Aucun message portant le libellé Oiseaux. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Oiseaux. Afficher tous les messages

mercredi 20 mai 2026

Quand les insecticides affament les oiseaux des campagnes

Depuis plusieurs décennies, les oiseaux des milieux agricoles déclinent partout en Europe. Une nouvelle étude menée en France apporte un éclairage important : les insecticides pourraient jouer un rôle majeur, non pas seulement en intoxiquant directement les oiseaux, mais surtout en réduisant leur nourriture.

Les chercheurs ont analysé quinze années de suivi ornithologique de 81 espèces d'oiseaux nicheurs (hirondelles, grives, merles, rouges-gorges, etc.) couvrant 2783 sites en France. Ils ont ensuite comparé ces données avec les ventes de pesticides agricoles, tout en tenant compte d’autres facteurs comme le climat ou les paysages agricoles. Leur objectif : comprendre comment l’utilisation des pesticides influence les populations d’oiseaux sauvages dans les campagnes.

undefined
Une des menaces pour l'hirondelle pourrait être la régression de ses proies (insectes volants) induites par l'usage généralisé des pesticides, notamment des insecticides. Crédit photo: Brocken Inaglory, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le résultat principal est frappant : plus l’usage d’insecticides est élevé, plus les populations d’oiseaux insectivores diminuent. Cette tendance apparaît de manière cohérente chez les espèces qui se nourrissent principalement d’insectes, qu’elles soient migratrices ou sédentaires. En revanche, les oiseaux granivores (qui mangent surtout des graines) ou les espèces généralistes omnivores montrent des liens beaucoup moins nets avec l’usage des pesticides (insecticides et herbicides). 

Pour les auteurs, cela suggère que le principal mécanisme serait indirect. Les insecticides réduisent les populations d’insectes, privant ainsi de nombreuses espèces d’oiseaux de leur principale source de nourriture. Ce phénomène d’« appauvrissement alimentaire » pourrait expliquer une partie importante du déclin observé dans les campagnes européennes qui deviennent progressivement « silencieuses ».

Ces travaux renforcent l’idée que la crise de la biodiversité ne touche pas uniquement les insectes : elle se répercute sur toute la chaîne alimentaire. Cette idée n’est pas nouvelle. Dès 1962, la biologiste Rachel Carson alertait sur le risque d’un « printemps silencieux » provoqué par les pesticides. Depuis, de nombreuses études ont observé l’effondrement parallèle des insectes et des oiseaux agricoles en Europe ou en Amérique du Nord (PESTInfos/Oiseaux). En janvier dernier, une étude française pointait déjà un déclin beaucoup plus marqué des oiseaux communs dans les régions où les ventes de pesticides sont les plus élevées (Monnet et al., 2026). 

Mais l’étude apporte aussi une nuance importante : tout n’est peut-être pas irréversible. Des travaux récents montrent une légère reprise de certains oiseaux insectivores après l’interdiction de plusieurs néonicotinoïdes en France et en Europe (FRB, 2025, Perrot et al., 2025). Le rebond reste modeste, mais il suggère que les écosystèmes peuvent commencer à se rétablir lorsque la pression chimique diminue.

Réduire l’usage des insecticides pourrait donc devenir un levier essentiel pour inverser la tendance et favoriser le retour des oiseaux dans les milieux agricoles.

À l’heure où plusieurs responsables politiques envisagent de réautoriser certains néonicotinoïdes en France, cette étude rappelle que ces pesticides menacent l’ensemble de la chaîne du vivant. Derrière la disparition silencieuse des insectes se profile aussi celle des oiseaux des campagnes qui en dépendent. Réduire l’usage des insecticides n’est donc plus seulement une question agricole : c’est un enjeu majeur de biodiversité.

 

Références

➤ Thomas Perrot, Karine Princé, Colin Fontaine, Stanislas Rigal, Ralf Schulz, Jakob Wolfram, Emmanuelle Porcher (2026). Declines in insectivorous bird abundance are related to increasing agricultural insecticide use. Agriculture, Ecosystems & Environment, Vol.407, 110447. [disponible en ligne 19 Mai 2026]. https://doi.org/10.1016/j.agee.2026.110447

Thomas Perrot, Karine Princé, Emmanuelle Porcher, Jakob Wolfram, Ralf Schulz, Colin Fontaine (2025). 
Weak recovery of insectivorous bird populations after ban of neonicotinoids in France, hinting at lasting impacts. Environmental Pollution, Vol.385, 127132. https://doi.org/10.1016/j.envpol.2025.127132

➤ Monnet AC., Cairo M., Deguines N., Jiguet F., Vimont M., Fontaine C., Porcher E., 2026. Common birds have higher abundances in croplands with lower pesticide purchases. Proceedings
of the Royal Society B, Biological Sciences 293 (2062): 20252370. https://doi.org/10.1098/rspb.2025.2370

➤  Grépinet, Esteban. En France, le déclin des oiseaux insectivores est clairement lié aux pesticides… mais tout peut encore changer. Vert, 20 mai 2026. [En ligne]. https://vert.eco/biodiversite/en-france-le-declin-des-oiseaux-insectivores-est-clairement-lie-aux-pesticides-mais-tout-peut-encore-changer/

➤ Fondation pour la recherche sur la biodiversité (2025). [Revue de presse] Un retour timide mais réel des oiseaux insectivores dans nos campagnes depuis l’arrêt des néonicotinoïdes en France. [En ligne]. www.fondationbiodiversite.fr/actualite/revue-de-presse-un-retour-timide-mais-reel-des-oiseaux-insectivores-dans-nos-campagnes-depuis-larret-des-neonicotinoides-en-france/

Bases de données

➤ Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) : www.vigienature.fr/fr/suivi-des-oiseaux-communs-stoc

➤ BNV-D Traçabilité. Données sur les ventes de produits phytopharmaceutiques en France (Eaufrance):  https://ventes-produits-phytopharmaceutiques.eaufrance.fr/

jeudi 12 mars 2026

La guerre aux animaux « nuisibles » : une fausse solution coûteuse et controversée

Chaque année, en France, des millions d’animaux dits « susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD), comme les renards, les fouines, les martres, les étourneaux, les pies, les corbeaux ou les corneilles, sont abattus dans l’espoir de protéger l’agriculture, les biens privés et d'éviter les risques sanitaires. Mais une étude scientifique récente du Muséum national d’Histoire naturelle, basée sur les données officielles récoltées pendant sept ans (entre 2015 et 2022) et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que cette pratique ne réduit pas les dégâts attribués, malgré l’élimination d’environ 1,7 million d’animaux par an.

Le renard roux (Vulpes vulpes) est souvent perçu comme nuisible par certains agriculteurs, éleveurs ou chasseurs lorsqu’il s'attaque à la volaille domestique, aux petits animaux d'élevage et aux petits gibiers (faisans, perdrix). Il joue aussi un rôle bénéfique important en contrôlant des populations de rongeurs (campagnols, souris), qui peuvent causer de gros dégâts agricoles (OP)

Pire encore, le coût de cette politique publique est huit fois supérieur aux pertes économiques qu’elle est censée prévenir : environ 103–123 millions € par an pour les abattages, contre 8–23 millions € estimés pour les dégâts déclarés. Les zones les plus touchées ne coïncident même pas avec celles où les abattages sont les plus nombreux.  

« Statistiquement, tuer plus d’animaux ne réduit pas les dégâts l’année suivante » (MNHN, 2026)

« Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (MNHN, 2026)

Au-delà des chiffres, la question éthique se pose : ces animaux jouent un rôle crucial dans les écosystèmes et fournissent aux humains des services écosystémiques essentiels pour l’agriculture et la foresterie. Par exemple, les renards et les martres contribuent à la régulation des populations de rongeurs nuisibles aux cultures (campagnols, souris) et les corvidés participent à la dispersion des graines et des fruits de nombreuses essences forestières. Les éliminer massivement pour des bénéfices économiques incertains soulève donc d’importantes questions liées au bien-être animal et au respect de la biodiversité.

Les chercheurs suggèrent des alternatives non létales : protection des cultures, dispositifs dissuasifs et répulsifs, aménagements agricoles et gestion plus raisonnée. Une approche qui permettrait de protéger les récoltes et réduire les dommages sans sacrifier des millions d’animaux.

Il conviendrait donc de réviser cette politique publique de régulation des ESOD et de mettre fin rapidement à ces pratiques à la fois inefficaces et contestables sur le plan éthique, afin de favoriser l’établissement d’une « cohabitation saine et durable » entre les humains et ces animaux encore trop souvent considérés comme « nuisibles ».

 

Références

➤ Jiguet, F., et al. (2026). Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France. Biological Conservation,. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2026.111719

➤ Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) (9 mars 2026). La guerre aux«  nuisibles » ne réduit pas les dégâts, 9 mars 2026, [En ligne]. www.mnhn.fr/fr/actualites/la-guerre-aux-nuisibles-ne-reduit-pas-les-degats

lundi 2 mars 2026

Baisse inquiétante des populations d'oiseaux en Amérique du Nord

Une étude scientifique publiée dans Science en février 2026 révèle que le déclin des populations d’oiseaux en Amérique du Nord ne se poursuit pas seulement… il s’accélère.

Les chercheurs ont analysé près de 40 ans de données issues du North American Breeding Bird Survey, couvrant 261 espèces. Résultat : près de la moitié des espèces étudiées sont en diminution, et pour beaucoup d’entre elles, le rythme du déclin s’est intensifié au cours des dernières décennies.

Les chercheurs soulignent que l’agriculture intensive, marquée par l’usage accru de pesticides et d’engrais, la disparition des habitats naturels et le réchauffement climatique, exerce une pression croissante sur les populations d’oiseaux et explique leur déclin. Les régions les plus touchées sont le Mid-Atlantic, le Midwest et la Californie, toutes fortement marquées par une agriculture intensive.

Cette nouvelle étude confirme une tendance déjà observée ces dernières années : les oiseaux, considérés comme des indicateurs clés de la santé des écosystèmes, déclinent à un rythme préoccupant. Selon les chercheurs, ces résultats soulignent l’urgence d’agir pour protéger les habitats et adapter les pratiques agricoles et d’aménagement du territoire. 

 

Merle d'Amérique, un oiseau très familier des parcs et jardins, souvent en déclin localement. Crédit photo: Joseph Berger, Bugwood.org 

Une autre étude récente souligne que le déclin des oiseaux ne se limite pas à l’Amérique du Nord. Même dans les forêts tropicales encore préservées, les populations d’oiseaux diminuent, probablement en lien avec des changements climatiques subtils, comme des périodes de sécheresse plus longues. Les chercheurs s’inquiètent d’un « printemps silencieux » similaire à celui décrit par Rachel Carson dans les années 1960, où la disparition progressive des oiseaux pourrait transformer profondément ces écosystèmes.

 

Références 

➤ François Leroy et al. (2026). Acceleration hotspots of North American birds’ decline are associated with agriculture. Science391,917-921(2026). https://doi.org/10.1126/science.ads0871 

➤ Cornwall, W. (2026, février 25). Birds are vanishing from tropical forests. Is another ‘silent spring’ coming? Science. American Association for the Advancement of Science. 25 février 2026. https://www.science.org/content/article/birds-are-vanishing-tropical-forests-another-silent-spring-coming

➤ La Presse (2026). "Selon une étude : Il y a de moins en moins d’oiseaux dans le ciel de l’Amérique du Nord". La Presse. 27 février 2026. Cyberpresse [En ligne]. https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-02-27/selon-une-etude/il-y-a-de-moins-en-moins-d-oiseaux-dans-le-ciel-de-l-amerique-du-nord.php

 

lundi 26 janvier 2026

Impact des mélanges de pesticides sur la santé des perdrix grises

Une étude récente menée par des chercheurs du Centre d’Études Biologiques de Chizé (CNRS / La Rochelle Université) et du Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive met en évidence, pour la première fois, qu’un mélange de pesticides, même à faibles doses comme ceux présents dans les agrosystèmes, altère significativement l’état de santé des perdrix grises (Perdix perdix). Cette espèce d'oiseau emblématique des plaines agricoles connaît un fort déclin depuis plusieurs décennies.

Les chercheurs ont mené des expérimentations en conditions semi-naturelles en nourrissant des perdrix avec des céréales issues de l’agriculture conventionnelle. Ces graines contenaient de nombreux résidus de pesticides, comparables à ceux rencontrés dans les agrosystèmes actuels. Des analyses sanguines ont ensuite été réalisées afin de rechercher jusqu’à 94 substances potentiellement polluantes, incluant herbicides, fongicides et insecticides.

Les résultats montrent que l’exposition chronique à des mélanges de pesticides provoque des altérations mesurables du comportement et de la physiologie, ainsi qu’une dégradation globale de leur état de santé. parmi les effets observés : 

  • une baisse significative de l’activité physique
  • une diminution de l’intensité des couleurs autour de l’œil, un indicateur clé de l’état physiologique et un signal sexuel important dans le choix des partenaires;
  • une réduction de la réactivité face au danger;
  • une baisse de l’activité neurologique, mise en évidence par la diminution de l’activité de l’enzyme acétylcholinestérase, révélatrice d’un impact sur le système nerveux.

Fait notable, certains pesticides détectés dans le sang des perdrix n’avaient pas été mesurés dans les graines distribuées. Ce résultat suggère l’existence d'autres voies d’exposition (air, sol, eau) ou le contact direct avec l’environnement, et pas uniquement l’ingestion alimentaire.

L’étude souligne également les limites des méthodes actuelles d’évaluation des risques liés aux pesticides. Celles-ci reposent principalement sur des tests de substances prises isolément, ce qui conduit probablement à une sous-estimation des effets combinés auxquels la faune sauvage est réellement exposée. Or, les mélanges de pesticides présents dans l’environnement peuvent affecter durablement la santé et le comportement des perdrix grises, contribuant ainsi au déclin des populations d’oiseaux en milieu agricole.

Plus largement, ces travaux montrent que l’exposition simultanée à de multiples pesticides, même à faibles doses, peut perturber des fonctions biologiques essentielles, réduire les capacités de survie et de reproduction, et accélérer le déclin de la biodiversité agricole. Ils soulèvent également des interrogations au-delà de la faune sauvage, notamment quant aux conséquences potentielles pour la santé humaine dans un contexte d’exposition diffuse et chronique à de nombreux pesticides dans l’environnement.

 

Références 

➤ CNRS, La Rochelle Université, 2026. Les mélanges de pesticides altèrent l’état de santé des perdrix grises: une première démonstration. Communiqué de presse, 20 janvier 2026. [PDF en ligne] [https://www.cnrs.fr/sites/default/files/press_info/2026-01/20260119%20Perdrix%20CEBC_vF.pdf]

➤ Dupont S.M., et al., 2026. First evidence of deleterious effect of pesticide mixture on health status in semi-captive grey partridges. Environmental Research, Volume 289, 15 January 2026. https://doi.org/10.1016/j.envres.2025.123332

mercredi 14 janvier 2026

Plus de pesticides, moins d’oiseaux

Une récente étude scientifique menée en France métropolitaine, publiée dans Proceedings of the Royal Society B, montre que les oiseaux communs sont moins abondants dans les zones agricoles où les achats de pesticides sont les plus élevés. En s’appuyant sur des données à grande échelle, les chercheurs mettent en évidence une association négative entre l’intensité de l’usage des pesticides et l’abondance des oiseaux dans les cultures. Ces résultats soulignent le rôle clé des pratiques agricoles dans le déclin de la biodiversité ordinaire et renforcent l’intérêt de systèmes agricoles moins dépendants des pesticides et intrants chimiques.

 En d’autres mots, réduire l’usage des pesticides, c’est aussi protéger la biodiversité agricole!

« On a trouvé un signal assez fort puisqu’il y a 84,4% des espèces pour lesquelles il y a des corrélations négatives, c’est-à-dire que plus il y a de pesticides vendus, moins il y a d’oiseaux...Nous pouvons conclure dès maintenant qu'une réduction de l'utilisation des pesticides est nécessaire pour atténuer les pertes actuelles de biodiversité agricole.  »

Anne-Christine Monnet, co-autrice de l'étude et chercheuse au Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN)

(Propos recueillis par l'AFP via Sciences et Avenir)  

En 2021, le bilan de suivi temporel des oiseaux communs en France (STO) publié par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) et l'Office Français de la Biodiversité (OFB) montrait un déclin de nombreuses espèces d'oiseaux dans les campagnes et villes françaises (Hirondelle de fenêtres, Chardonneret élégant, Tourterelle des bois, etc.) : Près de 30 % d’oiseaux en moins en 30 ans! 

 

Références

➤ Monnet AC., Cairo M., Deguines N., Jiguet F., Vimont M., Fontaine C., Porcher E., 2026. Common birds have higher abundances in croplands with lower pesticide purchases. Proc Biol Sci 1 January 2026; 293 (2062): 20252370. DOI: 10.1098/rspb.2025.2370 https://royalsocietypublishing.org/rspb/article/293/2062/20252370/479156/Common-birds-have-higher-abundances-in-croplands

➤ Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) : www.vigienature.fr/fr/suivi-des-oiseaux-communs-stoc

➤ BNV-D Traçabilité. Données sur les ventes de produits phytopharmaceutiques en France (Eaufrance):  https://ventes-produits-phytopharmaceutiques.eaufrance.fr/

➤ Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) : www.mnhn.fr/fr/actualites/

 

 


 


mardi 14 novembre 2017

L'imidaclopride et le chlorpyrifos, des insecticides néfastes pour les oiseaux

L'imidaclopride (néonicotinoïde) et le chlorpyrifos-éthyl (organophosphoré) sont deux insecticides neurotoxiques couramment utilisés pour lutter contre divers insectes ravageurs dans les cultures de céréales, de colza, de légumes ou les vergers. Ces deux insecticides sont connus pour avoir des effets néfastes sur les abeilles, notamment sur leur mémoire olfactive et leur capacité à butiner et à s'orienter en vol.

Des recherches menées à l'Université de la Saskatchewan ont montré que l'imidaclopride et le chlorpyrifos ont aussi des effets toxiques directs sur les oiseaux chanteurs et granivores, notamment sur leur masse corporelle et leur capacité à migrer. Lorsque les oiseaux consomment l'équivalent de seulement trois à quatre graines de colza (canola) traitées à l'imidaclopride ou huit granules de chlorpyrifos par jour pendant trois jours, les chercheurs ont observé :
- une diminution importante de leur réserve de graisse (jusqu'à 25%) et de leur poids;
- des signes d'intoxication aiguës (léthargie, perte d'appétit);
- et une modification importante de leur capacité à s'orienter.

Les oiseaux granivores qui se ravitaillent dans les champs au cours de leur migration sont particulièrement menacés. Ils peuvent consommer des graines enrobées d'imidaclopride et des granules de chlorpyrifos qu'ils confondent avec des graines. Cette intoxication pourrait modifier leur comportement migratoire et réduire ainsi leur chance de survie ou de se reproduire.

 Les recherches ont été menées en laboratoire sur le bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys), un passereau migrateur très courant en Amérique du Nord. Crédit photo: Wolfgang Wander — Travail personnel / http://www.pbase.com/image/83910026

jeudi 17 juillet 2014

Vers un nouveau printemps silencieux?

Depuis les années 1990, les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus employés dans le monde pour lutter contre les insectes ravageurs agricoles. Ils représentent désormais près de 40 % du marché mondial des insecticides. Les néonicotinoïdes, comme l'imidaclopride, sont particulièrement appréciés des agriculteurs pour leur grande efficacité et leur facilité à utiliser au moyen de semences enrobées et prétraitées. Ce sont des insecticides neurotoxiques, qui empêchent la fixation d'un neurotransmetteur sur les récepteurs nicotiniques des insectes, et systémiques, qui diffusent dans tout l'organisme des plantes, y compris le pollen et le nectar.

On sait désormais que les néonicotinoïdes sont aussi toxiques, même à faibles doses, pour des insectes non ciblés comme les abeilles et autres insectes pollinisateurs. Leurs traces et résidus sont d'ailleurs suspectés de contribuer à l'effondrement des populations d'abeilles que l'on observe depuis quelques années à l'échelle de la planète. Pour la première fois, une récente étude néerlandaise, publiée dans la revue Nature, montre que les néonicotinoïdes affectent aussi indirectement les oiseaux, particulièrement ceux qui se nourrissent d'insectes, et suggère un effet en cascade à grande échelle des néonicotinoïdes sur les écosystèmes et l'environnement.

Les chercheurs néerlandais ont établi une corrélation entre la teneur en imidaclopride dans les eaux de surface des terres agricoles et le déclin des populations de diverses espèces d'oiseaux insectivores des Pays-Bas (Alouette des champs, Pipit des près, Étourneau sansonnet, Grive draine, etc.). Dans les régions où la teneur en imidaclopride des eaux de surface est supérieure à 20 ng/l, les populations d'oiseaux insectivores ont en effet tendance à décroître de 3,5 % en moyenne par an. Cette tendance au déclin est seulement observée depuis le milieu des années 1990, date à laquelle l'imidaclopride a été introduit aux Pays-Bas.

L'étude ne prétends pas que l'imidaclopride est une cause directe du déclin des oiseaux dans les régions agricoles des Pays-Bas. Les néonicotinoïdes agiraient donc indirectement sur les populations aviaires, principalement en réduisant le nombre de mouches, sauterelles, punaises et chenilles dont les oiseaux insectivores se régalent. Toutefois, des intoxications directes, suite à l'ingestion de semences enrobées traitées aux néonicotinoïdes ne sont pas à exclure, particulièrement chez les jeunes oiseaux.

Dans une entrevue publiée sur le site de National Geographic, les chercheurs néerlandais n'hésitent pas à faire le parallèle avec l'appel de Rachel Carson, lancé en 1962, pour avertir le monde que les pesticides contribuaient au silence des oiseaux. Comme hier le DDT et les pesticides persistants, il apparaît que les néonicotinoïdes nuisent aussi à la biodiversité de la planète et qu'ils pourraient être responsable d'un nouveau printemps silencieux.

Pour en savoir plus :

Capture d'écran provenant du reportage de Radboud Universiteit Nijmegen


LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...