À la fin des années 2000, un minuscule insecte venu d’Asie a menacé l’un des arbres les plus emblématiques des forêts et paysages français : le châtaignier. Ce micro-hyménoptère, appelé cynips du châtaignier (Dryocosmus kuriphilus, famille Cynipidae), pond ses œufs dans les bourgeons de l’arbre et provoque la formation de galles qui freinent sa croissance et réduisent fortement la production de châtaignes. Les conséquences ont été considérables en foresterie et castanéiculture. Dans certaines régions françaises, les pertes de récolte ont atteint 60 à 80 %, mettant en difficulté les producteurs, mais aussi les apiculteurs dont les ruches dépendent en partie de la floraison des châtaigniers.
| Crédit photos: Gyorgy Csoka, Hungary Forest Research Institute, Bugwood.org |
Face à cette invasion, les méthodes classiques se sont révélées peu efficaces. Les traitements physiques et chimiques étaient difficiles à mettre en œuvre sur des arbres souvent situés en zones montagneuses et soumises à des contraintes environnementales fortes. Les chercheurs de l’Institut Sophia Agrobiotech d’INRAE à Sophia Antipolis ont alors choisi une autre voie : la lutte biologique par acclimatation.
Le principe est simple en apparence. Puisque le cynips est originaire de Chine, les scientifiques ont recherché dans son aire d’origine un ennemi naturel capable de le contrôler. Leur choix s’est porté sur une autre micro-guêpe, Torymus sinensis (famille Torymidae), un parasitoïde spécialisé qui pond ses œufs dans les larves du cynips. Les larves de Torymus se développent ensuite aux dépens du ravageur, réduisant progressivement ses populations.
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| Torymus sinensis © INRAE Jean-Claude Malausa |
Les premiers lâchers expérimentaux ont été réalisés en France à partir de 2011. Pendant plusieurs années, les chercheurs ont suivi l’installation de cet auxiliaire, sa dispersion et ses effets sur les populations de cynips. Les résultats ont dépassé les attentes : quelques années après les introductions, les infestations ont fortement diminué et la production de châtaignes a progressivement retrouvé son niveau antérieur.
Cette réussite ne repose pas uniquement sur une innovation scientifique. Elle est aussi le fruit d’une collaboration étroite entre chercheurs, producteurs, chambres d’agriculture, organismes de surveillance sanitaire, collectivités territoriales et apiculteurs. Ensemble, ils ont coordonné les lâchers de parasitoïdes et assuré un suivi à grande échelle de la situation.
Une étude récente d’INRAE, destinée à évaluer les impacts sociétaux de la recherche, montre que les bénéfices vont bien au-delà de la simple protection des verger et de la biodiversité forestière. La lutte biologique contre le cynips a contribué au maintien d’activités économiques rurales, à la préservation des paysages de châtaigneraies, au soutien de l’apiculture et à la réduction du recours aux pesticides.
Cette histoire constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus marquants de lutte biologique réussie en Europe. Elle illustre comment une recherche de long terme, associée à une mobilisation collective des acteurs de terrain, peut fournir des solutions durables face aux invasions biologiques.
La lutte contre le cynips du châtaignier montre qu'il est possible de gérer certains ravageurs sans recourir massivement aux pesticides. Elle démontre également l'importance des collaborations entre scientifiques et professionnels agricoles pour transformer une découverte scientifique en solution concrète. Enfin, elle rappelle que la protection de la biodiversité peut aussi soutenir l'économie locale et la résilience des territoires ruraux.
Références
➤ Borowiec, N., Thaon, M., Brancaccio, L., Cailleret, B., Ris, N., Vercken, E. (2018). Early population dynamics in classical biological control: establishment of the exotic parasitoid Torymus sinensis and control of its target pest, the chestnut gall wasp Dryocosmus kuriphilus, in France. Entomol Exp Appl, 166: 367-379. https://doi.org/10.1111/eea.12660
➤ Douchez C., Borowiec N., Multeau C. (2026). Lutte biologique contre le
cynips du châtaignier : succès de l’établissement en France de Torymus sinensis. INRAE, pp.34. https://hal.inrae.fr/hal-05634469
➤ INRAE (2026). « L’innovation scientifique, un rempart contre le cynips du châtaignier », actualité publiée le 28 mai 2026. www.inrae.fr/actualites/linnovation-scientifique-rempart-contre-cynips-du-chataignier
L’innovation scientifique, un rempart contre le cynips du châtaignier url.inrae.fr/3Q4U4Ja
— PestInfos (@pestinfos.bsky.social) 6 juin 2026 à 19:27
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