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jeudi 29 janvier 2026

Effets du dinotéfurane sur les abeilles mellifères : un nouveau mécanisme d’écotoxicité des néonicotinoïdes

Une équipe de chercheurs chinois a montré que l’insecticide néonicotinoïde dinotéfurane affecte profondément la physiologie, la thermorégulation et le comportement des abeilles mellifères (Apis mellifera), avec des conséquences potentiellement importantes pour la santé des colonies et des ruches.

Le dinotéfurane est un insecticide systémique de la famille des néonicotinoïdes. Il est largement utilisé pour lutter contre de nombreux ravageurs, tels que les pucerons, les aleurodes et les thrips en agriculture et en horticulture, notamment pour la gestion des gazons. Il est également employé contre les punaises de lit et les blattes dans les bâtiments d’habitation, ainsi que contre les puces et les tiques en médecine vétérinaire.

Élévation de la température corporelle des abeilles

Les chercheurs ont observé que l’exposition au dinotéfurane lors du butinage modifie les niveaux d’octopamine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’activité et de la thermorégulation chez les insectes. Cette perturbation entraîne une augmentation significative de la température corporelle des abeilles exposées.

Modification du comportement et retour accéléré à la ruche

Cette élévation de température est associée à l’activation de gènes liés au vol, notamment le gène flightin. En conséquence, les abeilles exposées au dinotéfurane reviennent plus rapidement à la ruche après le butinage. Autrement dit, elles transportent le nectar et les résidus de dinotéfurane qu’il contient vers la ruche plus vite qu’en temps normal.

Augmentation de l'exposition des colonies au dinotéfurane 

Cette modification du comportement de butinage entraîne une augmentation de la quantité de dinotéfurane introduite dans la ruche, ce qui peut accroître l’exposition de l’ensemble de la colonie au pesticide. Les auteurs suggèrent que ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi les néonicotinoïdes sont fréquemment détectés à des niveaux élevés dans les ruches, comparativement à d’autres classes de pesticides.

Risque écotoxicologique accru pour la santé des colonies

Au-delà des effets neurotoxiques des néonicotinoïdes déjà bien établis, cette étude met en évidence un mécanisme d’écotoxicité original : en modifiant la physiologie et le comportement des abeilles, ces insecticides peuvent faciliter leur propre propagation au sein de la colonie, en utilisant les abeilles comme vecteurs involontaires de contamination.

Ces résultats soulignent les risques majeurs associés à l’utilisation des néonicotinoïdes en agriculture et en horticulture, en particulier leur capacité à perturber le comportement naturel des abeilles pollinisatrices, avec des conséquences négatives à l’échelle de la ruche entière.


Référence

➤ Fu Zhang, Lixia Zou, Yongheng Zhang, Honghong Li, Dongyu Yang, Lichao Chen, Zhaojie Chen, Xuesheng Li. Neonicotinoid pesticides dinotefuran increase honeybee body temperature and accelerate honeybee (Apis mellifera) translocation of contaminants into hives to enhance ecotoxicity risk,
Environmental Chemistry and Ecotoxicology, Volume 8, 2026, Pages 631-641. https://doi.org/10.1016/j.enceco.2025.12.009

 

lundi 26 janvier 2026

Impact des mélanges de pesticides sur la santé des perdrix grises

Une étude récente menée par des chercheurs du Centre d’Études Biologiques de Chizé (CNRS / La Rochelle Université) et du Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive met en évidence, pour la première fois, qu’un mélange de pesticides, même à faibles doses comme ceux présents dans les agrosystèmes, altère significativement l’état de santé des perdrix grises (Perdix perdix). Cette espèce d'oiseau emblématique des plaines agricoles connaît un fort déclin depuis plusieurs décennies.

Les chercheurs ont mené des expérimentations en conditions semi-naturelles en nourrissant des perdrix avec des céréales issues de l’agriculture conventionnelle. Ces graines contenaient de nombreux résidus de pesticides, comparables à ceux rencontrés dans les agrosystèmes actuels. Des analyses sanguines ont ensuite été réalisées afin de rechercher jusqu’à 94 substances potentiellement polluantes, incluant herbicides, fongicides et insecticides.

Les résultats montrent que l’exposition chronique à des mélanges de pesticides provoque des altérations mesurables du comportement et de la physiologie, ainsi qu’une dégradation globale de leur état de santé. parmi les effets observés : 

  • une baisse significative de l’activité physique
  • une diminution de l’intensité des couleurs autour de l’œil, un indicateur clé de l’état physiologique et un signal sexuel important dans le choix des partenaires;
  • une réduction de la réactivité face au danger;
  • une baisse de l’activité neurologique, mise en évidence par la diminution de l’activité de l’enzyme acétylcholinestérase, révélatrice d’un impact sur le système nerveux.

Fait notable, certains pesticides détectés dans le sang des perdrix n’avaient pas été mesurés dans les graines distribuées. Ce résultat suggère l’existence d'autres voies d’exposition (air, sol, eau) ou le contact direct avec l’environnement, et pas uniquement l’ingestion alimentaire.

L’étude souligne également les limites des méthodes actuelles d’évaluation des risques liés aux pesticides. Celles-ci reposent principalement sur des tests de substances prises isolément, ce qui conduit probablement à une sous-estimation des effets combinés auxquels la faune sauvage est réellement exposée. Or, les mélanges de pesticides présents dans l’environnement peuvent affecter durablement la santé et le comportement des perdrix grises, contribuant ainsi au déclin des populations d’oiseaux en milieu agricole.

Plus largement, ces travaux montrent que l’exposition simultanée à de multiples pesticides, même à faibles doses, peut perturber des fonctions biologiques essentielles, réduire les capacités de survie et de reproduction, et accélérer le déclin de la biodiversité agricole. Ils soulèvent également des interrogations au-delà de la faune sauvage, notamment quant aux conséquences potentielles pour la santé humaine dans un contexte d’exposition diffuse et chronique à de nombreux pesticides dans l’environnement.

 

Références 

➤ CNRS, La Rochelle Université, 2026. Les mélanges de pesticides altèrent l’état de santé des perdrix grises: une première démonstration. Communiqué de presse, 20 janvier 2026. [PDF en ligne] [https://www.cnrs.fr/sites/default/files/press_info/2026-01/20260119%20Perdrix%20CEBC_vF.pdf]

➤ Dupont S.M., et al., 2026. First evidence of deleterious effect of pesticide mixture on health status in semi-captive grey partridges. Environmental Research, Volume 289, 15 January 2026. https://doi.org/10.1016/j.envres.2025.123332

mardi 1 septembre 2020

Principes de botanique

La botanique est la science qui étudie les végétaux ou plantes. Elle recouvre différentes disciplines scientifiques qui trouvent des applications en agriculture, en horticulture, en sylviculture, mais aussi en pharmacie, en agrochimie et en biotechnologies. 

  • Systématique et taxonomie : familles botaniques, identification et classification, inventaire des flores locales
  • Morphologie végétale : feuilles, tiges, racines, fleurs,fruits
  • Anatomie et histologie végétales : tissus de soutien, vaisseaux conducteurs, etc.
  • Physiologie végétale : nutrition, croissance et développement, transpiration, respiration, photosynthèse, hormones végétales, reproduction végétative (asexuée) et sexuée
  • Génétique végétale : hérédité et gènes, amélioration et sélection des plantes 
  • Écologie végétale : populations et communautés végétales, relations des plantes avec leur milieu (écosystèmes), répartition des plantes à la surface de la planète (biomes)
  • Pathologie végétale ou phytopathologie : maladies des plantes (agents phytopathogènes), ravageurs
  • Chimie végétale ou phytochimie : métabolisme et fonction des molécules végétales

Les principes de la botanique sont à la base de toute production végétale, qu’elle soit agricole ou horticole. Ainsi, tout bon horticulteur ou toute bonne horticultrice doit les comprendre et les maîtriser. Ils permettent notamment de mieux comprendre le fonctionnement des plantes, leurs besoins, leur croissance et leur reproduction.

Ces principes aident également à choisir les bonnes plantes au bon endroit, c’est-à-dire des espèces adaptées au climat et au sol, à prévenir les maladies et les ravageurs, et à appliquer correctement les techniques culturales (semis, arrosage, fertilisation, taille, etc.) ainsi que les méthodes de multiplication (bouturage, greffage, marcottage).

 Grâce aux principes de la botanique, l’horticulteur ou l’horticultrice peut cultiver et entretenir des plantes, ou concevoir des jardins et des cultures, de manière plus écologique et responsable, en respectant la biodiversité et en limitant l’usage des intrants chimiques (engrais et pesticides).

 Maîtriser la botanique, c’est passer d'un jardinage amateur à une horticulture plus professionnelle et durable.

Le guide d'apprentissage Principes de botanique est destiné aux étudiants en formation professionnelle en horticulture et jardinerie au Québec. Il expose les grands principes de botanique en lien avec la morphologie, la physiologie, la génétique, la classification et l'écologie des plantes.

CEMEQ. Principes de botanique, Horticulture et jardinerie (5288), Compétence 2, Sherbrooke (Québec), août 2020, 208p.
Auteur / rédacteur : Olivier Peyronnet, Ph.D 
Éditeur : Centre d'étude et des moyens d'enseignement du Québec (Cemeq)
➤ Pour en savoir plus : https://www.cemeq.qc.ca/liste-produits/secteur/2/collection/5288/produit/2283/principes-de-botanique/ 

La prévention des maladies des plantes et des ravageurs fait l'objet d'un second guide d'apprentissage intitulé "Problèmes phytosanitaires". Celui-ci est en cours d'édition. 



 

 

 

 

 

vendredi 15 janvier 2016

Stimulateurs des défenses naturelles des plantes

Diverses substances naturelles ou synthétiques peuvent stimuler les défenses naturelles des plantes saines contre les champignons et les bactéries phytopathogènes voire certains phytovirus; après avoir été reconnues par des récepteurs membranaires, ces substances appelées éliciteurs exogènes induisent une série de réactions métaboliques comme la production de signaux d'alerte (acide salicylique, acide jasmonique, éthylène), de protéines de défense (protéines PR, péroxydases, chitinases, etc.) ou de substances antimicrobiennes (phytoalexines) et qui peuvent conduire à des réponses physiologiques comme l'épaississement des parois cellulaires.

Fondée sur le même principe que la vaccination, la stimulation des défenses naturelles permet aux plantes saines d'acquérir une certaine résistance contre les agents infectieux (résistance systémique acquise) qui peut durer de quelques jours à quelques semaines. On distingue deux types de Stimulateurs des défenses naturelles des plantes (SDN ou SDP) soit les éliciteurs qui stimulent les réactions métaboliques de défenses dès leur application et les potentialisateurs qui les déclenchent uniquement lorsque la plante traitée est infectée. Tous deux agissent de façon préventive et systémique sans entrer en contact avec les agents phytopathogènes. Leur persistance d'action est toutefois limité et les traitements doivent être renouvelés fréquemment.

Les SDP ne sont pas à proprement parlé des fongicides car ils n'exercent aucune toxicité directe sur les champignons ou les bactéries.

Il est à noter qu'on trouve sur le marché de nombreux produits fertilisants commercialisés comme «phytostimulants», «biostimulants» ou «bioactivateurs» ce qui laissent à penser qu'ils possèdent une activité SDP. En stimulant la microflore du sol, les biostimulants favorisent en effet  l'absorption des nutriments minéraux par les plantes et, ce faisant, augmente leur vitalité et leur tolérance aux stress abiotiques ou aux maladies. Toutefois, leur efficacité pour prévenir les maladies ne peut être garantie.


SDP naturels

Quelques SDP naturels d'origine végétale, animale ou bactérienne sont homologués dans le monde :
  • la laminarine est un polysaccharide à base de glucanes (β-1,3-glucanes) extrait d’algues brunes (Laminaria digitata) et est efficace sur le blé, l'orge, le riz, le tabac et le pommier. Elle est homologuée en France pour prévenir la tavelure du pommier et le feu bactérien du pommier et du poirier (Bernardon-Méry A. et al., Phytoma 2013).
  • la chitosane (β-1,4 poly D glucosamine) est un polysaccharide obtenu par désacétylation de la chitine extraite de la cuticule des Crustacés (El Hadrami A. et al, Marine Drugs 2010). Elle est homologué aux États-Unis pour prévenir les maladies fongiques sur la vigne.
  • l'harpine, un peptide riche en glycine produit par la bactérie Erwinia amylovora, est efficace contre divers agents phytopathogènes, y compris certains phytovirus, sur le cotonnier, le tabac, la tomate, le piment, le fraisier, etc. (Wei ZM, Science 1992). Elle est homologué aux États-Unis depuis 2002 et pourrait être utilisée prochainement pour traiter les semences.
  • L'extrait de graines de Fenugrec ou trigonelle (Trigonella foenum-graecum, Fabaceae) est homologué en France pour protéger la vigne contre l'oïdium. Cet extrait est riche en protéines, en éléments minéraux et en flavonoïdes.
  • Le Milsana à base d'extraits de renouée de Sakhaline (Reynoutria sachalinensis, Polygonaceae) est autorisé en Allemagne et aux États-unis. Il contient entre autres du resvératrol, un polyphénol aux propriétés antifongiques (mildious, Botrytis) et antibactériennes.
Non toxiques pour la faune et les humains, ces substances naturelles se décomposent rapidement dans les plantes et l'environnement et ne laissent donc aucun résidu. Leur emploi est généralement compatible avec le cahier des charges de l'agriculture biologique. Ils sont aussi souvent associés à des fongicides de synthèse dans des programmes de lutte intégrée ou des stratégies anti-résistance.

SDP synthétiques

Divers SDP synthétiques sont commercialisés :
  • les phosphonates (ou phosphites) de potassium ou de sodium préviennent le mildiou de la vigne, le Phytophtora des arbres fruitiers ou le Pythium des gazons.
  • le foséty-al est utilisé sur la vigne contre le  mildiou et la pourriture noire.
  • l'acibenzolar-S-methyl est un benzothiadazole analogue structural de l'acide salicylique et prévient l’oïdium chez le blé, la moucheture bactérienne (Pseudomonas syringae) chez la tomate ainsi que les cercosporioses chez le bananier. Il est l'ingrédient actif du Bion qui est commercialisé en France.
  • la probénazole, un autre benzothiadazole, est employée au Japon pour protéger le riz contre la pyriculariose (Magnaporthe grisea) et les bactérioses dues à Xanthomonas oryzae.
D'origine industrielle, ces composés synthétiques ne sont pas autorisés en agriculture biologique.

samedi 22 décembre 2007

Plongeon mortel (Vidéo à voir)

Nepenthes rafflesiana est une plante carninore qui pousse dans les forêts tropicales humides d'Asie. En utilisant des caméras très rapides, deux chercheurs français du CNRS ont filmé la capture de mouches et de fourmis dans les urnes d'une de ces plantes.

Les urnes de la plante carnivore contiennent un liquide visqueux et gluant qui assure à la fois la digestion des insectes et un rôle crucial dans leur capture. Le liquide secrété par N. rafflenasiae possède, en effet, des propriétés viscoélastiques qui lui permettent d'immobiliser rapidement la proie, en produisant des filaments de forte rétention. L'insecte est ainsi immédiatement recouvert du liquide visqueux et ne peut plus se dégager du piège gluant. Même lorsqu'il est dilué à 90 % par les eaux de pluies, ce qui arrive fréquemment dans les forêts tropicales humides, le liquide viscoélastique des plantes carnivores continue d'exercer sa mortelle emprise sur les insectes. Au contraire, dans l'eau, une mouche est capable de se dégager rapidement et de ainsi de reprendre son envol. Ce liquide, dont la consistance est semblable à celle des mucus ou salives secrétés par certains batraciens et reptiles, pourrait servir au développement de nouveaux bioinsecticides. (source : Sciences et Avenir.com)

Référence :
 

"Nepenthes rafflesiana ant". Licensed under Creative Commons Attribution 2.5 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nepenthes_rafflesiana_ant.jpg#mediaviewer/Fichier:Nepenthes_rafflesiana_ant.jpg.

 

 

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