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lundi 26 janvier 2026

Impact des mélanges de pesticides sur la santé des perdrix grises

Une étude récente menée par des chercheurs du Centre d’Études Biologiques de Chizé (CNRS / La Rochelle Université) et du Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive met en évidence, pour la première fois, qu’un mélange de pesticides, même à faibles doses comme ceux présents dans les agrosystèmes, altère significativement l’état de santé des perdrix grises (Perdix perdix). Cette espèce d'oiseau emblématique des plaines agricoles connaît un fort déclin depuis plusieurs décennies.

Les chercheurs ont mené des expérimentations en conditions semi-naturelles en nourrissant des perdrix avec des céréales issues de l’agriculture conventionnelle. Ces graines contenaient de nombreux résidus de pesticides, comparables à ceux rencontrés dans les agrosystèmes actuels. Des analyses sanguines ont ensuite été réalisées afin de rechercher jusqu’à 94 substances potentiellement polluantes, incluant herbicides, fongicides et insecticides.

Les résultats montrent que l’exposition chronique à des mélanges de pesticides provoque des altérations mesurables du comportement et de la physiologie, ainsi qu’une dégradation globale de leur état de santé. parmi les effets observés : 

  • une baisse significative de l’activité physique
  • une diminution de l’intensité des couleurs autour de l’œil, un indicateur clé de l’état physiologique et un signal sexuel important dans le choix des partenaires;
  • une réduction de la réactivité face au danger;
  • une baisse de l’activité neurologique, mise en évidence par la diminution de l’activité de l’enzyme acétylcholinestérase, révélatrice d’un impact sur le système nerveux.

Fait notable, certains pesticides détectés dans le sang des perdrix n’avaient pas été mesurés dans les graines distribuées. Ce résultat suggère l’existence d'autres voies d’exposition (air, sol, eau) ou le contact direct avec l’environnement, et pas uniquement l’ingestion alimentaire.

L’étude souligne également les limites des méthodes actuelles d’évaluation des risques liés aux pesticides. Celles-ci reposent principalement sur des tests de substances prises isolément, ce qui conduit probablement à une sous-estimation des effets combinés auxquels la faune sauvage est réellement exposée. Or, les mélanges de pesticides présents dans l’environnement peuvent affecter durablement la santé et le comportement des perdrix grises, contribuant ainsi au déclin des populations d’oiseaux en milieu agricole.

Plus largement, ces travaux montrent que l’exposition simultanée à de multiples pesticides, même à faibles doses, peut perturber des fonctions biologiques essentielles, réduire les capacités de survie et de reproduction, et accélérer le déclin de la biodiversité agricole. Ils soulèvent également des interrogations au-delà de la faune sauvage, notamment quant aux conséquences potentielles pour la santé humaine dans un contexte d’exposition diffuse et chronique à de nombreux pesticides dans l’environnement.

 

Références 

➤ CNRS, La Rochelle Université, 2026. Les mélanges de pesticides altèrent l’état de santé des perdrix grises: une première démonstration. Communiqué de presse, 20 janvier 2026. [PDF en ligne] [https://www.cnrs.fr/sites/default/files/press_info/2026-01/20260119%20Perdrix%20CEBC_vF.pdf]

➤ Dupont S.M., et al., 2026. First evidence of deleterious effect of pesticide mixture on health status in semi-captive grey partridges. Environmental Research, Volume 289, 15 January 2026. https://doi.org/10.1016/j.envres.2025.123332

mercredi 10 décembre 2025

Les pesticides « fluorés » : une catégorie non officielle, mais de plus en plus discutée

Une classe ou famille de pesticides désigne habituellement un ensemble de molécules partageant une structure chimique proche, un mode d’action similaire ou un spectre d’activité comparable. Les insecticides, par exemple, sont classés en familles telles que les organochlorés, carbamates, pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes, etc., chacune définie par une architecture moléculaire ou un mode d’action commun.

Les pesticides fluorés, en revanche, ne forment pas une famille chimique au sens strict. Cette expression désigne simplement des molécules pesticides contenant un ou plusieurs atomes de fluor (F) dans leur structure. On trouve ainsi des pesticides fluorés dans plusieurs familles classiques : pyridines, triazines, benzamides, SDHI, néonicotinoïdes, sulfonylurées, etc. Les pesticides fluorés appartiennent donc à des familles chimiques très différentes et présentent des modes d’action biologiques multiples. 

Parmi les pesticides fluorés, on trouve des herbicides (fluroxypyr, flumioxazine, fluazifop-P-butyl), des insecticides (fipronil, flupyradifurone, fluvalinate) et des fongicides (fluopyram, fludioxonil, fluxapyroxad, fluazinam). Par exemple, le fipronil est un insecticide phénylpyrazole contenant deux groupements –CF₃, le fluvalinate, un pyréthrinoïde acaricide contenant trois atomes de fluor, le fluroxypyr, un herbicide auxinique, dérivé pyridine-carboxylique, contenant un groupe –CF₃. 

Pourquoi ajouter du fluor ?

En chimie organique, l’introduction d’atomes de fluor modifie profondément les propriétés des molécules. Elle peut :

  • augmenter la stabilité chimique et métabolique,
  • accroître la lipophilicité ou la sélectivité,
  • améliorer la diffusion dans les tissus,
  • renforcer l’efficacité biologique.

Ces optimisations expliquent pourquoi l’industrie agrochimique utilise le fluor depuis longtemps, et de plus en plus depuis les années 2000. Plus de la moitié des pesticides récents contiennent désormais au moins un atome de fluor. Toutefois, ces mêmes propriétés rendent souvent les molécules plus persistantes et moins biodégradables, ce qui soulève des inquiétudes environnementales, pour les écosystèmes et les organismes non ciblées, mais aussi des inquiétudes pour la santé humaine..

Liens avec les PFAS : source, précurseurs ou contaminants

Plusieurs pesticides fluorés présentent un autre enjeu majeur : leur relation avec les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées). Cette relation intervient à différents niveaux :

  1. Certaines matières actives sont elles-mêmes des PFAS, car elles possèdent une chaîne perfluorée (–CF₃, –CF₂–).
  2. D'autres pesticides fluorés peuvent se dégrader en composés fluorés persistants, comme le trifluoroacétate (TFA) ou d’autres acides perfluorés.
  3. Des PFAS peuvent aussi être présents dans les formulations commerciales : solvants, surfactants, agents mouillants, stabilisants, adjuvants, ou encore revêtements d’enrobage des semences.

La liaison carbone–fluor (C–F), extrêmement stable, explique la persistance environnementale de ces substances PFAS et leur surnom de « polluants éternels ».

La classification d’un pesticide fluoré comme PFAS dépend de la définition utilisée : certaines conventions et réglementations (OCDE 2021) incluent toutes les substances contenant des motifs –CF₂– ou –CF₃, tandis que d’autres définitions plus strictes (EPA, UE) ne retiennent que les composés perfluoroalkylés (CF₃–(CF₂)ₙ–) qui sont encore beaucoup plus stable et persistants. Ainsi, le statut PFAS peut varier selon les auteurs et les cadres réglementaires.

Les pesticides fluorés, qu’ils soient perfluoroalkylés (comme le fipronil ou le fluazinam) ou polyfluoroalkylés (comme le flumioxazine ou le fluazifop-P-butyl), ainsi que leurs résidus, sont souvent considérés comme des PFAS selon certaines définitions. Très stables et persistants, des traces peuvent être détectées dans les sols, l’eau potable et les aliments.

Pourquoi en parle-t-on davantage ?

Même s’ils ne constituent pas une famille reconnue, les pesticides fluorés sont regroupés de plus en plus souvent dans la littérature scientifique et dans les médias en raison de :

  • leur présence croissante dans les nouvelles générations de pesticides,
  • leur potentiel de persistance et de bioaccumulation,
  • leur rôle possible comme source ou précurseurs de PFAS,
  • et leur risque accru pour les écosystèmes et parfois pour la santé humaine.

En conclusion, les pesticides fluorés ne sont pas une classe chimique homogène, mais une catégorie transversale regroupant tous les pesticides contenant du fluor. Leur développement croissant, leur potentiel de persistance et leurs liens directs ou indirects avec les PFAS expliquent l’intérêt scientifique et médiatique grandissant qu’ils suscitent.


Références pour en savoir plus :

Alexandrino, D. A. M., et al. (2022). Revisiting pesticide pollution: The case of fluorinated pesticides. Environmental Pollution, 292, Part A https://doi.org/10.1016/j.envpol.2021.118315

Donley, N., Cox, C., Bennett, K., Temkin, A. M., Andrews, D. Q., & Naidenko, O. V. (2024). Forever pesticides: A growing source of PFAS contamination in the environment. Environmental Health Perspectives, 132(7) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39046250/


mardi 25 novembre 2025

Les mycorhizes : alliées invisibles mais précieuses des plantes

Discrètes mais puissantes, les mycorhizes sont des partenaires essentiels du monde végétal. Présentes chez la grande majorité des plantes, elles jouent un rôle clé dans leur croissance et leur santé. En améliorant l’absorption des nutriments et de l’eau, elles renforcent la nutrition des plantes tout en stimulant leurs défenses naturelles face aux ravageurs, aux parasites et aux agents phytopathogènes. Véritables alliées du vivant, les mycorhizes contribuent ainsi à la fertilité des sols et à une productivité durable des écosystèmes.

 ➤ En savoir plus sur les Mycorhizes : https://pestinfos.blogspot.com/p/mycorhizes.html

 

dimanche 28 novembre 2021

Mauvaises herbes : ennemies ou alliées?

Les mauvaises herbes, ou adventices, sont souvent perçues comme de simples nuisibles dans les champs, jardins, pelouses ou espaces urbains. Mais elles jouent un rôle complexe dans les écosystèmes. Si certaines peuvent nuire aux cultures en concurrençant les plantes pour l’eau, la lumière et les nutriments, elles offrent aussi des avantages écologiques insoupçonnés : elles attirent les pollinisateurs, améliorent la structure du sol, nourrissent la faune sauvage et sont utilisées en phytothérapie traditionnelle. Leur « mauvais » statut est donc avant tout subjectif, dépendant du contexte humain. (agriculture, jardinage, espaces urbains)

Infestation de liseron des haies (Calystegia sepium, Convolvulaceae) dans un champs de maïs
Crédit photo:  Ohio State Weed Lab , The Ohio State University, Bugwood.org 

  On peut classer les mauvaises herbes en grandes catégories

  • Adventices des cultures agricoles qui concurrencent les plantes cultivées pour l’eau, la lumière, les nutriments et l'espace
  • Plantes parasites qui prélèvent la sève d’autres espèces de plantes
  • Plantes rudérales qui colonisent les zones anthropisées (espaces urbains, et perturbés par les humains)
  • Plantes exotiques envahissantes ou invasives qui menacent les écosystèmes et la biodiversité locale
  • Plantes toxiques ou allergènes pour les animaux et les êtres humains. 

On les distingue aussi par cycle de vie : annuelles, bisannuelles ou vivaces, ce qui influence leur mode de reproduction et leur gestion en agriculture.

Enfin, la lutte contre ces plantes peut être coûteuse et a des impacts écologiques importants. Au‑delà des herbicides, il existe des méthodes plus respectueuses de l’environnement : 

PestInfos propose une nouvelle page complète et documentée sur les mauvaises herbes et explore leurs effets positifs et négatifs sur les agrosystèmes et les écosystèmes, ainsi que leur gestion dans différents contextes. 

 La page aborde aussi des aspects pratiques :

  • la biologie des adventices (annuelles, bisannuelles, vivaces) et leurs modes de reproduction;
  • des exemples de plantes communes et leurs particularités;
  • le rôle des mauvaises herbes en tant que plantes bioindicatrices, révélant la qualité et les caractéristiques du sol;
  • des stratégies de gestion, allant des méthodes physiques (désherbage mécanique, paillage) à des approches plus écologiques et respectueuses de l'environnement. 

 Pour mieux connaître ces plantes souvent mal aimées : 

 ➤ https://pestinfos.blogspot.com/p/mauvaises-herbes.html

  

Chardon des champs (Cirsium arvense, Asteraceae) commun en Europe dans les champs et prairies, considéré comme invasif au Canada et aux états-Unis. Déclarée comme nuisible aux cultures, cette plante est recherchée par les pollinisateurs (abeilles, papillons, etc.). Crédit photo: Ohio State Weed Lab , The Ohio State University, Bugwood.org 



mardi 1 septembre 2020

Principes de botanique

La botanique est la science qui étudie les végétaux ou plantes. Elle recouvre différentes disciplines scientifiques qui trouvent des applications en agriculture, en horticulture, en sylviculture, mais aussi en pharmacie, en agrochimie et en biotechnologies. 

  • Systématique et taxonomie : familles botaniques, identification et classification, inventaire des flores locales
  • Morphologie végétale : feuilles, tiges, racines, fleurs,fruits
  • Anatomie et histologie végétales : tissus de soutien, vaisseaux conducteurs, etc.
  • Physiologie végétale : nutrition, croissance et développement, transpiration, respiration, photosynthèse, hormones végétales, reproduction végétative (asexuée) et sexuée
  • Génétique végétale : hérédité et gènes, amélioration et sélection des plantes 
  • Écologie végétale : populations et communautés végétales, relations des plantes avec leur milieu (écosystèmes), répartition des plantes à la surface de la planète (biomes)
  • Pathologie végétale ou phytopathologie : maladies des plantes (agents phytopathogènes), ravageurs
  • Chimie végétale ou phytochimie : métabolisme et fonction des molécules végétales

Les principes de la botanique sont à la base de toute production végétale, qu’elle soit agricole ou horticole. Ainsi, tout bon horticulteur ou toute bonne horticultrice doit les comprendre et les maîtriser. Ils permettent notamment de mieux comprendre le fonctionnement des plantes, leurs besoins, leur croissance et leur reproduction.

Ces principes aident également à choisir les bonnes plantes au bon endroit, c’est-à-dire des espèces adaptées au climat et au sol, à prévenir les maladies et les ravageurs, et à appliquer correctement les techniques culturales (semis, arrosage, fertilisation, taille, etc.) ainsi que les méthodes de multiplication (bouturage, greffage, marcottage).

 Grâce aux principes de la botanique, l’horticulteur ou l’horticultrice peut cultiver et entretenir des plantes, ou concevoir des jardins et des cultures, de manière plus écologique et responsable, en respectant la biodiversité et en limitant l’usage des intrants chimiques (engrais et pesticides).

 Maîtriser la botanique, c’est passer d'un jardinage amateur à une horticulture plus professionnelle et durable.

Le guide d'apprentissage Principes de botanique est destiné aux étudiants en formation professionnelle en horticulture et jardinerie au Québec. Il expose les grands principes de botanique en lien avec la morphologie, la physiologie, la génétique, la classification et l'écologie des plantes.

CEMEQ. Principes de botanique, Horticulture et jardinerie (5288), Compétence 2, Sherbrooke (Québec), août 2020, 208p.
Auteur / rédacteur : Olivier Peyronnet, Ph.D 
Éditeur : Centre d'étude et des moyens d'enseignement du Québec (Cemeq)
➤ Pour en savoir plus : https://www.cemeq.qc.ca/liste-produits/secteur/2/collection/5288/produit/2283/principes-de-botanique/ 

La prévention des maladies des plantes et des ravageurs fait l'objet d'un second guide d'apprentissage intitulé "Problèmes phytosanitaires". Celui-ci est en cours d'édition. 



 

 

 

 

 

lundi 15 février 2016

Les tributylétains, des pesticides antisalissures toxiques pour la faune marine

Dans les années 1960-1980, les tributylétains (TBT), des composés organostanniques (à base d'étain) ont été largement employés comme algicide, fongicide, molluscicide et désinfectant dans les peintures antisalissures marines (antifouling), les systèmes hydrauliques industriels comme les tours de refroidissement et dans les traitements conservateurs du bois et de la pâte à papier. Libérés sous l'action de l'eau de mer sous forme d'hydroxydes, de chlorures ou de carbonates, les TBT qui ne sont pas biodégradables se sont accumulés progressivement dans les eaux et sédiments marins des zones portuaires, des estuaires et des littoraux à des concentrations toxiques pour la faune marine.

En particulier, ils sont très toxiques pour les mollusques filtreurs (coquille Saint Jacques, moules, huîtres) et les escargots marins qui les accumulent et les concentrent dans leurs tissus adipeux; à de très faibles concentrations, il affectent leur fécondation et leur développement embryonnaire, ont des effets masculinisants (imposex) sur les femelles de gastéropodes et entraînent l'épaississement de la coquille des mollusques bivalves (Ifremer 2008; UVED - Université de Nantes 2006). En France, le bassin ostréicole d'Arcachon a été particulièrement affecté par les TBT. Au Québec, le Fjord du Saguenay est aussi largement contaminé (Viglino L., thèse UQAR 2005).

Très toxiques et bioaccumulables, les peintures antisalissures à base de TBT sont désormais interdites par l'Organisation maritime internationale. Les TBT ont été remplacés, entres autres, par des herbicides de la famille des triazines comme la cybutrine qui ne sont pas eux mêmes sans risques pour l'environnement. Divers composés toxiques à base de cuivre ou de zinc ont aussi été utilisés. Des recherches sont actuellement menées pour trouver des molécules d'origine naturelle aux propriétés antisalissures et moins toxiques (Agence nationale de la recherche, BIOPAINTRO 2012).

Divers organismes marins comme des cyanobactéries, des algues vertes, des mollusques (tarets), des crustacés (balanes), des éponges et des vers peuvent coloniser la surface des coques des navires et les infrastructures artificielles immergées (câbles, pieux, plateformes, hydroliennes) et former des accumulations ou salissures; celles-ci accélèrent la corrosion des coques, augmentent le poids des navires et entravent leur hydrodynamisme ce qui augmentent leur consommation en carburant. Elles peuvent aussi contribuer à véhiculer des espèces envahissantes.
Crédit photo : Rafal Konkolewski, licence CC BY-SA 2.5 via Wikimedia Commons



vendredi 18 juillet 2014

Les néonicotinoïdes et le fipronil menacent la diversité et le fonctionnement des écosystèmes

De nos jours, les insecticides systémiques à large spectre, comme les néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine) et le fipronil, sont les principaux insecticides employés en agriculture. Les néonicotinoïdes représentent à eux seuls 40% du marché mondial des insecticides agricoles (soit environ 2,6 milliards de dollars en 2011). Pulvérisés ou appliqués sous forme de semences enrobées, ces insecticides neurotoxiques systémiques, qui pénètrent et diffusent à l'intérieur des plantes, se dégradent lentement et persistent dans l'environnement d'une saison à l'autre. Ainsi, depuis leur commercialisation au milieu des années 1990, les néonicotinoïdes et le fipronil sont fréquemment détectés dans les eaux et les sols des régions agricoles. On en trouve aussi dans l'air, sous forme d'aérosols, lors des pulvérisations ou des ensemencements. Par ailleurs, les néonicotinoïdes sont fortement suspectés de contribuer au déclin des populations d'abeilles observé un peu partout sur la planète, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Afin de documenter les impacts environnementaux des insecticides systémiques, un  regroupement international de chercheurs, la Task Force on Systemic Pesticides, a mené une vaste évaluation des risques basée sur plus de 800 études scientifiques publiées au cours des cinq dernières années. Leur constat est sans appel: l'utilisation intensive et répétée des insecticides systémiques menace la santé et la biodiversité des écosystèmes et les services qu'ils fournissent aux collectivités. Outre la pollinisation par les abeilles, le contrôle biologique des ravageurs par les prédateurs et parasitoïdes naturels et le recyclage des nutriments du sol par les vers de terre (lombrics) sont aussi affectés par ces insecticides systémiques et persistants.

Si les risques des néonicotinoïdes et du fipronil pour les abeilles étaient déjà connus, cette méta analyse met en évidence des risques élevés pour les vers de terre, les pollinisateurs sauvages, les invertébrés aquatiques (puces d'eau, escargots d'eau douce), les oiseaux, les poissons ou les reptiles. Les oiseaux granivores qui ingèrent des semences enrobées traitées avec ces insecticides neurotoxiques sont particulièrement à risque. Les niveaux de contamination des eaux sont aussi très préoccupants pour l'ensemble de la faune aquatique. Les effets directs de l’exposition à ces insecticides neurotoxiques s’étendent de la mortalité instantanée (toxicité aigüe) aux effets chroniques comme la baisse de la fécondité ou les troubles du comportement. Par ailleurs, ces insecticides ont la capacité d'exercer des effets indirects sur les populations de vertébrés (oiseaux, poissons, reptiles) en réduisant le nombre de leurs proies (via la chaîne alimentaire).

L'ensemble des données recueillies dans cette méta analyse justifient un examen plus approfondi des impacts environnementaux des insecticides systémiques. Les chercheurs de la Task Force on Systemic Pesticides préconisent en outre la mise en place de mesures réglementaires plus strictes à l'échelle mondiale voire l’interdiction des néonicotinoïdes dans certaines cultures, notamment de leur usage préventif par enrobage des semences.

Références

    mardi 17 juin 2014

    De nouveaux pesticides détectés dans l'Arctique

    Les polluants organiques persistants (POP), comme les dioxines, les furanes, les polychlorobiphényles (PCB) et les pesticides organochlorés (aldrine, dieldrine, lindane), sont une source de pollution majeure dans l’Arctique. Transportés par les vents depuis les régions tempérées, ces toxiques non biodégradables se concentrent dans le phytoplancton, les algues et les plantes qui les absorbent. Par la suite, ils s'accumulent, via la chaîne alimentaire, dans les tissus adipeux des animaux comme les poissons, les bélugas et les phoques. Par ce phénomène de bioaccumulation, on en retrouve même dans le lait maternel des femmes inuites. Les POP font l'objet d'une étroite surveillance par les chercheurs du monde entier. Si leur concentration dans l'air arctique est resté relativement stable au cours des dernières années, les chercheurs ont récemment détecté, dans les glaces, de nouveaux POP, dont de nombreux pesticides usuels et des retardateurs de flammes.

    Ces dernières années, les analyses de carottes glaciaires ont ainsi révélé des concentrations croissantes de trois pesticides, soit le chlorpyrifos, un insecticide organophosphoré utilisé principalement contre les moustiques et les mouches, l'endosulfan, un insecticide organochloré interdit en Europe et au Canada depuis plusieurs années, et la trifluraline, un herbicide communément employé dans les cultures céréalières et légumières. Des phénomènes de bioaccumulation ont été aussi observés pour deux d'entre eux, soit le chorpyrifos et l'endosulfan, ainsi que pour le pentachloroanisole, un produit de la dégradation de rodenticides, et le metoxychlor, un insecticide organochloré apparenté au DDT.  La contamination de l'Arctique par les pesticides continue.

    Référence :
    • Vorkamp K, Rigét FF. A review of new and current-use contaminants in the Arctic environment: Evidence of long-range transport and indications of bioaccumulation. Chemosphere. 2014 Sep;111C:379-395. Epub 2014 May 14. [PubMed]

    mercredi 16 novembre 2011

    Le bromure de méthyle contamine-t-il encore les fruits et légumes?

    Le bromure de méthyle, appelé aussi bromométhane, est un gaz toxique halogéné (CH3Br) qui a été largement utilisé comme pesticide et fumigant non sélectif pour lutter contre les micro-organismes pathogènes (bactéries, champignons et nématodes parasites), les mauvaises herbes, les rats et les insectes. Il a été particulièrement utilisé comme fongicide dans les cultures maraichères (fraises, tomates), comme agent de stérilisation des sols et comme agent désinfectant des semences, des grains stockés (céréales) et des bois importés.

    Très toxique par inhalation pour les animaux et les humains, le bromure de méthyle est aussi très néfaste pour l'ozone atmosphérique, en plus d'être un gaz à effet de serre. Dans la stratosphère, le bromure (Br) serait en effet 60 fois plus destructeur pour l'ozone (O3) que le chlore (Cl) des chlorofluorocarbones (CFC). Selon le Protocole de Montréal adopté en 1987, ce dangereux pesticide devait être totalement éliminé des pays industrialisés en 2005. Toutefois, plusieurs pays dont les États-Unis, le Canada et la France ont obtenu des dérogations pour certains usages avant expédition jusqu'en 2010 (quarantaine, traitements avant expédition, stérilisation des sols, etc.).

    Bien qu'il existe des alternatives culturales (rotation des cultures, biofumigation), physiques (solarisation du sol, traitement thermique) ou chimiques (chloropicrine), le bromure de méthyle est encore utilisé, parfois illégalement, dans certains pays pour traiter les fruits et les légumes. Par exemple, en Californie, le bromure de méthyle est permis pour produire des plants de fraisiers exempts de maladies.
    (OP - Publié le 25/12/2002, Modifié le 16/11/2011)

    Pour en savoir plus:



    dimanche 28 octobre 2007

    Rapport GEO4 de l'ONU : les problèmes les plus graves de la planète persistent

    Le denier bilan chiffré publié par l'ONU sur l'état de santé de la planète confirme le déclin généralisé des principaux écosystèmes de la biosphère et en attribue la cause aux activités humaines. Selon le rapport onusien, le rythme de disparition des espèces s'est considérablement accentué et la planète serait entré dans la "6ème extinction". Outre les grand animaux charismatiques menacés, des milliers d'espèces d'oiseaux, d'amphibiens, de poissons, de plantes, d'insectes, mais aussi de bactéries et de microorganismes divers, dont la plupart sont encore inconnus et sont souvent à la base des chaînes alimentaires, pourraient disparaître au cours des prochaines années.Les introductions d'espèces exotiques constituent un problème croissant et contribuent à la disparition de nombreuses espèces indigènes.

    Les grands biomes de la planète, en particulier les forêts tropicales sèches, les savanes, les récifs coralliens et les milieux humides à l'intérieur des terres, ont vu aussi leur surface se réduire radicalement depuis les années 1950. Le changement climatique, bientôt irréversible si la communauté internationale ne réagit pas avec plus de force, devrait accélérer la perte de la biodiversité et la désertification des écosystèmes.

    À cause de l'uniformisation des pratiques agricoles et de la destruction des milieux naturels, le stock de gènes des plantes alimentaires et médicinales s'est aussi considérablement réduit au point de menacer l'existence même de l'espèce humaine. Avec les besoins croissants en énergie, l'agriculture intensive est en effet considérée comme une des principales causes de la dégradation de l'état de la planète. Ainsi, de 1990 à aujourd'hui près de 6 milliards de forêts tropicales ont été converties chaque année en pâturages et en cultures agricoles. En Europe, 90 % des terres agricoles souffrent d'excès de phosphates et de nitrates entraînant l'eutrophisation généralisée des cours d'eau et des lacs. En Asie et en Afrique, l'irrigation des cultures est responsable de 60 à 70 % des prélèvements d'eau entraînant de graves crises d'approvisionnement des populations en eau douce.L'appauvrissement des sols en carbone du à leur utilisation intensive est responsable d'un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Enfin, la demande croissante en biocarburants devrait convertir une partie importante des terres agricoles en monocultures au détriment des plantes alimentaires et de la diversité biologique.

    Curieusement le rapport demeure relativement silencieux sur les plantes transgéniques dont l'utilisation est très controversée. En conclusion, les experts onusiens établissent un lien entre la perte des écosystèmes et de la biodiversité et la disparition des cultures et des langues. Ils invitent la communauté internationale à agir rapidement avant qu'il ne soit trop tard et les pays riches à s'engager dans la voie de la décroissance avant que la surconsommation ne détruise tous les services biologiques de la planète.
     
    Pour en savoir plus :

    lundi 28 novembre 2005

    "Pas de Pays Sans Paysans", un film de Ève Lamont

    L'agriculture industrielle pratiquée à l'échelle de la planète est actuellement en crise, y compris au Canada et au Québec :
    • utilisation massive d'intrants chimiques (engrais, pesticides de synthèse) qui menacent la santé humaine et l'environnement;
    • prolifération des plantes transgéniques sans véritable contrôle;
    • élevages industriels et méga porcheries;
    • destruction des écosystèmes et perte de la biodiversité;
    • disparition des fermes familiales;
    • etc.
    "Pas de Pays Sans Paysans", le documentaire engagé de la réalisatrice québécoise Ève Lamont, dresse un sombre tableau de l'agriculture et dénonce son industrialisation, sous la pression des multinationales de l'agrochimie, au détriment de l'environnement et de la qualité de ses aliments. À travers la rencontre de différents agriculteurs et citoyens dans les campagnes du Québec, de l'Ouest canadien et de la France, Ève Lamont montre qu'il est possible et urgent de produire et de cultiver autrement. "Pas de Pays Sans Paysans'' propose une autre vision de l'agriculture, celle d'une agriculture paysanne et biologique qui respecte l'environnement, la santé et l'autonomie des paysans.

    Pour en savoir plus:

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