mercredi 20 mai 2026

Quand les insecticides affament les oiseaux des campagnes

Depuis plusieurs décennies, les oiseaux des milieux agricoles déclinent partout en Europe. Une nouvelle étude menée en France apporte un éclairage important : les insecticides pourraient jouer un rôle majeur, non pas seulement en intoxiquant directement les oiseaux, mais surtout en réduisant leur nourriture.

Les chercheurs ont analysé quinze années de suivi ornithologique de 81 espèces d'oiseaux nicheurs (hirondelles, grives, merles, rouges-gorges, etc.) couvrant 2783 sites en France. Ils ont ensuite comparé ces données avec les ventes de pesticides agricoles, tout en tenant compte d’autres facteurs comme le climat ou les paysages agricoles. Leur objectif : comprendre comment l’utilisation des pesticides influence les populations d’oiseaux sauvages dans les campagnes.

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Une des menaces pour l'hirondelle pourrait être la régression de ses proies (insectes volants) induites par l'usage généralisé des pesticides, notamment des insecticides. Crédit photo: Brocken Inaglory, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le résultat principal est frappant : plus l’usage d’insecticides est élevé, plus les populations d’oiseaux insectivores diminuent. Cette tendance apparaît de manière cohérente chez les espèces qui se nourrissent principalement d’insectes, qu’elles soient migratrices ou sédentaires. En revanche, les oiseaux granivores (qui mangent surtout des graines) ou les espèces généralistes omnivores montrent des liens beaucoup moins nets avec l’usage des pesticides (insecticides et herbicides). 

Pour les auteurs, cela suggère que le principal mécanisme serait indirect. Les insecticides réduisent les populations d’insectes, privant ainsi de nombreuses espèces d’oiseaux de leur principale source de nourriture. Ce phénomène d’« appauvrissement alimentaire » pourrait expliquer une partie importante du déclin observé dans les campagnes européennes qui deviennent progressivement « silencieuses ».

Ces travaux renforcent l’idée que la crise de la biodiversité ne touche pas uniquement les insectes : elle se répercute sur toute la chaîne alimentaire. Cette idée n’est pas nouvelle. Dès 1962, la biologiste Rachel Carson alertait sur le risque d’un « printemps silencieux » provoqué par les pesticides. Depuis, de nombreuses études ont observé l’effondrement parallèle des insectes et des oiseaux agricoles en Europe ou en Amérique du Nord (PESTInfos/Oiseaux). En janvier dernier, une étude française pointait déjà un déclin beaucoup plus marqué des oiseaux communs dans les régions où les ventes de pesticides sont les plus élevées (Monnet et al., 2026). 

Mais l’étude apporte aussi une nuance importante : tout n’est peut-être pas irréversible. Des travaux récents montrent une légère reprise de certains oiseaux insectivores après l’interdiction de plusieurs néonicotinoïdes en France et en Europe (FRB, 2025, Perrot et al., 2025). Le rebond reste modeste, mais il suggère que les écosystèmes peuvent commencer à se rétablir lorsque la pression chimique diminue.

Réduire l’usage des insecticides pourrait donc devenir un levier essentiel pour inverser la tendance et favoriser le retour des oiseaux dans les milieux agricoles.

À l’heure où plusieurs responsables politiques envisagent de réautoriser certains néonicotinoïdes en France, cette étude rappelle que ces pesticides menacent l’ensemble de la chaîne du vivant. Derrière la disparition silencieuse des insectes se profile aussi celle des oiseaux des campagnes qui en dépendent. Réduire l’usage des insecticides n’est donc plus seulement une question agricole : c’est un enjeu majeur de biodiversité.

 

Références

➤ Thomas Perrot, Karine Princé, Colin Fontaine, Stanislas Rigal, Ralf Schulz, Jakob Wolfram, Emmanuelle Porcher (2026). Declines in insectivorous bird abundance are related to increasing agricultural insecticide use. Agriculture, Ecosystems & Environment, Vol.407, 110447. [disponible en ligne 19 Mai 2026]. https://doi.org/10.1016/j.agee.2026.110447

Thomas Perrot, Karine Princé, Emmanuelle Porcher, Jakob Wolfram, Ralf Schulz, Colin Fontaine (2025). 
Weak recovery of insectivorous bird populations after ban of neonicotinoids in France, hinting at lasting impacts. Environmental Pollution, Vol.385, 127132. https://doi.org/10.1016/j.envpol.2025.127132

➤ Monnet AC., Cairo M., Deguines N., Jiguet F., Vimont M., Fontaine C., Porcher E., 2026. Common birds have higher abundances in croplands with lower pesticide purchases. Proceedings
of the Royal Society B, Biological Sciences 293 (2062): 20252370. https://doi.org/10.1098/rspb.2025.2370

➤  Grépinet, Esteban. En France, le déclin des oiseaux insectivores est clairement lié aux pesticides… mais tout peut encore changer. Vert, 20 mai 2026. [En ligne]. https://vert.eco/biodiversite/en-france-le-declin-des-oiseaux-insectivores-est-clairement-lie-aux-pesticides-mais-tout-peut-encore-changer/

➤ Fondation pour la recherche sur la biodiversité (2025). [Revue de presse] Un retour timide mais réel des oiseaux insectivores dans nos campagnes depuis l’arrêt des néonicotinoïdes en France. [En ligne]. www.fondationbiodiversite.fr/actualite/revue-de-presse-un-retour-timide-mais-reel-des-oiseaux-insectivores-dans-nos-campagnes-depuis-larret-des-neonicotinoides-en-france/

Bases de données

➤ Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) : www.vigienature.fr/fr/suivi-des-oiseaux-communs-stoc

➤ BNV-D Traçabilité. Données sur les ventes de produits phytopharmaceutiques en France (Eaufrance):  https://ventes-produits-phytopharmaceutiques.eaufrance.fr/

mardi 19 mai 2026

Louise Michel et la "vaccination des plantes" : une expérience étonnante en déportation

Pendant son exil et déportation au bagne de Kanaky - Nouvelle-Calédonie sur l'île des Pins, Louise Michel ne cesse d’observer, d’expérimenter et de réfléchir. Connue pour son engagement révolutionnaire après la Commune de Paris, elle développe aussi une curiosité scientifique singulière au contact de la nature du Pacifique.

Parmi les épisodes les plus surprenants de cette période figure ce qu’elle appelle elle-même une forme de "vaccination des plantes". Fine observatrice du vivant et expérimentatrice, Louise Michel développe ainsi des intuitions naturalistes originales, "mêlant connaissances académiques et formulations sensibles des savoirs" (Fages et al., 2025).

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Louise Michel (1803-1905), institutrice, communarde et anarchiste, à Nouméa vers 1879-1880. 
Domaine public, via Wikimédia commons

‪« La révolution sera la floraison de l'humanité comme l'amour est la floraison du cœur.  »

 Louise Michel, La Commune. Histoire et souvenirs, Paris, 1898


Le contexte : l’exil en Kanaky - Nouvelle-Calédonie

Déportée en Kanaky - Nouvelle-Calédonie après la répression sanglante de la Commune de Paris en mai 1871, Louise Michel se retrouve dans un environnement totalement nouveau (1873-1880). Loin des institutions politiques et intellectuelles, elle observe la végétation tropicale, les maladies des plantes cultivées et les conditions de vie difficiles des populations locales, les kanaks. C’est dans ce cadre qu’elle commence à expérimenter sur des plantes, notamment des papayers.

 

Une idée inspirée de la médecine

Louise Michel s’inspire d’un principe médical en plein développement à son époque : la vaccination. Celui-ci s’inscrit à la fois dans des pratiques plus anciennes de protection contre la variole, initiées notamment par Edward Jenner, le père de l'immunologie, à la fin du XVIIIe siècle, et dans les recherches contemporaines de Louis Pasteur, qui, dans les années 1870–1880, contribuent à en poser les bases scientifiques.

Elle transpose cette logique au monde végétal en se basant sur une analogie simple : si un organisme peut être protégé par une forme atténuée de maladie, pourquoi pas une plante ?

Dans ses Mémoires, elle écrit :

« J’aurais voulu réussir sur une vingtaine [d’arbres] avant d’en parler, d’autant plus que même là où tous souffraient pour la liberté, l’empire des préjugés était tel encore qu’on entendait des choses comme ceci : "S’il était vrai que la vaccine puisse s’appliquer à toutes les maladies, la Faculté l’aurait fait ! Êtes-vous docteur, pour vous occuper de ces choses-là ? etc." Comme si on avait à s’informer, quand une route est bonne, si c’est un âne ou un boeuf qui y est entré le premier. Jugez donc, si j’avais parlé d’étendre la vaccine aux végétaux, ce que mes ultra universitaires m’auraient répondu ! Il n’en est pas moins vrai qu’on essaye la vaccine de la rage, de la peste, du choléra telle que je l’avais essayée là-bas et que la sève étant du sang, on peut l’étendre jusqu’aux maladies des végétaux. En fait d’essais, si l’audace est utile, c’est surtout quand elle s’appuie sur l’analogie qui existe entre tout ce qui vit« la sève étant du sang, on peut l’étendre jusqu’aux maladies des végétaux »

« la sève étant du sang, on peut l’étendre jusqu’aux maladies des végétaux » Cette phrase résume son raisonnement: elle considère la sève comme un équivalent du sang, et donc les plantes comme des organismes susceptibles de "réagir" à une infection contrôlée.

 

L’expérience des papayers

Elle décrit avoir travaillé sur des papayers atteints de "jaunisse" :

« C’étaient quatre papayers que j’avais vaccinés au pied avec de la sève d’autres papayers malades de la jaunisse. »

Son objectif était de provoquer une forme légère de maladie afin de renforcer les plantes. Elle observe ensuite que les plantes traitées ont survécu, et auraient été, selon elle, parmi les seules à résister à l’épidémie de l’année.

« Mes quatre papayers eurent la jaunisse et se rétablirent ; peut-être furent-ils les seuls qui n’en moururent pas cette année-là, surtout les papayers de la presqu’île »

Le terme "jaunisse" est un terme ancien et descriptif, qui renvoie au symptôme principal: le jaunissement des feuilles. Celui-ci peut être causé par une infection virale ou bactérienne, comme le montre cette photo d'une chlorose causée par le phytovirus Papaya ringspot virus (PRSV). À l'époque de Louise Michel, on ne connait pas encore les phytovirus. 
Crédit photo: Dr. Parthasarathy Seethapathy, Amrita School of Agricultural Sciences, Bugwood.org 

 

Une démarche empirique entre intuition et science

Cette expérience ne correspond pas à une méthode scientifique moderne de vaccination végétale. Cependant, elle est remarquable pour plusieurs raisons: elle repose sur l’observation directe, tente une expérimentation volontaire et mobilise une analogie entre différents formes du vivant. On peut y voir une forme de pensée précoce sur l’unité biologique du vivant, bien avant les développements de la phytopathologie et de la phytoprotection. 

Par son regard attentif sur la nature qui l’entoure en Nouvelle-Calédonie - Kanaky, Louise Michel développe une véritable curiosité pour le monde végétal. Ses observations des plantes malades et ses essais empiriques sur les papayers témoignent d’une volonté de comprendre le vivant et ses équilibres, d'agir sur eux mêmes, dans une approche encore intuitive mais déjà très sensible à l’importance des plantes dans les sociétés humaines.

 Sans correspondre à une vaccination au sens scientifique moderne, les expérimentations de Louise Michel témoignent d’une intuition remarquable: l’idée qu’il serait possible de renforcer la résistance des plantes face aux maladies. Cette intuition trouve aujourd’hui un écho partiel dans certaines pratiques de la phytoprotection, qui visent à stimuler les défenses naturelles des plantes, même si les mécanismes en jeu diffèrent profondément de la vaccination animale.

 

L'observation des insectes tropicaux 

Pendant son exil au bagne en Nouvelle-Calédonie - Kanaky, Louise Michel porte une attention constante au monde vivant qui l’entoure. Dans ses Mémoires, elle évoque aussi à plusieurs reprises les insectes qu’elle observe dans cet environnement tropical : "neige grise et tournoyante des sauterelles", "vers de ricin aux allures de bombyx", "gros vers blancs, à cornes", etc..

« Tout pullule dans ces pays chauds ; les insectes y vivent par myriades. »

« [u]ne fois, deux fois par an quelquefois, une neige grise enveloppe la presqu’île, tourbillonnant par flocons; on en a quelquefois plus haut que les chevilles : ce sont les sauterelles »

« j’en ai vu de tout enveloppés comme des cercueils, j’en ai vu de plus ou moins ouverts, sans surprendre si c’est la première étape de la mouche-feuille, la phyllis des naturalistes. Une seule fois j’ai vu la mouche-fleur, je ne crois pas qu’elle ait été encore signalée »

 « [l]a troisième année seulement, de notre séjour à la presqu’île Ducos, nous avons vu des papillons blancs ; ces insectes sont-ils triannuels ou est-ce une nouvelle variété créée par la nouvelle nourriture apportée aux insectes par les plantes d’Europe semées à la presqu’île ? On pourra le vérifier »

« Là-bas, chaque plante, chaque arbre a son insecte, son insecte de la couleur de son bois quand il est chenille, de la couleur de ses fleurs quand il est ailé. La chenille de l’herbe porte deux bandes vertes, celle du niaouli est un ver qu’on peut confondre avec la branche qu’il ronge, et il se métamorphose en une sorte de demoiselle, dont les ailes et le corps imitent le bois et les feuilles du niaouli. »

Elle les décrit surtout de manière concrète et sensible, voire poétique, en lien avec son quotidien: certains insectes participent à la dégradation des cultures, d’autres font partie de l’abondance du milieu naturel. Ces observations s’inscrivent dans un regard global sur la nature, où plantes, animaux et humains sont étroitement liés.

Cependant, elle ne développe pas une étude scientifique des insectes : ses remarques restent empiriques et ponctuelles, intégrées à ses réflexions sur le vivant, les conditions de vie des déportés et la nature coloniale de la Nouvelle-Calédonie.


Une sensibilité au vivant partagée avec Élisée Reclus

Au-delà de ses expérimentations sur les plantes, Louise Michel manifeste tout au long de sa vie une forte sensibilité à la souffrance animale. Elle dénonce régulièrement la cruauté exercée envers les animaux, qu’elle considère comme une autre forme d’oppression, en continuité avec les violences sociales et politiques qu’elle combat.

‪" Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes (...) plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent... "

 Louise Michel, Mémoires, Maspéro, Paris, 1976, p.91-92

Cette attention au vivant n’est pas isolée. Elle rejoint, sur plusieurs points, les réflexions d’un autre grand communard : Élisée Reclus (1830-1905). Géographe, penseur anarchiste et souvent considéré comme un précurseur de l’écologie politique moderne, Reclus défend l’idée d’une profonde interdépendance entre les sociétés humaines et la nature. Il critique lui aussi les violences faites aux animaux et à l’environnement, qu’il relie aux systèmes de domination.

Chez Louise Michel comme chez Élisée Reclus, on retrouve ainsi une même intuition : la libération humaine ne peut être pensée indépendamment du respect du vivant dans son ensemble.


Réflexion sur le colonialisme et l’impérialisme

En lien avec son engagement féministe et anarchiste, Louise Michel s’intéresse à la culture kanak, notamment à leur ethnologie, ainsi qu’à leurs légendes et coutumes. Figure pionnière de l’anticolonialisme, elle exprime une certaine solidarité envers ce peuple et établit un parallèle entre leur lutte contre la colonisation et celle des Communards, voyant dans ces combats une même résistance à l’oppression. 

Lors de la révolte kanak de 1878, alors que la majorité des déportés soutient la répression coloniale, Louise Michel adopte une position opposée.  elle se place symboliquement du côté des insurgés « de tous les pays » et leur fait don de l’écharpe rouge, emblème révolutionnaire.

Si elle critique les violences coloniales et adopte une position relativement empathique, son regard reste parfois marqué par les limites et les représentations de son époque. 


Références

➤ Mémoires de Louise Michel. Écrits par elle-même. F. Roy, libraire-éditeur, Paris, 1886. À lire en ligne sur Wikisource https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_de_Louise_Michel

➤ Légendes et chants de gestes canaques. Avec dessins et vocabulaires par Louise Michel. Kéva et Cie, éditeurs, Paris, 1885. À lire en ligne sur Wikisource https://fr.wikisource.org/wiki/Légendes_et_chants_de_gestes_canaques

➤ Volny Fages, Jérôme Lamy, Florian Mathieu. Louise Michel et les savoirs de l'exil. Les traversées socio-épistémiques de la « Minerve populaire » au bagne de Nouvelle-Calédonie. French Historical Studies, 2025, 48 (2), pp.277-305. https://hal.science/hal-05268753v1

 

vendredi 15 mai 2026

Glyphosate et cocktails d’herbicides : des effets préoccupants sur l’intestin des rats

Une nouvelle étude toxicologique publiée dans Archives of Toxicology s’est penchée sur un sujet encore peu exploré : les effets combinés de plusieurs herbicides largement utilisés en agriculture intensive.

L’agriculture utilise massivement des herbicides à base de glyphosate. Mais avec l’apparition de mauvaises herbes (adventices) résistantes, de nouvelles cultures génétiquement modifiées (OGM) ont été développées pour tolérer plusieurs herbicides à la fois, notamment le glyphosate, le 2,4-D et le dicamba. Cette évolution augmente l’exposition des populations à des mélanges de pesticides, alors que leurs effets sanitaires restent encore mal connus.

Les chercheurs ont voulu comprendre si ces herbicides pouvaient perturber la structure de l’intestin,
la barrière intestinale, le microbiote, et certains mécanismes liés à l’inflammation et au stress oxydatif.

Pour cela, ils ont exposé des rates gestantes à différentes doses de glyphosate, seules ou en mélange avec le 2,4-D et le dicamba, via l’eau de boisson. Les petits ont ensuite continué à être exposés pendant 13 semaines après le sevrage. Les doses utilisées correspondaient à des seuils actuellement considérés comme "acceptables" par les autorités européennes.

Les résultats montrent que le glyphosate seul, et encore davantage le mélange des trois herbicides, ont provoqué plusieurs perturbations intestinales chez les rats :

  • Une inflammation accrue : les tissus intestinaux présentaient davantage de signes inflammatoires, particulièrement dans le gros intestin. L'analyse histologique a confirmé des modifications structurelles et des signes d’inflammation dans l’intestin grêle et le côlon.
  • Une barrière intestinale fragilisée : les chercheurs ont observé une augmentation de la perméabilité intestinale, i.e. l'intestin devenant plus "poreux". Cela signifie que l’intestin devient moins efficace pour empêcher certaines substances de traverser la paroi intestinale.
  • Un stress oxydatif plus important : les animaux exposés montraient également des marqueurs biologiques associés au stress oxydatif, un phénomène associé à une une production excessive de molécules capables d’endommager les cellules et impliqué dans de nombreuses maladies chroniques.
  • Un microbiote modifié : la composition des bactéries intestinales a été altérée, suggérant un déséquilibre du microbiote.

L’étude note également que les femelles semblaient plus sensibles aux effets des herbicides, même si les raisons exactes restent à éclaircir.

Le microbiote intestinal et l’intégrité de la barrière digestive jouent un rôle majeur dans la santé : digestion, immunité, inflammation chronique et même certaines maladies métaboliques ou neurologiques. Cette étude suggère que des expositions prolongées à certains herbicides, même à des doses considérées réglementairement comme « acceptables », pourraient perturber cet équilibre biologique.

Les auteurs insistent également sur un point de plus en plus souvent débattu en toxicologie : les réglementations évaluent généralement les pesticides un par un, alors que dans la réalité les populations sont exposées à des mélanges complexes.

Référence

➤ Mesnage, R., Ferguson, S., Nechalioti, PM. et al. (2026). Impact of glyphosate and its mixture with 2,4-D and dicamba on gut biochemical function, intestinal barrier integrity and microbiome composition in adult rats with prenatal commencement of exposure. Arch Toxicol (2026). https://doi.org/10.1007/s00204-026-04409-9

 

 

 

jeudi 14 mai 2026

Un herbicide impliqué dans les cancers colorectaux précoces chez les jeunes adultes?

Depuis plusieurs années, les médecins observent un phénomène inquiétant : les cancers colorectaux touchent de plus en plus de personnes de moins de 50 ans. Cette hausse est observée dans plusieurs pays occidentaux, mais ses causes restent encore mal comprises.

Une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature Medicine apporte toutefois une piste sérieuse: certaines expositions environnementales, notamment à des pesticides, pourraient contribuer à cette hausse. Parmi les substances étudiées (2,4-D, atrazine, chlordécone, dicamba, glyphosate, malathion, etc.), un herbicide appelé piclorame ressort particulièrement.

Le piclorame est un herbicide dérivé de l’acide chloropicolinique appartenant à la famille des auxines synthétiques (PPDB). Il est utilisé pour éliminer certaines mauvaises herbes dicotylédones, des plantes ligneuses et des broussailles. Herbicide systémique, il est absorbé par les feuilles et les racines puis transporté dans toute la plante, provoquant une croissance anarchique qui finit par la tuer.
Il est principalement employé dans les pâturages, les zones forestières et certaines zones industrielles. Le piclorame a également fait partie des composés utilisés comme défoliants par l'armée américaine pendant la guerre du Vietnam (Veterans and Agent Orange: Update 2008). Généralement considéré comme à faible risque, il n’est actuellement pas classé comme cancérogène avéré ou probable pour l’humain par les agences sanitaires internationales.

Une enquête à partir des "empreintes biologiques" des patients

Les chercheurs espagnols ont utilisé une approche originale fondée sur l’épigénétique. Plutôt que de tenter de reconstituer directement les expositions environnementales passées à partir de questionnaires souvent imprécis, ils ont analysé des signatures de méthylation de l’ADN présentes dans les tumeurs colorectales.

La méthylation correspond à de petites modifications chimiques de l’ADN influencées par notre environnement et notre mode de vie : alimentation, tabac, pollution, stress, pesticides, etc. Ces modifications peuvent laisser des traces durables dans les cellules et servir d’indices biologiques des expositions passées.

Les scientifiques ont ainsi recherché des "empreintes épigénétiques", c’est-à-dire des traces ou signaux biologiques dans l’ADN associées à différents facteurs environnementaux, afin d’identifier ceux qui semblaient davantage liés aux cancers colorectaux précoces.

L’étude a comparé des patients atteints d’un cancer colorectal avant 50 ans à des patients diagnostiqués après 70 ans. Les chercheurs ont étudié 29 facteurs environnementaux et de mode de vie à partir de plusieurs cohortes internationales.

Les résultats confirment plusieurs associations déjà connues ou suspectées :

  • le tabagisme ;
  • une alimentation éloignée du régime méditerranéen ;
  • certains déterminants socio-économiques.

Mais le signal le plus marquant concernait le piclorame.

Une association statistique marquée avec le piclorame

Les chercheurs ont observé qu’une empreinte épigénétique associée au piclorame était significativement plus fréquente chez les patients atteints d’un cancer colorectal précoce que chez ceux diagnostiqués après 70 ans. Cette association a ensuite été reproduite dans une méta-analyse regroupant neuf cohortes indépendantes. Autrement dit, le signal n’apparaissait pas uniquement dans un seul groupe de patients.

Les chercheurs ont également analysé des données américaines portant sur l’utilisation de pesticides dans 94 comtés sur une période de 21 ans. Là encore, les régions utilisant davantage de piclorame présentaient davantage de cancers colorectaux précoces, même après ajustement pour les facteurs socio-économiques et l’exposition à d’autres pesticides.

L’étude souligne cependant un point essentiel : il s’agit d’une association statistique, et non d’une preuve formelle de causalité. Les auteurs eux-mêmes insistent sur la nécessité de mener des études complémentaires pour déterminer si le piclorame joue réellement un rôle direct dans le développement de ces cancers.

Pourquoi cette piste intéresse les chercheurs

Le piclorame a été homologué aux États-Unis dans les années 1960. Les chercheurs avancent l’hypothèse que les générations aujourd’hui âgées de moins de 70 ans ont pu y être exposées dès l’enfance, contrairement aux générations plus âgées. Cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi l’association est surtout observée dans les cancers précoces.

L’étude suggère également que les signatures épigénétiques pourraient devenir des outils utiles pour retracer certaines expositions environnementales anciennes, un domaine encore relativement récent en médecine.

Les auteurs rappellent toutefois que l’augmentation des cancers colorectaux précoces est probablement multifactorielle. D’autres facteurs sont également étudiés:

  • alimentation ultra-transformée;
  • obésité;
  • perturbations du microbiote intestinal;
  • pollution;
  • exposition combinée à plusieurs substances chimiques.

Cette étude illustre une évolution importante de la recherche médicale : utiliser les traces biologiques laissées dans l’ADN pour mieux comprendre l’impact de l’environnement sur la santé.

Les résultats obtenus autour du piclorame sont suffisamment robustes pour justifier de nouvelles recherches, mais ils ne permettent pas encore d’affirmer que cet herbicide cause directement le cancer colorectal. Ils suggèrent néanmoins que certains pesticides pourraient faire partie des facteurs environnementaux contribuant à l’augmentation préoccupante des cancers colorectaux chez les jeunes adultes.

Une alerte qui dépasse le seul cas du piclorame

Le lien entre pesticides et cancers reste complexe à étudier, car les expositions sont souvent multiples, prolongées sur des décennies et difficiles à mesurer précisément. Pourtant, les études s’accumulent depuis plusieurs années et montrent de plus en plus fréquemment des associations entre certaines substances pesticides et différents types de cancers, notamment chez les agriculteurs et les populations exposées de manière chronique.

L’étude publiée dans Nature Medicine ne prouve pas à elle seule que le piclorame cause directement le cancer colorectal. Mais elle s’ajoute à un ensemble croissant de travaux suggérant que certains pesticides pourraient avoir des effets sanitaires sous-estimés.

Face à ces signaux répétés, une question de santé publique se pose de plus en plus clairement : faut-il attendre des preuves absolues avant d’agir, ou appliquer davantage le principe de précaution ?

Interdire ou réduire drastiquement l'usage des pesticides les plus préoccupants, renforcer leur évaluation à long terme et accélérer le développement de pratiques agricoles moins dépendantes des produits chimiques pourraient constituer des mesures importantes pour limiter des risques potentiellement évitables.

Références

➤ Maas, S.C.E., Baraibar, I., Lemler, L. et al. (2026). Epigenetic fingerprints link early-onset colon and rectal cancer to pesticide exposure. Nature Medecine 2026. https://doi.org/10.1038/s41591-026-04342-5

➤ PPDB: Pesticide Properties DataBase. Picloram (Ref: X 159868). https://sitem.herts.ac.uk/aeru/ppdb/en/Reports/525.htm

 


mercredi 13 mai 2026

Les chênes adaptent le débourrement de leurs bourgeons pour déjouer les chenilles

Face aux attaques répétées de chenilles défoliatrices, certains chênes européens sont capables de modifier leur propre rythme de croissance. Une étude récente publiée dans Nature Ecology & Evolution révèle que les arbres retardent l’ouverture de leurs bourgeons au printemps suivant une forte infestation.

Les chercheurs ont analysé cinq années de données satellitaires et d’expériences menées dans 60 forêts de chênes d’Europe centrale. Leur étude montre qu’après une forte attaque de chenilles, les arbres retardent l’ouverture de leurs bourgeons d’environ trois jours au printemps suivant.

Ce décalage de quelques jours suffit à perturber la synchronisation entre l’éclosion des chenilles et l’apparition des jeunes feuilles dont elles se nourrissent. Résultat: les insectes disposent de moins de ressources au moment critique de leur développement, ce qui limite les dégâts pour l’arbre de 55%.

Les chercheurs y voient une forme remarquable d’adaptation écologique face aux pressions exercées par les ravageurs forestiers et les variations climatiques. Cette découverte pourrait aussi aider à mieux comprendre la résilience des forêts tempérées dans un contexte de changement global.

 

"Gros Chêne", Chêne européen remarquable (Quercus sp. : Q. robur ou Q. petraea), Village de Heyret, Chéniers, France (OP)


Références

➤ Prinzing, A., Muller, J., Maximilian, J., Mallick, S. (2026). « Comment les chênes déjouent les chenilles en retardant l’ouverture de leurs bourgeons ». The Conversation France, 1er mai 2026, [En ligne]. https://theconversation.com/comment-les-chenes-dejouent-les-chenilles-en-retardant-louverture-de-leurs-bourgeons-281952

➤ Mallick, S., Lichter, J., Bae, S., Kneib, T., Molleman, F., Leroy, B. M. L., et al. (2026). Satellite data show trees delay budburst across landscapes to escape herbivores. Nature Ecology & Evolution. 1 May 2026. https://doi.org/10.1038/s41559-026-03071-9

 

mardi 12 mai 2026

L’agriculture biologique favorise la diversité microbienne dans les sols des vergers d’agrumes

Une étude italienne publiée en 2025 dans Microbiological Research met en évidence les bénéfices des pratiques agricoles biologiques sur les sols des vergers d’agrumes dans l'Est de la Sicile. Les chercheurs ont montré que la gestion biologique des vergers favorise une plus grande diversité microbienne et améliore les cycles naturels des nutriments, deux éléments essentiels au maintien de sols fertiles et résilients.

Selon les auteurs, l’usage intensif de pesticides dans les systèmes conventionnels perturbe les communautés microbiennes du sol (bactéries, champignons), réduisant certaines fonctions biologiques clés comme la fixation de l’azote et la solubilisation du phosphore. À l’inverse, la gestion biologique des vergers permet le développement de réseaux microbiens plus complexes, plus riches et plus diversifiés, capables de soutenir la biodiversité et de renforcer la résistance naturelle des cultures face aux stress environnementaux.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble croissant de recherches montrant que la santé des sols joue un rôle majeur dans la régulation des ravageurs et la réduction de la dépendance aux intrants chimiques (engrais, pesticides). Une biodiversité microbienne riche contribue notamment à limiter certains pathogènes du sol et à améliorer la résilience des agroécosystèmes.

Enfin, les auteurs soulignent que la biodiversité microbienne constitue un élément clé de la durabilité des agroécosystèmes et pourrait contribuer à réduire la dépendance aux pesticides et fertilisants chimiques.

Référence 

➤ Sebastiano Conti Taguali, Rhea Pöter, Francesco Aloi, et al. (2025). Influence of environmental and agronomic variables on soil microbiome in citrus orchards: A comparative analysis of organic and conventional farming system. Microbiological Research, Volume 299, 2025. https://doi.org/10.1016/j.micres.2025.128260.

 

lundi 11 mai 2026

Pesticides et microbiote des abeilles : une menace invisible pour les pollinisateurs

Les abeilles sont exposées à différents insecticides susceptibles d’influencer leur microbiote intestinal, un écosystème microbien essentiel à leur santé. Une étude récente publiée dans la revue Insects met en évidence les effets préoccupants de plusieurs insecticides sur le microbiote intestinal des abeilles domestiques (Apis mellifera). Les chercheurs se sont intéressés notamment à des formulations associant benzoate d'émamectine et lufénuron, ainsi qu’à un insecticide faiblement toxique agissant comme agoniste de l’ecdysone, une hormone essentielle impliquée dans le déclenchement des mues et le développement des insectes.

Le mélange de benzoate d'émamectine et de lufénuron est un insecticide à longue durée d'action (souvent 15 à 30 jours) utilisé pour contrôler les larves de lépidoptères, de thrips et d'acariens sur diverses cultures (légumes, fruits, coton). L'émamectine est un neurotoxique dérivé de l'abamectine qui paralyse rapidement les larves, tandis que le lufénuron (ou lufénurone) est un composé de la famille des benzoylurées qui inhibe la synthèse de la chitine.  

Le microbiote intestinal des abeilles joue un rôle central dans la digestion, l’immunité, la détoxification des substances chimiques et la protection contre certains agents pathogènes. Lorsque cet équilibre est perturbé (un phénomène appelé dysbiose), les abeilles deviennent plus vulnérables au stress environnemental, aux infections et aux maladies, ce qui peut fragiliser les colonies.

Les résultats montrent que l’exposition à ces insecticides modifie la composition des bactéries intestinales bénéfiques des abeilles. Certaines populations bactériennes diminuent, tandis que d’autres micro-organismes peuvent proliférer. Ces déséquilibres peuvent affecter les fonctions biologiques liées à la santé des abeilles, notamment leur résistance aux stress et aux agents pathogènes.

L’étude montre également que ces effets apparaissent à des doses sublétales, indiquant que des perturbations biologiques peuvent survenir sans mortalité immédiate.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble plus large de recherches montrant que les pesticides peuvent affecter les abeilles au-delà de leur toxicité directe. Plusieurs travaux antérieurs ont déjà mis en évidence que différentes expositions à des substances utilisées en agriculture et en apiculture, notamment des acaricides (tau-fluvalinate, coumaphos) ou fongicides (chlorothalonil), peuvent perturber le microbiote intestinal des abeilles et leur immunité (Kakumanu et al., 2016).

Des études ont également montré que l’exposition à certains pesticides, comme l’herbicide glyphosate, peut perturber le microbiote intestinal des abeilles dans certaines conditions expérimentales (Motta et al., 2018). Ces effets varient toutefois selon les molécules, les doses et les conditions d’exposition.

Dans ce contexte, les auteurs estiment que les effets sur le microbiote devraient être davantage pris en compte dans l’évaluation des pesticides, un aspect encore largement sous-estimé dans les procédures réglementaires actuelles. Ces effets dits sublétaux pourraient jouer un rôle important dans la santé des pollinisateurs et dans la compréhension des facteurs impliqués dans leur déclin.


Références

➤ Kan, Y., Wang, R., Zhang, B., Liu, Y., Liu, R., Zhang, Z., Zhang, Z., Ayra-Pardo, C., & Li, D. (2026). Contrasting Toxicity Classes Differentially Affect Gut Microbiota Composition in Honey Bees. Insects, 17(4), 437.  https://doi.org/10.3390/insects17040437

➤ Beyond Pesticides. Insecticides Gravely Threaten Honey Bee Gut Microbiome, Study Findings Expand on Previous Research. Daily News Blog. 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/insecticides-gravely-threaten-honey-bee-gut-microbiome-study-findings-expand-on-previous-research/

jeudi 7 mai 2026

Pesticides et myélome multiple : une revue scientifique relance les inquiétudes

Une récente revue publiée dans la revue scientifique Blood Reviews s’intéresse à une question encore largement débattue : l’exposition aux pesticides peut-elle augmenter le risque de développer un myélome multiple, un cancer du sang qui touche les plasmocytes, des cellules essentielles du système immunitaire?

Les auteurs ont analysé les données épidémiologiques et expérimentales disponibles sur différentes expositions environnementales. Parmi les facteurs étudiés, les pesticides apparaissent régulièrement associés à un risque accru de myélome multiple, aux côtés des dioxines et de certaines expositions liées aux incendies ou à la pollution industrielle.

Le myélome multiple reste une maladie complexe dont les causes exactes sont encore mal comprises. Toutefois, plusieurs mécanismes biologiques pourraient expliquer le rôle des pesticides : stress oxydatif, dommages à l’ADN, perturbation du système immunitaire ou encore activation de voies cellulaires impliquées dans le développement des cancers.

Les chercheurs soulignent néanmoins que les preuves restent principalement observationnelles. En d’autres termes, il existe des associations préoccupantes, mais établir un lien de causalité direct demeure difficile. Les niveaux d’exposition, les mélanges de substances et la durée de contact avec les produits chimiques sont encore difficiles à mesurer précisément.

Cette revue met aussi en avant un problème récurrent : les évaluations réglementaires étudient souvent les substances chimiques une par une, alors que, dans la réalité, les populations sont exposées à des mélanges complexes de pesticides et autres polluants environnementaux.

Pour les auteurs, mieux comprendre l’impact des expositions environnementales pourrait devenir un enjeu majeur de prévention dans les cancers hématologiques au cours des prochaines années. 

Prévenir l’exposition aux pesticides est un enjeu de santé publique!

 

Références

➤ del Rosal MV, He MZ, Jagannath S, Parekh S, Kloog I, Arora M, Thibaud S. (2026). Environmental exposures and multiple myeloma risk: A contemporary review of epidemiologic associations and mechanistic plausibility. Blood Reviews. 2026;101392. https://doi.org/10.1016/j.blre.2026.101392

➤ Beyond Pesticides (2026). Literature Review Links Pesticide Exposure to Increased Risks of Multiple Myeloma, a Blood Cancer. Daily News Blog. Published May 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/literature-review-links-pesticide-exposure-to-increased-risks-of-multiple-myeloma-a-blood-cancer/

samedi 2 mai 2026

Loin du miracle promis par l'agroindustrie, les cultures d'OGM stagnent

Depuis leur expansion rapide dans les années 1990 et 2000, les cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM) semblent aujourd’hui avoir atteint un plafond. Les surfaces progressent encore légèrement, mais cette croissance est devenue faible et irrégulière.

Dans les faits, les plantes transgéniques restent concentrées dans quelques pays (principalement, le Brésil, les États-Unis, l'Argentine et le Canada) et reposent presque exclusivement sur quatre grandes cultures : soja, maïs, coton et colza (canola). Elles s’appuient majoritairement sur deux caractéristiques principales : 

  • la tolérance aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready), plus rarement au dicamba et glufosinate, 
  • et la production de toxines insecticides issus de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), ciblant certains ravageurs.

Le maïs Bt (Zea mays) et le coton Bt (Gossypium hirsutum) illustrent bien cette approche. Le maïs Bt est utilisé contre des ravageurs majeurs comme Ostrinia nubilalis, Spodoptera frugiperda ou Helicoverpa zea, et est largement cultivé en Amérique. Le coton Bt, lui, cible notamment Helicoverpa armigera et s’est fortement développé en Inde, en Chine et aux États-Unis. Dans les deux cas, ces cultures ont permis, au départ, de réduire significativement l’usage d’insecticides.

Cependant, ces bénéfices initiaux ont été partiellement remis en question. L’exemple de la chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera virgifera) est emblématique : des variétés de maïs Bt avaient été conçues pour la contrôler efficacement, mais des populations résistantes aux toxines Bt sont rapidement apparues dans plusieurs régions (Gassmann, 2011Tabashnik et al., 2013). Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme.

Par ailleurs, un phénomène similaire est observé du côté des herbicides. Dans plusieurs régions agricoles intensives, notamment dans la Corn Belt, la généralisation des cultures tolérantes au glyphosate a conduit à l’apparition de mauvaises herbes résistantes, notamment des amarantes. Cette évolution biologique oblige les agriculteurs à recourir à des stratégies de désherbage plus complexes ou à de nouveaux mélanges d’herbicides, un phénomène largement documenté dans la littérature scientifique récente (Heap, 2023, Powles, 2008,  Duke et Powles, 2008).

Crée par Ian Heap, cette base de données scientifique recense les cas confirmés de mauvaises herbes résistantes aux herbicides à l’échelle mondiale. Ces données montrent une forte augmentation des résistances depuis la diffusion des cultures OGM tolérantes aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready). L’usage répété d’un même herbicide sur de grandes surfaces a exercé une pression de sélection importante, favorisant l’apparition et la propagation de résistances chez plusieurs espèces de mauvaises herbes.

Face à ces défis, il apparaît essentiel de recourir à des stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, mise en place de zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Par ailleurs, les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent encore marginales à l’échelle mondiale.

Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a également favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme. Face à ces défis, les experts soulignent l’importance de stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent par ailleurs marginales à l’échelle mondiale.

Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites importantes. Leur expansion marque le pas, loin du miracle initialement promis.

 Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites sociétales, écologiques et agronomiques de plus en plus visibles.

Référence 

➤ Noisette, Chrisophe.  Les surfaces mondiales d’OGM stagnent. Inf'OGM, 28/04/2026, [En ligne]. https://infogm.org/les-surfaces-mondiales-dogm-stagnent/

 

 

lundi 27 avril 2026

Cartographier les tiques et leurs agents pathogènes : une avancée majeure pour la santé publique

Les tiques (Ixodida) sont de petits acariens bien connus pour leur rôle de vecteurs de maladies, notamment la maladie de Lyme. En France, une récente étude issue du programme participatif CiTIQUE, menée par des chercheurs de l'Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et de plusieurs partenaires, apporte un éclairage inédit sur leur diversité et les agents pathogènes qu’elles transportent. Elle confirme que le risque infectieux existe, mais qu’il varie fortement selon les espèces, les régions et les agents pathogènes présents. Grâce à la collaboration entre chercheurs et citoyens, la prévention des maladies vectorielles devient plus précise et plus efficace.

 

Une science participative à grande échelle

Entre 2017 et 2019, plus de 2 000 tiques prélevées sur des humains via des signalements citoyens ont été analysées. Ce dispositif repose sur la contribution du public, qui envoie les tiques après piqûre via des outils dédiés. Cette approche permet d’obtenir des données représentatives des situations réelles d’exposition, à l’échelle de tout le territoire français.

CiTIQUE-TRACKER. Signalements de piqûres de tiques en France. https://ci-tique-tracker.sk8.inrae.fr/

 

Des résultats inquiétants mais essentiels

L’étude met en évidence une circulation importante d’agents pathogènes au sein des tiques prélevées sur l’humain en France.

Les analyses montrent que 27 % des tiques examinées sont porteuses d’au moins un agent pathogène transmissible à l’humain. La grande majorité des spécimens analysés (94 %) appartient à l’espèce Ixodes ricinus (famille des Ixodidae), espèce dominante en France et principal vecteur de la maladie de Lyme.

 Chez I. ricinus, plusieurs agents infectieux ont été détectés :

  • 15,4 % sont porteuses de Borrelia burgdorferi s.l., bactéries responsables de la maladie de Lyme
  • 7,1 % sont porteuses de Anaplasma phagocytophilum, bactérie responsable de l’anaplasmose granulocytaire
  • 2,9 % sont porteuses de Neoehrlichia mikurensis, bactérie responsable de la néoehrlichiose;
  • 1,3 % sont porteuses de Babesia spp., protozoaires parasites responsables des babésioses.
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Ixodes ricinus (femelle) Crédit: W.alter, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
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Ixodes ricinus (femelle presque gorgée de sang après repas) crédit: Richard Bartz, CC BY-SA 2.5 , via Wikimedia Commons

Moins fréquent, mais également impliqué dans la transmission de pathogènes, le genre Dermacentor représente 3 % des tiques analysées. Parmi ces tiques, 45 % sont porteuses des bactéries Rickettsia spp., responsables des rickettsioses.

Certaines tiques peuvent même héberger plusieurs agents pathogènes simultanément, ce qui complique le diagnostic médical et la compréhension des symptômes après piqûre.

 

Une cartographie du risque

L’un des apports majeurs de cette recherche est la cartographie fine des espèces de tiques et des agents pathogènes selon les régions. Elle montre que la répartition des risques n’est pas uniforme sur le territoire. Ces données permettent d’identifier les zones à risque, d’améliorer la prévention, et d’aider les professionnels de santé à mieux interpréter les cas suspects.

Au-delà des chiffres, cette étude souligne un point essentiel : les tiques ne sont pas toutes identiques et ne portent pas toutes les mêmes agents pathogènes. Comprendre cette diversité est crucial pour mieux anticiper les risques sanitaires liés aux piqûres. Elle met aussi en lumière l’intérêt des sciences participatives, qui transforment chaque citoyen en acteur de la recherche et permettent de collecter des données impossibles à obtenir autrement à grande échelle.

 

Références

➤ Dupont A, Martin L, Rousseau S, et al. (2026). Distribution of tick-borne microorganisms in human-biting ticks in France collected through a citizen-science program. Ticks and Tick-borne Diseases. 2026;17(2):102612. https://doi.org/10.1016/j.ttbdis.2026.102612

➤ INRAE. "Programme CiTIQUE : cartographie des espèces de tiques et des agents pathogènes qu’elles transmettent". 10 mars 2026, [En ligne]. www.inrae.fr/actualites/programme-citique-cartographie-especes-tiques-agents-pathogenes-quelles-transmettent


Se protéger des tiques

  • Éviter l’exposition : rester sur les sentiers dégagés et balisés, éviter les herbes hautes et les zones broussailleuses.
  • Porter des vêtements qui couvrent la peau : pantalons longs, manches longues, bas de pantalon rentrés dans les chaussettes, chaussures fermées. Les vêtements peuvent éventuellement être traités traités à la perméthrine, mais en s'assurant de bien respecter les directives.
  • Utiliser des répulsifs : appliquer des produits à base de DEET ou d’icaridine sur la peau exposée, en respectant bien les directives indiquées sur les étiquettes.
  • Inspecter son corps : vérifier soigneusement la peau après une sortie en forêt ou randonnée (aisselles, plis, cuir chevelu, etc.).
  • Retirer rapidement les tiques : utiliser un tire-tique ou une pince fine pour une extraction précoce, ce qui réduit le risque de transmission de la Maladie de Lyme. Puis, désinfecter la plaie. 
  • Surveiller les symptômes : consulter en cas d’apparition d’une rougeur inhabituelle (érythème migrant) ou de signes généraux (fivre, fatigue).
  • Réduire les populations de tiques autour des habitations : garder l'herbe courte, éliminez les tas de feuilles et les broussailles, protéger les animaux de compagnie (par exemple, à l'aide de collier anti-tiques ou de traitement au moyen de pipettes).

 Santé Canada. Prévention des morsures de tiques. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/tiques-maladies-transmises/prevention-morsures-tiques.html

Note : Scientifiquement, les tiques sont des piqueurs-suceurs, car elles percent la peau et aspirent le sang. En pratique, on parle souvent de morsures de tiques, car elles coupent la peau avec leurs chélicères puis s’ancrent fortement, ce qui est ressenti comme une morsure.

Pour en savoir plus sur les tiques et les acariens :

 ➤ Acariens (PestInfos)

 

jeudi 23 avril 2026

Appel à protéger les pollinisateurs face aux pesticides!

🐝Ce 23 avril 2026, dans le magazine scientifique Science, un collectif de scientifiques français, principalement écologistes, entomologistes, spécialistes de la pollinisation et agronomes, alerte sur le déclin préoccupant des insectes pollinisateurs en Europe, largement lié à l’usage des pesticides. Ces insectes sont pourtant indispensables à la biodiversité, à la reproduction des plantes à fleurs et à la production agricole. 

David Cappaert, Bugwood.org 

Les scientifiques rappellent que la France avait interdit les néonicotinoïdes en 2018, mais que de nouvelles propositions de loi portées par Laurent Duplomb visent à les réintroduire. Une première tentative a été rejetée après une forte mobilisation citoyenne (dont la pétition "Non à la Loi Duplomb — Pour la santé, la sécurité, l’intelligence collective" qui a recueilli plus de deux millions de signatures) et une censure du Conseil constitutionnel, mais un nouveau projet est encore en discussion.

Selon ces chercheurs, ce projet contredirait la Charte de l’environnement, qui garantit le droit à un environnement sain, aggraverait les effets négatifs des pesticides sur la biodiversité, les écosystèmes et la santé humaine, et réintroduirait des insecticides systémiques nocifs.

Ils soulignent que les pesticides contaminent les sols, l’eau et les aliments, avec des risques accrus de maladies, et qu’ils restent largement utilisés malgré l’existence d’alternatives agroécologiques efficaces.

 En conséquence, ces scientifiques appellent à rejeter ce projet de loi, adopter des politiques fondées sur le consensus scientifique, accélérer la transition vers des pratiques agricoles durables et mieux accompagner les agriculteurs dans cette transition.

Pour lire cet appel : 

 ➤ Bertrand Schatz et al. France must protect pollinators over pesticides. Science, vol. 392, p. 366 (2026). https://doi.org/10.1126/science.aeg6003


 

lundi 20 avril 2026

Réchauffement climatique : les insectes tropicaux proches de leurs limites de résistance à la température

Une étude internationale révèle une forte vulnérabilité thermique des insectes dans les régions tropicales du Kenya et du Pérou.

Les insectes constituent la majorité des espèces animales, dont près de 70 % se trouvent dans les régions tropicales, mais les impacts du réchauffement climatique sur ces communautés restent encore très incertains.

Une nouvelle étude publiée dans Nature révèle une inquiétante limite biologique chez les insectes tropicaux : leur capacité à tolérer la chaleur est beaucoup plus faible qu’on ne le pensait. Elle suggère que, dans les zones les plus riches en biodiversité, les insectes pourraient être parmi les premières victimes du réchauffement climatique, faute de pouvoir évoluer assez vite pour y faire face.

En analysant les limites thermiques de plus de 2300 espèces le long de gradients d’altitude en Afrique (Kenya) et en Amérique du Sud (Pérou), les chercheurs montrent que les insectes des zones tropicales basses vivent déjà près de leur seuil maximal de température. Contrairement aux espèces de montagne, capables d’ajuster temporairement leur tolérance à la chaleur, ces insectes disposent de très peu de marge d’adaptation.

Cette contrainte serait en grande partie liée à la stabilité des protéines qui composent leur organisme : une caractéristique profondément ancrée dans leur évolution et difficile à modifier rapidement. Les projections climatiques sont préoccupantes : dans certaines régions comme l’Amazonie, jusqu’à la moitié des espèces d’insectes pourraient être exposées à des températures mortelles dans les décennies à venir.

Or, les insectes jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes et les agrosystèmes (pollinisation, décomposition et recyclage de la matière organique, régulation des populations) si bien que leur vulnérabilité pourrait entraîner des perturbations en cascade.

Référence

➤ Holzmann, K.L., Schmitzer, T., Abels, A. et al. (2026). Limited thermal tolerance in tropical insects and its genomic signature. Nature 651, 672–678 (2026). https://doi.org/10.1038/s41586-026-10155-w

 

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Caleb Slemmons, National Ecological Observatory Network, Bugwood.org 

mercredi 1 avril 2026

Pesticides et cancer : les effets des mélanges de pesticides à l’échelle d’un pays

Depuis plusieurs décennies, il existe des inquiétudes grandissantes quant au potentiel cancérogène des expositions environnementales aux pesticides. Toutefois, les études toxicologiques peinent à établir un lien direct et définitif entre exposition aux pesticides et cancer dans des conditions réelles. Une récente étude franco-péruvienne publiée dans Nature Health met en lumière un aspect encore peu exploré des risques environnementaux : l’exposition simultanée à plusieurs pesticides, plutôt que les effets de chacun des pesticides pris isolément.

Jusqu’à présent, la plupart des études toxicologiques et évaluations sanitaires considéraient les pesticides un par un. Or, dans la réalité, les populations sont exposées à des mélanges complexes de substances chimiques, dont les effets peuvent s’additionner ou interagir, un phénomène souvent désigné sous le nom d’« effet cocktail ».

 

Une cartographie inédite des expositions aux pesticides

Pour mieux comprendre ce phénomène, des chercheurs ont étudié le cas du Pérou en utilisant une approche innovante : la cartographie des risques environnementaux ou exposomique spatiale (spatial exposomics en anglais), qui permet d’analyser l’ensemble des expositions environnementales à l’échelle d’un territoire.

Le Pérou constitue un terrain d’étude particulièrement pertinent en raison de sa diversité écologique et de son histoire agricole. Les chercheurs ont combiné plusieurs types de données sur une période de six ans (2014–2019) :

  • des modèles environnementaux géolocalisés (dispersion des pesticides dans l’air, l’eau et les sols),
  • des données biologiques et épidémiologiques,
  • des registres régionaux de cancers.

Cette approche intégrée a permis de produire une cartographie à haute résolution de l’exposition aux pesticides et d’identifier les zones les plus à risque.

Au total, 31 pesticides parmi les plus utilisés au Pérou ont été analysés (soit 19 insecticides, 7 fongicides et 5 herbicides). Fait notable : aucun n’est classé comme cancérogène avéré pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

L’originalité de l’étude réside dans le fait d’avoir :

  • modélisé leur dispersion environnementale,
  • analysé des centaines de combinaisons de pesticides,
  • calculé des indicateurs de risque (incidence et risque relatif),
  • identifié des zones géographiques à forte exposition.

 

Résultats : des « hotspots » de risque

Les chercheurs ont identifié 436 zones à risque élevé (« hotspots »), où l’exposition simultanée à plusieurs pesticides coïncide avec une incidence plus importante de cancers. Dans ces zones, le risque de cancer est en moyenne 150 % plus élevé que dans le reste du pays.

Ces zones correspondent majoritairement à des territoires ruraux isolés, souvent habités par des populations autochtones, avec un accès plus limité aux systèmes de santé. Ces résultats soulignent ainsi une forte dimension d’injustice environnementale et sociale envers les populations les plus vulnérables ou défavorisées

L’étude montre également que, même si chaque pesticide est considéré comme non cancérogène individuellement, leur combinaison pourrait amplifier les effets toxiques. Les interactions entre substances pourraient ainsi jouer un rôle dans l’augmentation du risque.

Par ailleurs, l’exposition ne dépend pas uniquement de l’usage local, mais aussi de facteurs environnementaux, notamment climatiques. Les pesticides peuvent se déplacer via l’air et l’eau, contaminant des zones éloignées de leur point d'épandage. Le risque devient donc diffus, invisible et complexe, difficile à détecter sans approches globales.

 

Des résultats cohérents avec d’autres travaux

Pour la première fois, une étude montre un lien entre risque de cancer et exposition aux pesticides à l'échelle d'un pays. 

 « C’est la première fois que nous établissons un lien, à l’échelle nationale, entre exposition aux pesticides et signaux biologiques associés à un risque accru de cancer. »

 Stéphane Bertani, chercheur en biologie moléculaire, IRD/Université de Toulouse.

Même si un lien de causalité direct reste difficile à établir, ces résultats s’inscrivent dans un contexte scientifique plus large. Des organismes comme l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) ont déjà mis en évidence des associations entre exposition aux pesticides (notamment chez les professionnels agricoles) et certains cancers (lymphomes non hodgkiniens, leucémies, etc.). De son côté, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), rattaché à Organisation mondiale de la santé (OMS), classe certains pesticides comme cancérogènes avérés ou probables (par exemple, le glyphosate, l'atrazine et le DDT).

 

Vers une évolution des politiques de santé publique ?

Cette étude met en évidence une limite importante des réglementations actuelles, qui évaluent les substances individuellement, sans prendre en compte les effets des expositions chroniques à des mélanges. Les approches actuelles pourraient ainsi sous-estimer les risques réels. Il devient donc nécessaire d’intégrer davantage les effets combinés dans les processus d'évaluations règlementaires. 

Cette étude renforce une préoccupation déjà bien présente dans la communauté scientifique : l’exposition aux pesticides est complexe et potentiellement dangereuse, et les effets cocktails pourraient constituer un enjeu majeur de santé publique. Tout indique que les mélanges de pesticides constituent un problème potentiel majeur pour la santé, même si leur impact exact reste encore à préciser.

Dans ce contexte, compte tenu des incertitudes, mais aussi de la convergence des indices et de la gravité des risques potentiels, il apparaît raisonnable de recourir à des approches globales, telles que la cartographie des risques environnementaux, dans l’évaluation des pesticides, et d’adopter une démarche de précaution en limitant le plus possible leur usage dans les agrosystèmes. 

 

Références

➤ Honles, J., Cerapio, J. P., Monge, C., Marchio, A., Ruiz, E., Fernández, R., Casavilca‑Zambrano, S., Contreras‑Mancilla, J., Vidaurre, T., Condom, T., Zerathe, S., Dangles, O., Deharo, É., & Bertani, S. (2026). Mapping pesticide mixtures to cancer risk at the country scale with spatial exposomics. Nature Health. https://doi.org/10.1038/s44360-026-00087-0

➤ Reporterre. (2026). Les pesticides "non cancérogènes" augmentent aussi le risque de cancer. Reporterre, 01/04/206, [En ligne]. https://reporterre.net/Les-pesticides-non-cancerogenes-augmentent-aussi-le-risque-de-cancer

 

 

 

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