Les tiques (Ixodida) sont de petits acariens bien connus pour leur rôle de vecteurs de maladies, notamment la maladie de Lyme. En France, une récente étude issue du programme participatif CiTIQUE, menée par des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et de plusieurs partenaires, apporte un éclairage inédit sur leur diversité et les agents pathogènes qu’elles transportent. Elle confirme que le risque infectieux existe, mais qu’il varie fortement selon les espèces, les régions et les agents pathogènes présents. Grâce à la collaboration entre chercheurs et citoyens, la prévention des maladies vectorielles devient plus précise et plus efficace.
Une science participative à grande échelle
Entre 2017 et 2019, plus de 2 000 tiques prélevées sur des humains via des signalements citoyens ont été analysées. Ce dispositif repose sur la contribution du public, qui envoie les tiques après piqûre via des outils dédiés. Cette approche permet d’obtenir des données représentatives des situations réelles d’exposition, à l’échelle de tout le territoire français.
➤ CiTIQUE-TRACKER. Signalements de piqûres de tiques en France. https://ci-tique-tracker.sk8.inrae.fr/
Des résultats inquiétants mais essentiels
L’étude met en évidence une circulation importante d’agents pathogènes au sein des tiques prélevées sur l’humain en France.
Les analyses montrent que 27 % des tiques examinées sont porteuses d’au moins un agent pathogène transmissible à l’humain. La grande majorité des spécimens analysés (94 %) appartient à l’espèce Ixodes ricinus (famille des Ixodidae), espèce dominante en France et principal vecteur de la maladie de Lyme.
Chez I. ricinus, plusieurs agents infectieux ont été détectés :
- 15,4 % sont porteuses de Borrelia burgdorferi s.l., bactéries responsables de la maladie de Lyme
- 7,1 % sont porteuses de Anaplasma phagocytophilum, bactérie responsable de l’anaplasmose granulocytaire
- 2,9 % sont porteuses de Neoehrlichia mikurensis, bactérie responsable de la néoehrlichiose;
- 1,3 % sont porteuses de Babesia spp., protozoaires parasites responsables des babésioses.
| Ixodes ricinus (femelle) Crédit: W.alter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons |
| Ixodes ricinus (femelle presque gorgée de sang après repas) crédit: Richard Bartz, CC BY-SA 2.5 , via Wikimedia Commons |
Moins fréquent, mais également impliqué dans la transmission de pathogènes, le genre Dermacentor représente 3 % des tiques analysées. Parmi ces tiques, 45 % sont porteuses des bactéries Rickettsia spp., responsables des rickettsioses.
Certaines tiques peuvent même héberger plusieurs agents pathogènes simultanément, ce qui complique le diagnostic médical et la compréhension des symptômes après piqûre.
Une cartographie du risque
L’un des apports majeurs de cette recherche est la cartographie fine des espèces de tiques et des agents pathogènes selon les régions. Elle montre que la répartition des risques n’est pas uniforme sur le territoire. Ces données permettent d’identifier les zones à risque, d’améliorer la prévention, et d’aider les professionnels de santé à mieux interpréter les cas suspects.
Au-delà des chiffres, cette étude souligne un point essentiel : les tiques ne sont pas toutes identiques et ne portent pas toutes les mêmes agents pathogènes. Comprendre cette diversité est crucial pour mieux anticiper les risques sanitaires liés aux piqûres. Elle met aussi en lumière l’intérêt des sciences participatives, qui transforment chaque citoyen en acteur de la recherche et permettent de collecter des données impossibles à obtenir autrement à grande échelle.
Références
➤ Dupont A, Martin L, Rousseau S, et al. (2026). Distribution of tick-borne microorganisms in human-biting ticks in France collected through a citizen-science program. Ticks and Tick-borne Diseases. 2026;17(2):102612. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2026.102612
➤ INRAE. "Programme CiTIQUE : cartographie des espèces de tiques et des agents pathogènes qu’elles transmettent". 10 mars 2026, [En ligne]. www.inrae.fr/actualites/programme-citique-cartographie-especes-tiques-agents-pathogenes-quelles-transmettent
Se protéger des tiques
- Éviter l’exposition : rester sur les sentiers dégagés et balisés, éviter les herbes hautes et les zones broussailleuses.
- Porter des vêtements qui couvrent la peau : pantalons longs, manches longues, bas de pantalon rentrés dans les chaussettes, chaussures fermées. Les vêtements peuvent éventuellement être traités traités à la perméthrine, mais en s'assurant de bien respecter les directives.
- Utiliser des répulsifs : appliquer des produits à base de DEET ou d’icaridine sur la peau exposée, en respectant bien les directives indiquées sur les étiquettes.
- Inspecter son corps : vérifier soigneusement la peau après une sortie en forêt ou randonnée (aisselles, plis, cuir chevelu, etc.).
- Retirer rapidement les tiques : utiliser un tire-tique ou une pince fine pour une extraction précoce, ce qui réduit le risque de transmission de la Maladie de Lyme. Puis, désinfecter la plaie.
- Surveiller les symptômes : consulter en cas d’apparition d’une rougeur inhabituelle (érythème migrant) ou de signes généraux (fivre, fatigue).
- Réduire les populations de tiques autour des habitations : garder l'herbe courte, éliminez les tas de feuilles et les broussailles, protéger les animaux de compagnie (par exemple, à l'aide de collier anti-tiques ou de traitement au moyen de pipettes).
➤ Santé Canada. Prévention des morsures de tiques. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/tiques-maladies-transmises/prevention-morsures-tiques.html
Note : Scientifiquement, les tiques sont des piqueurs-suceurs, car elles percent la peau et aspirent le sang. En pratique, on parle souvent de morsures de tiques, car elles coupent la peau avec leurs chélicères puis s’ancrent fortement, ce qui est ressenti comme une morsure.
Pour en savoir plus sur les tiques et les acariens :
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