Nématicides
Les nématicides agricoles sont employés contre les nématodes phytophages ou phytopathogènes qui s’attaquent aux racines des plantes comme les nématodes à kyste (Globodera spp.) et les nématodes à galles (Meloidogyne spp.). Certains nématicides servent aussi de médicaments antiparasitaires en médecine vétérinaire et humaine pour lutter contre divers nématodes endoparasites responsables de maladies (filarioses, ascariose). C’est le cas, par exemple, des avermectines naturelles et synthétiques qui sont aussi des insecticides et des acaricides.Nématicides organiques de synthèse
Assez peu sélectifs, les nématicides agricoles ont habituellement un large spectre d’action et la plupart d’entre eux sont aussi dotés de propriétés insecticides, fongicides, bactéricides ou herbicides. On recense une cinquantaine de nématicides dont de nombreux fumigants (Alan Wood, Compendium of Pesticide Common Names, Nematicides).Les principaux nématicides agricoles sont :
- des insecticides anticholinestérasiques, carbamates (aldicarbe) ou organophosphorés
- des fumigants halocarbonés (bromure de méthyle, 1,2-dibromo-3-chloropropane ou DBCP , 1,3-dichloropropène, chloropicrine) non sélectifs qui inhibent divers enzymes
- des fumigants inorganiques comme le cyanogène (N≡C–C≡N) ou le tétrathiocarbonate de sodium qui se décompose en disulfure de carbone (CS2)
- des fumigants organiques soufrés comme le metam-sodium (sodium methylaminomethanedithioate) et le dazomet qui se décomposent en méthyl-isothiocyanate, un puissant inhibiteur non sélectif de plusieurs enzymes
- des xylénols (diméthyl phénols) qui dénaturent les protéines membranaires
Les nématicides agricoles sont tous des produits très dangereux, toxiques pour la plupart des organismes vivants. Ils sont généralement appliqués dans le sol par fumigation. De fait, leur utilisation est soumise à des réglementations très strictes dans la plupart des pays.
Il est à noter que la chloropicrine, un dérivé du chloroforme, est un puissant neurotoxique qui a été utilisé comme gaz de combat durant la Première Guerre mondiale. De nos jours, elle est encore employée au Canada dans les cultures de fraises et de framboisiers.
À la fois puissant gaz à effet de serre et destructeur de la couche d'ozone, le bromure de méthyle est interdit dans plusieurs pays dont la France et le Canada.
| Le scandale du Némagon Le 1,2-dibromo-3-chloropropane (DBCP), commercialisé par Dow Chemical sous la marque Némagon, a été massivement employé au cours des années 1960-1980 dans les bananeraies d’Amérique Centrale et d’Afrique de l’Ouest pour lutter contre le nématode du bananier. Très toxique, ce nématicide a causé des milliers de victimes de maladies incurables (cancers, cécité, dermatoses, infertilité, malformations congénitales) parmi les travailleurs agricoles, dépourvus de toute protection, et leur famille. Au Nicaragua, plus de 20000 personnes en ont été victimes. Les procès qui s’en suivirent ont mis en évidence la complicité entre les compagnies bananières et les compagnies agrochimiques pour cacher la toxicité du némagon aux travailleurs agricoles. Pour en savoir plus : - La marche sans retour des victimes du Némagon (Amorin, Carlos, RISAL, 2005) - La loi des compagnies bananières (Cuevas, Ramirez, RISAL, 2007) |
Les traitements nématicides par fumigation sont généralement coûteux et ne sont souvent avantageux qu'en cas d'infestations importantes.
Plantes nématicides et autres alternatives
Plusieurs plantes possèdent des propriétés nématicides et sont utilisées comme culture intercalaire, comme culture en rotation ou encore comme engrais verts sous forme de broyats ou de résidus à incorporer dans le sol (Duval J., eap.mcgill.ca, 1993, Chamont S., Ephytia, INRA 2014). Elles agissent en libérant des substances qui inhibent le développement et la reproduction des nématodes ou les tuent ou encore qui stimulent la microflore nématophage du sol.- les tagètes ou œillets d'Inde (Tagetes spp., Astéracées) exsudent par leurs racines des composés soufrés (thiophène, bithyenyl et alpha-terthiéényl) qui sont très efficaces pour inhiber le développement des nématodes à galle. D'autres Astéracées comme les rudbeckies, les cosmos, les soucis (Calendula officinalis) et les chrysanthèmes ont aussi des effets nématicides.
- Les crucifères (Brassicées) comme la moutarde noire et le radis fourrager, qui sont riches en glucosinates, libèrent lors de leur décomposition des composés soufrés volatils (thiocyanates, isocyanates) qui sont très efficaces contre les nématodes à galle.
- Les Allium (Liliacées) comme l'ail, le poireau ou l'oignon, produisent divers composés soufrés volatils (mono- et poly-sulfures d'allyle et de méthyl-allyle) dérivant du métabolisme de la cystéine.
- L'asperge produit de l'acide asparagusique, un métabolite soufré, aux effets larvicides sur divers nématodes à galle et à kyste; du jus d'asperge peut être pulvérisé sur le feuillage ou appliqué au pied des plantes.
- En plus d'enrichir le sol en azote, plusieurs légumineuses (Fabacées) tropicales (indigotier, crotalaire) ou tempérées (fève, soja, luzerne) sont efficaces contre les Meloidogyne.
- En se décomposant, le seigle (Graminée) produit de l'acide butyrique et d'autres substances nématicides.
D'autres plantes comme le thym, la coriandre, l'armoise noire, le liseron des champs ou le ricin, les feuilles et tiges de lin, les racines de chicorée, les fleurs et tiges de jacinthe d'eau et les feuilles fraîches macérées d'épazote ont été décrits comme ayant certains effets nématicides.
Les composés soufrées des Allium et des crucifères qui possèdent aussi des effets fongicides, bactéricides, herbicides et insecticides peuvent être utilisés comme biofumigants pour désinfecter les sols des cultures maraichères. Les plantes en pleine floraison doivent être broyées le plus finement possible puis être aussitôt incorporées dans un sol très humide afin de favoriser la production et la diffusion des composés soufrés. La biofumigation est généralement autorisée en agriculture biologique.
Outre les plantes nématicides et la biofumigation, il existe d'autres alternatives aux nématicides chimiques :
- le traitement thermique du sol à l'eau chaude ou à la vapeur ou, dans une moindre mesure, par solarisation (la solarisation est peu efficace en cas de fortes infestations, Alim'Agri 2012)
- des biopesticides à base de champignons nématopathogènes (Paecilomyces lilacinus, Arthrobotris irregularis)
- la rotation des cultures avec des plantes non hôtes
Molluscicides
Les molluscicides servent surtout à lutter contre les gastéropodes ravageurs phytophages comme les limaces et les escargots dans les cultures maraichères, les jardins et potagers privés. Dans les pays tropicaux, on les emploie aussi contre divers escargots d’eau douce (planorbes, lymnées) qui sont des hôtes intermédiaires de nématodes ou trématodes (vers plats non segmentés) parasites responsables de maladies humaines ou animales (bilharziose ou schistosomiase, douve du foie, distomatoses, etc.). Il est à noter qu'on parle parfois de «limacides» pour désigner les produits anti-limaces et d'«hélicides» pour désigner ceux qui sont destinés à éliminer les escargots.Molluscicides organiques de synthèse
Le métaldéhyde, qui est un tétramère cyclique d'acétaldéhyde, est le principal molluscicide utilisé en agriculture. Appliqué sous forme de poudres ou de granulés, il provoque la mort des limaces et des escargots par déshydratation. Le métaldéhyde est très toxique pour les humains, les animaux domestiques (chiens, chats) et sauvages, particulièrement pour leurs prédateurs naturels (hérissons, musaraignes, oiseaux, carabes, etc.).Certains carbamates insecticides (méthocarbe, thiodicarbe), qui sont des neurotoxiques inhibiteurs de l'acétylcholine estérase, servent aussi de molluscicides. Le trifenmorph (4-(triphenylmethyl) morpholine) est un autre neurotoxique qui agit plus spécifiquement contre les limaces et les escargots.
L’acétate de fentine est un composé organostannique (acétate de triphénylétain) utilisée en Asie dans les rizières et les bassins aquacoles comme hélicide pour lutter contre des escargots d’eau douce mais aussi comme algicide et fongicide. Cancérogène et toxique pour la reproduction, il est interdit en Europe.
Molluscicides à faible impact et alternatives
Composé inorganique présent naturellement dans le sol et peu toxique, le phosphate de fer ou phosphate ferrique (FePO4) est employé comme alternative au métaldéhyde en agriculture biologique et dans les jardins et potagers privés. Les mollusques qui l’ingèrent arrêtent immédiatement de s’alimenter et finissent par se déshydrater. L’EDTA de sodium et de fer (III) est un autre molluscicide inorganique à faible impact. Ces produits à base de fer ne sont pas toxiques pour les mammifères et les insectes auxiliaires mais ils tuent également les escargots qui sont une source importante de nourriture pour les hérissons.Plusieurs molécules naturelles produites par des plantes ont des propriétés molluscicides et font l'objet de recherches notamment pour lutter contre les escargots hôtes et vecteurs des schistosomiases. C'est le cas des saponines extraites de la coque des grains de quinoa (Chenopodium quinoa) ou du latex produit par une euphorbe (Euphorbia splendens).
Parmi les solutions alternatives aux molluscicides chimiques, on peut citer :
- les barrières physiques à l'aide de paillis, de purins, de cendres, ou encore de terre de diatomées, un insecticide dont les cristaux de silice coupent l'épiderme des limaces
- des biopesticides à base de nématodes (Phasmarhabditis hermaphrodita)
- les pièges à bière enterrés au niveau du sol (l'odeur du houblon attire les limaces qui se noient dans la bière)
- des plantes attractives comme la consoude (Symphytum officinale) ou l'œillet d'Inde (Tagetes patula) ou au contraire des plantes répulsives (ail, fenouil, oignons, moutarde, trèfle, etc.)
- les prédateurs naturels (hérissons, crapauds, poules, orvets, etc.)
Olivier Peyronnet
Dernière mise à jour : janvier 2016

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