs et agents phytopathogènes. En misant sur les associations naturelles entre plantes et micro-organismes plutôt que sur leur élimination systématique via des pesticides, il devient possible de repenser la protection des cultures et la lutte contre les ravageurs et les maladies des plantes. 

Mieux comprendre les interactions entre les plantes et leurs microbiotes pourrait ainsi renforcer la résistance des cultures aux maladies, réduire l’usage des intrants chimiques (pesticides, engrais) et contribuer à une agriculture plus résiliente, durable et respectueuse des écosystèmes.

 

Références

Monard, Cécile et Abdelhak El Amrani, 2026. « Les plantes aussi ont un microbiote – pourrait-on s’en servir pour se passer de phytosanitaires ? », The Conversation, 18 janvier 2026 [En ligne] https://theconversation.com/les-plantes-aussi-ont-un-microbiote-pourrait-on-sen-servir-pour-se-passer-de-phytosanitaires-266429

INRAE, 2025. « Plantes et leurs microbes : un duo clé pour une agriculture durable », 6 janvier 2025 [En ligne] https://www.inrae.fr/actualites/plantes-leurs-microbes-duo-cle-agriculture-durable

PestInfos, 2026. « Les mycorhizes : alliées invisibles mais essentielles des plantes », 25 novembre 2025 [En ligne]. https://pestinfos.blogspot.com/2026/01/les-mycorhizes-alliees-invisibles-mais.html


mercredi 14 janvier 2026

Plus de pesticides, moins d’oiseaux

Une récente étude scientifique menée en France métropolitaine, publiée dans Proceedings of the Royal Society B, montre que les oiseaux communs sont moins abondants dans les zones agricoles où les achats de pesticides sont les plus élevés. En s’appuyant sur des données à grande échelle, les chercheurs mettent en évidence une association négative entre l’intensité de l’usage des pesticides et l’abondance des oiseaux dans les cultures. Ces résultats soulignent le rôle clé des pratiques agricoles dans le déclin de la biodiversité ordinaire et renforcent l’intérêt de systèmes agricoles moins dépendants des pesticides et intrants chimiques.

 En d’autres mots, réduire l’usage des pesticides, c’est aussi protéger la biodiversité agricole!

« On a trouvé un signal assez fort puisqu’il y a 84,4% des espèces pour lesquelles il y a des corrélations négatives, c’est-à-dire que plus il y a de pesticides vendus, moins il y a d’oiseaux...Nous pouvons conclure dès maintenant qu'une réduction de l'utilisation des pesticides est nécessaire pour atténuer les pertes actuelles de biodiversité agricole.  »

Anne-Christine Monnet, co-autrice de l'étude et chercheuse au Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN)

(Propos recueillis par l'AFP via Sciences et Avenir)  

En 2021, le bilan de suivi temporel des oiseaux communs en France (STO) publié par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) et l'Office Français de la Biodiversité (OFB) montrait un déclin de nombreuses espèces d'oiseaux dans les campagnes et villes françaises (Hirondelle de fenêtres, Chardonneret élégant, Tourterelle des bois, etc.) : Près de 30 % d’oiseaux en moins en 30 ans

 

Références

➤ Monnet AC., Cairo M., Deguines N., Jiguet F., Vimont M., Fontaine C., Porcher E., 2026. Common birds have higher abundances in croplands with lower pesticide purchases. Proc Biol Sci 1 January 2026; 293 (2062): 20252370. DOI: 10.1098/rspb.2025.2370 https://royalsocietypublishing.org/rspb/article/293/2062/20252370/479156/Common-birds-have-higher-abundances-in-croplands

➤ Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) : www.vigienature.fr/fr/suivi-des-oiseaux-communs-stoc

➤ BNV-D Traçabilité. Données sur les ventes de produits phytopharmaceutiques en France (Eaufrance):  https://ventes-produits-phytopharmaceutiques.eaufrance.fr/

➤ Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) : www.mnhn.fr/fr/actualites/

 

 


 


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