lundi 27 avril 2026

Cartographier les tiques et leurs agents pathogènes : une avancée majeure pour la santé publique

Les tiques (Ixodida) sont de petits acariens bien connus pour leur rôle de vecteurs de maladies, notamment la maladie de Lyme. En France, une récente étude issue du programme participatif CiTIQUE, menée par des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et de plusieurs partenaires, apporte un éclairage inédit sur leur diversité et les agents pathogènes qu’elles transportent. Elle confirme que le risque infectieux existe, mais qu’il varie fortement selon les espèces, les régions et les agents pathogènes présents. Grâce à la collaboration entre chercheurs et citoyens, la prévention des maladies vectorielles devient plus précise et plus efficace.

 

Une science participative à grande échelle

Entre 2017 et 2019, plus de 2 000 tiques prélevées sur des humains via des signalements citoyens ont été analysées. Ce dispositif repose sur la contribution du public, qui envoie les tiques après piqûre via des outils dédiés. Cette approche permet d’obtenir des données représentatives des situations réelles d’exposition, à l’échelle de tout le territoire français.

CiTIQUE-TRACKER. Signalements de piqûres de tiques en France. https://ci-tique-tracker.sk8.inrae.fr/

 

Des résultats inquiétants mais essentiels

L’étude met en évidence une circulation importante d’agents pathogènes au sein des tiques prélevées sur l’humain en France.

Les analyses montrent que 27 % des tiques examinées sont porteuses d’au moins un agent pathogène transmissible à l’humain. La grande majorité des spécimens analysés (94 %) appartient à l’espèce Ixodes ricinus (famille des Ixodidae), espèce dominante en France et principal vecteur de la maladie de Lyme.

 Chez I. ricinus, plusieurs agents infectieux ont été détectés :

  • 15,4 % sont porteuses de Borrelia burgdorferi s.l., bactéries responsables de la maladie de Lyme
  • 7,1 % sont porteuses de Anaplasma phagocytophilum, bactérie responsable de l’anaplasmose granulocytaire
  • 2,9 % sont porteuses de Neoehrlichia mikurensis, bactérie responsable de la néoehrlichiose;
  • 1,3 % sont porteuses de Babesia spp., protozoaires parasites responsables des babésioses.
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Ixodes ricinus (femelle) Crédit: W.alter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
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Ixodes ricinus (femelle presque gorgée de sang après repas) crédit: Richard Bartz, CC BY-SA 2.5 , via Wikimedia Commons

Moins fréquent, mais également impliqué dans la transmission de pathogènes, le genre Dermacentor représente 3 % des tiques analysées. Parmi ces tiques, 45 % sont porteuses des bactéries Rickettsia spp., responsables des rickettsioses.

Certaines tiques peuvent même héberger plusieurs agents pathogènes simultanément, ce qui complique le diagnostic médical et la compréhension des symptômes après piqûre.

 

Une cartographie du risque

L’un des apports majeurs de cette recherche est la cartographie fine des espèces de tiques et des agents pathogènes selon les régions. Elle montre que la répartition des risques n’est pas uniforme sur le territoire. Ces données permettent d’identifier les zones à risque, d’améliorer la prévention, et d’aider les professionnels de santé à mieux interpréter les cas suspects.

Au-delà des chiffres, cette étude souligne un point essentiel : les tiques ne sont pas toutes identiques et ne portent pas toutes les mêmes agents pathogènes. Comprendre cette diversité est crucial pour mieux anticiper les risques sanitaires liés aux piqûres. Elle met aussi en lumière l’intérêt des sciences participatives, qui transforment chaque citoyen en acteur de la recherche et permettent de collecter des données impossibles à obtenir autrement à grande échelle.

 

Références

➤ Dupont A, Martin L, Rousseau S, et al. (2026). Distribution of tick-borne microorganisms in human-biting ticks in France collected through a citizen-science program. Ticks and Tick-borne Diseases. 2026;17(2):102612. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2026.102612

➤ INRAE. "Programme CiTIQUE : cartographie des espèces de tiques et des agents pathogènes qu’elles transmettent". 10 mars 2026, [En ligne]. www.inrae.fr/actualites/programme-citique-cartographie-especes-tiques-agents-pathogenes-quelles-transmettent


Se protéger des tiques

  • Éviter l’exposition : rester sur les sentiers dégagés et balisés, éviter les herbes hautes et les zones broussailleuses.
  • Porter des vêtements qui couvrent la peau : pantalons longs, manches longues, bas de pantalon rentrés dans les chaussettes, chaussures fermées. Les vêtements peuvent éventuellement être traités traités à la perméthrine, mais en s'assurant de bien respecter les directives.
  • Utiliser des répulsifs : appliquer des produits à base de DEET ou d’icaridine sur la peau exposée, en respectant bien les directives indiquées sur les étiquettes.
  • Inspecter son corps : vérifier soigneusement la peau après une sortie en forêt ou randonnée (aisselles, plis, cuir chevelu, etc.).
  • Retirer rapidement les tiques : utiliser un tire-tique ou une pince fine pour une extraction précoce, ce qui réduit le risque de transmission de la Maladie de Lyme. Puis, désinfecter la plaie. 
  • Surveiller les symptômes : consulter en cas d’apparition d’une rougeur inhabituelle (érythème migrant) ou de signes généraux (fivre, fatigue).
  • Réduire les populations de tiques autour des habitations : garder l'herbe courte, éliminez les tas de feuilles et les broussailles, protéger les animaux de compagnie (par exemple, à l'aide de collier anti-tiques ou de traitement au moyen de pipettes).

 Santé Canada. Prévention des morsures de tiques. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/tiques-maladies-transmises/prevention-morsures-tiques.html

Note : Scientifiquement, les tiques sont des piqueurs-suceurs, car elles percent la peau et aspirent le sang. En pratique, on parle souvent de morsures de tiques, car elles coupent la peau avec leurs chélicères puis s’ancrent fortement, ce qui est ressenti comme une morsure.

Pour en savoir plus sur les tiques et les acariens :

 ➤ Acariens (PestInfos)

 

jeudi 23 avril 2026

Appel à protéger les pollinisateurs face aux pesticides!

🐝Ce 23 avril 2026, dans le magazine scientifique Science, un collectif de scientifiques français, principalement écologistes, entomologistes, spécialistes de la pollinisation et agronomes, alerte sur le déclin préoccupant des insectes pollinisateurs en Europe, largement lié à l’usage des pesticides. Ces insectes sont pourtant indispensables à la biodiversité, à la reproduction des plantes à fleurs et à la production agricole. 

David Cappaert, Bugwood.org 

Les scientifiques rappellent que la France avait interdit les néonicotinoïdes en 2018, mais que de nouvelles propositions de loi portées par Laurent Duplomb visent à les réintroduire. Une première tentative a été rejetée après une forte mobilisation citoyenne (dont la pétition "Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective" qui a recueilli plus de deux millions de signatures) et une censure du Conseil constitutionnel, mais un nouveau projet est encore en discussion.

Selon ces chercheurs, ce projet contredirait la Charte de l’environnement, qui garantit le droit à un environnement sain, aggraverait les effets négatifs des pesticides sur la biodiversité, les écosystèmes et la santé humaine, et réintroduirait des insecticides systémiques nocifs.

Ils soulignent que les pesticides contaminent les sols, l’eau et les aliments, avec des risques accrus de maladies, et qu’ils restent largement utilisés malgré l’existence d’alternatives agroécologiques efficaces.

 En conséquence, ces scientifiques appellent à rejeter ce projet de loi, adopter des politiques fondées sur le consensus scientifique, accélérer la transition vers des pratiques agricoles durables et mieux accompagner les agriculteurs dans cette transition.

Pour lire cet appel : 

 ➤ Bertrand Schatz et al. France must protect pollinators over pesticides. Science, vol. 392, p. 366 (2026). https://doi.org/10.1126/science.aeg6003


 

lundi 20 avril 2026

Réchauffement climatique : les insectes tropicaux proches de leurs limites de résistance à la température

Une étude internationale révèle une forte vulnérabilité thermique des insectes dans les régions tropicales du Kenya et du Pérou.

Les insectes constituent la majorité des espèces animales, dont près de 70 % se trouvent dans les régions tropicales, mais les impacts du réchauffement climatique sur ces communautés restent encore très incertains.

Une nouvelle étude publiée dans Nature révèle une inquiétante limite biologique chez les insectes tropicaux : leur capacité à tolérer la chaleur est beaucoup plus faible qu’on ne le pensait. Elle suggère que, dans les zones les plus riches en biodiversité, les insectes pourraient être parmi les premières victimes du réchauffement climatique, faute de pouvoir évoluer assez vite pour y faire face.

En analysant les limites thermiques de plus de 2300 espèces le long de gradients d’altitude en Afrique (Kenya) et en Amérique du Sud (Pérou), les chercheurs montrent que les insectes des zones tropicales basses vivent déjà près de leur seuil maximal de température. Contrairement aux espèces de montagne, capables d’ajuster temporairement leur tolérance à la chaleur, ces insectes disposent de très peu de marge d’adaptation.

Cette contrainte serait en grande partie liée à la stabilité des protéines qui composent leur organisme : une caractéristique profondément ancrée dans leur évolution et difficile à modifier rapidement. Les projections climatiques sont préoccupantes : dans certaines régions comme l’Amazonie, jusqu’à la moitié des espèces d’insectes pourraient être exposées à des températures mortelles dans les décennies à venir.

Or, les insectes jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes et les agrosystèmes (pollinisation, décomposition et recyclage de la matière organique, régulation des populations) si bien que leur vulnérabilité pourrait entraîner des perturbations en cascade.

Référence

➤ Holzmann, K.L., Schmitzer, T., Abels, A. et al. (2026). Limited thermal tolerance in tropical insects and its genomic signature. Nature 651, 672–678 (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10155-w

 

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Caleb Slemmons, National Ecological Observatory Network, Bugwood.org 

mercredi 1 avril 2026

Pesticides et cancer : les effets des mélanges de pesticides à l’échelle d’un pays

Depuis plusieurs décennies, il existe des inquiétudes grandissantes quant au potentiel cancérogène des expositions environnementales aux pesticides. Toutefois, les études toxicologiques peinent à établir un lien direct et définitif entre exposition aux pesticides et cancer dans des conditions réelles. Une récente étude franco-péruvienne publiée dans Nature Health met en lumière un aspect encore peu exploré des risques environnementaux : l’exposition simultanée à plusieurs pesticides, plutôt que les effets de chacun des pesticides pris isolément.

Jusqu’à présent, la plupart des études toxicologiques et évaluations sanitaires considéraient les pesticides un par un. Or, dans la réalité, les populations sont exposées à des mélanges complexes de substances chimiques, dont les effets peuvent s’additionner ou interagir, un phénomène souvent désigné sous le nom d’« effet cocktail ».

 

Une cartographie inédite des expositions aux pesticides

Pour mieux comprendre ce phénomène, des chercheurs ont étudié le cas du Pérou en utilisant une approche innovante : la cartographie des risques environnementaux ou exposomique spatiale (spatial exposomics en anglais), qui permet d’analyser l’ensemble des expositions environnementales à l’échelle d’un territoire.

Le Pérou constitue un terrain d’étude particulièrement pertinent en raison de sa diversité écologique et de son histoire agricole. Les chercheurs ont combiné plusieurs types de données sur une période de six ans (2014–2019) :

  • des modèles environnementaux géolocalisés (dispersion des pesticides dans l’air, l’eau et les sols),
  • des données biologiques et épidémiologiques,
  • des registres régionaux de cancers.

Cette approche intégrée a permis de produire une cartographie à haute résolution de l’exposition aux pesticides et d’identifier les zones les plus à risque.

Au total, 31 pesticides parmi les plus utilisés au Pérou ont été analysés (soit 19 insecticides, 7 fongicides et 5 herbicides). Fait notable : aucun n’est classé comme cancérogène avéré pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

L’originalité de l’étude réside dans le fait d’avoir :

  • modélisé leur dispersion environnementale,
  • analysé des centaines de combinaisons de pesticides,
  • calculé des indicateurs de risque (incidence et risque relatif),
  • identifié des zones géographiques à forte exposition.

 

Résultats : des « hotspots » de risque

Les chercheurs ont identifié 436 zones à risque élevé (« hotspots »), où l’exposition simultanée à plusieurs pesticides coïncide avec une incidence plus importante de cancers. Dans ces zones, le risque de cancer est en moyenne 150 % plus élevé que dans le reste du pays.

Ces zones correspondent majoritairement à des territoires ruraux isolés, souvent habités par des populations autochtones, avec un accès plus limité aux systèmes de santé. Ces résultats soulignent ainsi une forte dimension d’injustice environnementale et sociale envers les populations les plus vulnérables ou défavorisées

L’étude montre également que, même si chaque pesticide est considéré comme non cancérogène individuellement, leur combinaison pourrait amplifier les effets toxiques. Les interactions entre substances pourraient ainsi jouer un rôle dans l’augmentation du risque.

Par ailleurs, l’exposition ne dépend pas uniquement de l’usage local, mais aussi de facteurs environnementaux, notamment climatiques. Les pesticides peuvent se déplacer via l’air et l’eau, contaminant des zones éloignées de leur point d'épandage. Le risque devient donc diffus, invisible et complexe, difficile à détecter sans approches globales.

 

Des résultats cohérents avec d’autres travaux

Pour la première fois, une étude montre un lien entre risque de cancer et exposition aux pesticides à l'échelle d'un pays. 

 « C’est la première fois que nous établissons un lien, à l’échelle nationale, entre exposition aux pesticides et signaux biologiques associés à un risque accru de cancer. »

 Stéphane Bertani, chercheur en biologie moléculaire, IRD/Université de Toulouse.

Même si un lien de causalité direct reste difficile à établir, ces résultats s’inscrivent dans un contexte scientifique plus large. Des organismes comme l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) ont déjà mis en évidence des associations entre exposition aux pesticides (notamment chez les professionnels agricoles) et certains cancers (lymphomes non hodgkiniens, leucémies, etc.). De son côté, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), rattaché à Organisation mondiale de la santé (OMS), classe certains pesticides comme cancérogènes avérés ou probables (par exemple, le glyphosate, l'atrazine et le DDT).

 

Vers une évolution des politiques de santé publique ?

Cette étude met en évidence une limite importante des réglementations actuelles, qui évaluent les substances individuellement, sans prendre en compte les effets des expositions chroniques à des mélanges. Les approches actuelles pourraient ainsi sous-estimer les risques réels. Il devient donc nécessaire d’intégrer davantage les effets combinés dans les processus d'évaluations règlementaires. 

Cette étude renforce une préoccupation déjà bien présente dans la communauté scientifique : l’exposition aux pesticides est complexe et potentiellement dangereuse, et les effets cocktails pourraient constituer un enjeu majeur de santé publique. Tout indique que les mélanges de pesticides constituent un problème potentiel majeur pour la santé, même si leur impact exact reste encore à préciser.

Dans ce contexte, compte tenu des incertitudes, mais aussi de la convergence des indices et de la gravité des risques potentiels, il apparaît raisonnable de recourir à des approches globales, telles que la cartographie des risques environnementaux, dans l’évaluation des pesticides, et d’adopter une démarche de précaution en limitant le plus possible leur usage dans les agrosystèmes. 

 

Références

➤ Honles, J., Cerapio, J. P., Monge, C., Marchio, A., Ruiz, E., Fernández, R., Casavilca‑Zambrano, S., Contreras‑Mancilla, J., Vidaurre, T., Condom, T., Zerathe, S., Dangles, O., Deharo, É., & Bertani, S. (2026). Mapping pesticide mixtures to cancer risk at the country scale with spatial exposomics. Nature Health. https://doi.org/10.1038/s44360-026-00087-0

➤ Reporterre. (2026). Les pesticides "non cancérogènes" augmentent aussi le risque de cancer. Reporterre, 01/04/206, [En ligne]. https://reporterre.net/Les-pesticides-non-cancerogenes-augmentent-aussi-le-risque-de-cancer

 

 

 

jeudi 26 mars 2026

Nématodes : des ravageurs invisibles qui changent les pratiques agricoles

Les nématodes phytoparasites constituent une contrainte majeure mais souvent sous-estimée en agriculture. Ces vers ronds microscopiques du sol parasitent principalement les racines des plantes, perturbant l’absorption de l’eau et des éléments nutritifs. Ils peuvent provoquer la formation de galles ou de kystes ainsi que divers symptômes tels que le nanisme, le jaunissement ou le flétrissement. Les infestations peuvent entraîner des pertes de rendement significatives, voire la destruction complète de certaines cultures, notamment en maraîchage, en serriculture, en grandes cultures et en arboriculture. Leur impact économique est considérable, d’autant plus qu’ils sont difficiles à détecter précocement et qu’ils persistent durablement dans les sols.

Les nématodes à kyste (Globodera spp.) parasitent les racines de la pomme de terre et des autres Solanacées en causant des retards de croissance et une sénescence prématurée des plantes infestées. Très persistants dans le sol, les kystes contiennent les œufs de nématodes et les protègent contre la dessiccation. Crédit photo : Xiaohong Wang, US Department of Agriculture, Agricultural Research Service, licence Domain Public via Wikimedia Commons

Pour les contrôler, l’agriculture a largement eu recours à plusieurs nématicides chimiques. Il s’agit le plus souvent de fumigants du sol, libérant des gaz toxiques, ou de pesticides à large spectre également actifs contre des insectes, acariens ou autres organismes du sol. Leur mode d’action peu sélectif explique en grande partie leur efficacité, mais aussi leurs effets néfastes sur les écosystèmes du sol. Ces substances sont souvent très toxiques, tant pour l’environnement que pour la santé humaine : elles peuvent affecter de nombreux organismes non ciblés, appauvrir la vie biologique des sols, contaminer l’air et les eaux, et exposer les travailleurs agricoles à des risques importants. En conséquence, de nombreuses molécules ont été restreintes ou interdites, et les options chimiques disponibles sont aujourd’hui plus limitées.

Dans ce contexte, la lutte contre les nématodes ravageurs s’oriente fortement vers des approches durables, souvent plus rapidement encore que pour les insectes ou les maladies fongiques. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, le plus faible nombre de nématicides efficaces et leur toxicité élevée ont accéléré la recherche d’alternatives. D’autre part, la biologie même des nématodes, qui vivent dans le sol, favorise des stratégies agroécologiques telles que les rotations culturales, l’utilisation de plantes nématicides en assolement (engrais verts), les amendements organiques (compost, biofumigation) et, plus largement, la gestion de la santé des sols.

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Culture intercalaire d'oeillet d'Inde (Tagetes patula, Astéracées) protégeant des plantes potagères contre les attaques parasitaires.  Crédit photo: Airelle at fr.wikipedia, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5680053


Par ailleurs, le biocontrôle connaît une progression importante dans ce domaine, avec l’utilisation de micro-organismes (champignons nématophages, bactéries comme Bacillus) ou d’extraits végétaux. Enfin, l’absence de solutions curatives rapides renforce l’importance des approches préventives.

Ainsi, la gestion des nématodes s’inscrit de plus en plus dans une logique intégrée et durable, reposant sur la prévention, la diversification des pratiques et la valorisation des équilibres biologiques du sol.

Pour en savoir plus sur les nématodes phytoparasites et les méthodes de lutte, consultez les pages suivantes:

 ➤ Nématodes  – PestInfos, mars 2026

 ➤ Nématicides – PestInfos, mise à jour mars 2026 

Ravageurs des cultures ou agents phytopathogènes?  
Les nématodes phytoparasites sont des ravageurs des cultures, car ils endommagent directement les plantes en se nourrissant des tissus végétaux, notamment des racines. Leur action provoque cependant des altérations physiologiques et des symptômes proches de ceux causés par les agents phytopathogènes (champignons, bactéries), ce qui conduit certains spécialistes, notamment anglo-saxons, à les considérer également comme tels.



 

jeudi 12 mars 2026

La guerre aux animaux « nuisibles » : une fausse solution coûteuse et controversée

Chaque année, en France, des millions d’animaux dits « susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD), comme les renards, les fouines, les martres, les étourneaux, les pies, les corbeaux ou les corneilles, sont abattus dans l’espoir de protéger l’agriculture, les biens privés et d'éviter les risques sanitaires. Mais une étude scientifique récente du Muséum national d’Histoire naturelle, basée sur les données officielles récoltées pendant sept ans (entre 2015 et 2022) et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que cette pratique ne réduit pas les dégâts attribués, malgré l’élimination d’environ 1,7 million d’animaux par an.

Le renard roux (Vulpes vulpes) est souvent perçu comme nuisible par certains agriculteurs, éleveurs ou chasseurs lorsqu’il s'attaque à la volaille domestique, aux petits animaux d'élevage et aux petits gibiers (faisans, perdrix). Il joue aussi un rôle bénéfique important en contrôlant des populations de rongeurs (campagnols, souris), qui peuvent causer de gros dégâts agricoles (OP)

Pire encore, le coût de cette politique publique est huit fois supérieur aux pertes économiques qu’elle est censée prévenir : environ 103–123 millions € par an pour les abattages, contre 8–23 millions € estimés pour les dégâts déclarés. Les zones les plus touchées ne coïncident même pas avec celles où les abattages sont les plus nombreux.  

« Statistiquement, tuer plus d’animaux ne réduit pas les dégâts l’année suivante » (MNHN, 2026)

« Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (MNHN, 2026)

Au-delà des chiffres, la question éthique se pose : ces animaux jouent un rôle crucial dans les écosystèmes et fournissent aux humains des services écosystémiques essentiels pour l’agriculture et la foresterie. Par exemple, les renards et les martres contribuent à la régulation des populations de rongeurs nuisibles aux cultures (campagnols, souris) et les corvidés participent à la dispersion des graines et des fruits de nombreuses essences forestières. Les éliminer massivement pour des bénéfices économiques incertains soulève donc d’importantes questions liées au bien-être animal et au respect de la biodiversité.

Les chercheurs suggèrent des alternatives non létales : protection des cultures, dispositifs dissuasifs et répulsifs, aménagements agricoles et gestion plus raisonnée. Une approche qui permettrait de protéger les récoltes et réduire les dommages sans sacrifier des millions d’animaux.

Il conviendrait donc de réviser cette politique publique de régulation des ESOD et de mettre fin rapidement à ces pratiques à la fois inefficaces et contestables sur le plan éthique, afin de favoriser l’établissement d’une « cohabitation saine et durable » entre les humains et ces animaux encore trop souvent considérés comme « nuisibles ».

 

Références

➤ Jiguet, F., et al. (2026). Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France. Biological Conservation,. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2026.111719

➤ Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) (9 mars 2026). La guerre aux«  nuisibles » ne réduit pas les dégâts, 9 mars 2026, [En ligne]. www.mnhn.fr/fr/actualites/la-guerre-aux-nuisibles-ne-reduit-pas-les-degats

mercredi 4 mars 2026

Cancer du rein et expositions aux pesticides agricoles

Une vaste étude épidémiologique française vient éclairer les liens possibles entre certaines activités agricoles et le risque de cancer du rein. Publiée dans l’International Journal of Epidemiology, elle s’appuie sur les données de la cohorte AGRICAN (AGRIculture and CANcer), qui suit près de 180 000 professionnels du monde agricole.

Objectif de l’étude

Les agriculteurs sont régulièrement exposés à divers agents chimiques, notamment les pesticides. Si plusieurs cancers ont déjà été étudiés dans ce contexte, le cancer du rein reste relativement peu exploré. Les chercheurs ont donc voulu déterminer si certaines cultures, certains élevages ou certaines tâches agricoles étaient associés à un risque accru.

Méthodologie : analyse des données de AGRICAN

Les chercheurs ont analysé les données de santé de la cohorte AGRICAN entre 2005 et 2017.
Au total, 654 cas de cancer du rein ont été identifiés pendant le suivi. Les expositions professionnelles ont été recueillies par questionnaire : 13 types de cultures et tâches associées, 5 types d’élevage (bétail), utilisation de pesticides (traitement des cultures ou des semences enrobées), durée d’activité et surfaces exploitées. Les analyses ont été réalisées séparément chez les hommes et les femmes avec comparaison aux agriculteurs non exposés.

Principaux résultats chez les hommes et chez les femmes

Chez les hommes, un risque légèrement plus élevé de cancer du rein a été observé chez ceux travaillant certaines cultures, notamment le colza, le tournesol, le maïs, le blé/orge, la betterave et le tabac. Ces cultures sont généralement associées à une utilisation plus importante de pesticides (traitements des cultures ou semences enrobées). Le risque semblait augmenter avec la durée d’exposition et la superficie cultivée.

Chez les femmes, un risque significativement plus élevé a été observé chez les viticultrices. Là encore, l’exposition aux pesticides et produits phytosanitaires pourrait jouer un rôle. 

Ces observations demandent toutefois à être confirmées et mieux comprises.

Associations entre risque de cancer et usage de pesticides 

Cette étude met en évidence des associations entre certaines activités agricoles, en particulier celles impliquant l’usage de pesticide, et le risque de cancer du rein. Elle souligne également des différences selon le type de culture, des différences entre hommes et femmes et la nécessité d’identifier plus précisément les substances chimiques (matières actives) responsables. Il ne s’agit pas d’un lien de cause à effet formellement prouvé, mais ces résultats renforcent l’importance de la prévention des expositions professionnelles en agriculture. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre quelles substances chimiques spécifiques augmentent le risque et pour expliquer les différences de genre observées.

Référence

 ➤ Carine Nassar, Mathilde Boulanger, Isabelle Baldi, Séverine Tual, Simona Bara, Pierre Lebailly, Bénédicte Clin, AGRICAN group (2026). Kidney cancer and occupational agricultural exposures in the AGRIculture and CANcer cohort. International Journal of Epidemiology, Volume 55, Issue 1. https://doi.org/10.1093/ije/dyag001

Lien

AGRICAN. Agriculture et cancer. Comprendre la santé des agriculteurs. www.agrican.fr/

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