lundi 11 mai 2026

Pesticides et microbiote des abeilles : une menace invisible pour les pollinisateurs

Les abeilles sont exposées à différents insecticides susceptibles d’influencer leur microbiote intestinal, un écosystème microbien essentiel à leur santé. Une étude récente publiée dans la revue Insects met en évidence les effets préoccupants de plusieurs insecticides sur le microbiote intestinal des abeilles domestiques (Apis mellifera). Les chercheurs se sont intéressés notamment à des formulations associant benzoate d'émamectine et lufénuron, ainsi qu’à un insecticide faiblement toxique agissant comme agoniste de l’ecdysone, une hormone essentielle impliquée dans le déclenchement des mues et le développement des insectes.

Le mélange de benzoate d'émamectine et de lufénuron est un insecticide à longue durée d'action (souvent 15 à 30 jours) utilisé pour contrôler les larves de lépidoptères, de thrips et d'acariens sur diverses cultures (légumes, fruits, coton). L'émamectine est un neurotoxique dérivé de l'abamectine qui paralyse rapidement les larves, tandis que le lufénuron (ou lufénurone) est un composé de la famille des benzoylurées qui inhibe la synthèse de la chitine.  

Le microbiote intestinal des abeilles joue un rôle central dans la digestion, l’immunité, la détoxification des substances chimiques et la protection contre certains agents pathogènes. Lorsque cet équilibre est perturbé (un phénomène appelé dysbiose), les abeilles deviennent plus vulnérables au stress environnemental, aux infections et aux maladies, ce qui peut fragiliser les colonies.

Les résultats montrent que l’exposition à ces insecticides modifie la composition des bactéries intestinales bénéfiques des abeilles. Certaines populations bactériennes diminuent, tandis que d’autres micro-organismes peuvent proliférer. Ces déséquilibres peuvent affecter les fonctions biologiques liées à la santé des abeilles, notamment leur résistance aux stress et aux agents pathogènes.

L’étude montre également que ces effets apparaissent à des doses sublétales, indiquant que des perturbations biologiques peuvent survenir sans mortalité immédiate.

Ces résultats s’inscrivent dans un ensemble plus large de recherches montrant que les pesticides peuvent affecter les abeilles au-delà de leur toxicité directe. Plusieurs travaux antérieurs ont déjà mis en évidence que différentes expositions à des substances utilisées en agriculture et en apiculture, notamment des acaricides (tau-fluvalinate, coumaphos) ou fongicides (chlorothalonil), peuvent perturber le microbiote intestinal des abeilles et leur immunité (Kakumanu et al., 2016).

Des études ont également montré que l’exposition à certains pesticides, comme l’herbicide glyphosate, peut perturber le microbiote intestinal des abeilles dans certaines conditions expérimentales (Motta et al., 2018). Ces effets varient toutefois selon les molécules, les doses et les conditions d’exposition.

Dans ce contexte, les auteurs estiment que les effets sur le microbiote devraient être davantage pris en compte dans l’évaluation des pesticides, un aspect encore largement sous-estimé dans les procédures réglementaires actuelles. Ces effets dits sublétaux pourraient jouer un rôle important dans la santé des pollinisateurs et dans la compréhension des facteurs impliqués dans leur déclin.


Références

➤ Kan, Y., Wang, R., Zhang, B., Liu, Y., Liu, R., Zhang, Z., Zhang, Z., Ayra-Pardo, C., & Li, D. (2026). Contrasting Toxicity Classes Differentially Affect Gut Microbiota Composition in Honey Bees. Insects, 17(4), 437.  https://doi.org/10.3390/insects17040437

➤ Beyond Pesticides. Insecticides Gravely Threaten Honey Bee Gut Microbiome, Study Findings Expand on Previous Research. Daily News Blog. 2026. https://beyondpesticides.org/dailynewsblog/2026/05/insecticides-gravely-threaten-honey-bee-gut-microbiome-study-findings-expand-on-previous-research/

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