Vecteurs biologiques des maladies des plantes

Les maladies des plantes sont causées par divers agents phytopathogènes, tels que les phytovirus, les phytoplasmes, les bactéries et les champignons. La propagation de ces agents repose souvent sur des vecteurs, c’est-à-dire des organismes vivants dont la présence est nécessaire à la transmission du pathogène d’une plante à l’autre. Chez ces vecteurs, le pathogène peut être transporté passivement, persister, ou, dans certains cas, effectuer une partie de son cycle ou se multiplier, ce qui influence l’efficacité et la durée de la transmission.

Un vecteur est un organisme vivant, le plus souvent un insecte, capable de transmettre un agent pathogène (virus, bactérie, phytoplasme, champignon, protiste) d’une plante à une autre. Même lorsqu’ils causent peu de dégâts directs, les insectes vecteurs sont généralement considérés comme des ravageurs des plantes. 
On distingue habituellement les vecteurs biologiques, chez lesquels il existe une interaction spécifique avec le pathogène, même brève, et les vecteurs mécaniques, qui transportent passivement le pathogène d’une plante à l’autre sans interaction biologique particulière (par exemple via les pièces buccales ou les pattes des insectes, le matériel végétal contaminé ou les outils manipulés par les humains). Les plantes infectées peuvent également agir comme vecteurs lorsqu’elles contiennent des pathogènes capables de se développer (graines, pollen, organes de multiplication végétative).

Les principaux vecteurs biologiques comprennent les insectes piqueurs-suceurs, notamment des hémiptères (pucerons, aleurodes, cicadelles, psylles, cochenilles) et des thrips, les scolytes et autres coléoptères, les acariens, certains nématodes du sol ainsi que quelques champignons.

  • Insectes vecteurs d'agents phytopathogènes : 
  • Hémiptères (pucerons, aleurodes cicadelles, psylles, etc.)
  • Thysanopères (thrips) 
  • Coléoptères (scolytes)
  • Acariens vecteurs de phytovirus (Eriophydes)
  • Nématodes vecteurs de phytovirus
  • Champignons et assimilés vecteurs de phytovirus


  • Cette transmission implique souvent une interaction spécifique entre le pathogène et le vecteur, même lorsque celle-ci est de courte durée. Selon le type de pathogène et sa relation avec le vecteur, la transmission biologique peut être :

    • Non persistante : le pathogène reste très peu de temps dans le vecteur, généralement attaché aux pièces buccales (stylets). Il est acquis rapidement lors de brèves piqûres et transmis lors des premières minutes d’alimentation. Les vecteurs peuvent transmettre rapidement le pathogène à plusieurs plantes, mais restent infectieux seulement pendant une courte durée.
    • Semi-persistante : le pathogène persiste dans le vecteur sans s’y multiplier. Ches les insectes vecteurs. il peut être retenu quelques heures à quelques jours, généralement dans l’appareil buccal ou l’intestin antérieur, et être transmis lors de nouvelles piqûres (ex. certains virus transmis par aleurodes).
    • Persistante circulante : le pathogène traverse et circule dans le corps du vecteur sans s’y multiplier. Chez les insectes vecteurs, il franchit l’intestin, circule dans l’hémolymphe et atteint les glandes salivaires. L’insecte reste infectieux pendant plusieurs jours à plusieurs semaines.
    • Persistante propagative : le pathogène circule et se multiplie dans le vecteur, ce qui augmente la durée et l’efficacité de la transmission. Chez les insectes, il peut être transmis entre les stades larvaires et parfois aux œufs.

    Cette classification permet de comprendre pourquoi certains vecteurs biologiques sont particulièrement efficaces et ciblés pour la propagation des maladies des plantes, et comment le cycle du pathogène dans le vecteur influence la dynamique épidémiologique.

     

    Insectes vecteurs d'agents phytopathogènes

    Les insectes constituent la grande majorité des vecteurs d’agents phytopathogènes connus, en particulier des phytovirus. On estime que plus de 75 % des virus végétaux répertoriés sont transmis par des insectes vecteurs (Kumar V., 2025). Les insectes dotés d’un appareil buccal piqueur-suceur, principalement des représentants des ordres Hemiptera (pucerons, aleurodes, cicadelles, psylles, cochenilles) et Thysanoptera (thrips), sont particulièrement efficaces pour la transmission des phytovirus. En perforant les tissus végétaux lors de l’alimentation, ils peuvent acquérir les virus et les inoculer à d’autres plantes, notamment en ingérant la sève élaborée (phloème) ou les tissus superficiels. Plusieurs d'entre eux peuvent aussi transmettre des phytoplasmes et des bactéries vasculaires. 

    Au-delà des insectes piqueurs-suceurs, certains coléoptères xylophages, tels que les scolytes, jouent également un rôle important comme vecteurs indirects en transportant des champignons phytopathogènes ou des nématodes associés aux plantes hôtes.

  • Hémiptères (Hemiptera) 
  • Pucerons (Aphididae) vecteurs de phytovirus
  • Aleurodes (Aleyrodidae) vecteurs de phytovirus
  • Psylles (Psyllidea) vecteurs de bactéries et phytoplasmes
  • Cochenilles (Coccoidea) vecteurs de phytovirus
  • Cicadelles et cercopes (Cicadomorpha) vecteurs de phytovirus, phytoplasmes et bactéries
  • Punaises (Heteroptera) vecteurs de protistes et de champignons
  • Thrips (Thysanoptera) vecteurs de phytovirus
  • Coléoptères (Coleoptera) vecteurs de champignons et nématodes


  • Pucerons (Aphididae) vecteurs de phytovirus

    Les pucerons (famille Aphididae) figurent parmi les vecteurs les plus importants de phytovirus et, plus rarement, de phytoplasmes. Ils sont responsables de la transmission d’un grand nombre de phytovirus appartenant notamment aux familles Potyviridae (Potyvirus, Macluravirus), Bromoviridae (Alfamovirus,  Cucumovirus), Luteoviridae et Caulimoviridae. Parmi les espèces vectrices, Myzus persicae (puceron vert du pêcher) se distingue comme l’un des vecteurs les plus polyphages et les plus répandus à l’échelle mondiale, capable de transmettre plus de 100 espèces de phytovirus à de très nombreuses plantes cultivées.

    Puceron vert du pêcher Myzus persicae Crédit photo: Jim Baker, North Carolina State University, Bugwood.org 

    L’efficacité des pucerons comme vecteurs repose en grande partie sur la diversité des modes de transmission virale qu’ils assurent, incluant des transmissions non persistantes, semi-persistantes, persistantes circulantes, et, plus rarement, persistantes propagatives selon les espèces vectrices et les phytovirus transmis. Ces mécanismes expliquent la rapidité de diffusion des virus et la difficulté de mise en œuvre de stratégies de lutte efficaces. Ces différents modes de transmission expliquent la rapidité et l’efficacité de diffusion des virus, rendant la lutte contre les épidémies virales très difficile. La forte capacité de dispersion, la reproduction rapide et la polyphagie des pucerons en font des vecteurs majeurs dans les cultures agricoles et maraîchères. En raison de leur forte capacité de dispersion, de leur reproduction rapide et de leur efficacité vectorielle, les pucerons constituent des vecteurs majeurs dans les épidémies virales affectant de nombreuses cultures.


    Aphis gossypii (puceron du cotonnier) Crédit photo: Jim Baker, North Carolina State University, Bugwood.org 


     Principaux pucerons vecteurs de phytovirus

    Pucerons vecteursPrincipaux phytovirus transmisImportance / mode de transmission
    Myzus persicae 
    (puceron vert du pêcher)

    - Potato virus Y (PVY, Potyviridae)
    - Cucumber mosaic virus (CMV, Bromoviridae)
    - Potato leafroll virus (PLRV, Luteoviridae)
    - Turnip mosaic virus (TuMV, Potyviridae)
    - Bean yellow mosaic virus (BYMV, Potyviridae)
    -  Sharka ou Plum pox virus (PPV, Potyviridae)
    - Ravageur très polyphage
    - Vecteur mondial avec impact majeur sur légumes, cultures fruitières et légumineuses
    - Transmission non persistante (CMV, PVY, TuMV, BYMV) ou persistante circulante (PLRV)
    Aphis gossypii 
    (puceron du cotonnier)
    - Cucumber mosaic virus (CMV, Bromoviridae)
    - Watermelon mosaic virus (WMV, Potyviridae)
    - Papaya ringspot virus (PRSV, Potyviridae)
    - Polyphage sur cucurbitacées et solanacées
    - Vecteur très important en maraîchage et horticulture
    - Transmission non persistante
    Aphis fabae 
    (puceron noir de la fève)

    - Virus de la jaunisse de la betterave ou Beet yellows virus (BYV, Closteroviridae)
    - Virus de la mosaïque de la fève ou Bean mosaic virus (BMV, Potyviridae)

    - Vecteur important pour les légumineuses, impact variable selon la culture
    - Transmission semi-persistante ou persistante
    Rhopalosiphum padi 
    (puceron du merisier à grappes)
    Virus de la jaunisse nanisante de l’orge Barley yellow dwarf virus (BYDV, Luteoviridae)
    - Vecteur majeur pour céréales : impact économique significatif dans le blé et l’orge
    - Transmission persistante circulante
    Sitobion avenae
    (puceron des épis)
    Virus de la jaunisse nanisante de l’orge ou Barley yellow dwarf virus (BYDV, Luteoviridae) (BYDV)
    - Vecteur principal de BYDV dans les céréales, très efficace, large dispersion
    - Transmission persistante circulante
    Brevicoryne brassicae (puceron cendré du chou)
    - Cauliflower mosaic virus (CaMV, Caulimoviridae)
    - Turnip mosaic virus (TuMV, Potyviridae)
    - Vecteur secondaire spécifique aux crucifères, impact local sur cultures maraîchères
    - Transmission non persistante
    Macrosiphum euphorbiae 
    (puceron de la pomme de terre)
    - Potato virus Y (PVY, Potyviridae)
    - Potato virus X (PVX, Alphaflexiviridae)
    - Vecteur secondaire spécifique aux cultures de pomme de terre, impact local
    - Transmission non persistante

    Des travaux récents ont montré que la transmission des phytovirus par les pucerons repose sur des interactions moléculaires spécifiques entre le virus et le vecteur, impliquant notamment des récepteurs localisés dans les stylets ou les tissus internes du puceron selon le mode de transmission. Par ailleurs, certains phytovirus sont capables de modifier le comportement alimentaire et la dispersion des pucerons en altérant les caractéristiques physiologiques et chimiques des plantes infectées, favorisant ainsi leur propre dissémination. Les pucerons jouent également un rôle clé dans le maintien des phytovirus au sein de réservoirs végétaux sauvages, assurant la transmission entre plantes adventices et cultures. Ces interactions complexes, associées à la variabilité intra-spécifique des pucerons et aux effets du changement climatique, contribuent à la difficulté de contrôle des maladies virales en agriculture.
    ➤  Huang Y.P. & Xuan J. (2024). Aphids as vectors of plant viruses: mechanisms of transmission and host interaction. Molecular Entomology, 15(5): 170-178. doi:10.5376/me.2024.15.0021


    Aleurodes (Aleyrodidae) vecteurs de phytovirus

    Les aleurodes, communément appelés mouches blanches, sont des insectes vecteurs exclusivement de phytovirus. Ils transmettent principalement des Begomovirus (Geminiviridae), des Crinivirus (Closteroviridae), des Torradovirus (Secoviridae) et des Ipomovirus (Potyviridae), responsables de nombreuses maladies émergentes affectant les cultures tropicales et subtropicales. La transmission virale par les aleurodes est le plus souvent persistante circulante (non propagative) ou semi-persistante, selon le groupe viral.

    Parmi les aleurodes, deux espèces sont considérées comme vecteurs majeurs : Bemisia tabaci, l’aleurode du tabac, et Trialeurodes vaporariorum, l’aleurode des serres.


    Bemisia tabaci (aleurode du tabac)

    Bemisia tabaci est le principal insecte vecteur de phytovirus à l’échelle mondiale et constitue un ravageur majeur des cultures agricoles et maraîchères. La transmission des virus par B. tabaci est principalement persistante circulante pour les Begomovirus majeurs, tels que le virus des feuilles jaunes en cuillère de la tomate (Begomovirus coheni) ou Tomato yellow leaf curl virus (TYLCV), qui représente le virus le plus important transmis par les aleurodes et pour lequel B. tabaci est le vecteur pratiquement exclusif. L’insecte peut également transmettre certains Crinivirus, Ipomovirus et Torradovirus en mode semi-persistant, ce qui contribue à la dissémination de virus secondaires dans diverses cultures.

    W. Billen, Pflanzenbeschaustelle, Weil am Rhein, Bugwood.org 

    Bemisia tabaci n’est pas une espèce unique, mais un complexe d’espèces cryptiques, morphologiquement très proches mais génétiquement et biologiquement distinctes. Ces espèces diffèrent par leur gamme de plantes hôtes, leur efficacité de transmission des virus, leur résistance aux insecticides et leur impact agronomique, ce qui est essentiel pour la gestion des maladies virales.

    Principaux groupes viraux transmis par Bemisia tabaci 

    VecteurPrincipaux phytovirus transmisMode de transmission / Importance
    Begomovirus (Geminiviridae)
    - Tomato yellow leaf curl virus (TYLCV)
    - Tomato leaf curl viruses (complexe)
    - Cassava mosaic begomoviruses (CMD)
    - Cotton leaf curl viruses
    - Pepper yellow leaf curl virus
    - Squash leaf curl virus

    - Circulant propagatif
    - Impact économique majeur : 
    tomate, manioc, coton, piment, cucurbitacées et légumineuses
    Crinivirus (Closteroviridae)- Tomato chlorosis virus (ToCV)
    - Cucurbit yellow stunting disorder virus (CYSDV)
    - Semi-persistant
    - Importance élevée en maraîchage
    Ipomovirus (Potyviridae)- Cucumber vein yellowing virus (CVYV)
    - Sweet potato mild mottle virus (SPMMV)
    Semi-persistant
    Torradovirus (Secoviridae)Tomato torrado virusSemi-persistant


    Trialeurodes vaporariorum (Aleurode des serres)

    Trialeurodes vaporariorum est un aleurode majeur en cultures sous serre et maraîchères tempérées (tomate, concombre, poivron, plantes ornementales). Il est reconnu comme vecteur important de phytovirus, en particulier des Crinivirus et quelques autres Ipomovirus, avec un impact économique significatif dans les systèmes de production protégés et environnements contrôlés. La transmission est semi-persistante (plusieurs heures à quelques jours), limitée à l’insecte adulte, et nécessite des piqûres sur des plantes infectées.

    David Cappaert, Bugwood.org 

    Principaux groupes viraux transmis par Trialeurodes vaporariorum 

    Groupe de virusPrincipaux phytovirus transmisMode de transmission
    Crinivirus (Closteroviridae)- Tomato infectious chlorosis virus (TICV)
    - Beet pseudo-yellows virus (BPYV)
    - Cucurbit yellow stunting disorder virus (CYSDV)
    Transmission semi-persistante
    Ipomovirus (Potyviridae)Cucumber vein yellowing virus (CVYV)Transmission semi-persistante


    Pour en savoir plus sur la transmission des phytovirus par les aleurodes : E. Fiallo-Olivé and L.-L. Pan, et al., 2020. Transmission of Begomoviruses and Other Whitefly-Borne Viruses: Dependence on the Vector Species. Phytopathology 2020 110:1, 10-17. https://doi.org/10.1094/PHYTO-07-19-0273-FI


    Thrips (Thysanoptera) vecteurs de phytovirus

    Les thrips (ordre Thysanoptera) sont des vecteurs importants de phytovirus, en particulier des Orthotospovirus (famille Tospoviridae). Parmi ce genre de virus, on trouve le virus de la maladie bronzée de la tomate ou TSWV (Orthotospovirus tomatomacula), un des principaux phytovirus à l'échelle mondiale. 

    La transmission virale par les thrips est exclusivement persistante propagative, le virus se multipliant au sein de l’insecte vecteur. L’acquisition du virus n’a lieu qu’aux stades larvaires, lors de l’alimentation sur une plante infectée. Les adultes issus de ces larves infectées sont ensuite capables de transmettre le virus tout au long de leur vie, ce qui confère aux thrips une efficacité vectorielle élevée et un rôle clé dans la dissémination de ces virus.

    Frankliniella occidentalis Crédit photo: David Cappaert, Bugwood.org 

     
    Vecteur (thrips) Principaux phytovirus transmis (Orthotospovirus) Particularités / Importance
    Frankliniella occidentalis (Thrips des petits fruits ou thrips californien)
    - Tomato Spotted Wilt Virus (TSWV)
    - Tomato chlorotic spot virus (TCSV)
     - Impatiens necrotic spot virus (INSV)
    - Groundnut ringspot virus (GRSV)
    Chrysanthemum stem necrosis virus (CSNV)
    - Vecteur le plus important et le plus étudié au niveau mondial.
    - Très répandu en cultures sous serre et en plein champs. 
    - Ravageur très polyphage et vecteur ayant un impact majeur sur les cultures de tomate, poivron, plantes ornementales, etc.
    Thrips palmi (Thrips du palmier ou thrips du melon) - TSWV
    - CaCV (Capsicum chlorosis virus)
    - GBNV (Groundnut bud necrosis virus)
    - MYSV (Melon yellow spot virus)
    - WBNV (Watermelon bud necrosis virus)
    - Ravageur majeur et vecteur viral clé parmi les plus importants en zones tropicales et subtropicales, en expansion vers les zones tempérées.
    - Très préoccupant en maraîchage (plein champ et sous serre) : curcubitacées, solanacées, légumineuses, plantes ornementales, etc.
    -  Espèce réglementée

    Thrips tabaci (Thrips du tabac et de l’oignon)
    - Iris yellow spot virus (IYSV)
    - Parfois TSWV

    - Vecteur majeur très dommageable sur oignon, ail, poireau et autres Allium.
    - Transmission de TSWV moins efficace que F. occidentalis ou Thrips palmi.

    Scirtothrips dorsalis
    - Chilli chlorotic spot virus (CCSV)
    - Capsicum chlorosis virus (CaCV)
    - Groundnut bud necrosis virus (GBNV)
    - TSWV selon les populations
    - Ravageur et vecteur majeur sur de nombreuses cultures : piment, poivron, tomate, thé, arachides, mangue, coton, plantes ornementales.
     - Espèce invasive dans plusieurs régions (Asie, Afrique, Amériques).


    Frankliniella schultzei
    - TSWV
    - TCSV
    - GRSV
    - Vecteur majeur du TSWV dans les régions tropicales. 
    - Affecte principalement les tomates et les plantes ornementales.


    Cicadelles et cercopes (Cicadomorpha) vecteurs de phytovirus, phytoplasmes et bactéries 

    Parmi les Cicadomorpha (infra-ordre de l’ordre Hemiptera), deux familles contiennent les vecteurs phytopathogènes les plus importants :

    • Cicadellidae (super-famille Membracoidea) : cicadelles vecteurs de phytovirus, de phytoplames et de bactéries
    • Aphrophoridae (super-famille Cercopoidea) : cercopes vecteurs de la bactérie Xylellia fasidiosa

     

    Cicadelles (Cicadellidae) vecteurs de phytovirus, phytoplasmes et bactéries 

    Les cicadelles (famille Cicadellidae) sont des vecteurs majeurs de phytoplasmes, bactéries et phytovirus. Le mode de transmission varie selon l'agent transmis. Certaines cicadelles sont spécifiques à certaines maladies, en particulier dans la vigne, le maïs et les céréales, et jouent un rôle clé dans la propagation de maladies réglementées.

    Les modes de transmission varient en fonction de l’agent transmis et peuvent être persistants circulants ou persistants propagatifs, notamment pour les phytoplasmes et certaines bactéries, qui se multiplient dans l’insecte vecteur. De nombreuses espèces de cicadelles présentent une forte spécificité vecteur–pathogène, jouant un rôle clé dans la dissémination de maladies importantes, en particulier sur des cultures telles que la vigne, le maïs et les céréales, dont certaines font l’objet de réglementations phytosanitaires.

    Homalodisca vitripennis Crédit photo: Johnny N. Dell, Bugwood.org 

     
    Vecteur Agents transmis / Maladies associées Particularités / Mode de transmission
    Scaphoideus titanus
    (Cicadelle de la vigne)
    Candidatus Phytoplasma vitis responsable de la Flavescence dorée de la vigne
    - Vecteur spécifique et réglementé
    - Transmission propagative 
    Macrosteles quadrilineatus (Cicadelle de l'aster) Phytoplasme de la jaunisse de l'aster (AYP, Aster yellows phytoplasma)
    - Principal vecteur de AYP
    - Transmission propagative
    - Affecte de nombreuses plantes sauvages et cultivées (impact économique élevé sur la carotte)
    Dalbulus maidis 
    (Cicadelle du maïs)
    - Phytoplasme du rabougrissement buissonneux du maïs (MBS, maize bushy stunt), Candidatus Phytoplasma zeae
    - Spiroplasme du rabougrissement du maïs (CSS, corn stunt spiroplasma), Spiroplasma kunkelii
     - Virus du rayado fino du maïs (MRFV ou maize rayado fino virus)
    - Vecteur majeur très spécialisé inféodé au genre Zea, surtout Zea mays.
    - Espèce clé en Amérique centrale et du Sud, avec extension vers le nord.
     - Transmission persistante et propagative (MBS, CSS), circulante (MRFV)
    Cicadulina mbila (Cicadelle africaine du maïs) Virus de la striure du maïs ou MSV (Maize streak virus), Mastrevirus storeyi (Geminiviridae)
    - Principal vecteur du  MSV en Afrique
    - Transmission persistante circulante
    Nephotettix virescens (Cicadelle verte orientale du riz)
    - Phytoplasme du nanisme jaune du riz (RYD, Rice yelow dwarf): Ca. P. oryzae
    - Phytoplasme de la feuille orange du riz (ROL, Rice orange leaf): Ca. P. asteris
    - Virus de la maladie du Trungo du riz: Rice tungro bacilliform virus (RTBV) et Rice tungro spherical virus (RTSV)
    - Virus du jaunissement du riz : Rice transitory yellowing virus (RTYV, Rhabdoviridae)
    - Vecteur majeur de maladies infectieuses (virales et à phytoplasmes) du riz en Asie du Sud et du Sud-Est
     - Vecteur le plus efficace dans la transmission de la maladie du tungro
    - Transmission semi persistante (RSTV, RTYV) ou circulante (RTBV, RYD, ROL)
    Homalodisca vitripennis (Mouche pisseuse) Bactérie Xylella fastidiosa responsable de la Maladie de Pierce de la vigne
    - Vecteur majeur de la maladie de Pierce dans les vignobles américains.
    - Vecteur xylémique qui se nourrit de séve brute 
    - Transmission semi- persistante

    Proches des cicadelles et cercopes (Cicadomorpha), les fulgores ou Fulgoridae (super famille Fulgoroidea) ont une importance marginale comme vecteurs de phytovirus, mais jouent un rôle spécialisé dans la transmission des phytoplasmes, principalement chez les plantes herbacées.

     

    Cercopes (Cercopoidea) vecteurs de Xylellia fastidiosa

    Les cercopes (Aphrophoridae, super-famille Cercopoidea) ont une importance limitée dans la transmission des phytovirus. En revanche, Philaenus spumarius constitue un vecteur majeur de la bactérie xylémique Xylella fastidiosa, responsable de maladies graves chez de nombreuses plantes cultivées et sauvages, notamment le dépérissement de l’olivier qui sévit en Europe méditerranéenne (Italie, France, Espagne). Ce vecteur transmet la bactérie de manière persistante, c’est-à-dire que Xylella fastidiosa colonise les parties buccales de l’insecte sans l’infecter lui-même et peut être transmise à plusieurs plantes successives lorsqu’il se nourrit. Une particularité notable est que P. spumarius se développe principalement sur les plantes herbacées, ce qui facilite la dissémination de Xylella aux cultures voisines. Les larves ou nymphes se développent sur des plantes herbacées, tandis que les adultes, mobiles, transmettent la bactérie aux arbres cultivés.

    Philaenus spumarius Crédit photo: Cheryl Moorehead, Bugwood.org 

     

    Psylles (Psylloidea) vecteurs de bactéries et phytoplasmes

    Les psylles (super famille Psylloidea) sont des vecteurs majeurs de bactéries du genre Candidatus Liberibacter et de certains phytoplasmes, notamment ceux affectant les poiriers et les pommiers. La transmission est persistante propagative, ce qui signifie que les insectes restent infectieux toute leur vie après avoir acquis l’agent pathogène. Les maladies associées sont généralement incurables et peuvent entraîner des pertes économiques sévères dans les vergers et les cultures maraîchères. La lutte contre ces maladies repose principalement sur la gestion des vecteurs, car il n’existe pas de traitements curatifs efficaces pour les plantes infectées.


    Diaphorina citri Crédit photo: David Hall, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 


    Vecteur Agents transmis Particularités
    Diaphorina citriCandidatus Liberibacter asiaticusVecteur principal du Huanglongbing des agrumes  (HLB), la maladie la plus destructrice des agrumes dans le monde
    Trioza erytreae Candidatus Liberibacter africanus Vecteur classique du HLB africain 
    Bactericera cockerelli Candidatus Liberibacter solanacearum Principal vecteur de la Zebra chip chez la pomme de terre et associé à des maladies de cultures maraîchères (solanacées). 

    Cacopsylla pyri, C. pyricola (psylles du poirier)

    Candidatus Phytoplasma pyri (Pear decline phytoplasma, PdP)

    Vecteurs responsables du dépérissement ou flétrissement du poirier, une des maladies les plus répandues dans les vergers européens.
    Cacopsylla mali (psylle du pommier), C. pictamelanoneura Candidatus Phytoplasma mali (Apple proliferation phytoplasma, ApP)
    - Vecteurs de la prolifération du pommier (balaies de sorcière), dévastateurs en Europe.
    - C. mali : organisme de quarantaine en Amérique du Nord.


    Cochenilles (Coccoidea) vecteurs de phytovirus

    Les cochenilles (super-famille Coccoidea) sont des vecteurs spécialisés de phytovirus, principalement des virus à ARN simple brin : 

    • Closteroviridae (Ampelovirus, Closterovirus, Velarivirus) : complexe de virus associés à l'enroulement de la vigne (GLRaV, Grapevine leafroll-associated virus)
    • Betaflexiviridae (Vitivirus) : ex. Grapevine virus A (GVA), Grapevine virus B (GVB)
    • Caulimoviridae (Badnavirus) : virus importants dans plusieurs cultures tropicales
    Ces phytovirus infectent surtout des plantes pérennes, telles que la vigne et les arbres fruitiers en milieux tempérés, le cacao, l'ananas, le bananier et la canne à sucre dans les régions tropicales. La transmission par les cochenilles est semi-persistante : le virus reste attaché aux organes buccaux ou au pré-intestin de l’insecte, mais ne se multiplie pas dans le vecteur. Lors de la mue, le virus est perdu, ce qui limite la durée de transmission.

    Les espèces vectrices appartiennent principalement à deux grandes familles : 

    • Pseudococcidae : cochenilles farineuses (Planococcus, Pseudococcus, Phenacoccus), vecteurs les plus efficaces et les plus étudiés, notamment en viticulture.
    • Coccidae : cochenilles à coque, lécanines et pulvinaires (Parthenolecanium, Pulvinaria), vecteurs généralement secondaires mais non négligeables dans certaines situations épidémiologiques.
    Planococcus citri Crédit photo: John .A. Davidson, Univ. Md, College Pk, Bugwood.org 

    VecteurPhytovirus transmisParticularités
    Planococcus ficus (cochenille farineuse de la vigne)
    - Grapevine leafroll-associated virus (GLRaV-1, GLRaV-3)
    - Vitivirus (GPA, GPB)

    Vecteur majeur des viroses de la vigne, propagation rapide dans les vergers, très efficace dans la propagation intra-parcellaire
    Planococcus citri (cochenille des agrumes)
    - GLRaV-3
    - Cocoa swollen shoot virus (CSSV)
    Espèce polyphage, ravageur des agrumes et de nombreuses plantes fruitières ou ornementales
    Pseudococcus longispinus 
    (cochenille à longue queue)
    GLRaV Ravageur et vecteur sur vigne et plantes ornementales, particulièrement fréquent en serres et environnements intérieurs
    Phenacoccus aceris (cochenille du pommier ou  de l’érable) - Little cherry virus 2 (LChV-2)
    - Plusieurs GLRaV
    - Vitiviruses (GVA, GVB)
    Vecteur important de viroses affectant les cerisiers et la vigne
    Parthenolecanium corni (lécanine), Pulvinaria vitis (cochenille floconneuse) GLRaV Cochenilles à coque, vecteurs secondaires mais épidémiologiquement significatifs



    Les virus GLRaV-2 et GLRaV-7 ne sont pas transmis par les cochenilles, mais peuvent être transmis à certaines plantes herbacées par des plantes parasites du genre Cuscuta, selon un mode de transmission vasculaire.


    Punaises (Heteroptera) vecteurs de protistes et de champignons

    Certaines punaises phytophages (frugivores et granivores), telles que Nezara viridula (Pentatomidae) ou certaines Coreidae et Lygaeidae, peuvent transmettre des Trypanosomatidae (Euglenozoa) du genre Phytomonas (ex. Phytomonas serpens, P. staheli), parasites vasculaires de plantes tropicales (caféiers, palmiers à huile, cocotiers).
    Le parasite est acquis lors de l’alimentation sur une plante infectée, se multiplie dans le tube digestif du vecteur, puis migre vers l’hémolymphe et les glandes salivaires. Il est ensuite inoculé à d’autres plantes lors de nouvelles piqûres alimentaires, ce qui correspond à une transmission biologique persistante propagative.

    Nezara viridula (Pentatomidae) Crédit photo: Johnny N. Dell, Bugwood.org 

    Certaines punaises peuvent également transmettre des champignons tels que Eremothecium coryli (syn. Nematospora coryli), responsable de la nématosporiose des graines du haricot. Parmi elles, certaines espèces de Dysdercus spp. (Pyrrhocoridae) sont impliquées. Dans ce cas, la transmission est mécanique : les spores sont transportées sur les pièces buccales de l’insecte et introduites dans les graines ou les fruits lors de la piqûre, sans multiplication du champignon dans le vecteur. Toutefois, ce n'est pas non plus une transmission mécanique "accidentelle", car le champignon a développé une morphologie physique spécifique (des spores en forme d'aiguilles ou de fuseaux) parfaitement adaptée pour être transportée et injectée par les pièces buccales des punaises.

     

    VecteurAgent transmisMode de tranmission
    Nezara viridula (Pentatomidae)Phytomonas spp. (Trypanosomatidae)Biologique, persistant propagatif
    Dysdercus spp. (Pyrrhocoridae)Eremothecium coryli, nématosporiose des graines du haricotMécanique



    Coléoptères vecteurs de champignons, nématodes et phytovirus

     

    Scolytes et coléoptères xylophages vecteurs de champignons

    Petits coléoptères foreurs, les scolytes (sous famille Scolytinae, famille Curculionidae) et autres coléoptères xylophages se nourrissent du bois et de l’écorce des arbres. En plus des dégâts mécaniques liés au creusement de galeries, ces insectes sont des vecteurs biologiques majeurs de pathogènes, notamment de champignons et de certains nématodes phytopathogènes. La transmission est généralement indirecte et symbiotique, via le transport des agents pathogènes sur la cuticule, dans des structures spécialisées (mycangies) ou lors des activités de ponte et d’alimentation. Ces vecteurs jouent un rôle central en foresterie et sylviculture, car ils sont responsables de la propagation des maladies du bois et peuvent provoquer des pertes économiques et écologiques majeures. 

     

    Pour les scolytes, la transmission des champignons est considérée comme biologique en raison de la relation de symbiose étroite et des structures anatomiques dédiées, bien qu'un transport mécanique existe aussi en parallèle. De nombreuses espèces de scolytes possèdent des mycangies, des organes glandulaires spécialisés (cavités dans le thorax, la tête ou à la base des pattes) destinés à protéger et nourrir les spores de champignons pendant le transport. Le champignon n'est pas juste transporté; il est maintenu en vie par des sécrétions de l'insecte. En échange, une fois introduit dans l'arbre, le champignon (comme les genres Ophiostoma ou Ceratocystis) aide le scolyte à surmonter les défenses de l'arbre (résine), facilite la digestion de la lignine et peut servir de source de nourriture pour les larves.

    Scolytus multistriatus Crédit photo: Manaaki Whenua, Landcare Research, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

    Structures sporifères (corémies, en blanc sur la photo) de Ophiostoma ulmi dans une galerie de Scolytus multistriatus sur l'orme américan (Ulmus americana). Crédit photo: Joseph OBrien, USDA Forest Service, Bugwood.org 

     

    Principaux coléoptères xylophages vecteurs

    VecteurAgents transmisMode de transmission
    Scolytus multistriatus, S. intricatus (Curculionidae)Champignons responsables de la Graphiose de l’orme : Ophiostoma ulmi et O. novo-ulmiSymbiotique: Les scolytes transportent les spores sur leur cuticule et dans des mycangies, les déposent dans les galeries. Les champignons affaiblissent l’arbre et fournissent des nutriments aux larves. 
    Ips spp., Pityogenes spp. (Curculionidae)Champignons du bois causant nécroses et pourritures: Ophiostoma spp., Ceratocystis spp.Symbiotique: Transport sur le corps et dépôt dans les galeries. Les champignons facilitent la digestion du bois et nourrissent les larves.
    Monochamus spp.(Cerambycidae)Nématode du pin Bursaphelenchus xylophilus, à l’origine du flétrissement des pinsSymbiotique / vecteur obligatoire: Les adultes transportent les nématodes dans le canal de ponte ou sous l’écorce et les inoculent lors de la ponte. Les nématodes exploitent l’arbre et fournissent une source de nourriture indirecte aux insectes.
    Dendroctone du pin ponderosa Dendroctonus ponderosae (Cuculionidae)Ceratocystis montia, responsable de la pourriture et bleuissement du boisSymbiotique: Transport dans les mycangies, dépôt dans les galeries. Le champignon aide à surmonter les défenses de l’arbre, facilite la digestion du bois et nourrit les larves.

     

    Monochamus sutor Crédit photo: Stanislaw Kinelski, Bugwood.org 

     

    Chrysomèles et altises (Chrysomelidae) vecteurs de phytovirus et bactéries

    Parmi les coléoptères non xylophages, certaines altises et chrysomèles (famille Chrysomelidae), notamment des espèces des genres Sesselia et Chaetocnema, dont Chaetocnema pulla, peuvent agir comme vecteurs biologiques de phytovirus, tels que le Rice yellow mottle virus (RYMV). La transmission est non circulative, de type mécanique ou semi-persistante, lors de l’alimentation sur les tissus végétaux. Ces coléoptères sont généralement considérés comme des vecteurs secondaires, mais ils peuvent néanmoins être à l’origine de foyers épidémiques localisés, notamment dans les cultures de riz en Afrique.

    En plus d'être un ravageur important des cucurbitacées, la Chrysomèle rayée du concombre (Acalymma vittatum) est un vecteur de la bactérie Erwinia tracheiphila, l’agent du Flétrissement bactérien des cucurbitacées. La transmission est persistante non propagative. La chrysomèle porte la bactérie dans son tube digestif pendant l’hiver et la dépose dans les blessures des plantes via ses excréments.

    Certaines larves de Curculionidae peuvent également participer à la dissémination du Strawberry latent ringspot virus (SLRSV) dans les cultures de fraisiers, probablement par transport mécanique lors de l’alimentation sur les racines. Enfin, d’autres coléoptères du sol ont été impliqués dans la transmission du Tobacco ringspot virus (TRSV) chez les Solanacées, bien que ces transmissions restent moins bien documentées et souvent considérées comme opportunistes.



    Acariens vecteurs de phytovirus

    Comparés aux insectes vecteurs, les acariens sont souvent considérés comme des vecteurs de phytovirus secondaires, mais leur importance économique peut être notable, notamment en grandes cultures céréalières et en maraîchage. Les principaux vecteurs connus appartiennent à la famille des Eriophyidae, bien que certaines espèces d’autres familles phytophages, comme les Tetranychidae ou les Tarsonemidae, puissent également contribuer à la propagation d’agents phytopathogènes. Les plantes hôtes concernées incluent principalement les céréales, les solanacées et les agrumes.

    Eriophydes vecteurs 

    Les Eriophyides transmettent divers phytovirus appartenant à plusieurs familles, notamment les Potyviridae (genres Tritimovirus, Rymovirus, Poacevirus), les Betaflexiviridae (Trichovirus), les Alphaflexiviridae (Allexivirus) et, plus rarement, des virus d’autres familles. La transmission des virus par les acariens est généralement semi-persistante ou persistante circulante selon le virus. Dans le mode semi-persistant, le virus est conservé dans le vecteur pendant quelques heures à quelques jours, tandis que dans le mode persistant circulant, il traverse les tissus du vecteur sans s’y multiplier. Chez certaines espèces, des circulations internes du virus ont été observées, suggérant des mécanismes analogues à ceux décrits chez les insectes vecteurs. 

    Brevipalpus phoenicis est considéré comme un vecteur important de plusieurs phytovirus, surtout dans les régions tropicales et subtropicales. Crédit photo: Eric Erbe, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 


    Vecteur Phytovirus transmis Particularités / Mode de transmission
    Aceria tosichella
    - Wheat streak mosaic virus (WSMV, Tritimovirus, Potyviridae)
    - Triticum mosaic virus (TriMV, Poacevirus, Potyviridae)
    - High Plains wheat mosaic virus (HPWMoV, Emaravirus, Fimoviridae)
    - Vecteur de virus spécifiques des céréales (blé, orge) responsables du nanisme et de pertes sévères.
    - HPWMoV souvent trouvé en co-infection avec WSMV, aggravant les symptômes.
    - Transmission persistante ciculante
    Aceria ficus Fig mosaic virus (FMV, Emaravirus, Fimoviridae)
    - Vecteur spécifique du figuier
    - Transmission persistante circulante
    Aceria cajani Pigeonpea sterility mosaic virus
    Phyllocoptes fructiphilus Rose rosette virus (RRV, Emaravirus, Fimoviridae) Vecteur exclusif du RRV, économiquement très destructeur pour les cultures de rosiers et autres rosacées ornementaux.
    Brevipalpus (complexe B. phoenicis)
     Kitaviridae (Cilevirus):
    - Citrus leprosis virus
    - Coffee ringspot virus
     - Passion fruit green spot virus
    Rhabdoviridae (Dichorhavirus)
    - Orchid fleck virus
    - Vecteurs de virus émergents non systémiques et économiquement importants dans les cultures d'agrumes, café, orchidées, fruit de la passion, etc.
    - Transmission semi-persistante


    Outre la transmission virale, certains acariens Eriophydes peuvent également favoriser la diffusion d’agents fongiques, comme Aceria mangiferae (Eriophyidae), impliqué dans la propagation de Fusarium mangiferae, agent de la malformation du manguier.

     

    Autres acariens vecteurs de phytovirus

    Certains acariens de la famille Tarsonemidae, comme Polyphagotarsonemus latus, peuvent transmettre certains Tospovirus dans les cultures tropicales et en serre. En revanche, les acariens de la famille Tetranychidae, comme Tetranychus urticae (araignée rouge), transmettent très rarement des phytovirus, et cela a surtout été observé dans des conditions expérimentales.


    Nématodes vecteurs de phytovirus

    Les nématodes (Nematoda) sont des vers ronds microscopiques très abondants dans les sols et les tissus végétaux. Certaines espèces phytophages jouent un rôle important comme vecteurs biologiques d’agents phytopathogènes, principalement des phytovirus, mais aussi, dans certains cas, des champignons responsables de maladies du bois. Leur action est souvent discrète, car les symptômes directs sont peu spécifiques, alors que les maladies transmises peuvent provoquer de lourdes pertes agricoles ou forestières.

    Parmi les nématodes du sol, certaines espèces ectophytes des racines ou phytophages jouent un rôle de vecteurs biologiques d’agents phytopathogènes, principalement des phytovirus. Ces nématodes transmettent les agents infectieux lors de leurs piqûres sur les racines, contribuant ainsi à la dissémination de maladies souvent difficiles à détecter au champ.

    Les principaux nématodes vecteurs de virus appartiennent aux familles Longidoridae (Xiphinema spp., Longidorus spp.) et Trichodoridae (Trichodorus spp., Paratrichodorus spp.). Ils transmettent principalement des virus à ARN des genres Nepovirus (famille Secoviridae) et Tobravirus (famille Virgaviridae). La transmission est de type semi-peristant ou persistant non circulant : le virus s’attache à l’appareil buccal (stylet et œsophage) du nématode, sans s’y multiplier, et peut être conservé pendant plusieurs jours. L’inoculation se fait exclusivement au niveau des racines lorsque ces nématodes injectent leurs stylets dans les cellules racinaires pour en sucer le contenu.

    En plus d'être trés destructeur par les dégâts qu'il ocassionne, Xiphinema americanum ("nématode dague américain") est l'un des vecteurs les plus importants de nepovirus (NEmatode-transmitted POlyhedral viruses). En haut à droite, le stylet est rétracté. Crédit photo: Jonathan D. Eisenback, Virginia Polytechnic Institute and State University, Bugwood.org 

    Nématode Xiphinema sp. En haut à gauche, on distingue bien le stylet (aiguille buccale) qui est sorti pour percer les tissus végétaux et apsirer les contenus cellulaires. Crédit photo: Penn State Department of Plant Pathology & Environmental Microbiology Archives, Penn State University, Bugwood.org

    VecteurAgents transmisParticularités
    Xiphinema spp. (famille des Longidoridae)Plusieurs Nepovirus, responsables notamment de jaunisses et de mosaïques affectant la betterave, le concombre, la carotte et la vigne*.Les dégâts directs liés aux piqûres racinaires sont généralement secondaires par rapport aux effets des viroses transmises.
    Longidorus spp. (famille des Longidoridae)Nepovirus affectant diverses cultures, dont la betterave et la pomme de terre.Leur activité provoque un stress racinaire pouvant accentuer l’expression des symptômes viraux.
    Trichodorus spp., Paratrichodorus spp. (Trichodoridae) Tobravirus, responsables de viroses telles que la mosaïque du navet ou certaines jaunisses du tabac.Les infestations se caractérisent souvent par des racines raccourcies et déformées (stubby root).

     * Xiphinema spp., sont les vecteurs sur la vigne de la maladie du court noué causée par deux virus : le Grapevine fan leaf virus (GFLV) le plus fréquent, et l'Arabis mosaic virus (ArMV). 

     

    Parmi les nématodes xylophages, certaines espèces du genre Bursaphelenchus peuvent participer à la dissémination de champignons phytopathogènes du bois, notamment Ceratocystis et Ophiostoma. Leur rôle de "vecteur" reste indirect et est généralement associé à des insectes xylophages, qui introduisent ces organismes dans les tissus végétaux lors du creusement de galeries. Comme on l'a vu précédemment, dans certains cas (par exemple Bursaphelenchus xylophilus), le nématode lui-même est l’agent pathogène principal, et c’est alors l’insecte (souvent Monochamus) qui agit comme vecteur.

    Nématodes du pin (Bursaphelenchus xylophilus, Aphelenchoididae) dans les tissus vasculaires du pin Crédit photo: Mactode Publications, Mactode Publications, Bugwood.org 


    Champignons et assimilés vecteurs de phytovirus

    Certains champignons et pseudo-champignons transmettent indirectement des virus ou d’autres agents phytopathogènes aux plantes, principalement via le sol et les racines. Ces vecteurs microscopiques, intracellulaires ou endoparasites, transmettent surtout des virus, rarement des bactéries ou des phytoplasmes. La transmission peut être persistante ou semi-persistante, et les symptômes observés chez la plante sont dus aux virus, non au champignon lui-même.

    Les virus peuvent être transportés à l’intérieur des spores ou à la surface des structures fongiques, puis inoculés lors de l’infection de la plante hôte. Parmi ces vecteurs, on trouve notamment les champignons zoosporiques Olpidiaceae (Olpidium spp.) et les pseudo-champignons Plasmodiophorida (Polymyxa spp.).


    Olpidiaceae (Olpidiomycota) : Olpidium spp.

    Les champignons du genre Olpidium sont des vecteurs majeurs de phytovirus au niveau des racines (Tobamovirus, NecrovirusTombusvirus). 

    Les Olpidiaceae sont des organismes fongiques basaux du sol, aujourd’hui généralement rattachés à un phylum distinct, les Olpidiomycota, séparé des Chytridiomycota dans les classifications phylogénétiques récentes. Leur position systématique exacte reste toutefois encore débattue. Comme les Chytridiomycota, ils produisent des spores asexuées mobiles. ➤ Page Autres Fungi (PestInfos)

    Olpidium transmet les virus sans que ceux-ci ne pénètrent dans le cytoplasme du champignon. Les particules virales s’adsorbent spécifiquement à la surface des zoospores mobiles dans le sol. Lors de l’infection des cellules racinaires par la zoospore, le virus est transféré aux tissus végétaux et peut ainsi infecter la plante. Ce mode de transmission est généralement considéré comme non circulant, les particules virales restant associées à la surface du vecteur, bien que leur rétention puisse être prolongée dans le sol grâce à la persistance du champignon.


    VecteurPhytovirus transmisImportance
    Olpidium brassicae
    - Tobacco necrosis virus (TNV) Tombusviridae (Necrovirus)
    - Lettuce big-vein associated virus (LBVaV), Rhabdoviridae (Varicosavirus
    Vecteur majeur de necrovirus du sol (Tombusviridae) affectant le tabac et les cultures maraichères sous serre
    Olpidium virulentus
    - Lettuce big-vein associated virus (LBVaV)
    - Mirafiori lettuce big vein virus (MLBVV), Aspiviridae (Ophiovirus)
    Vecteur important dans les cultures de laitue sous serre et plein champ
    Olpidium bornovanus
     Tombusviridae (Tobamovirus):
    - Melon necrotic spot virus (MNSV)
    - Cucumber necrosis virus (CNV)
    - Vecteur clé de virus affectant les cucurbitacées (melon, pastèque, concombre)
    - Rôle majeur en culture protégée (serres)

    Symptômes de la maladie des grosses nervures de la laitue causée par Varicosavirus lactucae (LBVaV, Rhabdoviridae), dont le vecteur est Olpidium spp. Crédit photo: Gerald Holmes, Strawberry Center, Cal Poly San Luis Obispo, Bugwood.org 


    Plasmodiophorida (Phytomyxea) : Polymyxa spp.

    Les  Plasmodiophorida sont des protistes amiboïdes parasites obligatoires des racines. Parmi eux, le genre Polymyxa comprend plusieurs espèces vectrices majeures de virus phytopathogènes (Bymovirus, Benyvirus, Furovirus), notamment Polymyxa graminis et Polymyxa betae

     Longtemps rattachés aux Myxomycètes dans les anciennes classifications des champignons, les organismes du groupe des Plasmodiophorida (classe Phytomyxea) sont aujourd’hui reconnus comme des protistes amiboïdes appartenant au supergroupe des Rhizaria, au sein des Cercozoa

    Contrairement à Olpidium, ces virus sont transportés dans le cytoplasme des spores du protiste. L’inoculation se produit lorsque le cytoplasme infectieux du vecteur est libéré dans les cellules racinaires de la plante hôte. Ce mode de transmission est persistant, car le virus reste viable dans le vecteur sans se répliquer. Les spores de Polymyxa peuvent rester viables dans le sol pendant de nombreuses années, ce qui confère à ces virus une persistance épidémiologique élevée et rend leur contrôle particulièrement difficile.


    Vecteur Phytovirus transmis Importance
    Polymyxa graminis
    - Barley yellow mosaic virus (BaYMV)
    - Barley mild mosaic virus (BaMMV)
    - Wheat spindle streak mosaic virus (WSSMV)
    - Soil-borne wheat mosaic virus (Furovirus tritici)
    Vecteur très important en Europe et en Asie pour les maladies virales des céréales (blé, orge)
    Polymyxa betae
    - Beet necrotic yellow vein virus (BNYVV), agent de la rhizomanie de la betterave
    - Beet soil-borne mosaic virus (BSBMV)
    - Beet soil-borne virus (BSBV)
    - Parasite des racines secondaires et poils racinaires
    - Affecte principalement la betterave sucrière
    - Survie dans le sol pendant plusieurs décennies 

    Vue au microscope d’un amas de spores de repos de Polymyxa graminis dans l’épiderme d’une racine de blé. Crédit photo: H.J. Larsen, Bugwood.org 

    Tissu racinaire montrant des cystosores de Polymyxa betae, vecteur fongique du virus de la nécrose jaune des nervures de la betterave (BNYVV). Crédit photo: Oliver T. Neher, The Amalgamated Sugar Company, Bugwood.org 

     

    Les cuscutes (Cuscuta spp.) sont des plantes parasites capables, en conditions expérimentales, de transférer certains virus (par exemple, Cucumber mosaic virus, Tomato yellow leaf curl virus), viroïdes, phytoplasmes et bactéries entre plantes via des connexions vasculaires directes. Elles ne sont pas des vecteurs au sens strict, mais servent de ponts passifs pour la transmission des agents pathogènes.
    Par ailleurs, certaines mauvaises herbes ou adventices peuvent servir de réservoirs pour des phytovirus, des bactéries ou des champignons phytopathogènes, contribuant à la persistance de ces agents entre les saisons et à leur transmission vers les cultures

     

     

    Olivier Peyronnet
    Publication : mars 2026

     





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