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samedi 2 mai 2026

Loin du miracle promis par l'agroindustrie, les cultures d'OGM stagnent

Depuis leur expansion rapide dans les années 1990 et 2000, les cultures d’organismes génétiquement modifiés (OGM) semblent aujourd’hui avoir atteint un plafond. Les surfaces progressent encore légèrement, mais cette croissance est devenue faible et irrégulière.

Dans les faits, les plantes transgéniques restent concentrées dans quelques pays (principalement, le Brésil, les États-Unis, l'Argentine et le Canada) et reposent presque exclusivement sur quatre grandes cultures : soja, maïs, coton et colza (canola). Elles s’appuient majoritairement sur deux caractéristiques principales : 

  • la tolérance aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready), plus rarement au dicamba et glufosinate, 
  • et la production de toxines insecticides issus de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), ciblant certains ravageurs.

Le maïs Bt (Zea mays) et le coton Bt (Gossypium hirsutum) illustrent bien cette approche. Le maïs Bt est utilisé contre des ravageurs majeurs comme Ostrinia nubilalis, Spodoptera frugiperda ou Helicoverpa zea, et est largement cultivé en Amérique. Le coton Bt, lui, cible notamment Helicoverpa armigera et s’est fortement développé en Inde, en Chine et aux États-Unis. Dans les deux cas, ces cultures ont permis, au départ, de réduire significativement l’usage d’insecticides.

Cependant, ces bénéfices initiaux ont été partiellement remis en question. L’exemple de la chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica virgifera virgifera) est emblématique : des variétés de maïs Bt avaient été conçues pour la contrôler efficacement, mais des populations résistantes aux toxines Bt sont rapidement apparues dans plusieurs régions (Gassmann, 2011Tabashnik et al., 2013). Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme.

Par ailleurs, un phénomène similaire est observé du côté des herbicides. Dans plusieurs régions agricoles intensives, notamment dans la Corn Belt, la généralisation des cultures tolérantes au glyphosate a conduit à l’apparition de mauvaises herbes résistantes, notamment des amarantes. Cette évolution biologique oblige les agriculteurs à recourir à des stratégies de désherbage plus complexes ou à de nouveaux mélanges d’herbicides, un phénomène largement documenté dans la littérature scientifique récente (Heap, 2023, Powles, 2008,  Duke et Powles, 2008).

Crée par Ian Heap, cette base de données scientifique recense les cas confirmés de mauvaises herbes résistantes aux herbicides à l’échelle mondiale. Ces données montrent une forte augmentation des résistances depuis la diffusion des cultures OGM tolérantes aux herbicides, notamment au glyphosate (Roundup Ready). L’usage répété d’un même herbicide sur de grandes surfaces a exercé une pression de sélection importante, favorisant l’apparition et la propagation de résistances chez plusieurs espèces de mauvaises herbes.

Face à ces défis, il apparaît essentiel de recourir à des stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, mise en place de zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Par ailleurs, les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent encore marginales à l’échelle mondiale.

Plus largement, l’utilisation de ces plantes GM a également favorisé l’émergence de ravageurs secondaires et de résistances, limitant leur efficacité à long terme. Face à ces défis, les experts soulignent l’importance de stratégies de gestion intégrée : rotation des cultures, zones refuges, diversification des méthodes de lutte et surveillance des populations. Les nouvelles plantes GM, comme le riz Bt ou le soja Bt, restent par ailleurs marginales à l’échelle mondiale.

Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites importantes. Leur expansion marque le pas, loin du miracle initialement promis.

 Ainsi, plutôt qu’une révolution agricole durable, les OGM actuels apparaissent comme une technologie arrivée à maturité, avec des bénéfices réels mais aussi des limites sociétales, écologiques et agronomiques de plus en plus visibles.

Référence 

➤ Noisette, Chrisophe.  Les surfaces mondiales d’OGM stagnent. Inf'OGM, 28/04/2026, [En ligne]. https://infogm.org/les-surfaces-mondiales-dogm-stagnent/

 

 

mardi 30 décembre 2025

Des plantes Bt aux ARN interférents : toujours plus d’innovation, toujours les mêmes résistances

Les plantes génétiquement modifiées (PGM / OGM) conçues pour produire des toxines issues de Bacillus thuringiensis (Bt) sont cultivées à grande échelle depuis les années 1990 afin de lutter contre les insectes ravageurs tout en réduisant l’usage d’insecticides chimiques. Elles concernent notamment le maïs Bt ou le coton Bt.  Cependant, l’apparition de résistances chez les ravageurs ciblés, de plus en plus fréquente, remet en question l’efficacité à long terme de cette technologie.

Publiée en 2023, une synthèse portant sur 25 ans de données mondiales montre que, parmi 24 espèces de ravageurs étudiées, 26 cas de résistance confirmée aux cultures Bt et 17 signaux précoces de baisse de susceptibilité ont été recensés, même si certaines espèces restent encore sensibles (Tabashnik et al., 2023). Les auteurs soulignent que des stratégies telles que la mise en place de refuges de plantes non-Bt ou le recours à de nouvelles approches, comme la combinaison des toxines Bt avec l’interférence par ARN (ARNi), pourraient ralentir l’évolution des résistances. Toutefois, de l’aveu même des chercheurs, ces technologies ARNi ne constituent pas une solution miracle et pourraient, à leur tour, induire des phénomènes de résistance chez les insectes (Meunier, 2024, Inf'OGM), notamment via des modifications de l’absorption de l’ARN ou de l’ARNi chez les insectes.

L’interférence par ARN (ARNi) est une technique qui repose sur l’utilisation de fragments d’ARN double brin capables de bloquer l’expression de gènes spécifiques chez un organisme cible. En protection des cultures, cette approche consiste à exposer les insectes ravageurs à des ARN conçus pour inhiber des gènes essentiels à leur survie ou à leur reproduction, soit via des plantes génétiquement modifiées, soit par application directe d’ARN sur les cultures. Présentée comme une alternative ou un complément aux toxines Bt, cette stratégie se distingue par un ciblage moléculaire très spécifique, mais soulève, comme les autres méthodes de lutte, des questions relatives à l’apparition de résistances, à la persistance environnementale et aux effets à long terme sur les organismes non ciblés.

Aux États-Unis, dans la Corn Belt, la généralisation du maïs Bt ciblant la chrysomèle des racines (Diabrotica virgifera virgifera) illustre concrètement ces limites. Des données accumulées sur plus d’une décennie montrent que les populations de ravageurs ont progressivement développé une résistance, réduisant l’efficacité des semences Bt et entraînant des pertes économiques significatives pour les agriculteurs. Les chercheurs avertissent qu’une gestion non durable de ces cultures pourrait conduire à une obsolescence rapide des traits transgéniques actuellement disponibles (Ye et al., 2025, ScienceFoucart, 2025, Le Monde). 

Parallèlement, les analyses économiques et de politiques publiques montrent que les défaillances de marché jouent un rôle clé dans l’accélération de la résistance aux pesticides. Les choix des agriculteurs, souvent guidés par les coûts immédiats plutôt que par la durabilité, favorisent l’émergence de populations résistantes. Cela suggère que des interventions réglementaires et des incitations économiques sont nécessaires pour préserver l’efficacité des outils de protection des cultures (Brown et Reisig, 2025, Science).

Si ces études documentent l’émergence de résistances chez les ravageurs, elles interrogent rarement le choix même des plantes transgéniques insecticides. La majorité des études se concentre sur l’optimisation technique des dispositifs (refuges, nouvelles toxines, ARNi), sans vraiment remettre en cause le modèle agricole fondé sur l’exposition continue et généralisée des insectes à des toxines produites par la plante elle-même. 

Comme le souligne Info’OGM (Meunier, 2024), cette approche tend à considérer la résistance comme un simple problème technique à corriger, alors qu’elle peut être interprétée comme une conséquence structurelle d’un système agricole intensif reposant sur des monocultures et une pression de sélection permanente.

Cette vision est également cohérente avec les constats faits aux États-Unis, où la généralisation du maïs Bt dans la Corn Belt a favorisé l’apparition de résistances chez la chrysomèle des racines et ce, malgré l’introduction régulière de nouvelles variétés de maïs Bt combinant plusieurs gènes de toxines et censées être plus efficaces. Ces résultats suggèrent donc que la résistance n’est pas une anomalie ponctuelle, mais un phénomène prévisible dans un système reposant sur l’usage massif et prolongé de plantes insecticides  (Ye et al., 2025, Science).

 

Références

Brown, Z. & Reisig, D. (2025). Assessing market failures driving pesticide resistance. Science, 387(6737), 930-932. https://www.science.org/doi/10.1126/science.adv4313

Tabashnik, B. E., Fabrick, J. A., & Carrière, Y. (2023). Global Patterns of Insect Resistance to Transgenic Bt Crops: The First 25 Years. Journal of Economic Entomology, 116(2), 297-309. https://academic.oup.com/jee/article/116/2/297/6968925

Foucart, S. (2025, 27 février). Aux États-Unis, l’usage généralisé de maïs OGM insecticides nourrit la résistance des ravageurs. Le Monde.

Meunier, E. (2024). 25 ans plus tard, les OGM insecticides face à la résistance des insectes. Inf'OGM. https://infogm.org/25-ans-plus-tard-les-ogm-insecticides-face-a-la-resistance-des-insectes/ 

Meunier, E. (2024). ARN interférents et OGM : une nouvelle fuite en avant face aux résistances des ravageurs ? Inf’OGM. 

Ye, X., et al. (2025). Assessing market failures driving pesticide resistance. Science, 387(6737), 930-932. https://doi.org/10.1126/science.adv4313

 

 

 

 

 

 

 

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