vendredi 15 mai 2026

Glyphosate et cocktails d’herbicides : des effets préoccupants sur l’intestin des rats

Une nouvelle étude toxicologique publiée dans Archives of Toxicology s’est penchée sur un sujet encore peu exploré : les effets combinés de plusieurs herbicides largement utilisés en agriculture intensive.

L’agriculture utilise massivement des herbicides à base de glyphosate. Mais avec l’apparition de mauvaises herbes (adventices) résistantes, de nouvelles cultures génétiquement modifiées (OGM) ont été développées pour tolérer plusieurs herbicides à la fois, notamment le glyphosate, le 2,4-D et le dicamba. Cette évolution augmente l’exposition des populations à des mélanges de pesticides, alors que leurs effets sanitaires restent encore mal connus.

Les chercheurs ont voulu comprendre si ces herbicides pouvaient perturber la structure de l’intestin,
la barrière intestinale, le microbiote, et certains mécanismes liés à l’inflammation et au stress oxydatif.

Pour cela, ils ont exposé des rates gestantes à différentes doses de glyphosate, seules ou en mélange avec le 2,4-D et le dicamba, via l’eau de boisson. Les petits ont ensuite continué à être exposés pendant 13 semaines après le sevrage. Les doses utilisées correspondaient à des seuils actuellement considérés comme "acceptables" par les autorités européennes.

Les résultats montrent que le glyphosate seul, et encore davantage le mélange des trois herbicides, ont provoqué plusieurs perturbations intestinales chez les rats :

  • Une inflammation accrue : les tissus intestinaux présentaient davantage de signes inflammatoires, particulièrement dans le gros intestin. L'analyse histologique a confirmé des modifications structurelles et des signes d’inflammation dans l’intestin grêle et le côlon.
  • Une barrière intestinale fragilisée : les chercheurs ont observé une augmentation de la perméabilité intestinale, i.e. l'intestin devenant plus "poreux". Cela signifie que l’intestin devient moins efficace pour empêcher certaines substances de traverser la paroi intestinale.
  • Un stress oxydatif plus important : les animaux exposés montraient également des marqueurs biologiques associés au stress oxydatif, un phénomène associé à une une production excessive de molécules capables d’endommager les cellules et impliqué dans de nombreuses maladies chroniques.
  • Un microbiote modifié : la composition des bactéries intestinales a été altérée, suggérant un déséquilibre du microbiote.

L’étude note également que les femelles semblaient plus sensibles aux effets des herbicides, même si les raisons exactes restent à éclaircir.

Le microbiote intestinal et l’intégrité de la barrière digestive jouent un rôle majeur dans la santé : digestion, immunité, inflammation chronique et même certaines maladies métaboliques ou neurologiques. Cette étude suggère que des expositions prolongées à certains herbicides, même à des doses considérées réglementairement comme « acceptables », pourraient perturber cet équilibre biologique.

Les auteurs insistent également sur un point de plus en plus souvent débattu en toxicologie : les réglementations évaluent généralement les pesticides un par un, alors que dans la réalité les populations sont exposées à des mélanges complexes.

Référence

➤ Mesnage, R., Ferguson, S., Nechalioti, PM. et al. (2026). Impact of glyphosate and its mixture with 2,4-D and dicamba on gut biochemical function, intestinal barrier integrity and microbiome composition in adult rats with prenatal commencement of exposure. Arch Toxicol (2026). https://doi.org/10.1007/s00204-026-04409-9

 

 

 

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