Acariens

Les acariens (Acari) sont de minuscules arthropodes aptères, proches des araignées (Arachnides). La plupart des espèces sont à peine visibles à l’œil nu. Ils présentent une remarquable diversité de modes de vie (saprophages, phytophages, parasites, prédateurs) et occupent une grande variété de milieux : sols, eaux douces et marines, végétation, organismes animaux, ainsi que les environnements domestiques.

Les acariens jouent un rôle écologique majeur, notamment dans la décomposition de la matière organique et la régulation des populations d’autres arthropodes. Ils ont aussi une place très importante en agriculture et en santé : certaines espèces sont des ravageurs des cultures ou, au contraire, des auxiliaires utilisés en lutte biologique, tandis que d’autres affectent la santé animale et humaine en tant que parasites, sources d’allergènes ou vecteurs de pathogènes.

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Aceria anthocoptes est un agent potentiel de lutte biologique contre la Cirse des champs, une mauvaise herbe européenne qui existe aussi en Amérique du nord. Crédit Photo: Eric Erbe; digital colorization by Chris Pooley (USDA, ARS, EMU), Public domain, via Wikimedia Commons

 

Écologie et diversité

Les acariens présentent une extraordinaire diversité écologique, tant par leurs modes de vie que par les milieux qu’ils colonisent. Ils sont pratiquement ubiquistes et se rencontrent dans une grande variété d’habitats : sols et litières organiques, milieux aquatiques (dulcicoles et marins), végétation, nids d’animaux, ainsi que sur ou dans les organismes animaux et végétaux, y compris l’humain. Ils sont également fréquents dans les denrées stockées, les poussières et les environnements domestiques.

Les espèces libres, très abondantes dans les sols et les milieux humides, jouent un rôle fondamental dans la décomposition de la matière organique et la formation de l’humus, contribuant ainsi au recyclage des nutriments.

Les espèces phytophages se nourrissent du contenu cellulaire (sucs) des tissus végétaux. Leurs piqures provoquent des décolorations, des déformations ou galles, un dessèchement et parfois une chute prématurée des feuilles. Leur développement rapide, favorisé par des conditions chaudes et sèches, en fait des ravageurs majeurs en agriculture (cultures fruitières, maraîchères et ornementales). Certaines espèces peuvent en outre transmettre des phytovirus. L’usage intensif d’insecticides a parfois favorisé leur prolifération en perturbant les équilibres biologiques et en éliminant leurs ennemis naturels.

Les acariens prédateurs consomment des œufs, larves et adultes d’autres acariens ou de petits insectes. Ils jouent un rôle important dans la régulation naturelle des populations de ravageurs, notamment dans les agrosystèmes. Certaines espèces sont utilisées comme auxiliaires en lutte biologique, en particulier au sein des Phytoséiidés.

De nombreuses espèces sont parasites d’animaux, avec une importance majeure en santé humaine et vétérinaire. Elles peuvent provoquer des affections cutanées (gales, dermatites), entraîner des pertes économiques en élevage, et, dans certains cas, agir comme vecteurs de pathogènes, notamment chez les tiques. Ces parasites peuvent être des ectoparasites hématophages (tiques, aoutats) ou des formes cutanées vivant dans ou sur la peau (sarcoptes). Le réchauffement climatique favorise l’expansion géographique et l’abondance de certains acariens parasites, notamment les tiques, ainsi que des maladies qu’ils transmettent (par exemple, la maladie de Lyme).

Enfin, certaines espèces vivent en association étroite avec les humains. Les acariens des maisons ou domestiques, présents dans les poussières et les habitations, se nourrissent notamment de squames cutanées (peaux mortes, débris d'ongles, poils). Leurs déjections constituent d’importants allergènes, responsables d’allergies respiratoires ou cutanées. D’autres espèces colonisent les denrées stockées et peuvent être à l’origine d’infestations.


Morphologie

Les acariens sont des arthropodes chélicères (Arachnides, limules). De très petite taille (généralement inférieure à 0,5 mm), ils présentent un corps compact, résultant de la fusion du céphalothorax et de l’abdomen (contrairement aux araignées), et dépourvu d’antennes et d’ailes, contrairement aux insectes. Leur tégument est le plus souvent mou (mais parfois sclérifié chez certaines espèces), recouvert d’une cuticule pouvant porter de nombreuses soies à fonction sensorielle. À l’état adulte, les acariens possèdent généralement quatre paires de pattes articulées (soit huit pattes). En revanche, les larves n’en présentent le plus souvent que trois paires (six pattes) à l’éclosion, ce qui constitue un caractère distinctif important. 

Leur corps est organisé en deux régions principales : le gnathosome, portant les pièces buccales, et l’idiosome, qui constitue le reste du corps.

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Trombidium holosericeum Crédit photo: André Karwath aka Aka, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

 

Comme chez tous les arachnides (araignées, scorpions) et les limules, leur appareil buccal comprend deux types d'appendices :

  • des chélicères caractéristiques qui peuvent servir pour saisir, couper, broyer ou piquer;
  • et des pédipalpes, qui servent principalement d'organes sensoriels (tactiles) ou de préhension.
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Crédit: CDC Public domain

Selon les espèces et leur mode de vie, cet appareil buccal est fortement spécialisé, de type broyeur ou piqueur-suceur. Chez les espèces phytophages ou parasites hématophages, les chélicères sont généralement allongées et pointues (stylet), adaptées à la perforation des tissus végétaux ou de la peau afin d’en aspirer les liquides. À l’inverse, chez les acariens prédateurs ou omnivores, les chélicères sont en forme de petites pinces, leur permettant de saisir et de broyer les proies ou les particules alimentaires solides.

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Lorryia formosa Crédit photo: 
Eric Erbe, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 

  

Reproduction 

La reproduction des acariens est le plus souvent sexuée, mais de nombreuses espèces peuvent également se reproduire par parthénogenèse, ce qui favorise une multiplication rapide des populations. La majorité des acariens sont ovipares et pondent des œufs. 

Le cycle de développement des acariens comporte plusieurs stades séparés par des mues successives. Il s’agit d’un développement progressif (hétérométabole), comprenant généralement quatre grandes étapes:

  • œuf
  • larve (6 pattes)
  • nymphe (8 pattes)
  • adultes (8 pattes). 

Selon les espèces, le stade nymphal peut lui-même être subdivisé en plusieurs phases successives : protonymphe, deutonymphe et tritonymphe (cette dernière pouvant être absente chez certains groupes). La larve peut présenter un mode de vie différent de celui des stades nymphaux et de l’adulte, en particulier chez certains groupes comme les Trombidiformes, où elle constitue le principal stade parasite.

La durée du cycle de développement est très variable selon les espèces et les conditions environnementales, mais elle peut être très courte, de l’ordre de 8 à 20 jours dans des conditions favorables. On peut donc observer plusieurs générations par année. La température et l’humidité jouent un rôle déterminant : de nombreuses espèces se développent de préférence dans des environnements chauds et humides.

Chez les espèces parthénogénétiques, les femelles produisent des descendants à partir d’œufs non fécondés. Selon les cas, cette reproduction peut donner naissance uniquement à des femelles, uniquement à des mâles ou aux deux sexes. 


Classification des acariens

Au sein de l’embranchement des Arthropodes, les acariens (Acari) appartiennent à la classe des Arachnides (Arachnida) qui comprend aussi les araignées ou Aranéides (Araneae) et les scorpions (Scorpiones). Plus de 50000 espèces sont répertoriées. Ils sont divisés en deux grands super-ordres, regroupant plusieurs ordres majeurs. Les Acariformes (ou Actinotrichida), qui comptent plus de 30000 espèces, représentent le groupe le plus diversifié. Ils incluent de nombreux ravageurs des cultures, des parasites ainsi que des acariens domestiques. Les Parasitiformes regroupent quant à eux principalement des espèces prédatrices et parasites.

On distingue notamment quatre ordres principaux :

  • Acariformes ou Actinotrichida
    • Trombidiformes : espèces phytophages (tétranyques), parasites ou prédatrices
    • Sarcoptiformes : saprophages, allergènes, parasites d'animaux (gales)
  • Parasitiformes
    • Mesostigmata : prédateurs d'insectes et d'acariens (phytoséiides), parasites d'animaux (varroa)
    • Ixodida : ectoparasites hématophages (tiques dures et molles)

Selon les classifications phylogénétiques récentes, les acariens (Acari) ne constitueraient pas un groupe strictement monophylétique. Ils sont généralement considérés comme paraphylétiques, dans la mesure où les Acariformes et les Parasitiformes pourraient ne pas partager un ancêtre commun exclusif au sein des Arachnides.


Trombidiformes (Acariformes)

Ce groupe très diversifié comprend plus de 25000 espèces décrites, réparties dans environ 150 familles. Les Trombidiformes occupent une grande variété de milieux : sols, végétation, eau douce, ainsi que la surface ou l’intérieur des organismes animaux et végétaux. Ils présentent une diversité écologique remarquable, incluant des formes libres (prédateurs, décomposeurs), parasites et phytophages. Ils comprennent de nombreux ravageurs des cultures. 

Ils se caractérisent généralement par des chélicères de type perforant-suceur, adaptées à l’alimentation liquide (contenu cellulaire des plantes, hémolymphe ou tissus liquéfiés des proies). Chez de nombreuses espèces, les larves ont souvent un mode de vie différent de celui des nymphes et des adultes. Eriophyidae

Les familles de Trombidiformes peuvent être regroupées soit de manière fonctionnelle (phytophages, prédateurs, parasites), soit selon des critères taxonomiques, notamment en Prostigmata et Parasitengona.

Acariens phytophages, ravageurs des cultures

  • Tetranychidae : tétranyques polyphages et cosmopolites, responsables de ponctuations chlorotiques, d’un aspect argenté des feuilles et de défoliations.
  • Eriophyidae : phytoptes, souvent galligènes, induisant la formation de galles sur les feuilles, les bourgeons ou les fruits.
  •  Phytoptidae  : phytoptes, proche des Eriophyidae, formes galligènes ou vagabondes.
  • Tarsonemidae : tarsonèmes provoquant des déformations des jeunes tissus, particulièrement sur les cultures horticoles.
  • Tenuipalpidae : faux tétranyques responsables de décolorations et de lésions foliaires.

 Acariens prédateurs ou parasites 

  • Cheyletidae : acariens majoritairement prédateurs libres présents dans les sols, les litières et les milieux domestiques; certains (ex. Cheyletus) sont utilisés en lutte biologique contre les ravageurs des denrées, tandis que d’autres (ex. Cheyletiella) sont parasites de mammifères.
  • Demodicidae : commensaux stricts des follicules pileux et glandes sébacées des mammifères; généralement bénéfiques, mais parfois impliqués dans des affections cutanées.
  • Trombiculidae : larves ectoparasites temporaires de vertébrés; elles effectuent un seul repas, puis tombent au sol; certaines espèces sont vectrices de maladies (typhus des broussailles).
  • Erythraeidae : acariens prédateurs à l’état nymphal et adulte ; les larves sont souvent parasites d’insectes.
  • Trombidiidae : adultes et nymphes prédateurs; larves parasites d'arthropodes et de pucerons, auxiliaires des jardins, des cultures.


Tetranychidae (tétranyques)

Appelés communément tétranyques ou « araignées rouges », les Tetranychidae regroupent environ 1300 espèces reconnues. Ce sont des acariens très petits (généralement moins de 1 mm), de couleur variable (vert, jaune, orange ou rouge) selon l’espèce, le stade et les conditions environnementales.

Tetranychus urticae (Tetranychidae) Crédit photo: David Cappaert, Bugwood.org 

Ils vivent le plus souvent sur la face inférieure des feuilles et produisent fréquemment des toiles soyeuses, utilisées comme protection contre les prédateurs et pour créer un microclimat favorable. Ils se développent particulièrement bien en conditions chaudes et sèches. Selon les espèces, l’hivernation se fait sous forme d’œufs ou de femelles adultes en diapause.

Très polyphages, les tétranyques s’attaquent à une grande diversité de plantes : légumes, arbres fruitiers, grandes cultures, plantes ornementales et plantes d’intérieur. Leurs piqûres provoquent des décolorations ponctuelles, visibles sous forme de petits points blancs ou jaunes, pouvant évoluer vers une chlorose, un jaunissement généralisé puis un dessèchement du feuillage.

Tetranychus 

Le tétranyque à deux points ou tétranyque tisserand (Tetranychus urticae) est l’espèce la plus répandue et la plus polyphage, capable d’attaquer près d'un millier de plantes. Il produit de fines toiles blanchâtres (soie) sur le revers des feuilles et peut provoquer des infestations rapides en conditions chaudes et sèches.

Tetranychus cinnabarinus, très proche de T. urticae et considéré par certains auteurs comme une seule espèce, s’en distingue par sa coloration rouge persistante. On le rencontre surtout sur des plantes ornementales en serre.

Panonychus 

Le tétranyque rouge du pommier (Panonychus ulmi) est un ravageur important des vergers (pommier) et des vignes. Il provoque une décoloration bronzée et un aspect moucheté du feuillage, pouvant réduire la photosynthèse et affecter les rendements.

Le tétranyque rouge des agrumes (Panonychus citri) est un vecteur majeur des agrumes (Citrus) en Asie, dans les régions méditerranéennes et en Amérique. Il provoque chlorose et chute des feuilles, entrainant des pertes de rendement importantes. 

Oligonychus 

Oligonychus afrasiaticus, acarien du palmier dattier, est l’un des principaux ravageurs de cette culture en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Il s’attaque aux fruits et aux feuilles, entraînant une dégradation de la qualité des dattes, et peut également se développer sur certaines plantes de la famille des Poaceae.

Le tétranyque de l'épicéa, Oligonychus ununguis, s'attaque aux conifères ornementaux et forestiers. Il provoque le jaunissement des aiguilles et la défoliation, ce qui peut avoir un impact important dans certaines pépinières et plantations de sapins, d'épicéas ou de thuyas.

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Crédit photo: USDA Forest Service - Northeastern Area , USDA Forest Service, Bugwood.org 

  

Eriophyidae

Les Eriophyidae comptent plus de 3600 espèces décrites, mais leur diversité réelle est probablement bien plus élevée (plusieurs dizaines de milliers d’espèces estimées). Parmi celles-ci, une trentaine seulement constitue des ravageurs d’importance économique, notamment en céréaliculture, viticulture et arboriculture. Ce sont des acariens microscopiques au corps allongé vermiforme (chez la femelle) ou fusiforme (chez le mâle) qui ne possèdent que deux pattes locomotrices. Comme les tétranyques, ils entrent en diapause pendant l'hiver. 

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Aceria malherbae, Adulte Crédit photo: USDA Agricultural Research Service , USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 

La majorité des Eriophyidae sont très spécialisés, souvent spécifiques d’une seule espèces hôte. Beaucoup sont galligènes ou cécidogènes, c’est-à-dire qu’ils induisent la formation de galles, dont la forme et l’aspect (vésiculaire, fusiforme, veloutant) varient selon les espèces. Elles peuvent aussi causer des enroulements des feuilles, déformations des bourgeons ou balais de sorcière (dans certains cas). Ces déformations résultent d’une modification du développement des tissus végétaux suite aux piqûres alimentaires. 

Galles foliaires cornues causées par Eriophyes tiliae sur feuille de tilleul Crédit photo: Milan Zubrik, Forest Research Institute - Slovakia, Bugwood.org 

Galles foliaires prenant la forme de petites boursouflures causées par Eriophyes vitis sur feuille de vigne Crédit photo: Mourad Louadfel, Retired, Bugwood.org 

En plus des dégâts directs, certaines espèces sont vectrices de phytovirus, notamment appartenant entre autres à la famille des Potyviridae (et surtout des virus spécifiques transmis par acariens, comme ceux du blé) ou à la famille Fimoviridae (responsables de mosaïques). 

Principaux ravageurs 

Le Phytopte de l'enroulement du blé (Aceria tosichella) est un un ravageur majeur des céréales (blé, orge, maïs) chez lesquelles il cause l’enroulement des feuilles. Il est aussi un vecteur majeur de phytovirus (notamment de mosaïques du blé), qui peuvent causer des pertes de rendement importantes. 

Le Phytopte des agrumes ou Acarien de la rouille (Phyllocoptruta oleivora) est un ravageur majeur des Citrus (citronniers, orangers, mandariniers) dans les régions chaudes et humides. Il provoque un aspect rouillé des fruits, entraînant leur déclassement commercial.

Phytopte du poirier (Eriophyes pyri) est responsable de l’érinose du poirier (feutrage brun sur feuilles). Les dégâts sont surtout esthétiques, mais peuvent affaiblir l’arbre. Son contrôle est difficile en cas de forte infestation, mais des pulvérisations de soufre en période de dormance ou avant la floraison peuvent limiter. 

Le Phytopte de la vigne, Colomerus vitis, (syn. Eriophyes vitisPhyllocoptes vitis) est responsable de l’érinose de la vigne qui se manifeste par de petites galles sous forme de boursouflures sur la face supérieure des feuilles et un feutrage blanc à rose sue la face inférieure. Elle peut entrainer et une baisse de vigueur en cas d'infestation importante. Les adultes passent l'hiver en se logeant sous l'écorce.

Aculops lycopersici est un ravageur des cultures de Solanacées, notamment la tomate, la pomme de terre, l'aubergine et le poivron, dans de nombreuses régions du monde. Ce minuscule acarien fusiforme est responsable de l’acariose bronzée de la tomate qui se manifeste par le bronzage des tiges et pétioles, le jaunissement des feuilles et la déformation des fruits.

D'autres espèces galligènes Aceria spp., Nalepella spp. s'attaquent plus aux conifères et aux arbres feuillus (érables, frênes, tilleuls). Les dégâts sont surtout esthétiques, mais peuvent avoir un impact significatif en pépinière ou chez les jeunes arbres. 

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Galle causée par sur rameau d'érable Aceria heteronyx Gyorgy Csoka, Hungary Forest Research Institute, Bugwood.org 

Auxiliaires de la lutte biologique : bioherbicides

Certaines espèces Eriophyidae présentent un intérêt en tant qu’agents de lutte biologique contre des plantes envahissantes. Leur extrême spécialisation vis-à-vis de leur plante hôte, caractéristique de ce groupe, en fait des candidats prometteurs pour des stratégies de biocontrôle ciblées. Plusieurs espèces sont déjà utilisées et ont fait l’objet de lâchers à grande échelle.

Aceria malherbae est employé contre le liseron des champs (Convolvulus arvensis), où il induit des déformations foliaires et une réduction de la croissance. Des lâchers ont été réalisés avec succès et l’espèce est maintenant établie dans certaines zones.

Aceria chondrillae, quant à lui, cible le chondrille (Chondrilla juncea), une plante invasive dans plusieurs régions semi-arides, en affectant son développement et sa compétitivité. Il a été introduit et utilisé avec succès, notamment en Australie. 

Aceria lantanae est utilisé dans certains programmes de lutte biologique contre Lantana camara, une espèce envahissante majeure dans les zones tropicales et subtropicales (notamment en Afrique du Sud), et classée parmi les 100 pires espèces envahissantes selon l'UICN. Son action se traduit par une altération du développement des inflorescences, accompagnée de déformations et d’un avortement des fleurs, limitant la production de graines.

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Déformations des inflorescences de Lantana camara causées par Aceria lantanae Crédit photo: Florida Division of Plant Industry , Florida Department of Agriculture and Consumer Services, Bugwood.org 

D’autres espèces sont encore à l’étude ou à usage plus limité. Par exemple, Aceria anthocoptes a suscité un intérêt marqué pour le contrôle du chardon des champs (Cirsium arvense), une adventice problématique dans de nombreuses régions tempérées. Cet acarien provoque des déformations et un affaiblissement de la plante, réduisant sa vigueur et sa capacité de reproduction.


Phytoptidae (Phytoptes)

Autrefois inclus dans les Eriophyidae, les Phytoptidae forment une famille distincte au sein de la super famille Eriophyoidea qui regroupe l'ensemble des acariens galligènes. Ils comprennent environ 150 espèces décrites. La plupart sont libres et vagabondent sur les plantes sans induire de galles ou déformations, d'autres sont strictement galligènes ou présentent les deux formes, vagabondes et galligènes.

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Nalepella danica Crédit: Boczek, J. ; Harding, S. ; Shi, A. and Bresciani, J. - A new species of Nalepella Keifer (Acarina: Eriophyoidea: Phytoptidae) from Abies in Denmark, 2001 - Acarologia, Volume: 42 Issue: 1 pages: 53-60 (link), CC BY 4.0

 

Phytoptus avellanae, le phytopte du noisetier, est l'un des ravageurs les plus courants et les plus reconnaissables du noisetier. Sa forme galligène provoque la déformation des bourgeons floraux et foliaires qui deviennent boursouflés et globuleux (gros bourgeons).

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Galle ronde (gros bourgeon) due à Phytoptus avellanae Crédit photo: Stephen James McWilliam, CC0, via Wikimedia Commons

Les espèces du genre Nalepella sont strictement vagabondes et se rencontrent fréquemment sur une grande variété de conifères (pruche, épicéa, sapin baumier, pin). Ils s'y nourrissent de la sève des aiguilles, causant leur brunissement voir leur chute. Certaines espèces peuvent causer des dégâts esthétiques importants en pépinière et sur les arbres ornementaux. Ils sont aussi connus pour infester les sapins de Noël. Les arbres infestés émettent une odeur caractéristique. Les femelles hibernent dans les fissures de l'écorce. 

 

Tarsonemidae (tarsonèmes)

Appelés plus communément tarsonèmes, les Tarsonemidae regroupent plus de 500 espèces décrites à ce jour. Ce sont des acariens microscopiques, généralement inférieurs à 0,3 mm, au corps ovale ou légèrement trapu, ce qui les rend difficiles à observer à l’œil nu. Lorsqu’ils piquent les feuilles pour se nourrir, ils injectent une salive toxique capable de provoquer des déformations des feuilles, bourgeons ou fleurs, un nanisme des organes jeunes et l’apparition de taches ou bronzage des tissus, symptômes parfois confondus avec des dégâts viraux.

Les Tarsonemidae sont des ravageurs particulièrement préoccupants en maraîchage et en culture sous serre, où ils peuvent causer des dégâts sévères sur les légumes, les fraisiers et certaines plantes ornementales ou tropicales, telles que bégonia, cyclamen, impatiens ou dahlia. D’origine tropicale, la plupart des espèces ne survivent pas à l’extérieur dans les climats tempérés.

Le tarsonème trapu ou tarsonème des serres (Polyphagotarsonemus latus) attaque poivrons, tomates, aubergines et diverses plantes ornementales cultivées sous serre. Ses piqûres provoquent des déformations foliaires et florales, un bronzage des tissus et un retard de croissance.

Dégâts causés par Polyphagotarsonemus latus sur poivrons Crédit photo: David Riley, University of Georgia, Bugwood.org 

 Le tarsonème du fraisier ou de l’avoine (Steneotarsonemus pallidus, anc. Phytonemus pallidus) s’attaque aux jeunes feuilles et bourgeons des fraisiers, de certaines céréales et de plusieurs plantes ornementales (cyclamen, géranium, bégonia, etc.), entraînant également des déformations, un ralentissement de la croissance et un rabougrissement des plants. Difficile à détecter, il est un ravageur majeur des cultures de fraises où il peut causer des pertes importantes de rendement.

 

Tenuipalpidae

Les Tenuipalpidae, appelés communément faux-tétranyques ou acariens plats, regroupent plus de 1000 espèces décrites. Ce sont des acariens phytophages de très petite taille, aplatis dorsoventralement, souvent associés aux cultures tropicales telles que les palmiers, bananiers, avocatiers ou agrumes. Leur alimentation provoque des chloroses, taches foliaires, affaiblissement général des plantes, et peut entraîner une baisse significative de rendement, surtout dans les régions tropicales et subtropicales.

Raoiella indica, l’acarien rouge du palmier, est un ravageur majeur des palmiers au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est. Depuis les années 2000, il s’est installé dans les Antilles, où il attaque également les bananiers et d’autres plantes ornementales. Ses piqûres provoquent des taches chlorotiques et un affaiblissement progressif des feuilles, pouvant compromettre la croissance et la productivité des palmiers et bananiers infestés.

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Raoiella indica présente de petites gouttes de fluide associées aux extrémités des poils dorsaux Crédit photo: Beard et al. , Flat Mites of the World, USDA APHIS PPQ, Bugwood.org 

 

Brevipalpus phoenicis est un acarien largement répandu dans les zones tropicales et subtropicales, notamment sur les citrus, avocatiers, caféiers et autres cultures fruitières. Outre les dommages directs par piqûre (chlorose et décoloration des feuilles), certaines populations de B. phoenicis sont vecteurs de phytovirus émergents, ce qui amplifie leur impact économique. C’est le cas notamment de la léprose des agrumes, une maladie virale originaire d’Amérique du Sud, qui progresse vers le nord et reste soumise à des mesures de quarantaine strictes.

Brevipalpus obovatus s’attaque également à diverses cultures tropicales et subtropicales, dont les agrumes et certaines plantes ornementales. Il provoque des taches foliaires et une décoloration progressive, entraînant un affaiblissement des plantes infestées. Bien que moins étudié que B. phoenicis, il reste un ravageur important dans les plantations tropicales.

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Brevipalpus phoenicis (x150, colorisation numérique) Crédit photo: Eric Erbe, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 

 

Tuckerellidae

Couramment appelés « acariens paons » (peacock mites) en raison de leur apparence ornementée et colorée, rappelant le plumage d'un paon, les Tuckerellidae sont une petite famille qui ne compte qu'une trentaine d'espèces décrites ainsi que des espèces fossilisées. Des rangées de soies blanches en forme d'éventail ou de feuilles recouvrent leur dos. 

Ce sont toutefois des phytophages qui se nourrissent principalement des tiges ligneuses (écorces), des fruits et des bourgeons de diverses plantes hôtes, notamment les agrumes, le théier, le cacaoyer et certains conifères. Ils sont considérés comme des ravageurs agricoles dans les régions tropicales et subtropicales. Par exemple, Tuckerella japonica infeste les cultures de thé. 

Tuckerella sp. sur tige de thé, x65, colorisation numérique 
Crédit photo: Eric Erbe, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 


Lutte contre les acariens phytophages en agriculture

Les acariens phytophages sont souvent moins visibles que les insectes ravageurs, mais peuvent causer des dégâts importants sur certaines cultures sensibles (fruits, légumes, plantes ornementales), notamment sous serre. En général, la lutte contre les acariens est plus curative que préventive et moins systématique que celle contre les insectes ravageurs ou les maladies. Bien qu’ils partagent certains moyens de lutte avec les insectes, les interventions contre les acariens nécessitent souvent des actions ciblées et spécifiques, principalement via les auxiliaires de la lutte biologique ou, en dernier recours à des pesticides spécifiques.

Lutte biologique

  • Lâchers de prédateurs d'acariens : acariens phytoseiidés (Phytoseiulus persimilis, Amblyseius swirskii, Neoseiulus californicus, etc.), certaines coccinelles. 
  • Agents microbiens : certains champignons entomopathogènes comme Beauveria bassiana, moins couramment utilisés.

La lutte biologique est particulièrement efficace dans les serres ou cultures protégées, où l’environnement peut être optimisé pour les auxiliaires. Elle est moins efficace dans les grandes cultures en plein champ, surtout si les populations d’acariens augmentent très vite ou si les conditions climatiques sont défavorables.

Lutte culturale

Les pratiques culturales utilisées pour lutter les insectes et les maladies comme la rotation des cultures ou l'élimination des résidus végétaux ou encore le choix de variétés résistantes peuvent aussi limiter secondairement les acariens. Certaines pratiques spécifiques aux acariens peuvent être mises en œuvre en cas d'infestation:

  • Augmentation de l'humidité (les acariens préfèrent les conditions sèches);
  • Contrôle des mauvaises herbes ou plantes réservoirs servant de refuge aux acariens;
  • Limitation de la fertilisation azotée excessive.

Lutte chimique

  • Acaricides spécifiques : spiromesifen, abamectine, bifenazate, fenpyroximate, etc.
  • Insecticides à effet acaricide : certaines classes peuvent également agir sur les acariens (pyréthrinoïdes, avermectines, fipronil, formamidines).
  • Pesticides naturels à faibles impacts : soufre minéral, borax, huiles minérales, huile de neem. Des traitements à base d'huiles minérales ou végétales au stade de dormance (tôt au printemps) sont parfois préconisés pour limiter leur propagation.
  • Gestion de la résistance : les acariens développent rapidement des résistances, ce qui rend la rotation de molécules indispensable.

En savoir plus sur les acaricides (PestInfos)

 

Trombidiidae

Les Trombidiidae, ou trombidions, sont une famille d’acariens souvent appelés acariens rouges veloutés, en raison de leur corps recouvert de fines soies. Les larves (ou leptes) sont généralement parasites d’arthropodes (criquets, sauterelles, faucheux, diptères, araignées), tandis que les nymphes et adultes sont libres et prédateurs, se nourrissant notamment de petits arthropodes tels que des pucerons, des collemboles ou des œufs d’insectes. Ils jouent ainsi un rôle écologique important en contribuant à la régulation naturelles des populations d'insectes. À ce titre, ils peuvent constituer des auxiliaires utiles en agriculture et dans les jardins.

Par exemple, le Trombidion soyeux (Trombidium holosericeum) est un gros acarien rouge vif, visible à l’œil nu (de 4 à 5 mm de long) qui se nourrit de petits insectes et est un allié familier des jardiniers.  

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Adulte trombidion libre (espèce non identifiée) Crédit photo: Susan Ellis, Bugwood.org 
Description de cette image, également commentée ci-après
Crédit photo: Patrik Ekfeldt, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=122397305


Cheyletidae

Les Cheyletidae compte environ 400 espèces, principalement des prédateurs libres et des parasites d'animaux (mammifères, oiseaux, insectes). Les deux genres les plus connus sont Cheylectus et Cheyletiella

Cheyletus eruditus est un acarien prédateur libre ubiquiste qui vit à la fois dans des milieux naturels et domestiques. On le trouve dans les sols, les litières forestières, sous l’écorce des arbres, dans les litières de volailles et de mammifères, les nids d’oiseaux, ainsi que dans les réserves alimentaires, greniers et literie domestique. Présent dans la poussière domestique, il peut provoquer chez l’homme certaines allergies respiratoires, telles que l’asthme ou l’eczéma.

Prédateur et chasseur très efficace, Cheyletus eruditus est également utilisé comme auxiliaire de lutte biologique pour réguler les populations d’arthropodes nuisibles dans les stocks de grains entreposés. Il se nourrit notamment des œufs et larves de coléoptères granivores comme Cryptolestes ferrugineus et Cucujidae longicorne, ainsi que des mites alimentaires, des acariens des denrées telles que Acarus siro, ou encore des psocoptères (poux des livres, notamment Liposcelis spp.), qui sont souvent résistants aux pesticides.

Les acariens du genre Cheyletiella sont des parasites stricts, responsables de dermatites chez les mammifères domestiques, provoquant la cheyletiellose chez le lapin, le chat ou le chien. Ces infestations peuvent se transmettre aux humains, entraînant des démangeaisons et des éruptions cutanées transitoires.

 

Trombiculidae 

Les Trombiculidae, ou trombiculidés, regroupent des acariens dont les larves sont des ectoparasites temporaires à tendance hématophage. Elles se nourrissent de tissus cutanés liquéfiés et de la lymphe de divers mammifères, y compris l’humain, ainsi que de certains reptiles et oiseaux. Elles effectuent généralement un seul repas sur leur hôte (de 2 à 10 jours), avant de se détacher pour poursuivre leur développement dans le sol ou la végétation. En revanche, les nymphes et les adultes se nourrissent de sucs et d’exsudats végétaux, de champignons ou de petits arthropodes.

Les adultes sont de petits acariens de couleur rouge (de 0,1 à 0,3 mm) et sont fréquemment confondus avec le Trombidion soyeux (Trombidium holosericeum), rouge lui aussi mais beaucoup plus gros.

Description de l'image Trombiculid Mite - Oklahoma - Flickr - Thomas Shahan 3.jpg.
Crédit photo: Thomas Shahan, Oklahoma, CC BY 2.0, via iNaturalist, www.inaturalist.org/observations/111018905 

 

L’espèce la plus connue est Neotrombicula autumnalis, dont les larves sont communément appelées aoûtats. Celles-ci sont particulièrement actives par temps chaud et humide, généralement à la fin de l’été, d’où leur nom. On les rencontre surtout dans les herbes hautes, les jardins, les forêts et les zones humides. Elles peuvent parasiter de nombreux hôtes, notamment des rongeurs, des taupes, des chiens, des bovins, ainsi que l’humain. Après leur repas, elles se détachent et retournent au sol ou dans la végétation. Les piqûres de ces larves provoquent des démangeaisons parfois intenses chez l’humain et les animaux domestiques; celles-ci sont dues à l’injection de salive contenant des enzymes qui dissolvent les tissus cutanés et provoquent une réaction d’hypersensibilité.

Les acariens du genre Leptotrombidium parasitent principalement les rongeurs et, occasionnellement, l’humain. Ils sont vecteurs de la bactérie Orientia tsutsugamushi (Rickettsiaceae), responsable du typhus des broussailles (appelée aussi fièvre fluviale du Japon ou fièvre de Tsutsugamushi) chez l’humain. Comme les autres Trombiculidae, les larves ne se nourrissent qu’une seule fois au cours de leur vie.

D’autres genres, tels que Trombicula, Nycterinastes et Euschoengastia, parasitent les chauves-souris. Certaines espèces asiatiques du genre Trombicula peuvent aussi transmettre la typhus des broussailles à l'humain.

 

Demodicidae

Les Demodicidae sont des acariens de forme allongée qui vivent sur la peau, près ou dans les follicules pileux de mammifères y compris l'humain. En petit nombre, ils sont considérés comme des commensaux bénéfiques qui nettoient les pores de la peau, en se nourrissant principalement de cellules mortes et de sébum. Ils sont présents chez presque tous les humains. Leur prolifération excessive peut toutefois causer des lésions cutanées locales ou généralisées appelées démodécies, qui se manifestent par des rougeurs, irritations, voire des blépharites (inflammations du bord des paupières), des perte de cils et de la sécheresse oculaire.

Parmi les espèces les plus connues du microbiote cutané humain, on peut citer : 

  • Demodex folliculorum : le plus commun, vit principalement dans les follicules des cils, des sourcils et du visage;
  • Demodex brevis : plus petit, vit plus profondément dans les glandes sébacées et les glandes des paupières.

Chez le chien, Demodex canis est à l'origine de démodécies très courantes qui peuvent provoquer des pertes de poils importantes.

 

Stigmaeidae

Les Stigmaeidae regroupent près de 600 espèces décrites, dont la majorité vivent dans le sol et l’humus, où elles se nourrissent notamment d’algues, de mousses et de lichens. Beaucoup d'espèces sont cependant des prédateurs libres présents sur les feuilles, les rameaux et l’écorce (par exemple Agistemus spp., Zetzellia spp.). Généralement polyphages et opportunistes, ces acariens consomment principalement des œufs et des stades immatures d’autres acariens phytophages, ainsi que de petits insectes, notamment des Hémiptères et des Lépidoptères. 

Certaines espèces présentent un intérêt agronomique et ont été étudiées comme agents potentiels de lutte biologique en raison de leur efficacité à réguler des populations de ravageurs. En particulier, Zetzellia mali est fréquent dans les vergers de pommiers où il contribue à la régulation naturelles de l'acarien rouge du pommier (Panonychus ulmi) et l'acarien de la rouille du pommier (Aculus schlechtendali).

 

Sarcoptiformes (Acariformes)

Ce groupe aussi très diversifié comprend plus de 15000 espèces décrites, réparties dans environ 230 familles. On les trouve en abondance dans l'humus et le sol, où ils sont les arthropodes dominants, mais aussi sur les plantes, les animaux, dans les produits stockés et poussières domestiques. Ils se distinguent par des chélicères broyeuses adaptées à la consommation de nourriture solide (champignons, débris végétaux, ou tissus cutanés pour les parasites). Contrairement aux Trombidiformes, ils ne présentent généralement pas de larves parasites spécialisées. Les Sarcoptiformes ont une importance en écologie des sols (décomposeurs), en agroalimentaire (denrées stockées) et en santé humaine et animale (allergies, dermatologie, parasitologie)

Les familles de Sarcoptiformes peuvent être regroupées soit de manière fonctionnelle (décomposeurs, parasites, etc.), soit selon des critères taxonomiques, notamment en Oribidata et Astigmata.

Oribatida / Oribatidae (oribates)

  • Acariens libres très abondants dans les sols, détritivores et mycophages, ayant un rôle essentiel dans la décomposition de la matière organique et la formation de l'humus. Ils ont une  cuticule épaisse et résistante, bien adaptés à la vie dans le sol.

Astigmata

  • Acariens domestiques et des denrées
    • Acaridae : acariens des denrées stockées, responsables d’infestations alimentaires et parfois d’allergies.
    • Pyroglyphidae : acariens de la poussière domestique (ex. Dermatophagoides), responsables d’allergies respiratoires (asthme, rhinite) et parfois cutanées.
    • Glycyphagidae : acariens fréquents dans les denrées et la poussière, associés à des allergies et à la dégradation des produits stockés.
  • Acariens parasites d'animaux
    • Sarcoptidae : responsables de la gale chez l’homme et les animaux (Sarcoptes scabiei).
    • Psoroptidae : parasites cutanés d’animaux, responsables de différentes formes de gales animales.

 

Acaridae

Les Acaridae regroupent environ 400 à 500 espèces. Ce sont des acariens très petits, souvent associés aux produits stockés, aux denrées alimentaires et aux environnements riches en matières organiques. Leur importance réside surtout dans leur rôle de ravageurs et allergènes.

Tyrophagus putrescentiae est un ravageur fréquent des produits stockés à forte teneur en protéines ou en matières grasses, tels que la viande, le fromage, les noix, les graines ou les œufs séchés. Ses infestations peuvent provoquer des pertes économiques importantes et altérer la qualité des denrées.

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Tyrophagus putrescentiae (x100, col, num.) Crédit photo: Eric Erbe, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 

 

Acarus siro, communément appelé Ciron de la farine, Artison ou Tyroglyphe de la farine, est une espèce cosmopolite et l’acarien commensal le plus répandu dans les activités humaines. Il se nourrit essentiellement de céréales et de leurs sous-produits, mais peut également s’attaquer aux fromages dans les laiteries, aux fourrures, aux nids d’oiseaux et même aux ruches d’abeilles. Outre son rôle de ravageur des denrées stockées, A. siro  peut causer des allergies, particulièrement chez les professionnels manipulant ces produits. Certaines populations de cet acarien sont également utilisées pour l’affinage de fromages, comme la Mimolette, où leur activité contribue au développement des arômes fromagers.

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Crédit photo : Pavel Klimov, Bee Mite ID, USDA APHIS PPQ, Bugwood.org 

 

Pyroglyphidae 

Bien que de nombreuses espèces vivent naturellement dans les nids d’oiseaux ou de rongeurs, ou soient associées aux grains stockés, les Pyroglyphidae sont surtout connus pour inclure les principaux acariens de la poussière domestique comme Dermatophagoides spp.. Ces acariens domestiques ou acariens des maisons représentent la cause principale des allergies à l'intérieur des habitations. Ils se nourrissent principalement des squames (fragments de peaux mortes perdues en permanence par les humains et animaux domestiques, débris d'ongles, poils, etc.) mais aussi de micro-organismes, comme des moisissures, présents dans la poussière.
Ces acariens eux-mêmes ne piquent ou ne mordent pas; ce sont les protéines présentes dans leurs déjections et dans leur cuticule (exuvies après les mues) qui provoquent des réactions allergiques chez les personnes hypersensibles. Ces réactions peuvent se manifester par la rhinite allergique, la conjonctivite, l’asthme bronchique ou la dermatite atopique (eczéma).

Parmi une cinquantaine d’espèces décrites, les plus répandues dans les habitations sont :

  • Dermatophagoides pteronyssinus : l’acarien de la poussière, dominant dans les climats tempérés et humides, notamment en Europe.
  • Dermatophagoides farinae : l’acarien de la poussière, répandu en Amérique du Nord et au Japon, plus résistant aux environnements secs.
  • Euroglyphus maynei : fréquent dans la literie et sur les tapis.

Ces acariens domestiques constituent une cause majeure d’allergies respiratoires (asthme et rhinites allergiques) et cutanées chez les personnes sensibles.

Dermatophagoides pteronyssinus est un des principaux acariens responsables d'allergies. Il vit dans la literie et les tapis en se nourrissant des peaux humaines mortes qui s'y accumulent. Crédit : Gouvernement des État-Unis, FDA, licence Domaine Public via Wikimedia Commons

L’élimination des acariens à la maison

Sur le marché domestique, on trouve de nombreux produits anti-acariens (aérosols, lotions, additifs de lessive, tissus imprégnés, peintures, etc.) qui contiennent des acaricides et des fongicides de synthèse pour éliminer les acariens des poussières et les moisissures qui causent des allergies respiratoires ou cutanées chez les personnes hypersensibles. Il faut être prudent, car certains d'entre eux peuvent être très toxiques, notamment pour les jeunes enfants, ou peu efficaces, car ils ne tuent pas les œufs et les larves d'acariens.

Pour limiter leur prolifération des acariens dans les habitations, il est préférable de suivre les recommandations suivantes : 

  • Maintenir l’humidité relative en dessous de 50 %.
  • Laver la literie à 60 °C pour éliminer les acariens et leurs allergènes.
  • Utiliser des housses intégrales anti-acariens pour matelas et oreillers.
  • Aérer quotidiennement les pièces et passer régulièrement l’aspirateur, de préférence avec un filtre HEPA (High Efficiency Particulate Air). Ce type de fitre est capable de capturer au moins 99,97 % des particules fines, d'au plus 0,3 microns (poussière, pollen, moisissure, bactéries) .

Pour en savoir plus : 

➤ Société canadienne de l’Asthme : https://asthma.ca/wp-content/uploads/2017/08/asthma_dust_mite_fr.pdf

➤ Duteau, G. (2014). Allergie aux acariens domestiques : du diagnostic à la prise en charge. Revue Française d'Allergologie, Vol. 54 (8), pp. 544-553. https://doi.org/10.1016/j.reval.2014.10.003

 

Glycyphagidae

Les Glycyphagidae sont des acariens cosmopolites qui colonisent des milieux riches en matières organiques : nids de mammifères (petits rongeurs), denrées stockées (foins, grains, céréales, fruits secs, produits laitiers) en environnements domestiques où ils cohabitent avec les acariens de la poussière (matelas, tapis, meubles rembourrés), particulièrement dans les zones humides. Ils sont fréquemment présents dans les céréales, farines et grains stockés, mais ne sont pas phytophages sur les plantes vivantes.

Certaines espèces représentent des sources importantes d’allergènes :

  • Glycyphagus domesticus : commun dans les habitations humides.
  • Lepidoglyphus destructor : fréquent dans le foin et les granges (allergène puissant).
  • Blomia tropicalis : répandu dans les régions tropicales et subtropicales, responsable d’allergies respiratoires sévères.

L’exposition à ces acariens par inhalation de leur excréments ou débris peut provoquer des allergies respiratoires (rhinites, conjonctivites) ou déclencher l'asthme chez les personnes hypersensibles. Le contact cutané peut aussi entraîner irritations et démangeaisons (prurit), lors de la manipulation de produits infestés. Le risque allergique est particulièrement élevé pour les agriculteurs et les travailleurs manipulant le foin ou les stocks de grains.

 

Sarcoptidae (sarcoptes)

Les Sarcoptidae ou sarcoptes sont principalement connus comme les agents responsables de la gale (ou scabiose) chez l’humain et de nombreux mammifères. Ce sont des parasites obligatoires qui accomplissent l’ensemble de leur cycle de vie sur leur hôte. Les femelles creusent des galeries (tunnels) dans la couche cornée de l’épiderme afin d’y pondre leurs œufs. L’infestation provoque un prurit intense (démangeaisons), souvent plus marqué la nuit, lié à une réaction immuno-allergique aux acariens, à leurs déjections et à leurs œufs. Chez les animaux, elle s’accompagne fréquemment d’alopécie (perte de poils), de lésions cutanées et parfois de surinfections bactériennes.

https://www.who.int/images/default-source/departments/ntd-library/scabies-and-other-ectoparasites/scabies-rie2-(tanzania).tmb-1920v.jpg?Culture=fr&sfvrsn=6bb1d4d2_18
Crédit photo: N. Lufanga
Baby suffering from Scabies in the United Republic of Tanzania, via OMS/WHO. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/scabies

 

La gale est très contagieuse. Sa transmission est essentiellement directe, par contact cutané prolongé, mais peut plus rarement se faire de manière indirecte via des objets contaminés (linge, literie), surtout en cas d’infestation importante.

L'espèce la plus connue est Sarcoptes scabiei, l'agent responsable de la gale chez l'humain et divers mammifères, dont il existe plusieurs variétés adaptés à des hôtes spécifiques : var. hominis chez l'humain,  var. canis chez le chien, var. bovis chez les vaches, var. ovis chez les moutons, etc. Ces variétés présentent une certaine spécificité d’hôte, mais des transmissions interspécifiques temporaires peuvent survenir.

Outre le genre Sarcoptes, la famille inclut d’autres genres parasites comme Notoedres (notamment chez les chats et certains rongeurs) et Trixacarus (chez les cobayes).

Des acaricides pour traiter la galle 

Chez l’humain, la gale commune nécessite une prise en charge rigoureuse incluant le traitement simultané de toutes les personnes en contact étroit avec la personne infectée. Le traitement repose principalement sur l'application d'acaricides. 

  • un traitement topique (localisé, par voie cutanée) au moyen d'acaricide notamment la perméthrine (en crème), de malathion (en solution aqueuse) ou de sulfure (en pommade) ou encore de benzoate de benzyle (émulsion) dans certains contextes.
  • un traitement oral par ivermectine dans certaines situations (formes étendues, épidémies, échec du traitement local)

Le traitement de l’environnement (linge, vêtements, literie) repose sur le lavage à haute température ou l’isolement en sac fermé; l’usage d’insecticides (pyréthrinoïdes comme la tétraméthrine ou la phénothrine) peut être envisagé mais n’est pas toujours indispensable dans les formes communes.

 Certaines huiles essentielles (comme le neem, l’arbre à thé, l’eugénol ou la citronnelle) ont montré une activité acaricide in vitro ou dans des usages traditionnels, mais leur efficacité clinique reste insuffisamment démontrée et elles ne constituent pas un traitement de première intention.

Enfin, des cas de résistance à l’ivermectine et à certains acaricides ont été décrits, principalement en médecine vétérinaire et dans des contextes d’usage répété.

Pour en savoir plus : 

Selon l'OMS, au moins 200 millions de personnes dans le monde souffrent de la gale, notament dans les régions défavorisées des régions chaudes et à fortes densités de population. On estime que de 5 % à 50 % des enfants sont atteints de cette affection.

➤ OMS. Gale. www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/scabies

 

Psoroptidae (psoroptes)

Les Psoroptidae, également appelés psoroptes, sont des acariens parasites cutanés d’animaux domestiques et sauvages, notamment les chevaux, bovins, ovins, caprins, lapins et lièvres. Ils sont responsables de différentes formes de gales animales, regroupées sous le nom de gales psoroptiques. Ces infestations sont très contagieuses et peuvent provoquer un amaigrissement des animaux ainsi que des pertes économiques significatives pour les éleveurs, comme la perte de laine chez les moutons.

La principale espèce, Psoroptes equi, se nourrit par abrasion de l’épiderme, en rongeant la couche la plus externe de la peau. Cette activité provoque une gale humide, accompagnée d’un exsudat cutané jaunâtre. L’irritation intense entraîne grattage et lésions secondaires, aggravant l’infestation et le stress des animaux.

  

Mesostigmata (Parasitiformes)


Les Mesostigmata regroupent près de 11500 espèces d'acariens majoritairement prédateurs, ainsi que certains parasites d'oiseaux, de mammifères et d'insectes. Ils sont présents dans les sols, les débris végétaux, l'humus, les fumiers, les nids d'animaux et sur les animaux eux mêmes. En raison de leur sensibilité aux changements environnementaux, ils sont souvent utilisés comme bioindicateurs pour évaluer la santé des sols

Ils possèdent généralement des plaques sclérifiées (durcies) sur le corps, ce qui leur donne un aspect robuste par rapport à d'autres acariens.

 Ils sont principalement reconnus pour leur rôle de prédateurs dans les écosystèmes du sol et en comme agents de lutte biologique contre certains ravageurs des cultures. 

Parmi la centaine de famille, on peut en distinguer trois qui sont importantes, respectivement en agriculture, apiculture et parasitologie animale. 
  • Phytoseiidae : prédateurs d'acariens phytophages, très utilisés en lutte biologique
  • Dermanyssidae : ectoparasites d’oiseaux
  • Varroidae : ectoparasites d'abeilles domestiques (Varroa), très important en apiculture

 

Phytoseiidae (phytoséiides)

Les Phytoseiidae ou phytoséiides comprennent plus de 2000 espèces décrites à ce jour. La grande majorité d’entre elles sont prédatrices et se nourrissent principalement d’autres acariens, en particulier d’acariens phytophages fréquemment présents dans les cultures et les jardins, mais aussi d'oeufs et larves de petits insectes. Ils sont largement présents dans divers agrosystèmes, où ils chassent leurs proies sur les arbres fruitiers, la vigne, les cultures légumières et les plantes ornementales. Les phytoséiides jouent ainsi un rôle clé dans la régulation naturelle des populations de ravageurs.

Cette famille représente l’un des groupes d’auxiliaires les plus utilisés en lutte biologique, notamment pour le contrôle des tétranyques (Tetranychidae) et des faux tétranyques (Tenuipalpidae). Plusieurs espèces sont élevées et commercialisées comme agents de lutte biologique, contribuant à réduire l’usage des pesticides chimiques. 

Phytoseiulus persimilis Crédit photo : Mick Talbot, via Wikimedia Commons

 

Phytoseiulus

Phytoseiulus persimilis est l’un des agents de lutte biologique les plus populaires et utilisés au monde pour contrôler le tétranyque tisserand (Tetranychus urticae), notamment dans les cultures maraîchères et ornementales sous serre ainsi que sur les plantes d’intérieur. Prédateur spécialiste, très mobile et vorace, il consomme tous les stades de sa proie et peut réduire rapidement les populations de tétranyques lorsque les conditions lui sont favorables. En plein champs, son activité est plus limitée et dépends de l'humidité et de la température. Il est souvent remplacé par des espèces plus tolérantes comme Neoseiulus californicus

Amblyseius

Plus polyphage, Amblyseius swirskii est particulièrement efficace contre les aleurodes (mouches blanches), les thrips, ainsi que contre les œufs et les jeunes stades larvaires de certains acariens ravageurs. Il est surtout performant dans les conditions chaudes et humides, comme celles rencontrées en serre. Cette espèce est capable de se nourrir de pollens ou de miellats, en l’absence de proies. On peut donc l'implanter de façon préventive dans les cultures, avant même l’apparition des ravageurs. La présence de plantes à fleurs aux abords des cultures ou dans les vergers peut aussi favoriser son établissement, sa survie et le maintien de ses populations.

Amblydromalus limonicus est particulièrement performante en conditions fraîches à modérément chaudes et humides, ce qui la rend bien adaptée à certaines cultures sous serre.

Neoseiulus

Plus tolérant que Phytoseiulus persimilis aux températures élevées, aux conditions plus sèches et aux faibles densités de proies, Neoseiulus californicus est particulièrement adapté aux lâchers en extérieur ou dans des environnements moins favorables. Il consomme divers acariens à tous les stades ainsi que des thrips mais aussi du pollen en l'absence de proies. Sa capacité à survivre en se nourrissant du pollen permet de l'introduire dans les cultures avant même l'apparition des premiers ravageurs.

Neoseiulus cucumeris est très utilisé en serre contre les larves de thrips des petits fruits. Plus résistant aux climats frais, Neoseiulus fallacis est idéal en en cultures extérieures, notamment dans les vergers du Canada et du Nord-Est des États-Unis. 

Utilisation et gestion des phytoséiides en lutte biologique: Comment optimiser l’efficacité de ces acariens auxiliaires

Plusieurs espèces d’acariens phytoséiides sont élevées à grande échelle et commercialisées pour la lutte biologique contre divers ravageurs, notamment les tétranyques, thrips et aleurodes. Elles sont généralement conditionnées soit en flacons en mélange avec un substrat inerte (souvent du son) à saupoudrer directement sur les plantes, soit en sachets à diffusion lente. Ces sachets, accrochés au feuillage, permettent une libération progressive et continue des prédateurs sur plusieurs semaines, assurant ainsi une protection durable des cultures.

Sachet contenant du son et des acariens phytoséiides pour une diffusion lente dans les cultures Crédit photo: Whitney Cranshaw, Colorado State University, Bugwood.org 

La lutte biologique à l’aide de phytoséiides est généralement la méthode la plus efficace et la plus durable, surtout en cultures protégées (serres), où les conditions environnementales peuvent être mieux maîtrisées. Toutefois, son efficacité repose sur une mise en œuvre rigoureuse intègrant des pratiques culturales adaptées (gestion du climat, limitation des stress hydriques, choix variétal, hygiène des cultures). Le succès des programmes de lutte biologique dépend donc de plusieurs facteurs clés: la température et l’humidité relative, qui influencent directement le développement des phytoséiides; le moment et la densité d’introduction des prédateurs; la disponibilité en proies ou en ressources alternatives (comme le pollen); ainsi que l'absence de traitements phytosanitaires susceptibles de nuire aux organismes auxiliaires. 

Pour en savoir plus : 

➤ Ephytia (INRAe). Les acariens prédateurs. https://ephytia.inra.fr/fr/C/11112/Hypp-encyclopedie-en-protection-des-plantes-Les-acariens-predateurs-et-parasites

➤ Lutte biologique et biopesticides (PestInfos) : https://pestinfos.blogspot.com/p/faune-auxiliaire.html

 

Varroidae 

Les Varroidae regroupe des acariens ectoparasites strictement associés aux abeilles. L’espèce la plus connue, Varroa destructor, est responsable de la varroose, une parasitose majeure qui affecte les colonies d’abeilles domestiques, en particulier Apis mellifera, dans le monde entier.  

Ces acariens se fixent sur le corps des abeilles adultes et des stades immatures (larves, nymphes) pour se nourrir de leur hémolymphe et de leurs tissus adipeux (riches en lipides et gras essentiels au métabolisme et à l'immunité). La reproduction a lieu dans les alvéoles de couvain operculé, où les femelles pondent leurs œufs et complètent leur cycle de développement aux dépens des larves et des nymphes.

Un  Varroa destructor sur le dos d'une abeille domestique (Apis Mellifera). Le varroa, qui se nourrit de l'hémolymphe des larves, des nymphes et des adultes et véhicule des maladies, cause des mortalités importantes dans les colonies infectées. Crédit photo : Scott Bauer, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org, licence CC BY 3.0

En plus d'altérer directement les fonctions physiologiques, d'affaiblir les abeilles et de diminuer leur longévité, les Varroa sont des vecteur de nombreux virus, dont le virus des ailes déformées (DWV, pour Deformed wing virus en anglais). L’interaction entre le parasite et ces agents pathogènes amplifie considérablement les effets directs, pouvant conduire à l’effondrement des colonies et des ruches, si aucune mesure de contrôle n’est mise en place.

Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles : rôle des insecticides et autres facteurs

L’effondrement des colonies d’abeilles (souvent désigné comme syndrome d’effondrement des colonies, ou Colony Collapse Disorder en anglais) est un phénomène multifactoriel dans lequel les acariens de la famille des Varroidae, en particulier Varroa destructor, jouent un rôle central, en interaction avec les insecticides utilisés en agriculture et d'autres facteurs environnementaux. En particulier, certains insecticides systémiques, notamment les néonicotinoïdes, ont des effets néfastes même à doses sublétales, parmi lesquels :

  • altération du système nerveux des abeilles (désorientation, troubles de navigation);
  • diminution de leur capacité de butinage et de retour à la ruche;
  • affaiblissement de leur système immunitaire;
  • perturbation du développement du couvain. 

L’interaction entre Varroa destructor et les insecticides est particulièrement préoccupante: les abeilles parasitées sont plus sensibles aux effets toxiques des insecticides, tandis que l’exposition aux insecticides peut réduire leur capacité à résister aux virus transmis par le parasite, ce qui amplifie les impacts sur la santé des colonies.

D'autres facteurs de stress environnementaux peuvent aussi être impliqués:  

  • Déplacement fréquent des ruches pour la pollinisation commerciale, qui peut entraîner stress physiologique et désorientation des abeilles.
  • Réduction de la diversité florale et perte d’habitat, limitant la disponibilité de nourriture.
  • Conditions climatiques extrêmes (sécheresse, températures élevées ou basses).
  • Exposition à d’autres pesticides agricoles, comme herbicides ou fongicides, qui peuvent interagir avec les insecticides ou affaiblir les abeilles.

Pour en savoir plus :  

 Flores JM, Gámiz V, Jiménez-Marín Á, et al. (2021). Impact of Varroa destructor and associated pathologies on the colony collapse disorder affecting honey bees. Res Vet Sci. 2021;135:85–95. https://doi.org/10.1016/j.rvsc.2021.01.001

 Goulson D, Nicholls E, Botías C, Rotheray EL, (2015). Bee declines driven by combined stress from parasites, pesticides, and lack of flowers. Science, 347(6229):1255957. https://doi.org/10.1126/science.1255957

 Summer Warner, Lok R. Pokhrel, Shaw M. Akula, Chukwudi S. Ubah, Stephanie L. Richards, Heidi Jensen, Gregory D. Kearney (2024). A scoping review on the effects of Varroa mite (Varroa destructor) on global honey bee decline. Science of The Total Environment, Volume 906, 1 January 2024, 167492. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2023.167492

➤ Woodcock BA, Isaac NJB, Bullock JM, et al. (2017). Country-specific effects of neonicotinoid pesticides on honey bees and wild bees. Science, 356(6345):1393–1395. https://doi.org/10.1126/science.aaa1190

 

Lutte contre la varrose en apiculture

La lutte contre Varroa destructor repose sur une combinaison de traitements chimiques et de pratiques agricoles intégrées ainsi que sur une surveillance et un dépistage rigoureux. 

Parmi les traitements chimiques, il existe plusieurs acaricides de synthèse tels que l’amitraze, le fluvalinate ou la fluméthrine. Toutefois, ceux-ci doivent être utilisés avec beaucoup de précaution, généralement en absence de couvain ou après les récoltes, car ils peuvent laisser des résidus dans la cire et avoir des effets négatifs à long terme sur les abeilles. 

Lutte chimique contre le varroa. Crédit photo : Florida Division of Plant Industry , Florida Department of Agriculture and Consumer Services, Bugwood.org, licence CC BY 3.0 US

Certains acides organiques d’origine naturelle, comme l'acide oxalique, l'acide lactique ou l’acide formique, sont aussi efficaces, y compris en présence de couvain pour ce dernier. L’acide formique (également présent dans les glandes des abeilles) diffuse sous forme de gaz et agit par contact sur les acariens à la fois sur les abeilles adultes et dans le couvain. Son utilisation doit néanmoins être bien maîtrisée (dosage, température), car il peut être irritant pour les abeilles. Il est autorisé en apiculture biologique, selon les réglementations en vigueur. Les huiles essentielles de thymol, de menthol ou d'eucalyptol constituent une alternative plus naturelle, généralement moins persistante dans la ruche, mais leur efficacité est variable, notamment en fonction de la température et des conditions environnementales.

Parmi les méthodes non chimiques, plusieurs pratiques apicoles compatibles avec l’apiculture biologique peuvent être utilisées, mais elles nécessitent une bonne gestion et un certain savoir-faire:

  • Isolement (ou encagement) de la reine afin d'interrompre la ponte.
  • Piégeage et retrait du couvain des faux-bourdons, soit des larves et nymphes mâles (cibles préférentielles du varroa).
  • Division de colonies afin de réduire la pression parasitaire.
  • Utilisation d'un plateau grillagé « anti-varroas » afin de piéger les varroas qui tombent naturellement et les empêchent de retourner sur les abeilles. 

Certaines lignées d'abeilles domestiques ont été sélectionnées pour leur résistance à la varroase, notamment la lignée Varroa Sensitive Hygiene ou VSH.

Pour en savoir plus : 

 Programme intégré des santé animale du Québec (PISAQ). Le contrôle de la varroase dans un contexte de lutte intégrée. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/agriculture-pecheries-alimentation/sante-animale/PISAQ/FI-controle-varroase-contexte-lutte-integree-camp15-pisaq_MAPAQ.pdf

 

Dermanyssidae

Les Dermanyssidae regroupent une cinquantaine d'espèces inféodées aux oiseaux et rongeurs, principalement des ectoparasites hématophages temporaires. Les espèces parasites se nourrissent généralement du sang de leur hôte durant la nuit. Elles passent la majeure partie de leur cycle de vie à l’abri de l’hôte, dans les nids, les litières ou les fissures des bâtiments, ce qui les rend difficiles à détecter et à contrôler.

Parmi elles, Dermanyssus gallinae, communément appelé « pou rouge », est d’une importance particulière en production avicole à travers le monde. Cet acarien peut entraîner des pertes économiques significatives dans les élevages de volailles, notamment chez les poules pondeuses, en provoquant anémie, stress, baisse de la production et de la qualité des œufs, voire la mortalité dans les infestations sévères. Il est également reconnu comme vecteur potentiel de divers agents pathogènes (bactériens et viraux). Bien que principalement parasite des oiseaux, D. gallinae peut occasionnellement piquer l’être humain, provoquant des dermatites prurigineuses, généralement transitoires.


Ixodida (Parasitiformes)

Communément appelés tiques, les Ixodida regroupent près de 900 espèces d'acariens hématophages, ectoparasites stricts de nombreux animaux vertébrés, notamment les mammifères (y compris l'humain), les oiseaux et les reptiles. Les tiques passent une partie de leur cycle de vie dans l’environnement (sol, litière, végétation), puis parasitent un hôte en s’y fixant pour se nourrir de son sang. La durée du repas sanguin varie selon les groupes et les espèces. Elles sécrètent une salive contenant des molécules aux propriétés anesthésiantes, anticoagulantes et immunomodulatrices, ce qui leur permet de se fixer durablement à leur hôte tout en passant souvent inaperçues.

C’est au cours de ce repas sanguin que les tiques peuvent transmettre une grande variété d’agents pathogènes (bactéries, virus, protozoaires). Elles jouent ainsi un rôle majeur en santé humaine et vétérinaire en tant que vecteurs de nombreuses maladies humaines et animales comme la Maladie de Lyme, les encéphalites à tiques, la Babésiose, etc. 

On distingue deux grandes familles de tiques :  

  • Ixodidae : tiques dures
  • Argasidae : tiques molles

Principales maladies transmises par les tiques

Les tiques sont des vecteurs majeurs d’agents pathogènes affectant l’humain et les animaux, et jouent un rôle important dans la transmission de zoonoses. Après les moustiques, les tiques (Ixodida) constituent le deuxième groupe de vecteurs de maladies le plus important. Elles sont capables de transmettre une grande diversité de microorganismes pathogènes appartenant à trois grands groupes :

  • Des bactéries, responsables notamment des borrélioses (comme la maladie de Lyme et les fièvres récurrentes), des rickettsioses (telles que la fièvre pourprée des montagnes Rocheuses due à Rickettsia rickettsii et la fièvre boutonneuse méditerranéenne causée par Rickettsia conorii), ainsi que des ehrlichioses, de l’Anaplasmose granulocytaire humaine et de la tularémie (Francisella tularensis).
  • Des virus (arbovirus), tels que le virus de l’encéphalite à tiques (TBEV), le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (CCHFV) ou encore le virus Powassan, pouvant entraîner des atteintes neurologiques ou hémorragiques graves.
  • Des protozoaires parasites, responsables notamment de la babésiose (ou piroplasmose) et de la theilériose (principalement chez les animaux d’élevage, causée par Theileria spp.).

Le risque de transmission dépend de plusieurs facteurs, notamment de la durée d’attachement de la tique, du stade de développement (larve, nymphe ou adulte) et de l’agent pathogène en cause. Par exemple, la transmission de Borrelia burgdorferi (agent de la maladie de Lyme) nécessite généralement plusieurs heures d’attachement, tandis que certains virus peuvent être transmis plus rapidement.

Pour en savoir plus : 

Anses. Mieux connaître et combattre les agents pathogènes transmis par les tiques. www.anses.fr/fr/content/mieux-connaitre-et-combattre-les-agents-pathogenes-transmis-par-les-tiques

➤ Institut national de santé publique du Québec (INRS). Maladies transmises par les tiques. www.inspq.qc.ca/zoonoses/tiques

 

Ixodidae (tiques dures)

Les Ixodidae compte plus de 700 espèces de tiques dites dures, car elles sont caractérisées par la présence d'un bouclier dorsal rigide (appelé scutum). On les trouve principalement dans les zones boisées, les hautes herbes, les broussailles et les litières de feuilles. Elles sont les tiques les plus fréquemment rencontrées chez l’humain et les animaux domestiques (chiens, bovins, moutons, chevaux, etc.). De nombreuses espèces sont peu spécifiques et peuvent parasiter différents types d’hôtes au cours de leur cycle de vie, notamment des mammifères sauvages ou domestiques, des oiseaux et des humains. 

La tique du cerf, Ixodes scapularis, est le principal vecteur de la maladie de Lyme dans l'est du continent nord américain, du nord du Mexique au sud du Canada. Vivant dans les bois et forêts, elle parasite les cerfs de Virginie et les ours.
Crédit: CDC/ Michael L. Levin - Jim Gathany - Sous licence Public domain via Wikimedia Commons

Les Ixodidae restent fixées à leur hôte pendant plusieurs jours, généralement de 3 à 12 jours selon le stade de développement (larve, nymphe ou adulte), afin de réaliser un repas sanguin unique mais volumineux à chaque stade. Ce mode d’alimentation prolongé favorise la transmission d’agents pathogènes. Chez les femelles, le scutum ne recouvre que la partie antérieure du corps, ce qui permet une forte distension de l’abdomen lors du repas sanguin. Certaines peuvent ainsi augmenter leur poids de manière spectaculaire, jusqu’à 100 fois leur masse initiale.

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Tique femelle Ixodes scapularis dont l'abdomen est gorgé de sang après la prise d'un repas sur un hôte, Crédit photo: CDC/ Dr. Gary Alpert, Urban Pests, Integrated Pest Management (IPM), public domain

Après leur repas, les femelles se détachent de l’hôte pour pondre dans l’environnement. La ponte peut varier de quelques centaines à plusieurs milliers d’œufs selon les espèces, ce qui contribue à leur important potentiel de reproduction.

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Cycle de reproduction Crédit: US Center for Disease Control (CDC), Domaine public

 

Les tiques sont actives surtout au printemps et en été dans l'hémisphère Nord. Chaque espèce de tique peut transmettre une ou plusieurs maladies, en fonction de son aire de répartition, de ses hôtes et des agents pathogènes qu’elle héberge. Une seule piqûre de tique peut suffire à transmettre un agent infectieux. Dans certains cas, une même tique peut être infectée par plusieurs pathogènes et ainsi transmettre simultanément plusieurs infections à une même personne, un phénomène appelé co-infection.

 Principales tiques dures vectrices de maladies

EspèceRépartitionHôtes principauxPrincipales maladie transmises
Ixodes ricinus (tique du mouton)Europe, Sacandinavie, Russie, Afrique du NordRongeurs, cervidés, humains, animaux domestiquesMaladie de Lyme 
Encéphalite à tiques 
Anaplasmose granulocytaire humaine
Babésiose
Ixodes scapularis (tique du cerf ou du chevreuil, tique à pattes noires)Amérique du Nord-Est et CentreRongeurs, cerf de Virginie, ours, humains
Maladie de Lyme
Babésiose
Anaplasmose
Ixodes pacificusAmérique du Nord-Ouest (côte pacifique)Mammifères, humains, oiseaux
Maladie de Lyme
Babésiose
Anaplasmose
Dermacentor reticulatusEurope, Asie occidentale.Chiens, bovins, parfois humains
Babésiose canine
Rickettsioses
Dermacentor variabilisAmérique du Nord.Mammifères, humainsFièvre pourprée des montagnes Rocheuses
Tularemie
Rhipicephalus sanguineus (tique du chien)Mondiale, surtout zones chaudes et sèches.Principalement chiens, parfois humainsBabésiose canine
Ehrlichiose canine
Rickettsiose (fièvre boutonneuse)
Amblyomma americanum (tique étoilée)Amérique du NordCervidés, petits mammifères, humains
Ehrlichiose
Tularémie
Allergies
Amblyomma variegatumAfrique, CaraïbesBovins, animaux domestiques, parfois humains
Rickettsioses
Maladies animales (dermatophilose)
Hyalomma spp.Afrique, Asie, Sud de l'EuropeBétail, lièvres, chameaux, herissons, ronguers, oiseaux, etc.
Fièvre hémorragique de Crimée-Congo
 Rickettsioses








 

La Maladie de Lyme est une infection bactérienne due à des bactéries spirochètes Borrelia burgdorferi sensu lato transmises par des tiques du genre Ixodes. Elle se manifeste le plus souvent par un érythème migrant au site de piqûre (halo rouge caractéristique sur la peau qui s'étend de façon circulaire), pouvant évoluer, en l’absence de traitement, vers des atteintes neurologiques, articulaires ou cardiaques. Le traitement repose sur une antibiothérapie, d’autant plus efficace qu’elle est précoce.

Une éruption cutanée rouge de forme ovale. Un mètre ruban est placé en dessous et montre que l'éruption fait plus de 7 cm de large.
Crédit photo: Dr John Aucott, Université Johns Hopkins, via l'Agence de santé publique du Canada

La Maladie de Lyme est en expansion dans de nombreuses régions du monde, en lien notamment avec l’extension de l’aire de répartition des tiques du genre Ixodes, favorisée par les changements climatiques, les modifications des écosystèmes et l’augmentation des populations d’hôtes (notamment les cervidés et les rongeurs). Elle est la principale maladie humaine liée aux tiques dans l’hémisphère Nord, notamment en Europe et en Amérique du Nord.  

En savoir plus :

 Agence de santé publique du Canada.Maladie de Lyme : Symptômes et traitement. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/maladie-lyme.html

 La Manuel de Merck. https://www.merckmanuals.com/fr-ca/accueil/infections/infections-bactériennes-spirochètes/maladie-de-lyme

 

Se protéger des tiques

  • Éviter l’exposition : rester sur les sentiers dégagés et balisés, éviter les herbes hautes et les zones broussailleuses.
  • Porter des vêtements qui couvrent la peau : pantalons longs, manches longues, bas de pantalon rentrés dans les chaussettes, chaussures fermées. Les vêtements peuvent éventuellement être traités traités à la perméthrine, mais en s'assurant de bien respecter les directives.
  • Utiliser des répulsifs : appliquer des produits à base de DEET ou d’icaridine sur la peau exposée, en respectant bien les directives indiquées sur les étiquettes.
  • Inspecter son corps : vérifier soigneusement la peau après une sortie en forêt ou randonnée (aisselles, plis, cuir chevelu, etc.).
  • Retirer rapidement les tiques : utiliser un tire-tique ou une pince fine pour une extraction précoce, ce qui réduit le risque de transmission de la Maladie de Lyme. Puis, désinfecter la plaie. 
  • Surveiller les symptômes : consulter en cas d’apparition d’une rougeur inhabituelle (érythème migrant) ou de signes généraux (fivre, fatigue).
  • Réduire les populations de tiques autour des habitations : garder l'herbe courte, éliminez les tas de feuilles et les broussailles, protéger les animaux de compagnie (par exemple, à l'aide de collier anti-tiques ou de traitement au moyen de pipettes).

 Santé Canada. Prévention des morsures de tiques. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/tiques-maladies-transmises/prevention-morsures-tiques.html

Note : Scientifiquement, les tiques sont des piqueurs-suceurs, car elles percent la peau et aspirent le sang. En pratique, on parle souvent de morsures de tiques, car elles coupent la peau avec leurs chélicères puis s’ancrent fortement, ce qui est ressenti comme une morsure.

 

Argasidae (tiques molles)

Les Argasidae regroupent environ 200 espèces de tiques, communément appelées tiques molles. Contrairement aux tiques dures (Ixodidae), elles ne possèdent pas de bouclier dorsal rigide (scutum), ce qui leur confère un aspect plus souple, parfois qualifié de « caoutchouteux ». Leur cuticule est souvent ornée de petits tubercules ou de replis cutanés.

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Carios kelleyi Crédit photo: Mohammed El Damir, Bugwood.org 

Les Argasidae vivent généralement dans les nids, les terriers ou les abris de leurs hôtes (étables, poulaillers, pigeonniers, habitations), plutôt que dans la végétation ouverte. La durée du repas sanguin varie selon les genres et les stades de développement. Ces tiques se distinguent également par leur longévité et leur capacité à survivre plusieurs années sans se nourrir.

D’un point de vue sanitaire, les Argasidae sont surtout connus comme vecteurs de bactéries du genre Borrelia, responsables des Fièvres récurrentes chez l’humain, transmises principalement par des tiques du genre Ornithodoros. Certaines espèces sont également impliquées dans la transmission de la Peste porcine africaine dans les élevages porcins.

Contrairement à de nombreuses autres tiques, les espèces du genre Ornithodoros effectuent de multiples repas sanguins rapides (de quelques minutes à quelques heures), le plus souvent la nuit, puis retournent se cacher dans leur abris, un comportement rappelant celui des punaises de lit. Leurs piqûres peuvent provoquer des réactions locales parfois marquées, voire des réactions allergiques.

Les espèces du genre Argas parasitent principalement les oiseaux (volailles, pigeons). Argas reflexus, la tique du pigeon, peut occasionnellement piquer l’humain lorsque ses hôtes habituels sont absents, provoquant parfois des réactions allergiques importantes.

Le genre Carios est principalement associé aux chauves-souris et reste d’importance sanitaire plus limitée pour l’humain.

 

Olivier Peyronnet
Avril 2026 

 

 

 

 

 

 

 

 

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