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samedi 6 juin 2026

Lutte biologique contre le Cynips du châtaignier : une micro-guêpe contre une autre

À la fin des années 2000, un minuscule insecte venu d’Asie a menacé l’un des arbres les plus emblématiques des forêts et paysages français : le châtaignier (Castanea sativa). Ce micro-hyménoptère, appelé cynips du châtaignier (Dryocosmus kuriphilus, famille Cynipidae), pond ses œufs dans les bourgeons de l’arbre et provoque la formation de galles qui freinent sa croissance et réduisent fortement la production de châtaignes. Les conséquences ont été considérables en foresterie et castanéiculture. Dans certaines régions françaises, les pertes de récolte ont atteint 60 à 80 %, mettant en difficulté les producteurs, mais aussi les apiculteurs dont les ruches dépendent en partie de la floraison des châtaigniers.

 

Crédit photos: Gyorgy Csoka, Hungary Forest Research Institute, Bugwood.org 

Face à cette invasion, les méthodes classiques se sont révélées peu efficaces. Les traitements physiques et chimiques étaient difficiles à mettre en œuvre sur des arbres souvent situés en zones montagneuses et soumises à des contraintes environnementales fortes. Les chercheurs de l’Institut Sophia Agrobiotech d’INRAE à Sophia Antipolis ont alors choisi une autre voie : la lutte biologique par acclimatation.

Le principe est simple en apparence. Puisque le cynips est originaire de Chine, les scientifiques ont recherché dans son aire d’origine un ennemi naturel capable de le contrôler. Leur choix s’est porté sur une autre micro-guêpe, Torymus sinensis (famille Torymidae), un parasitoïde spécialisé qui pond ses œufs dans les larves du cynips. Les larves de Torymus se développent ensuite aux dépens du ravageur, réduisant progressivement ses populations.

https://www.inrae.fr/sites/default/files/styles/large/public/jpg/Torymus%20sinensis_INRAE%20Jean-Claude%20Malausa_75x50mm_96dpi.jpg?itok=Loe00Wt8
Torymus sinensis Photo : © J. C. Malausa – extraite de Lutte biologique contre le Cynips du châtaignier :
succès de l’établissement en France de Torymus sinensis. INRAE. 2026, pp.34. ⟨hal-05634469⟩
 – Licence CC BY-NC-SA 4.0

Les premiers lâchers expérimentaux ont été réalisés en France à partir de 2011. Pendant plusieurs années, les chercheurs ont suivi l’installation de cet auxiliaire, sa dispersion et ses effets sur les populations de cynips. Les résultats ont dépassé les attentes : quelques années après les introductions, les infestations ont fortement diminué et la production de châtaignes a progressivement retrouvé son niveau antérieur.

 Cette réussite ne repose pas uniquement sur une innovation scientifique. Elle est aussi le fruit d’une collaboration étroite entre chercheurs, producteurs, chambres d’agriculture, organismes de surveillance sanitaire, collectivités territoriales et apiculteurs. Ensemble, ils ont coordonné les lâchers de parasitoïdes et assuré un suivi à grande échelle de la situation.

 Une étude récente d’INRAE, destinée à évaluer les impacts sociétaux de la recherche, montre que les bénéfices vont bien au-delà de la simple protection des verger et de la biodiversité forestière. La lutte biologique contre le cynips a contribué au maintien d’activités économiques rurales, à la préservation des paysages de châtaigneraies, au soutien de l’apiculture et à la réduction du recours aux pesticides.

 Cette histoire constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus marquants de lutte biologique réussie en Europe. Elle illustre comment une recherche de long terme, associée à une mobilisation collective des acteurs de terrain, peut fournir des solutions durables face aux invasions biologiques.

 La lutte contre le cynips du châtaignier montre qu'il est possible de gérer certains ravageurs sans recourir massivement aux pesticides. Elle démontre également l'importance des collaborations entre scientifiques et professionnels agricoles pour transformer une découverte scientifique en solution concrète. Enfin, elle rappelle que la protection de la biodiversité peut aussi soutenir l'économie locale et la résilience des territoires ruraux.

L'introduction de Torymus sinensis pour lutter contre le cynips du châtaignier est considérée comme une réussite majeure de la lutte biologique. Comme toute introduction d'une espèce exotique, cette stratégie a néanmoins fait l'objet d'une surveillance attentive. Si quelques effets non ciblés ont été observés (parasitisme occasionnel d'autres cynips et interactions avec des espèces locales), les études montrent que ces impacts restent limités.
Après plus de quinze ans de recul, les bénéfices (forte réduction du ravageur, restauration des châtaigneraies et diminution du recours aux insecticides) sont jugés largement supérieurs aux risques identifiés.


Références

➤ Borowiec, N., Thaon, M., Brancaccio, L., Cailleret, B., Ris, N., Vercken, E. (2018). Early population dynamics in classical biological control: establishment of the exotic parasitoid Torymus sinensis and control of its target pest, the chestnut gall wasp Dryocosmus kuriphilus, in France. Entomol Exp Appl, 166: 367-379. https://doi.org/10.1111/eea.12660

➤ Douchez C., Borowiec N., Multeau C. (2026). Lutte biologique contre le cynips du châtaignier : succès de l’établissement en France de Torymus sinensis. INRAE, pp.34. https://hal.inrae.fr/hal-05634469

➤ INRAE (2026). « L’innovation scientifique, un rempart contre le cynips du châtaignier », actualité publiée le 28 mai 2026. www.inrae.fr/actualites/linnovation-scientifique-rempart-contre-cynips-du-chataignier

L’innovation scientifique, un rempart contre le cynips du châtaignier url.inrae.fr/3Q4U4Ja

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— PestInfos (@pestinfos.bsky.social) 6 juin 2026 à 19:27

dimanche 2 décembre 2012

Des mouches parasitoïdes pour combattre les fourmis de feu invasives

Originaires d'Amérique du Sud, la fourmi de feu (Solenopsis invicta) a été introduite accidentellement aux États-Unis, en Alabama, dans les années 1930. Espèce invasive et agressive, elle a colonisé l'ensemble des états du Sud, où elle y occasionne des dégâts considérables, qui sont chiffrés à quelques milliards de dollars par an. Ces fourmis peuvent, entre autres, tuer les petits animaux domestiques et des oiseaux, causer des courts-circuits dans les systèmes de ventilation, endommager les récoltes en édifiant leurs nids ou encore perturber les balises lumineuses des aéroports. De plus, sa piqûre est très douloureuse et son venin peut causer des allergies sévères chez l'humain (environ 1% de la population y est allergique). De fait, pour de nombreux américains, les fourmis de feu sont « l'incarnation du diable ».

Pour contrôler biologiquement les fourmis de feu, les scientifiques américains ont introduit en Floride un de leurs plus redoutables parasites naturels, soit la mouche parasitoïde Phoridae du genre Pseudacteon. Originaires elles même d'Amérique du Sud, ces minuscules mouches, qui ressemblent aux drosophiles, pondent leurs œufs directement dans l'abdomen des fourmis adultes (ouvrières). Après éclosion, les larves migrent vers la tête des fourmis et dévorent les fourmis de l'intérieur. Au bout de quelques semaines, les fourmis, dont la la tête se décroche, meurent et les mouches parasitoïdes prennent leur envol.
(OP - Publié le 02/12/2005, Mis à jour le 02/12/2012)

Pour en savoir plus :

vendredi 26 octobre 2007

Les bienfaits de l'agriculture biologique sur la qualité des sols

Interface et zone d'échange entre la lithosphère, l'atmosphère et la biosphère, le sol est un milieu vivant complexe, composé de matières organiques et minérales. Son rôle en agriculture est fondamental. Il abrite en effet une multitude de microorganismes et d'invertébrés détritivores (bactéries, champignons, vers de terre, insectes, etc.) qui transforment la matière organique en matière minérale et fournissent aux plantes les nutriments nécessaires à leur croissance.

Des chercheurs suisses ont comparé, sur plus de 20 ans, des parcelles biologiques et traditionnelles alternant différentes cultures (pommes de terre, orge, blé d’hiver, betteraves et trèfle). Leur étude comparative montre que l'usage intensif de pesticides et d'engrais diminuent considérablement la qualité des sols en les appauvrissant en microorganismes et en matières organiques. Dans les parcelles traditionnelles, cet  appauvrissement des sols est tel qu'il faut multiplier les apports en phosphates et en nitrates. Par contre, dans les parcelles biologiques, le développement de la microfaune permet d'enrichir naturellement le sol en nutriments dont les plantes ont besoin.

Les chercheurs ont aussi constaté que les insectes auxiliaires, parasitoïdes et prédateurs de parasites, étaient beaucoup plus nombreux dans les parcelles biologiques. La présence de ces insectes auxiliaires assure une protection naturelle des cultures contre les ravageurs, et évite l'épandage d'insecticides. Malgré des baisses de rendement de l'ordre de 20 % observées dans les cultures biologiques, celles ci demeurent économiquement rentables à long terme, car elles permettent d'éviter les dépenses coûteuses associées à l'utilisation des produits chimiques (engrais, pesticides, etc.).
(Source : e-meddiat, M. Jahnich, 05.09.07)

Référence :
  • Fliessbach A., et al. ,2006. Soil organic matter and biological soil quality indicators after 21 years of organic and conventional farming. Agriculture, Ecosystems and Environment 118: 273-28 [Résumé en anglais]

jeudi 19 janvier 2006

Des guêpes porteuses d'un virus mortel pour les ravageurs des cultures

Les virus entomopathogènes et les guêpes parasitoïdes sont utilisés depuis plusieurs années en lutte biologique pour contrôler des insectes ravageurs des cultures. Des chercheurs chinois de l'Institut de recherche sur les virus de Wuhan ont eu l'idée de combiner les deux agents de biocontrôle.
Des œufs parasités de ravageurs, dans lesquels des guêpes ont pondu, sont trempés dans une solution contenant un virus mortel pour les ravageurs et inoffensifs pour les guêpes. Après leur éclosion, les guêpes parasites adultes sont contaminées et disséminent le virus d'autant plus aisément que les guêpes visitent plusieurs centaines d’œufs avant d'en choisir un pour pondre.
Les chercheurs ont identifié une vingtaine de virus pouvant être ainsi utilisés pour contrôler autant de ravageurs, principalement des lépidoptères. Selon le directeur des recherches Peng Huiyinles, la nouvelle méthode développée depuis une quinzaine d'année est à la fois moins chère et plus respectueuse de l'environnement. Elle devrait être commercialisée d'ici un ou deux ans.
Source: SciDev "Wasps deliver deadly virus to crop pests"

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