Depuis les débuts de l’agriculture, l’être humain cherche à se protéger des organismes qui entrent en compétition avec lui pour l’alimentation ou qui nuisent à son bien-être, à son hygiène ou à sa santé. Insectes ravageurs et piqueurs, maladies des plantes, mauvaises herbes (adventices) et rongeurs ont ainsi très tôt été identifiés comme des organismes indésirables qu’il convient de contrôler ou de limiter.
L’utilisation de substances destinées à lutter contre ces organismes nuisibles, que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme de pesticides, remonte à l’Antiquité. Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, les produits employés en agriculture et en hygiène reposent essentiellement sur des substances minérales (soufre, cuivre, arsenic, mercure) ou sur des composés organiques d’origine végétale (pyrèthre, nicotine, roténone). Leur découverte et leur utilisation résultent le plus souvent d’observations empiriques, d’expérimentations progressives ou de savoirs issus des médecines et traditions agricoles anciennes.
- I. Antiquité (10 000 av. J.-C. → Ve siècle apr. J.-C.) : naissance des premières stratégies de lutte contre les organismes nuisibles.
- II. Moyen Âge (Ve siècle → XVe siècle) : consolidation des savoirs agricoles et toxicologiques hérités de l’Antiquité.
- III. Temps modernes (XVIe → XIXe siècle) : révolution scientifique et naissance de la chimie agricole ainsi que des premiers pesticides modernes.
- IV. Époque contemporaine (1930 → aujourd’hui) : Révolution verte, pesticides industriels et émergence des crises écologiques associées.
L’Antiquité constitue ainsi la première période au cours de laquelle ces pratiques se diversifient et commencent à être documentées dans des textes médicaux, agricoles et naturalistes.
Dès les débuts de l’agriculture, les sociétés humaines sont confrontées à un défi majeur: protéger leurs cultures et leurs réserves alimentaires contre une grande diversité d’organismes vivants, insectes, rongeurs, champignons et adventices. Bien avant l’apparition de la chimie moderne, les civilisations antiques développent une vaste gamme de réponses empiriques, fondées sur l’observation de la nature et l’expérimentation.
Entre le Néolithique et les premiers siècles de notre ère, ces pratiques prennent des formes très variées:
- usage de substances minérales toxiques comme le soufre ou l’arsenic,
- exploitation de plantes aux propriétés répulsives ou insecticides comme le neem ou le pyrèthre,
- fumigations de résines aromatiques,
- utilisation d’organismes vivants comme agents de contrôle biologique
- mais aussi interventions sur l’environnement.
Ces connaissances ne relèvent pas encore d’une science structurée de la lutte antiparasitaire, mais elles constituent les fondations historiques des pesticides et des stratégies modernes de protection des cultures. Elles montrent également que la frontière entre médecine, agriculture et toxicologie était alors largement perméable.
10 000 ans avant J.-C. - Naissance de l’agriculture et premiers ravageurs
Avec la sédentarisation des sociétés humaines au Néolithique, l’agriculture se développe progressivement: les plantes sont cultivées, les animaux domestiqués et les récoltes stockées. Cette concentration de ressources végétales favorise l’apparition de nombreux organismes nuisibles, insectes, rongeurs, champignons et adventices, marquant le début d’une compétition durable entre les sociétés humaines et les ravageurs des cultures (Mazoyer et Roudart, 1997; FAO).
| Les premiers foyers de l'agriculture dans le monde et leur expansion, D'après J. Diamond et al. (2003) "Farmers and Their Languages: The First Expansions", Science. Crédit: Chamois rouge, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons |
Les premières communautés agricoles doivent rapidement protéger leurs récoltes et leurs réserves alimentaires contre les insectes des denrées stockées et les invasions de criquets, capables de ravager des champs entiers en quelques heures. Les textes anciens témoignent déjà de cette préoccupation. Dans la Bible, plusieurs des « Dix plaies d’Égypte » décrites dans le livre de l’Exode évoquent des fléaux biologiques : invasions de criquets, pullulations d’insectes (moustiques, mouches, taons) ou proliférations de parasites (poux) qui infestent les humains et le bétail (GÉO, 2022). Ces récits constituent moins des descriptions scientifiques que l’un des premiers témoignages culturels de la perception humaine des ravageurs et des catastrophes agricoles.
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| Les essaims de criquets constituent encore aujourd’hui une menace majeure pour certaines régions agricoles. © FAO https://www.fao.org/locust-watch/activities/fr |
« […Les sauterelles (les criquets, ndlr)] Elles couvrirent la surface de toute la terre, et la terre fut dans l’obscurité ; elles dévorèrent toute l’herbe de la terre et tout le fruit des arbres, tout ce que la grêle avait laissé ; et il ne resta aucune verdure aux arbres ni à l’herbe des champs, dans tout le pays d’Égypte. […] »
- Exode 10:13-14,19
➤ Encyclopédie de l'Histoire du Monde (World History Encyclopedia) : Dix plaies d'Égypte. www.worldhistory.org/trans/fr/1-20550/dix-plaies-degypte/
4500–1000 avant J.-C. - Soufre et premières fumigations
En Basse-Mésopotamie, les Sumériens découvrent empiriquement très tôt les propriétés toxiques et répulsives du soufre. Des blocs de soufre sont brûlés dans les champs, les entrepôts ou les habitations afin de repousser insectes et acariens grâce aux fumées dégagées lors de la combustion (Sygenta, 2022; Cornell University, 2003). Cette pratique constitue l’une des premières formes connues de fumigation dans l’histoire de la lutte parasitaire.
Le soufre restera utilisé pendant des millénaires dans l’agriculture et la protection des récoltes. Les Grecs et les Romains reprennent ensuite ces pratiques et développent divers mélanges à base de soufre, parfois combiné à des huiles végétales, notamment l’huile d’olive, afin de protéger les cultures et les denrées stockées (Pretty et Bharucha, 2015).
| Dépôt volcanique de soufre Crédit: Heidi Soosalu, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons |
Vers 2000 -1500 av. J.‑C. - Fumigations et huiles en Égypte ancienne
Dans l’Égypte antique, les fumigations de résines aromatiques comme l’encens, la myrrhe ou le kyphi (mélange complexe de résines, vin, miel, aromates) sont largement utilisées lors des rites religieux, des pratiques funéraires et de la purification des habitations et des temples. Les Égyptiens emploient également des huiles parfumées, des onguents et diverses préparations végétales dans un but à la fois rituel, médical et sanitaire.
Certaines de ces substances possèdent des propriétés antiseptiques, insectifuges ou répulsives. Leur combustion produit des fumées odorantes susceptibles de limiter indirectement la présence de certains insectes et autres nuisibles dans les lieux clos, notamment autour des corps momifiés ou dans les espaces rituels (Barnes et al., 2019). Même si ces pratiques ne relèvent pas encore d’une lutte antiparasitaire au sens moderne, elles témoignent d’une observation empirique des effets de certaines substances naturelles sur l’environnement et les parasites.
| Une fresque de la tombe de Sennedjem illustrant l'agriculture dans l'Égypte antique dans les champs d'Ialou: au-dessus d'un canal bordé de palmiers à dattes, scènes de récolte à la faucille de l'orge et du lin, de semailles et de labourage avec une araire. Crédit: Charles Wilkinson, CC0, via Wikimedia Commons |
Vers 2500 av. J.-C. - Neem et médecine ayurvédique indienne
En Inde, les premiers textes de la médecine ayurvédique mentionnent le margousier ou neem (Azadirachta indica, famille des Meliaceae), un arbre reconnu depuis l’Antiquité pour ses propriétés médicinales, antiseptiques et insectifuges. Les extraits de feuilles, d’écorce, de graines ou d’huile de neem sont traditionnellement utilisés pour traiter diverses affections, mais aussi pour protéger les denrées stockées et repousser certains insectes nuisibles (Isman, 2006).
Originaire du sous-continent indien, le neem pousse dans les régions tropicales et semi-arides d’Asie et d’Afrique. Sa diffusion vers l’Afrique est probablement liée aux échanges commerciaux anciens entre l’Inde, la péninsule Arabique et les côtes africaines de l’océan Indien. Dans plusieurs régions, les feuilles ou les rameaux de neem sont utilisés comme répulsifs contre les insectes piqueurs, tandis que les fumigations de feuilles séchées servent parfois à éloigner les moustiques.
Le neem reste aujourd’hui l’un des exemples les plus connus de biopesticide naturel. Son principal composé actif, l’azadirachtine, perturbe notamment l’alimentation, la croissance et la reproduction de nombreux insectes ravageurs.
Vers 1200 av. J.-C. - Agriculture et lutte contre les nuisibles en Chine ancienne
Dans la Chine ancienne, les agriculteurs utilisent déjà diverses substances naturelles pour protéger les cultures et les denrées stockées. Des préparations d’origine végétale servent notamment à préserver les semences contre les insectes, les acariens et les rongeurs, et probablement contre certaines maladies fongiques affectant les récoltes (Cornell University, 2003; Pretty et Bharucha, 2015).
Les textes historiques chinois mentionnent également l’emploi de substances minérales toxiques contenant du mercure ou de l’arsenic dans des usages médicaux et antiparasitaires, notamment contre les poux et d’autres ectoparasites humains. Ces pratiques illustrent l’ancienneté de l’utilisation de composés chimiques naturels pour lutter contre les organismes nuisibles, bien avant l’apparition des pesticides de synthèse.
450 av. J.-C. - Hygiène, environnement et maladies en Grèce et Rome antiques
Dans son traité Des airs, des eaux et des lieux, le médecin grec Hippocrate (vers 460–370 av. J.-C.) recommande d’implanter les villages loin des marécages afin d’éviter les « airs malsains » (ou miasmes) qu’il considère responsables de certaines fièvres, probablement liées au paludisme (Bruce-Chwatt, 1985; Oaks et al., 1991). Fondée sur l’observation de l’environnement, cette approche constitue l’une des premières tentatives de relier santé humaine, climat et conditions sanitaires.
Dans le monde grec puis dans l’Empire romain, ces principes inspirent diverses interventions environnementales: drainage des marais, assèchement des étangs et construction de réseaux d’égouts destinés à évacuer les eaux stagnantes et les déchets (Oaks et al., 1991). Bien que le rôle des moustiques dans la transmission du paludisme reste alors inconnu, ces aménagements réduisent indirectement les zones de reproduction des moustiques et représentent les premières formes de lutte sanitaire environnementale.
470 - 150 av. J.-C.: Amurca et protection des oliviers en Grèce et Rome antiques
Le philosophe grec Démocrite (vers 460–370 av. J.-C.), cité plus tard par des auteurs romains comme Pline l’Ancien, mentionne l’usage de l’amurca (ou margine), un résidu liquide amer issu de la fabrication de l’huile d’olive. Cette substance était utilisée dans les oliveraies afin de limiter certaines maladies des arbres et de repousser divers ravageurs.
L’amurca restera employée pendant des siècles dans le monde méditerranéen. Son utilisation agricole est encore mentionnée à la Renaissance, notamment pour protéger les oliviers et traiter certains sols agricoles. Riche en composés organiques et phénoliques, ce sous-produit de l’olive possède effectivement des propriétés biologiques pouvant exercer des effets répulsifs ou toxiques sur certains organismes.
Dans De agri cultura (en français De l'agriculture), souvent appelé De re rustica dans les éditions anciennes, Caton l’Ancien (234–149 av. J.-C.) attribue à l’amurca de nombreux usages agricoles et domestiques : protection des cultures, traitement des semences, répulsif contre certains insectes et parasites, conservation de matériaux et soins vétérinaires, notamment contre certaines affections cutanées des moutons. Cette polyvalence illustre l’importance des sous-produits naturels dans les premières stratégies de protection des cultures.
Ve–Ier siècle av. J.-C. - Pyrèthre comme plante insecticide
Dans le bassin méditerranéen, en Perse et en Chine ancienne, certaines espèces de pyrèthre (principalement du genre Tanacetum) sont connues pour leurs propriétés insectifuges et insecticides. Les capitules floraux séchés, réduits en poudre, étaient utilisés pour repousser ou éliminer des insectes domestiques, notamment les poux, ainsi que pour protéger les denrées stockées (Meurer-Grimes, 1996; Ware et Whitacre, 2004). Ces usages relèvent d’une pharmacopée empirique fondée sur l’observation des effets irritants et toxiques de la plante sur les insectes.
Cette tradition d’utilisation des pyrèthres s’est diffusée par les échanges commerciaux entre l’Orient et le bassin méditerranéen, puis a été progressivement intégrée dans certaines pratiques de l’Empire romain, principalement dans des contextes domestiques et d’hygiène plutôt qu’agricoles à grande échelle.
Les composés actifs des pyrèthres, appelés pyréthrines, sont aujourd’hui bien identifiés et constituent encore la base de nombreux insecticides naturels modernes.
| Capitules du pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium, syn. Chrysanthemum cinerariaefolium, Asteraceae). Une fois séchés, les capitules peuvent être réduits en poudre pour fabriquer un insecticide naturel. Crédit photo : Roger Culos - travail personnel, licence CC BY-SA 3.0 |
Vers 300 av. J.-C. - Botanique et premières observations phytopathologiques
Disciple d’Aristote, le philosophe grec Théophraste (vers 371–287 av. J.-C.) réalise les premières observations systématiques connues consacrées aux plantes et à leurs maladies. Dans ses travaux, il décrit les maladies touchant les arbres, les céréales et les légumineuses, et s’intéresse aux relations entre les végétaux et leur environnement (sol, climat, exposition, pratiques agricoles).
Il évoque également des causes possibles de dépérissement des cultures, allant des conditions naturelles aux effets des interventions humaines, et rapporte des moyens empiriques de limiter certains dommages, sans distinction moderne entre agents phytopathogènes (champignons, bactéries, insectes) mais avec une approche déjà naturaliste et comparative.
Ier siècle apr. J.-C. - Pline, Dioscoride et les substances naturelles
Au Ier siècle apr. J.-C., le naturaliste romain Pline l’Ancien (23–79) rassemble dans son Histoire naturelle (Naturalis Historia) une vaste compilation de savoirs issus de l’Antiquité concernant les substances naturelles utilisées pour l’agriculture, la médecine et la protection des cultures. Il y décrit notamment l’usage de produits minéraux et végétaux aux propriétés toxiques ou répulsives, tels que l’arsenic et certains dérivés soufrés, ainsi que diverses huiles et préparations destinées à protéger les vignobles et les récoltes contre les maladies et la détérioration des fruits, notamment la pourriture des raisins (Fourche, 2004).
| PHGCOM, Public domain, via Wikimedia Commons |
Dans le monde romain, ces substances s’inscrivent dans une pratique empirique plus large de protection des denrées stockées et des cultures, où les frontières entre médecine, toxicologie et lutte contre les nuisibles restent encore floues.
Parallèlement, le médecin et botaniste grec Pedanius Dioscoride (vers 20–90 apr. J.-C.) rédige le traité De materia medica, qui recense plus de 800 substances d’origine végétale, animale et minérale utilisées en médecine et susceptibles d’avoir des effets répulsifs ou toxiques sur les nuisibles. Cet ouvrage devient une référence majeure de la pharmacologie antique, puis médiévale, dans les mondes grec, romain, byzantin et islamique.
| Le manuscrit en grec, Codex medicus Graecus, dit Dioscoride de Vienne (vers 512), comporte 383 illustrations botaniques, comme celle-ci du chardon à foulon, (δίψακος, Dipsacus fullonum), avec annotations en arabe. Crédit: auteur inconnu, Public domain, via Wikimedia Commons |
Dioscoride y décrit de nombreuses plantes toxiques ou répulsives comme l’armoise, l’absinthe, l’aconit ou l’hellébore utilisées en médecine, mais aussi susceptibles d’être employées de manière empirique pour repousser ou éliminer certains parasites et nuisibles. Son œuvre établit ainsi un lien durable entre botanique médicinale et gestion des organismes indésirables.
Dans l’Empire romain, certaines plantes hautement toxiques sont également utilisées de façon empirique comme rodenticides ou insecticides. C’est notamment le cas du vératre (Veratrum album et Veratrum nigrum), dont les extraits ou poudres sont intégrés à des appâts destinés à lutter contre les rongeurs dans les zones de stockage des denrées (Costa, 1987).
| Le Vératre blanc (Veratrum album, Liliaceae) contient plusieurs alcaloïdes comme la protoveratrine A, la protoveratrine B, la veratridine, la cevadine et la jervine. Crédit photo: C.Farquet, CC0, via Wikimedia Commons |
De même, les aconits (Aconitum spp.), plantes très toxiques riches en alcaloïdes, sont connus depuis l’Antiquité gréco-romaine pour leurs propriétés létales. Décrits par les auteurs anciens puis repris dans les traditions pharmaceutiques ultérieures, ils ont été utilisés de manière empirique comme poisons et, plus marginalement, dans des appâts destinés à éliminer certains animaux nuisibles.
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| Les aconits comme Aconitum napellus (Ranunculaceae) contiennent des alcaloïdes toxiques, dont l'aconitine, poison mortel pour les humains et pour de nombreux animaux. Sa grande toxicité lui a valu d'être surnommée « arsenic végétal » par Pline l'Ancien. Crédit: Henriëtte Schilthuis, Industrieschool voor Vrouwelijke Jeugd, Public domain, via Wikimedia Commons |
IIIᵉ–IVᵉ siècle apr. J.-C. - Premières formes de lutte biologique
En Chine ancienne, certaines pratiques agricoles montrent une utilisation précoce d’organismes vivants pour limiter les ravageurs des cultures. Une méthode particulièrement remarquable concerne l’usage des fourmis tisserandes, notamment Oecophylla smaragdina, utilisées dans les vergers d’agrumes pour réduire les populations d’insectes phytophages tels que les chenilles et certains insectes foreurs (Pasera et Aron, 2005; Heimpel et Mills, 2017).
| Nid de fourmis tisserandes fait de feuilles vertes soudées ensemble Crédit: Basile Morin, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=68889807 |
Les agriculteurs installent ou déplacent les nids dans les arbres cultivés et les relient par des tiges de bambous afin de favoriser la présence et la circulation de ces fourmis prédatrices dans les plantations. Celles-ci défendent leur territoire et chassent activement de nombreux insectes nuisibles, contribuant ainsi à la protection des cultures sans recours à des substances chimiques. Cette pratique est décrite dans des sources chinoises anciennes, notamment le traité Nanfang Caomu Zhuang ou Plantes et arbres du Sud (début du IVᵉ siècle apr. J.-C.), souvent cité comme l’un des premiers témoignages de lutte biologique en agriculture.
Cette forme de gestion des ravageurs est aujourd’hui considérée comme l’un des plus anciens exemples documentés de contrôle biologique, reposant sur l’exploitation d’un prédateur naturel pour limiter les populations d’insectes nuisibles.
Par ailleurs, certaines sources chinoises de l’Antiquité tardive attribuées à Ge Hong (283–343 apr. J.-C.) évoquent l’usage de composés à base d'arsenic dans des contextes agricoles et parasitaires, probablement pour limiter les attaques d’insectes sur certaines cultures, notamment le riz. Ces pratiques témoignent de la coexistence précoce de méthodes biologiques et chimiques empiriques de protection des cultures.
Héritage antique des pratiques de protection des cultures
À travers l’Antiquité, se dessine progressivement une compréhension empirique mais de plus en plus organisée des interactions entre plantes, organismes nuisibles et environnement. Des fumigations sumériennes aux traités agricoles romains, en passant par les pharmacopées grecques et les pratiques agricoles chinoises, les sociétés antiques élaborent des solutions diversifiées pour limiter les pertes agricoles et améliorer la survie des récoltes.
Ces pratiques reposent sur trois grands axes qui traversent toute cette période : l’usage de substances naturelles toxiques ou répulsives, l’observation des effets des plantes médicinales et la manipulation de l’environnement ou des organismes vivants pour réduire les nuisibles. Certaines de ces approches, comme l’usage des fourmis en Chine ou des extraits végétaux insecticides, annoncent déjà des concepts modernes tels que la lutte biologique et la protection intégrée des cultures.
L’Antiquité ne connaît pas encore la notion de pesticide au sens moderne, mais elle en pose les fondements conceptuels et pratiques. Ces savoirs accumulés seront progressivement transmis, enrichis et transformés au fil du Moyen Âge puis de la révolution scientifique, jusqu’à l’émergence des pesticides modernes.
Repères chronologiques - Antiquité et premières pratiques de lutte contre les nuisibles (résumé)
| Périodes | Faits marquants |
|---|---|
| Vers 10 000 av. J.-C | Naissance de l’agriculture et apparition des premiers ravageurs des cultures; les textes anciens évoquent déjà les invasions de criquets et autres fléaux biologiques (Bible et Dix plaies d’Égypte). |
| 4500–1000 av. J.-C. | Usage du soufre et premières fumigations antiparasitaires en Mésopotamie; mention du soufre brûlé chez Homère. |
| Vers 2000–1500 av. J.-C. | Fumigations de résines aromatiques et huiles parfumées dans l’Égypte antique; remèdes antiparasitaires mentionnés dans le Papyrus Ebers. |
| Vers 2500 av. J.-C. | Utilisation du neem (Azadirachta indica) dans les traditions médicales et agricoles de l’Inde ancienne. |
| Ve–Ier siècle av. J.-C. | Usage du pyrèthre comme plante insecticide dans le bassin méditerranéen et en Asie. |
| 450 av. J.-C. | Hippocrate relie environnement, marais et maladies dans Des airs, des eaux et des lieux ; premières approches de lutte sanitaire environnementale contre le paludisme. |
| 470–150 av. J.-C. | Utilisation de l’amurca (résidu de l’huile d’olive) pour protéger les oliviers et les cultures dans le monde grec et romain. |
| Vers 300 av. J.-C. | Théophraste réalise les premières observations systématiques des maladies des plantes et fonde la botanique antique. |
| Ier siècle apr. J.-C. | Pline l’Ancien et Dioscoride décrivent de nombreuses substances minérales et végétales utilisées contre les nuisibles dans l’Empire romain. |
| IIIe–IVe siècle apr. J.-C. | Première lutte biologique documentée en Chine avec l’utilisation de fourmis tisserandes (Oecophylla smaragdina) dans les vergers d’agrumes. |
Références
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Costa, L.G. (1987). Toxicology of Pesticides: A Brief History. In: Costa, L.G., Galli, C.L., Murphy, S.D. (eds) Toxicology of Pesticides. NATO ASI Series, vol 13. Springer, Berlin, Heidelberg. https://doi.org/10.1007/978-3-642-70898-5_1
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FAO. Lutte contre les organismes nuisibles et gestion des pesticides. Ressources. www.fao.org/pest-and-pesticide-management/resources/fr/
Fishe, F.M., 2010. Pest Management and Pesticides: A Historical Perspective. I219/PI219, 12/2009. EDIS, 2010(1). https://doi.org/10.32473/edis-pi219-2009
Fisher Scientific, 2016. The Evolution of Chemical Pesticides. LAB Reporter, 2016, Issue 4. www.fishersci.ca/ca/en/publications/lab-reporter/2016/issue-4/the-evolution-chemical-pesticides.html
Fourche R. (2005). « Contribution à l’histoire de la protection phytosanitaire dans l’agriculture française, 1880-1970 », Ruralia [En ligne], 15 | 2004, mis en ligne le 30 septembre 2005, consulté le 25 janvier 2026. URL : http://journals.openedition.org/ruralia/1049
Heimpel GE., Mills NJ. (2017). Biological control: ecology and applications. Cambridge University Press, Cambridge, 2017, 380p. [Google Books]
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Sygenta (2022). Un bref historique des pesticides. [En ligne]. www.syngenta.ch/fr/un-bref-historique-des-pesticides
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Autres sources utilisées
Pour les références des ouvrages et personnages historiques : Encyclopédie Wikipedia. www.wikipedia.org/
Pour les photos : www.bugwood.org et commons.wikimedia.org


