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samedi 2 mai 2026

Loin du miracle promis par l'agroindustrie, les cultures d'OGM stagnent

Depuis leur expansion rapide dans les années 1990 et 2000, les cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM) semblent aujourd’hui avoir atteint un plafond. Les surfaces progressent encore légèrement, mais cette croissance est devenue faible et irrégulière.

Dans les faits, les plantes transgéniques restent concentrées dans quelques pays (principalement, le Brésil, les États-Unis, l'Argentine et le Canada) et reposent presque exclusivement sur quatre grandes cultures : soja, maïs, coton et colza (canola). Elles s’appuient majoritairement sur deux caractéristiques principales : 

  • la tolérance aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready), plus rarement au dicamba et glufosinate, 
  • et la production de toxines insecticides issus de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), ciblant certains ravageurs.

Le maïs Bt (Zea mays) et le coton Bt (Gossypium hirsutum) illustrent bien cette approche. Le maïs Bt est utilisé contre des ravageurs majeurs comme Ostrinia nubilalis, Spodoptera frugiperda ou Helicoverpa zea, et est largement cultivé en Amérique. Le coton Bt, lui, cible notamment Helicoverpa armigera et s’est fortement développé en Inde, en Chine et aux États-Unis. Dans les deux cas, ces cultures ont permis, au départ, de réduire significativement l’usage d’insecticides.

Cependant, ces bénéfices initiaux ont été partiellement remis en question. L’exemple de la chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera virgifera) est emblématique : des variétés de maïs Bt avaient été conçues pour la contrôler efficacement, mais des populations résistantes aux toxines Bt sont rapidement apparues dans plusieurs régions (Gassmann, 2011, Tabashnik et al., 2013). Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme.

Par ailleurs, un phénomène similaire est observé du côté des herbicides. Dans plusieurs régions agricoles intensives, notamment dans la Corn Belt, la généralisation des cultures tolérantes au glyphosate a conduit à l’apparition de mauvaises herbes résistantes, notamment des amarantes. Cette évolution biologique oblige les agriculteurs à recourir à des stratégies de désherbage plus complexes ou à de nouveaux mélanges d’herbicides, un phénomène largement documenté dans la littérature scientifique récente (Heap, 2023, Powles, 2008,  Duke et Powles, 2008).

Crée par Ian Heap, cette base de données scientifique recense les cas confirmés de mauvaises herbes résistantes aux herbicides à l’échelle mondiale. Ces données montrent une forte augmentation des résistances depuis la diffusion des cultures OGM tolérantes aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready). L’usage répété d’un même herbicide sur de grandes surfaces a exercé une pression de sélection importante, favorisant l’apparition et la propagation de résistances chez plusieurs espèces de mauvaises herbes.

Face à ces défis, il apparaît essentiel de recourir à des stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, mise en place de zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Par ailleurs, les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent encore marginales à l’échelle mondiale.

Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a également favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme. Face à ces défis, les experts soulignent l’importance de stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent par ailleurs marginales à l’échelle mondiale.

Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites importantes. Leur expansion marque le pas, loin du miracle initialement promis.

 Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites sociétales, écologiques et agronomiques de plus en plus visibles.

Référence 

➤ Noisette, Chrisophe.  Les surfaces mondiales d’OGM stagnent. Inf'OGM, 28/04/2026, [En ligne]. https://infogm.org/les-surfaces-mondiales-dogm-stagnent/

 

 

mardi 30 décembre 2025

Des plantes Bt aux ARN interférents : toujours plus d’innovation, toujours les mêmes résistances

Les plantes génétiquement modifiées (PGM / OGM) conçues pour produire des toxines issues de Bacillus thuringiensis (Bt) sont cultivées à grande échelle depuis les années 1990 afin de lutter contre les insectes ravageurs tout en réduisant l’usage d’insecticides chimiques. Elles concernent notamment le maïs Bt ou le coton Bt.  Cependant, l’apparition de résistances chez les ravageurs ciblés, de plus en plus fréquente, remet en question l’efficacité à long terme de cette technologie.

Publiée en 2023, une synthèse portant sur 25 ans de données mondiales montre que, parmi 24 espèces de ravageurs étudiées, 26 cas de résistance confirmée aux cultures Bt et 17 signaux précoces de baisse de susceptibilité ont été recensés, même si certaines espèces restent encore sensibles (Tabashnik et al., 2023). Les auteurs soulignent que des stratégies telles que la mise en place de refuges de plantes non-Bt ou le recours à de nouvelles approches, comme la combinaison des toxines Bt avec l’interférence par ARN (ARNi), pourraient ralentir l’évolution des résistances. Toutefois, de l’aveu même des chercheurs, ces technologies ARNi ne constituent pas une solution miracle et pourraient, à leur tour, induire des phénomènes de résistance chez les insectes (Meunier, 2024, Inf'OGM), notamment via des modifications de l’absorption de l’ARN ou de l’ARNi chez les insectes.

L’interférence par ARN (ARNi) est une technique qui repose sur l’utilisation de fragments d’ARN double brin capables de bloquer l’expression de gènes spécifiques chez un organisme cible. En protection des cultures, cette approche consiste à exposer les insectes ravageurs à des ARN conçus pour inhiber des gènes essentiels à leur survie ou à leur reproduction, soit via des plantes génétiquement modifiées, soit par application directe d’ARN sur les cultures. Présentée comme une alternative ou un complément aux toxines Bt, cette stratégie se distingue par un ciblage moléculaire très spécifique, mais soulève, comme les autres méthodes de lutte, des questions relatives à l’apparition de résistances, à la persistance environnementale et aux effets à long terme sur les organismes non ciblés.

Aux États-Unis, dans la Corn Belt, la généralisation du maïs Bt ciblant la chrysomèle des racines (Diabrotica virgifera virgifera) illustre concrètement ces limites. Des données accumulées sur plus d’une décennie montrent que les populations de ravageurs ont progressivement développé une résistance, réduisant l’efficacité des semences Bt et entraînant des pertes économiques significatives pour les agriculteurs. Les chercheurs avertissent qu’une gestion non durable de ces cultures pourrait conduire à une obsolescence rapide des traits transgéniques actuellement disponibles (Ye et al., 2025, Science, Foucart, 2025, Le Monde). 

Parallèlement, les analyses économiques et de politiques publiques montrent que les défaillances de marché jouent un rôle clé dans l’accélération de la résistance aux pesticides. Les choix des agriculteurs, souvent guidés par les coûts immédiats plutôt que par la durabilité, favorisent l’émergence de populations résistantes. Cela suggère que des interventions réglementaires et des incitations économiques sont nécessaires pour préserver l’efficacité des outils de protection des cultures (Brown et Reisig, 2025, Science).

Si ces études documentent l’émergence de résistances chez les ravageurs, elles interrogent rarement le choix même des plantes transgéniques insecticides. La majorité des études se concentre sur l’optimisation technique des dispositifs (refuges, nouvelles toxines, ARNi), sans vraiment remettre en cause le modèle agricole fondé sur l’exposition continue et généralisée des insectes à des toxines produites par la plante elle-même. 

Comme le souligne Info’OGM (Meunier, 2024), cette approche tend à considérer la résistance comme un simple problème technique à corriger, alors qu’elle peut être interprétée comme une conséquence structurelle d’un système agricole intensif reposant sur des monocultures et une pression de sélection permanente.

Cette vision est également cohérente avec les constats faits aux États-Unis, où la généralisation du maïs Bt dans la Corn Belt a favorisé l’apparition de résistances chez la chrysomèle des racines et ce, malgré l’introduction régulière de nouvelles variétés de maïs Bt combinant plusieurs gènes de toxines et censées être plus efficaces. Ces résultats suggèrent donc que la résistance n’est pas une anomalie ponctuelle, mais un phénomène prévisible dans un système reposant sur l’usage massif et prolongé de plantes insecticides  (Ye et al., 2025, Science).

 

Références

Brown, Z. & Reisig, D. (2025). Assessing market failures driving pesticide resistance. Science, 387(6737), 930-932. https://www.science.org/doi/10.1126/science.adv4313

Tabashnik, B. E., Fabrick, J. A., & Carrière, Y. (2023). Global Patterns of Insect Resistance to Transgenic Bt Crops: The First 25 Years. Journal of Economic Entomology, 116(2), 297-309. https://academic.oup.com/jee/article/116/2/297/6968925

Foucart, S. (2025, 27 février). Aux États-Unis, l’usage généralisé de maïs OGM insecticides nourrit la résistance des ravageurs. Le Monde.

Meunier, E. (2024). 25 ans plus tard, les OGM insecticides face à la résistance des insectes. Inf'OGM. https://infogm.org/25-ans-plus-tard-les-ogm-insecticides-face-a-la-resistance-des-insectes/ 

Meunier, E. (2024). ARN interférents et OGM : une nouvelle fuite en avant face aux résistances des ravageurs ? Inf’OGM. 

Ye, X., et al. (2025). Assessing market failures driving pesticide resistance. Science, 387(6737), 930-932. https://doi.org/10.1126/science.adv4313

 

 

 

 

 

 

 

mercredi 17 décembre 2025

Comprendre les pesticides : définition, usages et enjeux

Les pesticides, également appelés produits phytopharmaceutiques en France ou produits antiparasitaires au Canada, regroupent un ensemble de substances destinées à prévenir, éliminer ou contrôler des organismes jugés nuisibles aux cultures, à la santé humaine ou aux biens matériels. Leur utilisation s’est fortement développée au cours du XXᵉ siècle avec l’essor de l’agriculture intensive et des systèmes de production à hauts rendements.

Aujourd’hui, les pesticides sont présents dans de nombreux compartiments de l’environnement, sols, eaux de surface, eaux souterraines, air, mais aussi dans les milieux domestiques et urbains. Cette diffusion soulève d’importantes questions scientifiques, environnementales et sociétales.

Impacts environnementaux et sanitaires

Si les pesticides peuvent contribuer à protéger les cultures et à limiter des pertes de rendement, un nombre croissant d'études scientifiques met en évidence les effets négatifs liés à leur usage intensif ou mal maîtrisé. Ces impacts concernent notamment la biodiversité (insectes pollinisateurs, organismes du sol, faune aquatique), la qualité des milieux naturels et les services écosystémiques (pollinisation, recyclage de la matière organique, contrôle naturel des ravageurs).

Sur le plan sanitaire, l’exposition aiguë ou chronique à certaines substances actives est associée à des risques pour la santé humaine. Ces risques font l’objet d’évaluations, de classifications et de débats scientifiques portés par des organismes internationaux tels que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). La présence de résidus de pesticides dans l’eau et les aliments fait l’objet de débats scientifiques et sociétaux et soulèvent de nombreuses préoccupations publiques.

Changements climatiques et résistance

Le réchauffement climatique modifie profondément les équilibres écologiques. Il favorise l’émergence ou l’expansion de ravageurs et d’agents phytopathogènes, ainsi que l’augmentation du nombre de cycles biologiques de certaines espèces nuisibles. Dans ce contexte, le recours accru aux pesticides peut accélérer l’apparition de phénomènes de résistance chez les insectes ravageurs, les champignons phytopathogènes et les plantes adventices. Ces résistances, aujourd’hui largement documentées, réduisent l’efficacité des substances disponibles et conduisent souvent à une escalade des traitements, renforçant la dépendance aux pesticides.

Réduire l'usage des pesticides 

Ces constats ont conduit à une remise en question progressive des modèles agricoles fortement dépendants des pesticides chimiques. De nombreuses instances scientifiques, institutionnelles et non gouvernementales soulignent la nécessité de réduire leur usage en privilégiant des stratégies alternatives :  lutte biologique, lutte intégrée, pratiques agroécologiques, diversification des systèmes de culture, sélection et culture de variétés résistantes. Ces approches visent à limiter le recours aux pesticides tout en maintenant une production agricole viable, et à renforcer la résilience des agroécosystèmes face aux changements climatiques, tout en réduisant les impacts environnementaux et sanitaires.

Une page de référence pour mieux comprendre les pesticides et les enjeux liés à leur utilisation

La nouvelle page « Pesticides : définition, types et usages » propose une synthèse structurée et documentée :

  • des classes fonctionnelles de pesticides selon les organismes ciblés,
  • des usages agricoles, sanitaires, domestiques et industriels,
  • des notions clés sur les formulations, l’homologation et les matières actives,
  • une présentation des origines chimiques, biologiques et microbiologiques,
  • ainsi qu’un éclairage sur la toxicité, les impacts environnementaux et les pesticides hautement dangereux (HHP).

 ➤ Pour approfondir le sujet, consultez la page : Pesticides : définition, types et usages 


 

 


lundi 17 juillet 2017

Chlorfénapyr et résistance aux pyréthrinoïdes

Le chlorfénapyr est un insecticide synthétique, dérivé trifluoré du pyrrole (famille arylpyrrole), un composé produit par voie microbienne. Il agit sur les insectes et les acariens, par contact et par ingestion, en perturbant la production d'ATP dans les mitochondries, et par conséquent la respiration cellulaire (phosphorylation oxydative). Il doit être métabolisé in vivo par des enzymes de détoxification pour être actif, ce qui retarde son activité insecticide.

Le chlorfénapyr est utilisé contre divers insectes et acariens ravageurs agricoles dans les cultures de coton, de soja et d'arbres fruitiers, mais aussi en lutte antiparasitaire contre les fourmis et les punaises de lit. Grâce à son mode d'action, il est particulièrement efficace contre les insectes résistants aux insecticides neurotoxiques conventionnels comme les pyréthrinoïdes, les carbamates et les organophosphorés. De ce fait, il est très utilisé dans les programmes de gestion de la résistance.

Cet insecticide s'est aussi avéré efficace contre les moustiques anophèles vecteurs de la malaria, particulièrement ceux qui sont résistants aux pyréthrinoïdes (N'Guessan R et al, Acta Trop 2007). Pour contrer cette résistance aux pyréthrinoïdes qui s’accroit en Afrique, de nouvelles moustiquaires imprégnées au chlorfénapyr (Interceptor® G2, BASF) sont en cours d'évaluation (N'Guessan R, et al, PLOS 2016; Malone D., IVCC 2017). Toutefois, le chlorfénapyr pourrait aussi induire des résistances chez les insectes comme le montre une récente étude réalisée aux États-Unis sur les punaises de lit (Ashbrook AR, Journal of Economic Entomology, 2017).

Le chlorfénapyr est moins toxique pour les poissons et la faune aquatique que les pyréthrinoïdes, mais est néanmoins toxique pour les oiseaux.

mardi 3 août 2010

L'histoire controversée du DDT

Le Dichloro-Diphényl-Trichloréthane ou DDT est l'un des tout premiers pesticides de synthèse. Synthétisé pour la première fois en 1874 par un chimiste strasbourgeois, Othmar Zeidler, les propriétés insecticides de cet organochloré ont été découvertes en 1939 par le chimiste suisse Paul Hermann Müller (1899-1965). Dès les années 1940, le DDT est utilisé pour combattre la propagation du typhus et de la malaria, deux maladies infectieuses graves transmises respectivement par les poux (Pediculus humanus) et les moustiques (Anopheles spp.). En 1948, Müller reçoit d'ailleurs le prix Nobel de médecine pour sa découverte. Le DDT est alors abondamment pulvérisé sur les marécages, dans les habitations et même sur les personnes afin de lutter contre les mouches, les puces, les poux et les moustiques et de protéger les populations contre plusieurs maladies infectieuses. Il contribue ainsi à l’éradication du paludisme en Europe et en Amérique du Nord. En raison de sa grande efficacité, le DDT est ensuite massivement employé en agriculture pour lutter contre les insectes ravageurs comme le doryphore de la pomme de terre.

Toutefois, très rapidement des phénomènes de résistance au DDT apparaissent chez plusieurs espèces d'insectes, ce qui diminue l'efficacité des traitement et augmentent les doses d'emploi. Le DDT se révèle aussi toxique pour de nombreuses espèces non ciblées comme les insectes pollinisateurs, les poissons et les oiseaux, et des phénomènes de bioaccumulation sont observés. Très rémanent et non biodégradable, le DDT s'accumule, via la chaîne alimentaire, dans les tissus adipeux des animaux, et des traces sont même détectées dans le lait maternel humain. À l'époque, le DDT est aussi suspecté d'être responsable du déclin des grands rapaces, comme le Pygargue à tête blanche, en perturbant leur reproduction et en amincissant la coquille de leurs oeufs. En 1962, Rachel Carson, une biologiste américaine, publie un livre, « The Silent Sping » («Le printemps silencieux» en français), qui révèle au grand public le danger des pesticides pour l'environnement et la santé humaine. Dans les années 1970, le DDT est interdit d'utilisation dans de nombreux pays industrialisés, dont les États-Unis, le Canada et la France. Dès lors, le DDT cesse d'être utilisé en agriculture et de nouvelles familles d'insecticides de synthèse (organophosphorés, carbamates, pyréthrinoïdes) sont développées pour le remplacer. Par la suite, plusieurs études suspectent le DDT et ses dérivés organochlorés d'être des perturbateurs du système endocrinien.

Malgré qu'il soit un polluant organique persistant (POP), le DDT est encore utilisé de nos jours dans plusieurs pays en développement pour lutter contre les moustiques vecteurs de la malaria, principalement en pulvérisation dans les habitations. En 2006, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande toujours son utilisation limitée à l'intérieur des habitations dans les pays les plus menacés, suscitant la controverse dans la communauté scientifiques et la colère de nombreux groupes de protection de l'environnement. En l'absence de méthodes alternatives efficaces et abordables, le DDT devrait donc continuer à être utilisé pendant encore plusieurs années.

mercredi 26 avril 2006

Les herbicides pourraient favoriser la résistance des moustiques aux insecticides

L'atrazine est un puissant désherbant systémique, principal polluant des eaux et interdit d'utilisation en France depuis 2003. Des chercheurs du laboratoire d'écologie alpine de Grenoble (Université Joseph Fournier) ont étudié les interactions possibles entre cet herbicide persistant et la sensibilité des larves de moustiques aux insecticides. Leurs récents travaux, publiés dans la revue Chemosphere, montre qu'un contact de deux jours des larves de moustiques Aedes aegypti avec l'Atrazine conduit à une diminution significative de leur mortalité lorsqu'elles sont traitées avec le larvicide biologique Bti (Bacillus thuringiensis var. israelensis).

L'Atrazine pourrait donc favoriser indirectement la résistance des moustiques vecteurs à certains insecticides comme le Bti et ainsi diminuer l'efficacité des traitements. Ces résultats sont d'autant plus intéressantes que les terres humides où s'accumulent les résidus d'herbicides chimiques sont aussi les écosystèmes privilégiés par les moustiques vecteurs pour se reproduire. Les campagnes de démoustication et de lutte antivectorielle devront donc prendre en compte ces nouvelles données écotoxicologiques pour assurer un contrôle efficace des invasions de moustiques.

Référence :
  • Boyer S, Serandour J, Lemperiere G, Raveton M, Ravanel P., 2006. Do herbicide treatments reduce the sensitivity of mosquito larvae to insecticides? Chemosphere, édition électronique avancée du 27 mars 2006 (courte communication sous presse) [Résumé en anglais sur PubMed]

jeudi 12 janvier 2006

La croissance des surfaces cultivées en OGM s'est ralentie en 2005

Selon les statistiques publiées par l' International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (Isaaa)*, la totalité des surfaces cultivées en OGM dans le monde en 2005 s'élève à 90 millions d'hectares répartis dans 21 pays. Alors qu'elle atteignait 20% en 2004 et 15% en 2003, la croissance des surfaces cultivées en OGM s'est ralentie en 2005 pour atteindre 11% (soit 9 Mha supplémentaires).
Avec 49.8 millions d'hectares, les États-Unis restent le principal producteur d'OGM dans le monde (55%) suivis de l'Argentine (19%), du Brésil (10%), du Canada (6%) et de la Chine (3%). Malgré les controverses scientifiques et l'opposition de nombreux citoyens, le Brésil a presque doublé sa superficie d'OGM en 2005 (9,4 millions d’hectares en 2005 comparativement avec 5 millions en 2004) et la France a réintroduit timidement le maïs-Bt (500 ha).

Les principales plantes transgéniques cultivées et commercialisées sont le soja (54.4 Mha, soit 60% de la surface mondiale cultivée avec des OGM) , le maïs (21.2 Mha, soit 24%), le coton (9,8 Mha, soit 11 %) et le colza (4,6 Mha, soit 5%). La majorité d'entre elles (71%) a pour caractère la tolérance à un herbicide. Les plantes-Bt, résistantes à certains insectes ravageurs, représentent 18% des plantes transgéniques cultivées dans le monde.
Alors que la Chine pourrait autoriser prochainement le riz-Bt, et ce malgré les controverses scientifiques (scepticisme sur le riz transgénique chinois, 17/10/2005), l'Iran l'a officiellement autorisé en 2004 et l'a cultivé en 2005 sur une surface de 4000 ha. Le riz est l'aliment de base de 1.3 milliards d'êtres humains. Selon l'Isaaa, l'ouverture de la Chine au riz transgénique devrait accélérer la culture et la commercialisation des plantes transgéniques dans les pays en voie de développement et favoriser leur acceptation mondiale.

Malgré le bilan élogieux dressé par l'Isaaa, les plantes transgéniques, en 10 ans de commercialisation, n'ont pas tenu leur promesse en terme de réduction de pesticides (Voir le rapport Benbrook) et n'ont joué aucun rôle dans la lutte contre la faim et la pauvreté. Un récent rapport publié par les Amis de la Terre précise en outre que l'augmentation des surfaces cultivées en OGM dans un nombre limité de pays est surtout du à l'agressivité des compagnies agrochimiques et au contrôle de plus en plus grand qu'elles exercent dans l'accès aux semences.

Note: * L' Isaaa est une fondation nord-américaine favorable au développement des biotechnologies agricoles dans le monde. Financée par les principales multinationales agrochimiques productrices d'OGM (Monsanto, Sygenta, Bayer, etc.), elle publie chaque année un état mondial des cultures transgéniques

Pour en savoir plus:

vendredi 9 décembre 2005

Des moustiques résistants au Bt

Depuis quelques années, les autorités sanitaires des grandes métropoles nord-américaines s'efforcent de contrôler les populations de moustiques urbains comme Culex pipiens qui sont les principaux vecteurs du virus du Nil occidental. Aux États-Unis, dans l'État de New-York, quatre insecticides sont utilisés couramment :
- le methoprène, un régulateur de croissance;
- la phénothrine, un pyréthrinoïde de synthèse;
- et deux bioinsecticides bactériens, soit le Bacillus sphaericus (Bs) et le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti). 

Des chercheurs de l'Université de Cornell, à Ithaca, ont étudié la résistance à ces quatre insecticides dans deux populations de C. pipiens provenant d'Albany et de Syracuse (État de New-York). Leurs travaux révèlent de très hauts niveaux de résistance au Bti dans la population de C. pipiens de Syracuse. Toutefois, selon les auteurs, les moustiques ne se mélangent pas rapidement, ce qui conduit à des résistances très localisées. 

Référence : 
  • Paul A, Harrington LC, Zhang L, Scott JG., Insecticide resistance in Culex pipiens from New York, J Am Mosq Control Assoc. 2005 Sep;21(3):305-9 [Résumé en anglais]

vendredi 28 octobre 2005

Les effets de la terre de diatomées et les extraits de pois sur les insectes de denrées stockées

Les insectes des denrées stockées posent de nombreux problèmes dans les silos à grains, les moulins à farine et les usines de transformation alimentaire. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), 5 à 10% des céréales sont perdus au cours de leur entreposage.
La protection des grains et des denrées stockées se fait par des moyens physiques comme l'aération de silos, et par l'utilisation de nombreux insecticides de synthèse dont certains sont dangereux pour la santé humaine. La résistance des insectes des denrée stockées aux insecticides et la contamination des aliments par des résidus d'insecticides ont poussé les chercheurs à s'intéresser à d'autres types d'insecticides moins toxiques.
Au cours du congrès de la Société d'entomologie du Québec (SEQ), qui s'est tenu cette année à Orford (Cantons de l'Est), Paul Fields du Centre de recherche sur les céréales à Saskatoon (Agriculture et Agroalimentaire Canada) a présenté deux alternatives aux insecticides de synthèse prometteuses:
  1. Constituée des coques de silice d'algues unicellulaires, la terre de diatomées est une poudre très fine qui absorbe la cire de la cuticule des insectes provoquant leur déshydratation;
  2. Les extraits de farine de pois contiennent de petits peptides, des saponines et des lysolecithines qui ont des effets toxiques et antiappétents pour les insectes de denrée stockées sans affecter leurs parasites. 
Pour en savoir plus:

  • Société d'entomologie du Québec, Paul Fields, Wes Taylor et Xingwei Hou. Travail dans la noirceur : Les effets de la terre de diatomées et les extraits de pois sur les insectes de denrées stockées. 132ème réunion annuelle de la Société d'entomologie du Québec, Orford (Québec), 28 octobre 2005 [Résumé]


  • Enhancement of protein-rich pea flour against stored-product insects and its affect on the insect midgut (ARDI, Agri-Food Research and Development Initiative, Manitoba)
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