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mardi 17 février 2026

Bioaccumulation des pesticides chez les lichens : implications écotoxicologiques

Les lichens sont des organismes symbiotiques qui associent un champignon et une algue, ou plus rarement une cyanobactérie. En plus d’être des organismes pionniers participant à la formation des sols, ils possèdent la capacité remarquable d’accumuler sur de longues périodes divers polluants atmosphériques, tels que le dioxyde de soufre, les oxydes d'azote, l'ammoniac, mais aussi les métaux lourds, certains pesticides ou même des éléments radioactifs. Grâce à cette aptitude et leur sensibilité à certains composés chimiques, les lichens sont devenus des modèles incontournables en écotoxicologie et de précieux bioindicateurs de la qualité de l’air.

Lichens encroutés se développant sur un rocher granitique (OP 2015)

Des recherches récentes montrent que les lichens peuvent également servir de bioindicateurs de la contamination par les pesticides. Par exemple, une étude menée en France a utilisé le lichen Xanthoria parietina pour détecter la présence de 48 pesticides dans l’air (Durand A. et al, 2024). Plusieurs types de pesticides (herbicides, fongicides, insecticides) ont été détectés, y compris des composés interdits dans certaines régions. Ces résultats indiquent que les lichens peuvent accumuler ces molécules sur de longues périodes, offrant ainsi un aperçu historique de la pollution atmosphérique par les pesticides. 

 La contamination par les pesticides semble fortement dépendre du contexte géographique : les sites urbains sont généralement moins contaminés que les zones industrielles ou rurales. L’étude a aussi révélé des zones polluées inattendues, en partie en raison de l’utilisation d’herbicides comme le glyphosate pour le contrôle de la végétation le long des installations industrielles et ferroviaires. La distribution spatiale des résidus suggère par ailleurs un apport supplémentaire de pesticides via le transport atmosphérique à l’échelle locale et régionale.

Par ailleurs, d’autres recherches ont montré que certains lichens, tels que Parmotrema tinctorum et Usnea barbata, sont particulièrement sensibles au glyphosate (Dos Santos et al., 2023). L’exposition à cet herbicide provoque des altérations morphologiques et anatomiques, une réduction de l’activité photosynthétique de l’algue symbiotique et un stress oxydatif, en fonction des concentrations et de la durée d’exposition. Ces lichens pourraient donc être utilisés comme bioindicateurs pour surveiller la dispersion du glyphosate dans l’air, notamment à proximité des zones agricoles.

Ces résultats s’inscrivent dans un contexte plus large de contamination atmosphérique par les pesticides. En effet, une étude récente a mis en évidence la présence de nombreux pesticides dans l’air et même dans les nuages. Des échantillons d’eau de nuage collectés au sommet du puy de Dôme en France ont révélé la présence de 32 pesticides différents, incluant des herbicides, fongicides et insecticides, parfois à des concentrations comparables ou supérieures aux seuils réglementaires européens pour l’eau potable (Bianco et al., 2025). Ces observations montrent que les pesticides peuvent être transportés sur de longues distances par l’atmosphère, intégrés aux nuages puis redistribués via les précipitations. Dans ce contexte, les lichens apparaissent comme des sentinelles écologiques particulièrement pertinentes pour détecter et suivre cette pollution diffuse et largement invisible et pour mieux comprendre l'impact des pesticides sur les écosystèmes et la santé humaine. 

Pour en savoir plus sur les lichens :

 ➤ Lichens (PestInfos, février 2026)


Références

➤ Bianco, A., Nibert, P., Wu, Y., Baray, J. L., Brigante, M., Mailhot, G., Deguillaume, L., Vione, D., Cabanes, D. J. E., Méjean, M., & Besse-Hoggan, P. (2025). Are Clouds a Neglected Reservoir of Pesticides?. Environmental science & technology, 59(40), 21579–21588. https://doi.org/10.1021/acs.est.5c03787

➤ Durand A, Dron J, Prudent P, Wortham H, Dalquier C, Reuillard M, Austruy A (2024). Evaluation of the atmospheric pollution by pesticides using lichens as biomonitors. Sci Total Environ. 2024 Dec. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2024.177286

➤ Santos, A. M. D., Bessa, L. A., Augusto, D. S. S., Vasconcelos Filho, S. C., Batista, P. F., & Vitorino, L. C. (2023). Biomarkers of pollution by glyphosate in the lichens, Parmotrema tinctorium and Usnea barbata. Brazilian journal of biology (Revista brasleira de biologia), 83, 2023 Aug 28. https://doi.org/10.1590/1519-6984.273069

 


 

 

 

 

mardi 17 juin 2014

De nouveaux pesticides détectés dans l'Arctique

Les polluants organiques persistants (POP), comme les dioxines, les furanes, les polychlorobiphényles (PCB) et les pesticides organochlorés (aldrine, dieldrine, lindane), sont une source de pollution majeure dans l’Arctique. Transportés par les vents depuis les régions tempérées, ces toxiques non biodégradables se concentrent dans le phytoplancton, les algues et les plantes qui les absorbent. Par la suite, ils s'accumulent, via la chaîne alimentaire, dans les tissus adipeux des animaux comme les poissons, les bélugas et les phoques. Par ce phénomène de bioaccumulation, on en retrouve même dans le lait maternel des femmes inuites. Les POP font l'objet d'une étroite surveillance par les chercheurs du monde entier. Si leur concentration dans l'air arctique est resté relativement stable au cours des dernières années, les chercheurs ont récemment détecté, dans les glaces, de nouveaux POP, dont de nombreux pesticides usuels et des retardateurs de flammes.

Ces dernières années, les analyses de carottes glaciaires ont ainsi révélé des concentrations croissantes de trois pesticides, soit le chlorpyrifos, un insecticide organophosphoré utilisé principalement contre les moustiques et les mouches, l'endosulfan, un insecticide organochloré interdit en Europe et au Canada depuis plusieurs années, et la trifluraline, un herbicide communément employé dans les cultures céréalières et légumières. Des phénomènes de bioaccumulation ont été aussi observés pour deux d'entre eux, soit le chorpyrifos et l'endosulfan, ainsi que pour le pentachloroanisole, un produit de la dégradation de rodenticides, et le metoxychlor, un insecticide organochloré apparenté au DDT.  La contamination de l'Arctique par les pesticides continue.

Référence :
  • Vorkamp K, Rigét FF. A review of new and current-use contaminants in the Arctic environment: Evidence of long-range transport and indications of bioaccumulation. Chemosphere. 2014 Sep;111C:379-395. Epub 2014 May 14. [PubMed]

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