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lundi 27 avril 2026

Cartographier les tiques et leurs agents pathogènes : une avancée majeure pour la santé publique

Les tiques (Ixodida) sont de petits acariens bien connus pour leur rôle de vecteurs de maladies, notamment la maladie de Lyme. En France, une récente étude issue du programme participatif CiTIQUE, menée par des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et de plusieurs partenaires, apporte un éclairage inédit sur leur diversité et les agents pathogènes qu’elles transportent. Elle confirme que le risque infectieux existe, mais qu’il varie fortement selon les espèces, les régions et les agents pathogènes présents. Grâce à la collaboration entre chercheurs et citoyens, la prévention des maladies vectorielles devient plus précise et plus efficace.

 

Une science participative à grande échelle

Entre 2017 et 2019, plus de 2 000 tiques prélevées sur des humains via des signalements citoyens ont été analysées. Ce dispositif repose sur la contribution du public, qui envoie les tiques après piqûre via des outils dédiés. Cette approche permet d’obtenir des données représentatives des situations réelles d’exposition, à l’échelle de tout le territoire français.

➤ CiTIQUE-TRACKER. Signalements de piqûres de tiques en France. https://ci-tique-tracker.sk8.inrae.fr/

 

Des résultats inquiétants mais essentiels

L’étude met en évidence une circulation importante d’agents pathogènes au sein des tiques prélevées sur l’humain en France.

Les analyses montrent que 27 % des tiques examinées sont porteuses d’au moins un agent pathogène transmissible à l’humain. La grande majorité des spécimens analysés (94 %) appartient à l’espèce Ixodes ricinus (famille des Ixodidae), espèce dominante en France et principal vecteur de la maladie de Lyme.

 Chez I. ricinus, plusieurs agents infectieux ont été détectés :

  • 15,4 % sont porteuses de Borrelia burgdorferi s.l., bactéries responsables de la maladie de Lyme
  • 7,1 % sont porteuses de Anaplasma phagocytophilum, bactérie responsable de l’anaplasmose granulocytaire
  • 2,9 % sont porteuses de Neoehrlichia mikurensis, bactérie responsable de la néoehrlichiose;
  • 1,3 % sont porteuses de Babesia spp., protozoaires parasites responsables des babésioses.
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Ixodes ricinus (femelle) Crédit: W.alter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
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Ixodes ricinus (femelle presque gorgée de sang après repas) crédit: Richard Bartz, CC BY-SA 2.5 , via Wikimedia Commons

Moins fréquent, mais également impliqué dans la transmission de pathogènes, le genre Dermacentor représente 3 % des tiques analysées. Parmi ces tiques, 45 % sont porteuses des bactéries Rickettsia spp., responsables des rickettsioses.

Certaines tiques peuvent même héberger plusieurs agents pathogènes simultanément, ce qui complique le diagnostic médical et la compréhension des symptômes après piqûre.

 

Une cartographie du risque

L’un des apports majeurs de cette recherche est la cartographie fine des espèces de tiques et des agents pathogènes selon les régions. Elle montre que la répartition des risques n’est pas uniforme sur le territoire. Ces données permettent d’identifier les zones à risque, d’améliorer la prévention, et d’aider les professionnels de santé à mieux interpréter les cas suspects.

Au-delà des chiffres, cette étude souligne un point essentiel : les tiques ne sont pas toutes identiques et ne portent pas toutes les mêmes agents pathogènes. Comprendre cette diversité est crucial pour mieux anticiper les risques sanitaires liés aux piqûres. Elle met aussi en lumière l’intérêt des sciences participatives, qui transforment chaque citoyen en acteur de la recherche et permettent de collecter des données impossibles à obtenir autrement à grande échelle.

 

Références

➤ Dupont A, Martin L, Rousseau S, et al. (2026). Distribution of tick-borne microorganisms in human-biting ticks in France collected through a citizen-science program. Ticks and Tick-borne Diseases. 2026;17(2):102612. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2026.102612

➤ INRAE. "Programme CiTIQUE : cartographie des espèces de tiques et des agents pathogènes qu’elles transmettent". 10 mars 2026, [En ligne]. www.inrae.fr/actualites/programme-citique-cartographie-especes-tiques-agents-pathogenes-quelles-transmettent


Se protéger des tiques

  • Éviter l’exposition : rester sur les sentiers dégagés et balisés, éviter les herbes hautes et les zones broussailleuses.
  • Porter des vêtements qui couvrent la peau : pantalons longs, manches longues, bas de pantalon rentrés dans les chaussettes, chaussures fermées. Les vêtements peuvent éventuellement être traités traités à la perméthrine, mais en s'assurant de bien respecter les directives.
  • Utiliser des répulsifs : appliquer des produits à base de DEET ou d’icaridine sur la peau exposée, en respectant bien les directives indiquées sur les étiquettes.
  • Inspecter son corps : vérifier soigneusement la peau après une sortie en forêt ou randonnée (aisselles, plis, cuir chevelu, etc.).
  • Retirer rapidement les tiques : utiliser un tire-tique ou une pince fine pour une extraction précoce, ce qui réduit le risque de transmission de la Maladie de Lyme. Puis, désinfecter la plaie. 
  • Surveiller les symptômes : consulter en cas d’apparition d’une rougeur inhabituelle (érythème migrant) ou de signes généraux (fivre, fatigue).
  • Réduire les populations de tiques autour des habitations : garder l'herbe courte, éliminez les tas de feuilles et les broussailles, protéger les animaux de compagnie (par exemple, à l'aide de collier anti-tiques ou de traitement au moyen de pipettes).

➤ Santé Canada. Prévention des morsures de tiques. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/tiques-maladies-transmises/prevention-morsures-tiques.html

Note : Scientifiquement, les tiques sont des piqueurs-suceurs, car elles percent la peau et aspirent le sang. En pratique, on parle souvent de morsures de tiques, car elles coupent la peau avec leurs chélicères puis s’ancrent fortement, ce qui est ressenti comme une morsure.

Pour en savoir plus sur les tiques et les acariens :

 ➤ Acariens (PestInfos)

 

lundi 17 juillet 2017

Chlorfénapyr et résistance aux pyréthrinoïdes

Le chlorfénapyr est un insecticide synthétique, dérivé trifluoré du pyrrole (famille arylpyrrole), un composé produit par voie microbienne. Il agit sur les insectes et les acariens, par contact et par ingestion, en perturbant la production d'ATP dans les mitochondries, et par conséquent la respiration cellulaire (phosphorylation oxydative). Il doit être métabolisé in vivo par des enzymes de détoxification pour être actif, ce qui retarde son activité insecticide.

Le chlorfénapyr est utilisé contre divers insectes et acariens ravageurs agricoles dans les cultures de coton, de soja et d'arbres fruitiers, mais aussi en lutte antiparasitaire contre les fourmis et les punaises de lit. Grâce à son mode d'action, il est particulièrement efficace contre les insectes résistants aux insecticides neurotoxiques conventionnels comme les pyréthrinoïdes, les carbamates et les organophosphorés. De ce fait, il est très utilisé dans les programmes de gestion de la résistance.

Cet insecticide s'est aussi avéré efficace contre les moustiques anophèles vecteurs de la malaria, particulièrement ceux qui sont résistants aux pyréthrinoïdes (N'Guessan R et al, Acta Trop 2007). Pour contrer cette résistance aux pyréthrinoïdes qui s’accroit en Afrique, de nouvelles moustiquaires imprégnées au chlorfénapyr (Interceptor® G2, BASF) sont en cours d'évaluation (N'Guessan R, et al, PLOS 2016; Malone D., IVCC 2017). Toutefois, le chlorfénapyr pourrait aussi induire des résistances chez les insectes comme le montre une récente étude réalisée aux États-Unis sur les punaises de lit (Ashbrook AR, Journal of Economic Entomology, 2017).

Le chlorfénapyr est moins toxique pour les poissons et la faune aquatique que les pyréthrinoïdes, mais est néanmoins toxique pour les oiseaux.

mardi 22 juillet 2014

Des plantes pour lutter contre la malaria en Tanzanie

Dans les régions rurales d'Afrique, diverses plantes indigènes sont traditionnellement utilisées pour lutter contre les moustiques vecteurs de la malaria et d'autres parasitoses. En Tanzanie, ces plantes sont souvent les seuls moyens pour les communautés isolées de se protéger contre la malaria. Dans le but de connaître les pratiques de ces communautés et leurs relations avec les plantes pour lutter contre la malaria, des éthnobotanistes anglais ont interrogés plus de 200 personnes répartis dans quatre villages tanzaniens du district de Bagamoyo. Un peu plus de 40 % des villageois ont déclaré utiliser des plantes pour éloigner les moustiques et autres insectes piqueurs. Les résultats de l'enquête ethnobotanique révèlent qu'une grande diversité d'arbres, arbustes ou plantes herbacées sont utilisés.

Parmi les plantes les plus fréquemment citées par les villageois tanzaniens, on trouve le margousier (Azadirachta indica), les annones (Anona sp.),  l'anacardier ou pommier-cajou (Anacardium occidentale), des arbustes du genre Citrus, des plantes herbacées du genre Ocimum (proches du basilic), le manguier (Mangifera indica L.), le goyavier (Psidium guajava) et le cocotier (Cocos nucifera). À l'exception du goyavier, toutes ces plantes sont connues pour leurs propriétés insecticides, répulsives ou antiseptiques.

Il pourrait être intéressant de sensibiliser l'ensemble de la population à ces pratiques locales, dans le cadre des programmes de lutte contre la malaria. Combinée à l'utilisation systématique de moustiquaires, l'utilisation de plantes indigènes pourrait accroître l'efficacité de la lutte contre la malaria et contribuer à réduire l'épandage d'insecticides chimiques.


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« Neemtree ». Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Les graines du margousier (Neemtree en anglais), dont on extrait l'huile de neem, contiennent un insecticide naturel de la famille des limonoïdes, l' azadirachtineé. En Afrique, le brulage de ses feuilles est aussi couramment utilisé comme répulsif pour chasser les moustiques.


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« Gui1 cashewfruit2 ». Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

Riche en flavonoïdes, en acide anacardique et en tanins, la pomme de cajou, est un excellent répulsif contre les moustiques et insectes piqueurs. On laisse habituellement la pomme coupée en deux pourrir à même le sol pour éloigner les insectes ou dans une mare pour tuer les larves de moustiques. La coque de la noix de cajou contient aussi une résine toxique qu'on peut utiliser comme insecticide naturel.  

Référence : 
  • Innocent E, Hassanali A, Kisinza WN, Mutalemwa PP, Magesa S, Kayombo E. Anti-mosquito plants as an alternative or incremental method for malaria vector control among rural communities of Bagamoyo District, Tanzania. J Ethnobiol Ethnomed. 2014 Jul 11;10(1):56. [PubMed]

mercredi 1 juin 2011

Comment désorienter les moustiques piqueurs?

Pour repérer leurs proies humaines, les moustiques femelles disposent entre autres de minuscules organes sensoriels qui détectent la moindre bouffée de dioxyde de carbone expiré par leurs malheureuses victimes. Des chercheurs de l'Université de Californie à Riverside viennent d’identifier des molécules odorantes qui sont capables de perturber ces organes situés autour de l'appareil buccal. Testées sur plusieurs moustiques vecteurs de maladies, Anopheles gambiae, Culex quinquefasciatus et Aedes aegypti, ces molécules volatiles activent les neurones sensoriels, brouillant ainsi la capacité des moustiques à détecter le CO2 expiré par leurs proies. Les moustiques restent ainsi désorientés pendant plusieurs minutes, même après la disparition des molécules odorantes dans l'air ambiant.

Des essais à petite échelle ont été menés avec succès au Kenya. Selon leurs auteurs, les résultats sont très prometteurs et pourraient mener à la mise au point d'une nouvelle génération de répulsifs et de leurres. Toutefois, il convient de rester prudent, car les moustiques femelles détectent aussi les odeurs et la chaleur dégagées par leurs proies. De plus, il reste à déterminer l'innocuité de ces molécules volatiles pour les humains et l'environnement.

Référence :

mercredi 9 janvier 2008

Risques de propagation de la dengue aux États-Unis

Dans un éditorial publié dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), daté du 9 janvier, des responsables de l'Institut national américain des allergies et maladies infectieuses (National Institute of Allergy and Infectious Diseases, NIAID) s'inquiètent d'une éventuelle "multiplication à grande échelle des cas de dengue aux États-Unis". Ils préviennent que les risques de propagation de la dengue, une maladie virale transmise par les moustiques du genre Aedes, sont réels et doivent être pris au sérieux. À ce jour, plusieurs cas sporadiques ont en effet déjà été signalés dans le Sud des États-Unis, particulièrement au Texas, près de la frontière mexicaine.

Selon les experts, le réchauffement climatique en cours pourrait favoriser et accélérer la propagation de la maladie infectieuse vers le Nord du continent américain, d'autant plus, que les moyens pour combattre l'épidémie sont jugés nettement insuffisants.

La dengue connaît présentement une nouvelle recrudescence à l'échelle de la planète et menace près du tiers de la population mondiale. Chaque année, entre 50 à 100 millions de personnes la contractent, dont 22 000 en meurent. Or, actuellement, il n'existe pas de vaccins ou de traitements spécifiques contre la dengue. La lutte contre les moustiques vecteurs reste donc l'un des moyens privilégiés pour endiguer les épidémies de dengue. Pour les experts américains, il devient donc urgent d'accroître les traitements antivectoriels, principalement dans le Sud des États-Unis, et de développer des traitements médicaux et des vaccins efficaces contre la dengue
 

Références :

Pour en savoir plus sur la dengue :

mardi 2 janvier 2007

La fièvre jaune menace l'Asie.

Des épidémies de fièvre jaune, une maladie hémorragique virale transmise par le moustique Aedes aegypti, ont touché récemment les grandes métropoles de l'Afrique de l'Ouest comme Abidjan (Côte d'Ivoire), Dakar et Touba (Sénégal), et Conakry (Guinée). Cette maladie avait pourtant été éliminée de l'Ouest de l'Afrique dans les années 1930-1950 grâce à un programme de vaccination préventive systématique. L'importance des moussons en 2005, accompagnées de pluies diluviennes favorisant la propagation du moustique vecteur, pourrait être à l'origine de la recrudescence de ces épidémies urbaines.

Devant l'accroissement des échanges commerciaux avec la Chine, la fièvre jaune menace désormais de se propager dans tout le continent asiatique, d'autant plus que le moustique vecteur infeste déjà les grandes villes indiennes depuis les années 1970. Si aucune nouvelle mesure de prévention n'est adoptée rapidement, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que d'ici 2050, de grandes épidémies urbaines de fièvre jaune pourraient tuer entre 1,5 et 2,7 millions d'humains. (OP)
Source : LeFigaro.fr

Pour en savoir plus: 

mardi 3 octobre 2006

Controverse autour de la recommandation de L'OMS d'utiliser le DDT pour lutter contre le paludisme

Alors que le DDT (dichloro-diphényl-trichloréthane) fait toujours parti des 12 substances chimiques devant être graduellement supprimées dans le monde conformément à la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP) signée en mai 2002, l'organisation mondiale pour la santé (OMS) recommande aujourd'hui son utilisation à l'intérieur des maisons pour lutter contre le paludisme. Selon l'OMS, la pulvérisation résiduelle de DDT à l'intérieur des habitations et des abris pour animaux, si elle est bien gérée, est un des outils les plus efficaces pour lutter contre les moustiques vecteurs, et est sans danger pour la santé humaine et animale et pour l'environnement.

Ce radical et surprenant changement de politique de l'OMS a suscité une controverse au sein de la communauté scientifique, et a soulevé les protestations de nombreuses organisations écologistes, sociales et humanitaires. Pour ces derniers, le DDT reste un produit dangereux, interdit aux États-Unis depuis 1972, qui est toujours classé par plusieurs agences gouvernementales comme un agent persistant pouvant perturber le système endocrinien et provoquer des cancers ou des lésions nerveuses chez les hommes et les animaux.

Après avoir connu un certain succès dans la lutte contre la malaria dans les années 50, les populations de moustiques vecteurs sont devenues résistantes, réduisant de ce fait son efficacité, et le DDT s'est rapidement avéré dangereux pour la faune et l'environnement, principalement en s'accumulant et en persistant dans les chaînes alimentaires. Les adversaires de ce vieux pesticide chimique accusent aussi l'OMS de céder aux pressions économiques et politiques de l'industrie chimique, et de certains gouvernements étrangers, dont ceux des États-Unis, du Canada et du Japon, qui souhaiteraient saper la législation internationale sur les produits chimiques.

Pour les adversaires du DDT, le paludisme dont près de 90% des victimes sont africaines, est lié à la pauvreté et au sous développement, et la solution chimique ne doit pas être la composante majeure des stratégies de lutte contre cette maladie. Pour réduire l'incidence du paludisme, ils préconisent plutôt une approche basée sur la communauté comprenant diverses mesures comme le nettoyage des gîtes de reproduction des moustiques, la distribution de médicaments et de moustiquaires, la mise en place de mesures d'hygiène publique et de projets locaux d'éducation à la santé, un traitement rapide et un recours modéré au contrôle chimique.

Actuellement 14 pays pratiquent la pulvérisation résiduelle intérieure, c'est à dire le traitement des habitations par des insecticides à effet lent et action longue, et dix d'entre eux, dont l'Afrique du Sud, utilisent le très controversé DDT. Financée en partie par les États-unis, l'utilisation du DDT devrait maintenant s'étendre à une quarantaine de nouveaux pays au risque de créer de nouveaux dommages collatéraux aux générations futures. (OP)

Pour en savoir plus:

Controverse sur l'utilisation du DDT pour lutter contre le paludisme

Alors que le DDT (dichloro-diphényl-trichloréthane) fait toujours parti des 12 substances chimiques devant être graduellement supprimées dans le monde conformément à la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP) signée en mai 2002, l'organisation mondiale pour la santé (OMS) recommande aujourd'hui son utilisation à l'intérieur des maisons pour lutter contre le paludisme. Selon l'OMS, la pulvérisation résiduelle de DDT à l'intérieur des habitations et des abris pour animaux, si elle est bien gérée, est un des outils les plus efficaces pour lutter contre les moustiques vecteurs, et est sans danger pour la santé humaine et animale et pour l'environnement.

Ce radical et surprenant changement de politique de l'OMS a suscité une controverse au sein de la communauté scientifique, et a soulevé les protestations de nombreuses organisations écologistes, sociales et humanitaires. Pour ces derniers, le DDT reste un produit dangereux, interdit aux États-Unis depuis 1972, qui est toujours classé par plusieurs agences gouvernementales comme un agent persistant pouvant perturber le système endocrinien et provoquer des cancers ou des lésions nerveuses chez les hommes et les animaux. Après avoir connu un certain succès dans la lutte contre la malaria dans les années 50, les populations de moustiques vecteurs sont devenues résistantes, réduisant de ce fait son efficacité, et le DDT s'est rapidement avéré dangereux pour la faune et l'environnement, principalement en s'accumulant et en persistant dans les chaînes alimentaires. Les adversaires de ce vieux pesticide chimique accusent aussi l'OMS de céder aux pressions économiques et politiques de l'industrie chimique, et de certains gouvernements étrangers, dont ceux des États-Unis, du Canada et du Japon, qui souhaiteraient saper la législation internationale sur les produits chimiques.

Pour les adversaires du DDT, le paludisme dont près de 90% des victimes sont africaines, est lié à la pauvreté et au sous développement, et la solution chimique ne doit pas être la composante majeure des stratégies de lutte contre cette maladie. Pour réduire l'incidence du paludisme, ils préconisent plutôt une approche basée sur la communauté comprenant diverses mesures comme le nettoyage des gîtes de reproduction des moustiques, la distribution de médicaments et de moustiquaires, la mise en place de mesures d'hygiène publique et de projets locaux d'éducation à la santé, un traitement rapide et un recours modéré au contrôle chimique.

Actuellement 14 pays pratiquent la pulvérisation résiduelle intérieure, c'est à dire le traitement des habitations par des insecticides à effet lent et action longue, et dix d'entre eux, dont l'Afrique du Sud, utilisent le très controversé DDT. Financée en partie par les États-unis, l'utilisation du DDT devrait maintenant s'étendre à une quarantaine de nouveaux pays au risque de créer de nouveaux dommages collatéraux aux générations futures.

Pour en savoir plus :

vendredi 28 avril 2006

La résistance naturelle des moustiques au paludisme

Des chercheurs américains (University of Minnesota) et maliens (Université de Bamako) ont découvert qu'une grande partie de la population de moustique Anopheles gambiae, le principal vecteur de la malaria en Afrique, présentait une résistance naturelle à l'agent infectieux Plasmodium. Les moustiques génétiquement résistants sont capables de détruire le parasite et ne le transmettent donc pas aux humains qu'ils les piquent.

Les chercheurs ont localisé un "îlot" génomique de résistance dans une petite région du chromosome 2L et identifié le gène APL1 (pour Anopheles Plasmodium-responsive leucine-rich repeat 1) comme le principal facteur de résistance au Plasmodium. Le gène APL1 code pour une protéine très riche en leucine qui est similaire aux molécules impliquées dans les mécanismes de défense naturelle des plantes et des mammifères contre les pathogènes. Lorsque le gène APL1 est désactivé, les moustiques deviennent alors sensibles à l'infection par le parasite et peuvent le transmettre aux humains. Ces résultats suggèrent donc que les moustiques infectés pourraient présenter une défaillance de leur système immunitaire.

Dans la région du Mali où les recherches ont été menées, les scientifiques ont aussi observé que les moustiques génétiquement résistants étaient très présents dans la nature, et même parfois en plus grand nombre que ceux qui sont infectés par le Plasmodium. Selon Kenneth Vernick de l'Université du Minnesota, il serait donc préférable d'éliminer les moustiques infectés plutôt que d'introduire des moustiques résistants transgéniques comme cela est envisagé par plusieurs autres spécialistes.

Référence
  • Michelle M. Riehle, Kyriacos Markianos, Oumou Niaré, Jiannong Xu, Jun Li, Abdoulaye M. Touré, Belco Podiougou, Frederick Oduol, Sory Diawara, Mouctar Diallo, Boubacar Coulibaly, Ahmed Ouatara, Leonid Kruglyak, Sékou F. Traoré, Kenneth D. Vernick, 2006. Natural Malaria Infection in Anopheles gambiae Is Regulated by a Single Genomic Control Region. Science Vol. 312. no. 5773, pp. 577 - 579 [Résumé en anglais]

jeudi 30 mars 2006

Paludisme et réchauffement climatique

Le rôle des changements climatiques sur l'incidence des maladies infectieuses transmises par les moustiques est un sujet très débattu dans la communauté scientifique. Selon une récente étude dirigée par Mercedes Pascual (Université du Michigan), le paludisme profiterait du réchauffement climatique. Ainsi, selon la chercheuse, une petite hausse des températures pourrait expliquer, du moins en partie, l’importante augmentation des cas de paludisme observée dans les hauts plateaux d'Afrique orientale (Kenya, Ouganda, Rwanda, Burundi) au cours des 50 dernières années.

Les hauts plateaux africains, dont les conditions climatiques sont peu propices au développement des moustiques, étaient jusque là relativement épargnés par la malaria. En revisitant les données climatiques à l'aide de nouveaux modèles statistiques, les chercheurs ont montré que le réchauffement local de 0,5 C, enregistré sur quatre sites témoins depuis la fin des années 70, pourrait théoriquement conduire à une augmentation de 30 à 100% de la population de moustique vecteurs. Toutefois, d'autres facteurs comme le développement de la résistance aux traitements antipaludiques, le déplacement des populations humaines vers ces régions, leurs difficultés pour accéder aux services de santé et la déforestation sont aussi des facteurs à prendre en compte.

Référence :

jeudi 9 février 2006

Lien entre paludisme et déforestation

Deux études récentes menées en Amazonie ont démontré un lien entre la déforestation et un risque accru de la transmission du paludisme.
Selon la première étude réalisée au Brésil (1), les importantes coupes forestières pratiquées en Amazonie à des fins agricoles et d'urbanisation entraînent la multiplication des sites d'eaux stagnantes qui sont autant de gîtes de ponte des moustiques vecteurs de la maladie.
La seconde étude (2), menée au Pérou, montre que le taux de piqûre du moustique, Anopheles darlingi, le principal vecteur de la malaria en Amazonie, est près de 300 fois supérieur dans les zones déboisées et le long des routes forestières que celui mesuré en forêt. Selon Jonathan Patz, co-auteur de l'étude péruvienne, les politiques de conservation et de protection des forêts doivent être prises en compte dans les stratégies de prévention du paludisme.
Source : SciDevNet

Références : 
  • (1) Caldas de Castro M., Monte-Mór RL., Sawyer DO, Singer BH., 2006. Malaria risk on the Amazon frontier. PNAS USA 2006 Feb; 10: 1073 [Résumé]
  • (2) Vittor AY, Gilman RH, Tielsch J, Glass G, Shields T, Lozano WS, Pinedo-Cancino V, Patz JA., 2006. The effect of deforestation on the human-biting rate of Anopheles darlingi, the primary vector of Falciparum malaria in the peruvian Amazon. Am J Trop Med Hyg. 2006 Jan;74(1):3-11 [Résumé]

vendredi 9 décembre 2005

Des moustiques résistants au Bt

Depuis quelques années, les autorités sanitaires des grandes métropoles nord-américaines s'efforcent de contrôler les populations de moustiques urbains comme Culex pipiens qui sont les principaux vecteurs du virus du Nil occidental. Aux États-Unis, dans l'État de New-York, quatre insecticides sont utilisés couramment :
- le methoprène, un régulateur de croissance;
- la phénothrine, un pyréthrinoïde de synthèse;
- et deux bioinsecticides bactériens, soit le Bacillus sphaericus (Bs) et le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). 

Des chercheurs de l'Université de Cornell, à Ithaca, ont étudié la résistance à ces quatre insecticides dans deux populations de C. pipiens provenant d'Albany et de Syracuse (État de New-York). Leurs travaux révèlent de très hauts niveaux de résistance au Bti dans la population de C. pipiens de Syracuse. Toutefois, selon les auteurs, les moustiques ne se mélangent pas rapidement, ce qui conduit à des résistances très localisées. 

Référence : 
  • Paul A, Harrington LC, Zhang L, Scott JG., Insecticide resistance in Culex pipiens from New York, J Am Mosq Control Assoc. 2005 Sep;21(3):305-9 [Résumé en anglais]

lundi 28 novembre 2005

Agriculture et changements climatiques

Montréal 2005 - Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques.


Plus de 10 000 délégués en provenance de 190 pays discuteront à Montréal (Québec) jusqu'au 9 décembre, de la lutte aux changements climatiques et de la suite à donner au Protocole de Kyoto. L'occasion de rappeler que 10 à 30% des émissions de gaz à effets de serre (GES) sont dues aux activités agricoles : utilisation d'engrais azotés et de pesticides chimiques, élevages extensifs, déforestation, transformation agroalimentaire, etc. Si l'agriculture ne génère que très peu de gaz carbonique (CO2) par rapport aux autres secteurs économiques comme le transport ou l'industrie, elle produit entre 50% et 80% du protoxyde d'azote (N2O) et du méthane (CH4) provenant des activités humaines.

L'agriculture devra donc modifier considérablement ses pratiques, en particulier de gestion du sol, de l'eau et d'élevage d'autant plus que les changements climatiques pourraient avoir un effet dévastateur sur elle. Avec les prévisions de réchauffement climatique, les experts s'attendent à une augmentation importante de la sévérité et la fréquence des attaques d'insectes ravageurs et des maladies phytopathogènes aggravant les risques de perte des récolte. L'impact des changements climatiques sur les populations d'insectes sont aussi une source d'inquiétude en santé humaine et animale. Les modèles actuels prévoient en effet une recrudescence des maladies à parasitoses transmises par les insectes et les acariens hématophages (malaria, encéphalites, etc.) dans les pays tropicaux, mais aussi leur expansion dans les pays tempérés et nordiques. (OP)

Pour en savoir plus:

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