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jeudi 11 juin 2026

Pollinisateurs en déclin : un enjeu alimentaire et sanitaire

Le déclin des pollinisateurs menace aussi notre santé

La disparition progressive des abeilles et des autres pollinisateurs n’est pas seulement un problème écologique : c’est aussi un enjeu majeur de sécurité alimentaire et de santé publique. Une étude récente publiée dans Nature, menée notamment au Népal dans une région isolée de l’Himalaya, révèle à quel point ces insectes sont essentiels à l’alimentation humaine. Les pollinisateurs contribueraient à plus de 20 % des apports en vitamines essentielles et à près de la moitié des revenus agricoles locaux. Leur déclin pourrait donc avoir des conséquences bien plus graves qu’on ne l’imaginait, jusque dans nos assiettes.

File:ApisLaboriosa1.jpg
Apis laboriosa, l’abeille géante de l’Himalaya, est un pollinisateur clé des régions montagneuses du Népal : adaptée à l’altitude et au froid, elle contribue à la reproduction de nombreuses plantes sauvages et cultures vivrières locales. Son miel peut devenir légèrement hallucinogène lorsque les abeilles butinent certains rhododendrons riches en grayanotoxines, un phénomène saisonnier connu sous le nom de « miel fou ». Crédit photo: L. Shyamal, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons


Des abeilles au cœur de l’alimentation humaine

Les chercheurs ont étudié des villages agricoles isolés dans le district de Jumla, au Népal. Dans ces régions difficiles d’accès, les habitants dépendent presque entièrement de leur production locale pour se nourrir et vivre.

Leur constat est clair : les insectes pollinisateurs, surtout les abeilles sauvages, jouent un rôle clé dans la production de fruits, de légumes et d'autres cultures riches en micronutriments. Selon l'étude, ils sont responsables de plus de 20 % des apports en vitamines essentielles (notamment la vitamine A, les folates [vitamine B9], vitamine E) et d’environ 44 % des revenus agricoles des ménages étudiés. Autrement dit, sans pollinisateurs, ces communautés mangeraient moins bien (moins varié et moins nutritif) et gagneraient beaucoup moins.

Champs en terrasse au Népal Crédit photo: P.F. Byrne, Bugwood.org


Un déclin aux conséquences sanitaires mondiales

Les scientifiques rappellent que la baisse des populations de pollinisateurs, en particulier des abeilles sauvages, est principalement due à la destruction des habitats naturels, à l’usage intensif de pesticides, au changement climatique et à l’appauvrissement de la biodiversité florale lié aux monocultures. Les abeilles domestiques ne compensent pas suffisamment la disparition des espèces sauvages.

Les effets sont en cascade : moins de pollinisation signifie moins de fruits, de légumes et de noix , et donc donc des régimes alimentaires plus pauvres en nutriments essentiels.

À l’échelle mondiale, plusieurs travaux suggèrent que ces déséquilibres alimentaires pourraient contribuer à une augmentation des maladies liées à la malnutrition et aux carences alimentaires. Certaines estimations indiquent que la diminution de la pollinisation serait déjà associée à environ 500 000 décès prématurés par an dans le monde (Smith et al., 2022), en raison d’une consommation insuffisante de fruits et légumes, favorisant notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète et d’autres pathologies chroniques.

Protéger les pollinisateurs, protéger notre alimentation

Certaines régions, comme l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est ou l’Amérique du Sud, sont particulièrement vulnérables à ces évolutions.

Les chercheurs appellent donc à renforcer la protection des pollinisateurs en favorisant des pratiques agricoles plus durables et des habitats propices aux insectes. Des solutions existent déjà: plantation plantes sauvages et de bandes fleuries, diversification des cultures, maintien de jachères, restauration d’habitats naturels et réduction de l’usage des pesticides.

Selon eux, ces mesures pourraient non seulement préserver la biodiversité, mais aussi améliorer les rendements agricoles et la qualité nutritionnelle des régimes alimentaires locaux.

Références

➤ Timberlake, T. P., Sapkota, S., Saville, N. M., Cirtwill, A. R., Baral, S. C., Bhusal, D. R., Devkota, K., Giri, S., Harris-Fry, H. A., Joshi, D., Kortsch, S., Myers, S. S., Roslin, T., Smith, M. R., & Memmott, J. (2026). Pollinators support the nutrition and income of vulnerable communities. Nature. https://doi.org/10.1038/s41586-026-10421-x

➤ Smith, M. R., Mueller, N. D., Springmann, M., Sulser, T. B., Garibaldi, L. A., Gerber, J., Wiebe, K., & Myers, S. S. (2022). Pollinator Deficits, Food Consumption, and Consequences for Human Health: A Modeling Study. Environmental health perspectives, 130(12), 127003. https://doi.org/10.1289/EHP10947

➤ Dickie, G. (2026). Pollinators in peril: scientists reveal the hidden human health costs of the world's disappearing bees. The Guardian, publié en ligne le 10 juin 2026. www.theguardian.com/environment/2026/jun/10/pollinators-in-peril-scientists-reveal-the-hidden-human-health-costs-of-the-worlds-disappearing-bees-aoe

 

🐝 Le déclin des pollinisateurs menace aussi notre alimentation et notre santé. Moins de pollinisateurs, c'est moins de fruits, légumes et nutriments essentiels, avec des impacts déjà mesurés sur les populations les plus vulnérables. www.theguardian.com/environment/...

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— PestInfos (@pestinfos.bsky.social) 10 juin 2026 à 18:35

lundi 11 mai 2026

Pesticides et microbiote des abeilles : une menace invisible pour les pollinisateurs

Les abeilles sont exposées à différents insecticides susceptibles d’influencer leur microbiote intestinal, un écosystème microbien essentiel à leur santé. Une étude récente publiée dans la revue Insects met en évidence les effets préoccupants de plusieurs insecticides sur le microbiote intestinal des abeilles domestiques (Apis mellifera). Les chercheurs se sont intéressés notamment à des formulations associant benzoate d'émamectine et lufénuron, ainsi qu’à un insecticide faiblement toxique agissant comme agoniste de l’ecdysone, une hormone essentielle impliquée dans le déclenchement des mues et le développement des insectes.

Le mélange de benzoate d'émamectine et de lufénuron est un insecticide à longue durée d'action (souvent 15 à 30 jours) utilisé pour contrôler les larves de lépidoptères, de thrips et d'acariens sur diverses cultures (légumes, fruits, coton). L'émamectine est un neurotoxique dérivé de l'abamectine qui paralyse rapidement les larves, tandis que le lufénuron (ou lufénurone) est un composé de la famille des benzoylurées qui inhibe la synthèse de la chitine.  

Le microbiote intestinal des abeilles joue un rôle central dans la digestion, l’immunité, la détoxification des substances chimiques et la protection contre certains agents pathogènes. Lorsque cet équilibre est perturbé (un phénomène appelé dysbiose), les abeilles deviennent plus vulnérables au stress environnemental, aux infections et aux maladies, ce qui peut fragiliser les colonies.

Les résultats montrent que l’exposition à ces insecticides modifie la composition des bactéries intestinales bénéfiques des abeilles. Certaines populations bactériennes diminuent, tandis que d’autres micro-organismes peuvent proliférer. Ces déséquilibres peuvent affecter les fonctions biologiques liées à la santé des abeilles, notamment leur résistance aux stress et aux agents pathogènes.

L’étude montre également que ces effets apparaissent à des doses sublétales, indiquant que des perturbations biologiques peuvent survenir sans mortalité immédiate.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble plus large de recherches montrant que les pesticides peuvent affecter les abeilles au-delà de leur toxicité directe. Plusieurs travaux antérieurs ont déjà mis en évidence que différentes expositions à des substances utilisées en agriculture et en apiculture, notamment des acaricides (tau-fluvalinate, coumaphos) ou fongicides (chlorothalonil), peuvent perturber le microbiote intestinal des abeilles et leur immunité (Kakumanu et al., 2016).

Des études ont également montré que l’exposition à certains pesticides, comme l’herbicide glyphosate, peut perturber le microbiote intestinal des abeilles dans certaines conditions expérimentales (Motta et al., 2018). Ces effets varient toutefois selon les molécules, les doses et les conditions d’exposition.

Dans ce contexte, les auteurs estiment que les effets sur le microbiote devraient être davantage pris en compte dans l’évaluation des pesticides, un aspect encore largement sous-estimé dans les procédures réglementaires actuelles. Ces effets dits sublétaux pourraient jouer un rôle important dans la santé des pollinisateurs et dans la compréhension des facteurs impliqués dans leur déclin.


Références

➤ Kan, Y., Wang, R., Zhang, B., Liu, Y., Liu, R., Zhang, Z., Zhang, Z., Ayra-Pardo, C., & Li, D. (2026). Contrasting Toxicity Classes Differentially Affect Gut Microbiota Composition in Honey Bees. Insects, 17(4), 437.  https://doi.org/10.3390/insects17040437

➤ Beyond Pesticides. Insecticides Gravely Threaten Honey Bee Gut Microbiome, Study Findings Expand on Previous Research. Daily News Blog. 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/insecticides-gravely-threaten-honey-bee-gut-microbiome-study-findings-expand-on-previous-research/

jeudi 23 avril 2026

Appel à protéger les pollinisateurs face aux pesticides!

🐝Ce 23 avril 2026, dans le magazine scientifique Science, un collectif de scientifiques français, principalement écologistes, entomologistes, spécialistes de la pollinisation et agronomes, alerte sur le déclin préoccupant des insectes pollinisateurs en Europe, largement lié à l’usage des pesticides. Ces insectes sont pourtant indispensables à la biodiversité, à la reproduction des plantes à fleurs et à la production agricole. 

David Cappaert, Bugwood.org 

Les scientifiques rappellent que la France avait interdit les néonicotinoïdes en 2018, mais que de nouvelles propositions de loi portées par Laurent Duplomb visent à les réintroduire. Une première tentative a été rejetée après une forte mobilisation citoyenne (dont la pétition "Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective" qui a recueilli plus de deux millions de signatures) et une censure du Conseil constitutionnel, mais un nouveau projet est encore en discussion.

Selon ces chercheurs, ce projet contredirait la Charte de l’environnement, qui garantit le droit à un environnement sain, aggraverait les effets négatifs des pesticides sur la biodiversité, les écosystèmes et la santé humaine, et réintroduirait des insecticides systémiques nocifs.

Ils soulignent que les pesticides contaminent les sols, l’eau et les aliments, avec des risques accrus de maladies, et qu’ils restent largement utilisés malgré l’existence d’alternatives agroécologiques efficaces.

 En conséquence, ces scientifiques appellent à rejeter ce projet de loi, adopter des politiques fondées sur le consensus scientifique, accélérer la transition vers des pratiques agricoles durables et mieux accompagner les agriculteurs dans cette transition.

Pour lire cet appel : 

 ➤ Bertrand Schatz et al. France must protect pollinators over pesticides. Science, vol. 392, p. 366 (2026). https://doi.org/10.1126/science.aeg6003


 

jeudi 29 janvier 2026

Effets du dinotéfurane sur les abeilles mellifères : un nouveau mécanisme d’écotoxicité des néonicotinoïdes

Une équipe de chercheurs chinois a montré que l’insecticide néonicotinoïde dinotéfurane affecte profondément la physiologie, la thermorégulation et le comportement des abeilles mellifères (Apis mellifera), avec des conséquences potentiellement importantes pour la santé des colonies et des ruches.

Le dinotéfurane est un insecticide systémique de la famille des néonicotinoïdes. Il est largement utilisé pour lutter contre de nombreux ravageurs, tels que les pucerons, les aleurodes et les thrips en agriculture et en horticulture, notamment pour la gestion des gazons. Il est également employé contre les punaises de lit et les blattes dans les bâtiments d’habitation, ainsi que contre les puces et les tiques en médecine vétérinaire.

Élévation de la température corporelle des abeilles

Les chercheurs ont observé que l’exposition au dinotéfurane lors du butinage modifie les niveaux d’octopamine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l’activité et de la thermorégulation chez les insectes. Cette perturbation entraîne une augmentation significative de la température corporelle des abeilles exposées.

Modification du comportement et retour accéléré à la ruche

Cette élévation de température est associée à l’activation de gènes liés au vol, notamment le gène flightin. En conséquence, les abeilles exposées au dinotéfurane reviennent plus rapidement à la ruche après le butinage. Autrement dit, elles transportent le nectar et les résidus de dinotéfurane qu’il contient vers la ruche plus vite qu’en temps normal.

Augmentation de l'exposition des colonies au dinotéfurane 

Cette modification du comportement de butinage entraîne une augmentation de la quantité de dinotéfurane introduite dans la ruche, ce qui peut accroître l’exposition de l’ensemble de la colonie au pesticide. Les auteurs suggèrent que ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi les néonicotinoïdes sont fréquemment détectés à des niveaux élevés dans les ruches, comparativement à d’autres classes de pesticides.

Risque écotoxicologique accru pour la santé des colonies

Au-delà des effets neurotoxiques des néonicotinoïdes déjà bien établis, cette étude met en évidence un mécanisme d’écotoxicité original : en modifiant la physiologie et le comportement des abeilles, ces insecticides peuvent faciliter leur propre propagation au sein de la colonie, en utilisant les abeilles comme vecteurs involontaires de contamination.

Ces résultats soulignent les risques majeurs associés à l’utilisation des néonicotinoïdes en agriculture et en horticulture, en particulier leur capacité à perturber le comportement naturel des abeilles pollinisatrices, avec des conséquences négatives à l’échelle de la ruche entière.


Référence

➤ Fu Zhang, Lixia Zou, Yongheng Zhang, Honghong Li, Dongyu Yang, Lichao Chen, Zhaojie Chen, Xuesheng Li. Neonicotinoid pesticides dinotefuran increase honeybee body temperature and accelerate honeybee (Apis mellifera) translocation of contaminants into hives to enhance ecotoxicity risk,
Environmental Chemistry and Ecotoxicology, Volume 8, 2026, Pages 631-641. https://doi.org/10.1016/j.enceco.2025.12.009

 

mercredi 22 novembre 2017

Le chlorothalonil, un fongicide en cause dans le déclin des bourdons

Composé organochloré dérivé du benzène (famille des chloronitriles), le chlorothalonil est un fongicide de contact multisite qui est utilisé en agriculture (arachides, pommes de terre, vigne, cultures maraichères), dans les terrains de golf et dans les peintures antisalissures (antifouling). Très toxique pour les poissons et les invertébrés aquatiques, il serait aussi néfaste pour les insectes pollinisateurs, notamment les bourdons.

En étudiant les facteurs qui menacent les populations d'insectes pollinisateurs sur 284 sites aux États-Unis, des chercheurs américains ont mis en évidence le rôle du chlorothalonil dans le déclin de quatre espèces de bourdon (Bompus spp). Ce fongicide rend en effet les bourdons plus sensibles à un parasite intestinal intracellulaire, Nosema bombi (Microsporidia, Fungi), qui peut être mortel. Les auteurs de l'étude s'inquiètent en outre de l'action synergiste du fongicide avec les insecticides systémiques sur les populations d'insectes pollinisateurs.

Ces résultats confirment une étude réalisée en 2013 qui montrait une augmentation de l'infection par un autre parasite intestinal, Nosema ceranae, chez les populations d'abeille dont le pollen était fortement contaminé par des fongicides. 

Références:

mardi 14 novembre 2017

L'imidaclopride et le chlorpyrifos, des insecticides néfastes pour les oiseaux

L'imidaclopride (néonicotinoïde) et le chlorpyrifos-éthyl (organophosphoré) sont deux insecticides neurotoxiques couramment utilisés pour lutter contre divers insectes ravageurs dans les cultures de céréales, de colza, de légumes ou les vergers. Ces deux insecticides sont connus pour avoir des effets néfastes sur les abeilles, notamment sur leur mémoire olfactive et leur capacité à butiner et à s'orienter en vol.

Des recherches menées à l'Université de la Saskatchewan ont montré que l'imidaclopride et le chlorpyrifos ont aussi des effets toxiques directs sur les oiseaux chanteurs et granivores, notamment sur leur masse corporelle et leur capacité à migrer. Lorsque les oiseaux consomment l'équivalent de seulement trois à quatre graines de colza (canola) traitées à l'imidaclopride ou huit granules de chlorpyrifos par jour pendant trois jours, les chercheurs ont observé :
- une diminution importante de leur réserve de graisse (jusqu'à 25%) et de leur poids;
- des signes d'intoxication aiguës (léthargie, perte d'appétit);
- et une modification importante de leur capacité à s'orienter.

Les oiseaux granivores qui se ravitaillent dans les champs au cours de leur migration sont particulièrement menacés. Ils peuvent consommer des graines enrobées d'imidaclopride et des granules de chlorpyrifos qu'ils confondent avec des graines. Cette intoxication pourrait modifier leur comportement migratoire et réduire ainsi leur chance de survie ou de se reproduire.

 Les recherches ont été menées en laboratoire sur le bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys), un passereau migrateur très courant en Amérique du Nord. Crédit photo: Wolfgang Wander — Travail personnel / http://www.pbase.com/image/83910026

mercredi 5 juillet 2017

De nouvelles preuves de la nocivité des néonicotinoïdes pour les abeilles

Deux nouvelles études réalisées à grande échelle, l'une en Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, Hongrie) sur onze champs de colza d'hiver (Woodcock et al., Science 2017), l'autre au Canada dans deux régions de maïsiculture (Tsvetkov et al, Science 2017), confirment les impacts globalement négatifs des insecticides néonicotinoïdes sur les populations d'abeilles domestiques et sauvages, notamment leur capacité à se reproduire (espérance de vie, fertilité). Elles mettent aussi en évidence l'imprégnation de l'environnement par les néonicotinoïdes qui sont absorbés par les plantes cultivées et sauvages.

L'étude canadienne montre que les abeilles qui butinent les plantes à fleur en bordure des champs de maïs (non pollinisé par les abeilles) sont exposées pendant trois à quatre mois à un cocktail de 26 pesticides, dont quatre insecticides néonicotinoïdes. L'exposition à ces derniers réduit de 23% leur espérance de vie et altère leur efficacité à prendre soin de la reine et à polliniser les plantes. Par ailleurs, les chercheurs canadiens ont observé que la toxicité aiguë pour les abeilles de deux néonicotinoïdes, la clothianidine et le thiaméthoxame, doublait lorsque les champs de mais sont traités avec du boscalide (SagePesticide), un fongicide couramment employé en maïsiculture.

L'étude européenne, quant à elle, montre que la clothianidine et le thiaméthoxame ont des effets variables sur les pollinisateurs du colza d'hiver, selon la période de l'année et le site. En Hongrie et en Grande-Bretagne, les chercheurs ont observé une nette diminution du taux de survie des abeilles domestiques (Apis mellifera) durant l'hiver. En revanche, peu d'effets néfastes ont été observés en Allemagne, où les abeilles domestiques avaient accès à un plus large éventail de plantes à fleur sauvages.Toutefois dans tous les sites européens, la reproduction des abeilles sauvages (Bombus terrestris et Osmia bicornis) est affectée lorsqu'elles sont exposées aux néonicotinoïdes.

Références:

vendredi 18 juillet 2014

Les néonicotinoïdes et le fipronil menacent la diversité et le fonctionnement des écosystèmes

De nos jours, les insecticides systémiques à large spectre, comme les néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine) et le fipronil, sont les principaux insecticides employés en agriculture. Les néonicotinoïdes représentent à eux seuls 40% du marché mondial des insecticides agricoles (soit environ 2,6 milliards de dollars en 2011). Pulvérisés ou appliqués sous forme de semences enrobées, ces insecticides neurotoxiques systémiques, qui pénètrent et diffusent à l'intérieur des plantes, se dégradent lentement et persistent dans l'environnement d'une saison à l'autre. Ainsi, depuis leur commercialisation au milieu des années 1990, les néonicotinoïdes et le fipronil sont fréquemment détectés dans les eaux et les sols des régions agricoles. On en trouve aussi dans l'air, sous forme d'aérosols, lors des pulvérisations ou des ensemencements. Par ailleurs, les néonicotinoïdes sont fortement suspectés de contribuer au déclin des populations d'abeilles observé un peu partout sur la planète, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Afin de documenter les impacts environnementaux des insecticides systémiques, un  regroupement international de chercheurs, la Task Force on Systemic Pesticides, a mené une vaste évaluation des risques basée sur plus de 800 études scientifiques publiées au cours des cinq dernières années. Leur constat est sans appel: l'utilisation intensive et répétée des insecticides systémiques menace la santé et la biodiversité des écosystèmes et les services qu'ils fournissent aux collectivités. Outre la pollinisation par les abeilles, le contrôle biologique des ravageurs par les prédateurs et parasitoïdes naturels et le recyclage des nutriments du sol par les vers de terre (lombrics) sont aussi affectés par ces insecticides systémiques et persistants.

Si les risques des néonicotinoïdes et du fipronil pour les abeilles étaient déjà connus, cette méta analyse met en évidence des risques élevés pour les vers de terre, les pollinisateurs sauvages, les invertébrés aquatiques (puces d'eau, escargots d'eau douce), les oiseaux, les poissons ou les reptiles. Les oiseaux granivores qui ingèrent des semences enrobées traitées avec ces insecticides neurotoxiques sont particulièrement à risque. Les niveaux de contamination des eaux sont aussi très préoccupants pour l'ensemble de la faune aquatique. Les effets directs de l’exposition à ces insecticides neurotoxiques s’étendent de la mortalité instantanée (toxicité aigüe) aux effets chroniques comme la baisse de la fécondité ou les troubles du comportement. Par ailleurs, ces insecticides ont la capacité d'exercer des effets indirects sur les populations de vertébrés (oiseaux, poissons, reptiles) en réduisant le nombre de leurs proies (via la chaîne alimentaire).

L'ensemble des données recueillies dans cette méta analyse justifient un examen plus approfondi des impacts environnementaux des insecticides systémiques. Les chercheurs de la Task Force on Systemic Pesticides préconisent en outre la mise en place de mesures réglementaires plus strictes à l'échelle mondiale voire l’interdiction des néonicotinoïdes dans certaines cultures, notamment de leur usage préventif par enrobage des semences.

Références

    jeudi 17 juillet 2014

    Vers un nouveau printemps silencieux?

    Depuis les années 1990, les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus employés dans le monde pour lutter contre les insectes ravageurs agricoles. Ils représentent désormais près de 40 % du marché mondial des insecticides. Les néonicotinoïdes, comme l'imidaclopride, sont particulièrement appréciés des agriculteurs pour leur grande efficacité et leur facilité à utiliser au moyen de semences enrobées et prétraitées. Ce sont des insecticides neurotoxiques, qui empêchent la fixation d'un neurotransmetteur sur les récepteurs nicotiniques des insectes, et systémiques, qui diffusent dans tout l'organisme des plantes, y compris le pollen et le nectar.

    On sait désormais que les néonicotinoïdes sont aussi toxiques, même à faibles doses, pour des insectes non ciblés comme les abeilles et autres insectes pollinisateurs. Leurs traces et résidus sont d'ailleurs suspectés de contribuer à l'effondrement des populations d'abeilles que l'on observe depuis quelques années à l'échelle de la planète. Pour la première fois, une récente étude néerlandaise, publiée dans la revue Nature, montre que les néonicotinoïdes affectent aussi indirectement les oiseaux, particulièrement ceux qui se nourrissent d'insectes, et suggère un effet en cascade à grande échelle des néonicotinoïdes sur les écosystèmes et l'environnement.

    Les chercheurs néerlandais ont établi une corrélation entre la teneur en imidaclopride dans les eaux de surface des terres agricoles et le déclin des populations de diverses espèces d'oiseaux insectivores des Pays-Bas (Alouette des champs, Pipit des près, Étourneau sansonnet, Grive draine, etc.). Dans les régions où la teneur en imidaclopride des eaux de surface est supérieure à 20 ng/l, les populations d'oiseaux insectivores ont en effet tendance à décroître de 3,5 % en moyenne par an. Cette tendance au déclin est seulement observée depuis le milieu des années 1990, date à laquelle l'imidaclopride a été introduit aux Pays-Bas.

    L'étude ne prétends pas que l'imidaclopride est une cause directe du déclin des oiseaux dans les régions agricoles des Pays-Bas. Les néonicotinoïdes agiraient donc indirectement sur les populations aviaires, principalement en réduisant le nombre de mouches, sauterelles, punaises et chenilles dont les oiseaux insectivores se régalent. Toutefois, des intoxications directes, suite à l'ingestion de semences enrobées traitées aux néonicotinoïdes ne sont pas à exclure, particulièrement chez les jeunes oiseaux.

    Dans une entrevue publiée sur le site de National Geographic, les chercheurs néerlandais n'hésitent pas à faire le parallèle avec l'appel de Rachel Carson, lancé en 1962, pour avertir le monde que les pesticides contribuaient au silence des oiseaux. Comme hier le DDT et les pesticides persistants, il apparaît que les néonicotinoïdes nuisent aussi à la biodiversité de la planète et qu'ils pourraient être responsable d'un nouveau printemps silencieux.

    Pour en savoir plus :

    Capture d'écran provenant du reportage de Radboud Universiteit Nijmegen


    dimanche 29 mai 2011

    Journée de l'abeille

    Ce dimanche 29 mai a été décrété "Journée de l'abeille" au Canada. C'est l'occasion de rappeler l'importance cruciale des abeilles pour la production alimentaire et l'équilibre des écosystèmes en tant que principal pollinisateur des plantes à fleurs. Aujourd'hui, partout sur la planète, les populations d'abeille sont amoindries, victimes des maladies, du stress et des résidus de pesticides. Au Québec, près de la moitié des ruches exploitées par les apiculteurs pour produire le miel ont disparu au cours des dernières années.

    La Fédération des apiculteurs du Québec rappellent en outre que les abeilles doivent aussi affronter l'hiver québécois qui occasionne une hécatombe annuelle dans les ruches. Les apiculteurs québécois profitent de cette "Journée de l'abeille" pour appeler les organismes publics, les compagnies agrochimiques et les agriculteurs à prendre en compte la situation inquiétante des abeilles dans leur lutte contre les insectes ravageurs.

    samedi 18 décembre 2010

    Abeilles et pollinisateurs : enjeux et menaces (Rapport PNUE)

    Les indices d'une crise majeure de la biodiversité s'accumulent. On estime ainsi que la Terre perd entre 1 et 10 % de sa biodiversité tous les 10 ans. La destruction des habitats et la déforestation, la pollution, la propagation des espèces invasives et des parasites et la surexploitation des terres agricoles et des océans, qui sont liées aux activité humaines, en sont les principales causes. Les abeilles et les autres insectes pollinisateurs, comme les papillons ou les mouches, n'échappent malheureusement pas à cette crise de la biodiversité. Ces dernières années, plusieurs études ont montré un possible déclin des populations d'abeilles sauvages et domestiquées et des pollinisateurs à l'échelle de la planète, principalement en Amérique du Nord et en Europe.

    La pollinisation est essentielle aux sociétés humaines. Beaucoup de plantes à fleurs, fruits et légumes en dépendent. L'Organisation mondiale pour l'agriculture (FAO) estime que près de 71 % des espèces végétales qui assurent 90 % de l'alimentation mondiale sont pollinisées par des insectes, principalement des abeilles. Au cours des 50 dernières années, les productions agricoles qui dépendent de la pollinisation ont été multipliées par 4. De fait, l'agriculture mondiale dépend de plus en plus de la pollinisation.

    Dans un récent rapport, des experts du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE - UNEP) dressent le bilan de santé global des populations mondiales d'abeilles. Malgré des preuves de déclin dans plusieurs régions du monde, les experts onusiens hésitent à parler de «crise de la pollinisation» à l'échelle de la planète, car, selon eux, les données recueillies ne sont pas assez concluantes. Par contre, le rapport onusien énumère les nombreuses menaces auxquelles sont exposées les abeilles et les pollinisateurs :
    • Destruction et pollution des habitats conduisant à une diminution de la biodiversité des plantes à fleurs;
    • Épandages aériens d'insecticides et développement des insecticides systémiques (qui diffusent à travers toute la plante) et des semences enrobées qui sont toxiques pour les insectes non ciblés et les pollinisateurs;
    • Commercialisation, sélections, traitements antibiotiques et transports des abeilles domestiques qui amenuisent la santé des ruches;
    • Changements climatiques qui pourraient, entre autres, modifier les relations entre les insectes et les plantes à fleurs. 
    Par ailleurs, le rapport onusien invite les gouvernements à prendre en compte ces menaces dans leurs politiques agricoles et à favoriser le développement des pollinisateurs sauvages et indigènes en complément aux colonies d'abeilles domestiques.

    Référence :

    lundi 28 janvier 2008

    Le Cruiser, un nouvel insecticide neurotoxique systémique inquiète les apiculteurs français

    Le ministère français de l'agriculture vient d'annoncer l'homologation sur son territoire d'une semence enrobée de maïs destinée à l'alimentation animale, traitée avec un nouvel insecticide neurotoxique systémique, le Cruiser. Destinée à l'alimentation animale. Le maïs destiné à l'alimentation animale (maïs ensilage) couvre l'essentiel des surfaces de maïs cultivées en France.

    Produit par le groupe agrochimique suisse Syngenta, le Cruiser dont la molécule active est le thiamethoxam, un neurotoxique qui agit sur les récepteurs nicotiniques des insectes, devrait servir à lutter contre les taupins (Agriotes spp), des coléoptères souterrains qui s'attaquent aux racines du maïs. L'insecticide enrobe la semence de maïs et diffuse dans la plante tout ai long de sa croissance.

    Ce type d'enrobage inquiète les apiculteurs français. D'une part, des études écotoxicologiques, réalisées par Luc Belzunces (INRA, Avignon), ont montré que le comportement de vol des abeilles, en particulier leur retour à la ruche, pouvait être perturbé par l'absorption de très faibles doses de thiamethoxam. D'autre part, l'an dernier, plusieurs apiculteurs italiens ont accusé le thiamethoxam d'être responsable de la disparition brutale d'un grand nombre de leurs abeilles. Selon eux, les abeilles auraient été contaminées par la dispersion de la molécule neurotoxique dans l'air lors des semis. Des analyses récentes ont d'ailleurs confirmé la présence de Thiamethoxam dans les abeilles italiennes retrouvées mortes.

    L'utilisation sur le maïs de deux autres insecticides neurotoxiques systémiques, le Gaucho et le Fipronil, suspectés d'être à l'origine de l'affaiblissement des colonies d'abeilles, est interdite en France depuis 2004. Histoire à suivre... (source : LeMonde.fr)

    vendredi 16 novembre 2007

    Après les abeilles, les bourdons sont aussi menacés

    Alors que les indications d'un déclin généralisé des abeilles se multiplient à l'échelle de la planète, des entomologistes s'intéressent aussi au sort d'une autre espèce d'insecte pollinisateur, le bourdon (Bombus sp). Ainsi, Robbin Thorp, professeur d'entomologie à l'Université de Californie à Davis, s'alarme du rapide déclin du Bourdon de Franklin (Bombus franklini) sur la côte Ouest américaine. Cette espèce endémique du Nord-ouest de la Californie et du Sud-ouest de l'Oregon y était encore largement répandue il y a 5 ans. Aujourd'hui, elle pourrait disparaître complètement, avant même d'avoir été inscrite sur la liste des espèces menacées.

    D'autres espèces plus communes aux États-Unis, Bombus occidendalis dans l'Ouest et Bombus impatiens dans l'Est, se font également plus rares. Contrairement aux abeilles qui ont été importées par les colons européens au 17e siècle, les bourdons sont des hyménoptères indigènes du continent nord-américain. Ils sont des pollinisateurs naturels pour de nombreuses plantes sauvages. Bien qu'ils ne produisent que très peu de miel, ils rendent aussi de grands services à l'agriculture, en pollinisant près de 15% des cultures américaines, particulièrement les cultures maraîchères sous abris (tomates, poivrons, pastèques, courges, concombres, fraises, etc.) et les petits fruits (bleuets ou myrtilles, canneberges ou airelles, framboises).

    Le déclin des bourdons inquiètent donc de plus en plus d'agriculteurs et d'entomologistes, d'autant plus qu'il se produit alors même que les populations d'abeilles sont au plus mauvais point. Certains scientifiques s'inquiètent même d'un possible déclin généralisé des insectes pollinisateurs. Comme pour les abeilles, les causes sont multiples et restent encore mal connues : pesticides, maladies parasitaires, pollution, malnutrition et destruction des habitats par le développement urbain et l'agriculture intensive. Toutefois, l'utilisation accrue de ruches commerciales de bourdons dans les serres et les champs pourrait être en partie responsable du déclin en facilitant la diffusion de maladies parasitaires. Selon le professeur Thorp, l'importation de bourdons d'élevage en provenance d'Europe serait en effet responsable de la propagation d'une maladie due à une microsporidie du genre Nosema. Il a d'ailleurs constaté que les populations de bourdons sauvages ont commencé à s'amenuiser dans les années 1990, alors que des bourdons d'élevage étaient importés en grand nombre d'Europe pour polliniser les serres américaines. (Source : Jeff Barnard, Associated Press, Grants Pass Oregon)

    Pour en savoir plus :

    dimanche 14 octobre 2007

    Un monde sans fruits et légumes?

    Selon Bernard Vaissière, spécialiste de la pollinisation à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), les abeilles pourraient disparaître de la planète. Dans un article publié dans le quotidien Le Monde, il décrit les bouleversements alimentaires qui en résulteraient.

    » Lire l'entrevue de Bernard Vaissière (LeMonde.fr 13.10.2017)

    mardi 2 octobre 2007

    Des jachères fleuries pour favoriser les pollinisateurs

    Depuis quelques années, les populations d'abeilles ont tendance à s'amenuiser un peu partout sur la planète. L'origine de cette inquiétante disparition demeure mystérieuse et plusieurs facteurs pourraient être en cause : résidus de pesticides, maladie parasitaire ou virale, conditions climatiques, etc..
    Récemment, une étude scientifique établissait un lien entre le déclin des abeilles sauvages et celui des plantes à fleurs. L'urbanisation croissante et des pratiques agricoles intensives sont en effet responsables de la disparition de nombreuses espèces de fleurs sauvages, sources de nectar et de pollen. Pour favoriser la biodiversité, des jachères de fleurs multicolores colonisent maintenant les campagnes françaises, mais aussi les bords de routes et les plates-bandes urbaines. Bleuets, centaurées, coquelicots, cosmos, eschscholzia, lupins, pois de senteur, soucis sont de retour au grand bonheur des abeilles, des bourdons et des papillons ...
    Jachère fleurie dans la banlieue de Limoges, Haute-Vienne (5 juillet 2007)

    mardi 18 septembre 2007

    L'étouffement, nouvelle arme de défense de masse des abeilles contre les frelons

    En tuant les butineuses solitaires ou en s'attaquant directement aux ruches, les frelons sont une menace permanente pour les colonies d'abeilles domestiques. Pour s'en défendre, les abeilles ont élaboré différentes stratégies. Ainsi chez certaines espèces d'abeilles asiatiques, des masses d'ouvrières forment une boule compacte autour du frelon agresseur et produisent de la chaleur afin de provoquer un échauffement létal de sa température corporelle en quelques minutes.

    Sur l'île méditerranéenne de Chypre, une équipe de recherche franco-grecque vient de découvrir que les abeilles locales, Apis mellifera cypria, combattent le frelon oriental, Vespa orientalis, en l'étouffant, une stratégie probablement mieux adaptée à leur environnement très chaud. La masse de 150 à 300 abeilles chypriotes entourent en effet le frelon de manière à bloquer ses mouvements et à obstruer toutes ses voies respiratoires.

    Référence : 

    jeudi 13 septembre 2007

    Les abeilles en voie de disparition

    Photo : Ruchers en Gaspésie (Olivier Peyronnet, juillet 2006)

    Alors que les populations d'abeilles déclinent un peu partout sur la planète, et que les médias généralistes s'en alarment de plus en plus, Bernard Vaissière, spécialiste de la pollinisation à l'INRA à Avignon en France, prévient que certaines espèces d'abeilles pourraient disparaître complètement*.

    Fruits d'une lente co-évolution avec les plantes à fleurs, les abeilles se nourrissent presque exclusivement de nectar et de pollen. Par conséquent, elles ne possèdent que très peu d'enzymes de détoxification, ce qui les rend particulièrement fragiles à l'ingestion de poisons (par exemple, les pesticides) et aux diverses infestations de parasites.

    Alors qu'un virus a été très récemment suspecté d'être responsable de leur mystérieuse disparition aux États-Unis (Voir ci-dessous la nouvelle du 06.09.07), des apiculteurs américains accusent plutôt les conditions météorologiques particulièrement extrêmes cette année (sécheresses et chaleurs intenses, gels tardifs) d'avoir limité la floraison des plantes à fleurs. Les conditions météorologiques possiblement liées au réchauffement climatique en cours pourraient expliquer la diminution du nombre d'espèces de plantes à fleurs pollinisées par les abeilles.

    En Europe, si de nombreux apiculteurs mettent en cause certains pesticides systémiques (qui diffusent dans les plantes au cours de leur croissance), les scientifiques restent prudents. Une récente étude montrait un déclin parallèle entre des abeilles sauvages et les plantes à fleurs pollinisées. Quoi qu'il en soit, les abeilles sont en voie de disparition et certaines activités humaines ne semblent pas y être complètement étrangères. Une combinaison de facteurs biotiques (virus, varroa, etc.) et abiotiques (pesticides, OGM, conditions météorologiques, etc.) est probablement à l'origine de cet inquiétant déclin.

    Les abeilles sont pourtant l'un des plus importants pollinisateurs de la planète. En assurant, avec d'autres insectes, la pollinisation de 80 % des plantes à fleurs, elles seraient indirectement responsables de près de 35% de la production mondiale de nourriture (fruits, légumes, oléagineux, protéagineux, café, cacao, épices, etc.). Bien qu'elles restent difficiles à évaluer, les conséquences économiques et sociales d'une disparition complète des abeilles serait donc très certainement désastreuse pour l'humanité.

    Pour en savoir plus :

    jeudi 6 septembre 2007

    Un virus soupçonné d'être responsable de la mystérieuse disparition des abeilles

    Depuis 2006, de nombreux entomologistes et apiculteurs américains s'interrogent sur l'origine du Colony Collapse Disorder (CCD) ou "syndrome d'effondrement des colonies" qui est responsable de la disparition de 50 à 90 % des colonies d'abeilles mellifères aux États-Unis. Le CDD se manifeste par la disparition des ouvrières, sans que les réserves de la ruche ne soient touchées par un quelconque parasite, laissant une reine quasiment seule.

    L'acarien varroa, le principal parasite des abeilles domestiques, n'est pas détecté dans les ruches atteintes. Par contre, des chercheurs viennent de découvrir qu'un virus, encore méconnu aux États-Unis, le virus de la paralysie aigu ou Israeli Acute Paralysis Virus (IAPV) était présent dans 96 % des ruches présentant le symptôme d'effondrement. C'est en étudiant le génome de l'abeille nouvellement séquencé en 2006 et, plus précisément, en comparant des séquences d'ADN d'abeilles saines et d'abeilles provenant de ruches malades que les chercheurs ont réussi à repérer ce nouveau virus. Identifié pour la première fois en Israël en 2004, ce virus appartient à la famille Dicistroviridae. L'IAPV a également été détecté dans des abeilles provenant de ruches australiennes, sans que celles-ci ne soient pourtant atteintes du CCD, et dans la gelée royale importée de Chine pour la consommation humaine.

    Selon les chercheurs, l'IAPV est au moins l'un des facteurs responsables du CDD, mais il agirait très probablement en combinaison avec d'autres facteurs comme par exemple le varroa ou l'exposition aux pesticides, qui affaiblissent grandement les colonies. L'importation d'abeilles australiennes porteuses du virus en 2004, date à laquelle les premiers symptômes sont apparus aux États-Unis pourrait être à l'origine de cette dramatique épidémie. À suivre... (source : Sciences&Avenir.com)

    Référence :
    • Cox-Foster DL, Conlan S et al., 2007. A Metagenomic Survey of Microbes in Honey Bee Colony Collapse Disorder. Science (publication électronique avancée du 6 septembre 2007) [Résumé en anglais sur PubMed]

    samedi 27 janvier 2007

    Les abeilles ne meurent pas toutes de la même façon

    Un peu partout sur la planète, les populations d'abeilles diminuent. Dans une étude confidentielle, réalisée de 2002 à 2005 dans cinq ruchers répartis dans plusieurs départements (Eure, Gard, Gers, Indre et Yonne), l'Agence françaises de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a recensé les principaux facteurs qui causent la mort des colonies d'abeilles.

    L'étude met en cause aussi bien les résidus d’insecticides agricoles (imidaclopride, fipronil, endosulfan, deltaméthrine, parathion-méthyl) qui contaminent le pollen, la cire et le miel que les mauvaises pratiques apicoles. L'Afssa dénonce, entre autres, des négligences dans l'état sanitaire des colonies et l'utilisation de produits acaricides non homologués pour lutter contre le parasite varroa (coumaphos). L'étude souligne aussi l'uniformisation du paysage agricole qui entraîne une forte diminution de la diversité des fleurs sauvages.

    Obtenus par le quotidien Le Figaro, les résultats de cette étude confidentielle ont suscité la colère des apiculteurs français. Ces derniers accusent, entre autres, l'Afssa de complicité avec les industriels Bayer et BASF qui commercialisent l'imidaclopride et le fipronil, et de sous estimer le rôle de ces deux insecticides systémiques dans la crise écologique actuelle.

    Pour en savoir plus et mieux comprendre les débats et enjeux :

    mercredi 25 octobre 2006

    L'importance des pollinisateurs sur la production des cultures

    Une synthèse bibliographique réalisée par un groupe international de chercheurs (Allemagne, France, Australie, États-Unis) sur 115 cultures vivrières dans plus de 200 pays souligne le rôle essentiel des pollinisateurs dans les productions agricoles et notre alimentation. Selon cette étude, 3/4 des cultures vivrières, soit la majorité des cultures fruitières, légumières, oléagineuses, protéagineuses, et près de 35% de la production mondiale de nourriture dépendent des pollinisateurs, pour la plupart des abeilles.

    Alors que les cultures de céréales (blé, maïs, riz, etc.) ne dépendent pas des pollinisateurs, certaines cultures comme le cacao, la vanille, les courges, les pastèques en sont totalement dépendantes, et la majorité des cultures montre un accroissement important de leur production en leur présence. Certaines données montrent en outre que les pratiques agricoles actuelles et les perturbations anthropiques de l'environnement menacent la survie des populations des abeilles sauvages de sorte qu'elles deviennent souvent trop rares pour assurer une pollinisation efficace des cultures essentielles à l'homme.
    Au niveau de l'évolution et de la biodiversité, l'activité pollinisatrice des abeilles a aussi contribué de manière importante à l'expansion et à la diversification des plantes à fleurs, qui représentent aujourd'hui près de 80% des végétaux sur Terre. (OP) (Source: INRA Presse Info 24.10.06)

    Références:
    • Klein AM., Vaissière BE., Steffan-Dewenter I., Cunningham SA., Claire K., Tscharntke T. Importance of pollinators in changing landscapes for world crops. Proc. R. Soc. B. 2007 [Résumé en anglais et article PDF à télécharger]
    • Module Déclin des Pollinisateurs du programme intégré européen 2004-2008 ALARM

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