Les pesticides sont depuis longtemps un outil majeur de l’agriculture intensive moderne. Mais une nouvelle étude internationale révèle l’ampleur préoccupante de leurs conséquences sur la santé des agriculteurs et travailleurs qui les utilisent : près de la moitié des agriculteurs et travailleurs agricoles dans le monde seraient victimes chaque année d’une intoxication aiguë involontaire aux pesticides.
Publiée le 2 septembre 2026 dans la revue Frontiers in Public Health, l’étude estime entre 402 et 433 millions le nombre de cas d’intoxication aiguë chaque année. Rapporté à une population agricole mondiale estimée à 934 millions de personnes, cela représente environ 46 % des agriculteurs.
| Source: William M. Brown Jr., Bugwood.org |
L’Asie et l’Afrique particulièrement touchées
Toutes les régions du monde ne sont pas touchées de la même manière. L’Asie du Sud concentre le plus grand nombre de cas, devant l’Asie du Sud-Est et l’Afrique de l’Est. Au Burkina Faso, la proportion de travailleurs agricoles ayant subi une intoxication atteint près de 84 %, selon les estimations de l’étude.
Au-delà des centaines de millions de personnes malades, le bilan humain est également dramatique : les chercheurs estiment qu’environ 11000 personnes meurent chaque année des suites d’une intoxication involontaire aux pesticides. Près de 60 % de ces décès seraient enregistrés en Inde.
Une exposition qui ne se limite pas au moment de pulvériser
Les agriculteurs peuvent être exposés aux pesticides lors de leur préparation et de leur application, mais aussi en manipulant des cultures récemment traitées, des équipements contaminés ou des vêtements ayant été en contact avec les produits. Le problème pourrait d’ailleurs être encore plus important que ne le suggèrent les chiffres. Les auteurs soulignent que les données disponibles restent incomplètes et que de nombreux cas d’intoxication ne sont probablement pas recensés. L’étude ne prend par ailleurs pas en compte les effets sanitaires à long terme de l’exposition (exposition chronique), ni l’exposition des quelque 84 millions d’enfants travaillant dans l’agriculture.
Une utilisation de pesticides toujours en hausse
Alors que les risques sanitaires des pesticides sont de mieux en mieux documentés, l’utilisation mondiale des pesticides continue d’augmenter. Les chercheurs estiment qu’environ 3,8 millions de tonnes de pesticides ont été utilisées en 2023, soit plus du double du volume enregistré en 1990.
L'enjeu ne concerne donc pas uniquement les intoxications immédiates. Les chercheurs rappellent que des expositions répétées peuvent également être associées à des problèmes de santé chroniques. Le journal britannique The Guardian souligne notamment les inquiétudes croissantes concernant un possible lien entre l’exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson, déjà reconnue comme maladie professionnelle pour les agriculteurs dans certains pays européens.
Vers une agriculture moins moins dangereuse?
Face à cette situation, les auteurs de l’étude appellent à une action rapide, notamment à la mise en œuvre des recommandations internationales visant à éliminer progressivement les pesticides les plus dangereux et à développer des solutions alternatives plus sûres.
Ils insistent également sur la nécessité d'améliorer considérablement la surveillance et le recensement des intoxications. Aujourd’hui, les données disponibles sont trop fragmentées pour permettre des comparaisons fiables entre les pays. Une meilleure formation des travailleurs agricoles, des équipements de protection adaptés et un contrôle plus strict des produits particulièrement dangereux pourraient contribuer à réduire fortement les risques.
Un problème de santé publique mondial
Cette étude rappelle finalement une réalité souvent moins visible derrière notre alimentation : ce sont aussi les personnes qui produisent notre nourriture qui paient parfois le prix sanitaire de l’agriculture intensive. Avec des centaines de millions de cas d’intoxication chaque année, la question des pesticides dépasse désormais largement le cadre agricole. Elle devient un enjeu de santé publique, de protection des travailleurs et de transition vers des modèles agricoles capables de nourrir les populations tout en protégeant davantage celles et ceux qui cultivent les terres.
Protéger ceux qui nous nourrissent
Réduire leur usage et mieux protéger les travailleurs agricoles ne consiste pas seulement à préserver la biodiversité ou la qualité des sols. C’est aussi reconnaître que personne ne devrait avoir à mettre sa santé en jeu pour produire notre nourriture. Le véritable progrès agricole ne devrait-il pas être de réussir à nourrir le monde sans exposer ceux qui le nourrissent ?
Cette étude rappelle ainsi que derrière les aliments produits à grande échelle se trouvent des millions de travailleurs directement exposés à des substances potentiellement dangereuses. La question des pesticides n’est donc pas seulement environnementale : elle est aussi une question de santé publique, de conditions de travail et de justice sociale.
Références
➤ Pippa Neill, The Guardian. « Almost half of world’s farmers poisoned by pesticides every year, experts find ». The Guardian, 2 sepembre 2026. www.theguardian.com/environment/2026/sep/02/50-per-cent-world-farmers-poisoned-pesticides-every-year-experts
➤ Boedeker W., Watts M., Clausing P., Marquez E. (2026). Worldwide unintentional acute pesticide poisonings: reassessing the occupational and non-occupational burden. Front. Public Health 14:1825899. http://dx.doi.org/10.3389/fpubh.2026.1825899