samedi 14 novembre 2020

Alternatives aux pesticides de synthèse : les extraits végétaux

Divers extraits bruts de plantes telles que l’ail, le thym, la consoude, la sauge, les orties, les tagètes (œillets) les fougères et les prêles sont utilisées empiriquement pour leurs propriétés insecticides, insectifuges, acaricides, fongicides, herbicides ou nématicides, selon les cas. Obtenus artisanalement par broyage, fermentation, décoction, macération ou infusion des feuilles, des tiges ou des fleurs, ces extraits peuvent être employés comme pesticide à l'échelle d'un jardin ou d'un potager. Classés comme « préparations naturelles peu préoccupantes » ou « biostimulants », ils bénéficient généralement de procédures allégées pour leur mise en marché.

Bien qu'ils soient généralement moins efficaces que les extraits purifiés ou les principes actifs isolés, les extraits végétaux bruts présentent plusieurs avantages.

  • Ils sont riches en oligoéléments et, de ce fait, peuvent servir à enrichir et activer le compost et à stimuler la microflore bénéfique du sol.
  • Ils peuvent stimuler la croissance des plantes traitées et leurs défenses naturelles contre les maladies, les parasites et les ravageurs.
  • Leurs effets pesticides multiples et leurs modes d'action diversifiés limitent les risques de développement des résistances chez les populations visées.

Il existe un très grand nombre de recettes maisons pour les préparer. Toutefois, il est à noter que les effets pesticides de certaines recettes maisons ne sont pas toujours corroborés par les études scientifiques.

 

Liste des principaux extraits végétaux utilisés comme pesticides en horticulture

Ce tableau présente à titre informatif une liste non exhaustive d’extraits végétaux qui ont des activités fongicides, insecticides ou répulsives. Ils sont principalement destinés à un usage domestique. Leur efficacité peut varier selon les modes de préparation, d’application et d’entreposage, les doses d’emploi et les conditions environnementales. Par ailleurs, même s’ils sont naturels, ils peuvent être toxiques pour les humains, la flore ou la faune. Aussi, il faut rester prudent lorsqu’on les prépare ou qu’on les applique sur les plantes ou sur le sol. 


Plante

Propriétées

Mode de préparation et d’utilisation*

Absinthe

Artemisia absinthium

Insecticide (piéride, ver de la pomme), fongicide (rouille du groseillier), répulsif (limaces)

Infusion, décoction et extrait fermenté (tiges et feuilles), pulvérisation au sol

Ail

Allium sativum

Insecticide (pucerons, charançons, doryphore) et acaricide, fongicide (fonte de semis, moisissure grise, cloque du pêcher), répulsif (chevreuil)

Décoction ou macération huileuse (gousses hachées), arrosage au sol contre les champignons ou pulvérisation foliaire contre les insectes

Bardane

Arctium

Fongicide (mildiou), fertilisant

Macération, engrais au sol et foliaire, paillis (plantes entières avec racines)

Capucine

Tropaeolum majus

Insecticide (aleurodes), fongicide (mildiou, chancres des arbres fruitiers)

Infusion ou macération (feuilles fraîches)

Consoude Symphitum officinalis

Renforçateur des défenses naturelles, fertilisant riche en potassium et bore, activateur de compost

Décoction, extrait fermenté, jus concentré (feuilles fraîches)

Arrosage ou pulvérisation foliaire

Note : les feuilles feuilles fraîches peuvent être appliquées en paillis.

Ortie

Urtica dioica

Répulsif insectifuge (puceron, carpocapse), insecticide (pucerons) et acaricide, renforçateur des défenses naturelles, fertilisant, fongicide (maladies des racines), activateur de compost

Infusion, décoction, macération ou extrait fermenté (plantes entières avant floraison avec racines

Arrosage ou pulvérisation foliaire

Note : les préparations peuvent aussi servir à protéger les racines lors de la plantation.

Prêle des champs

Equisetum arvense

Renforçateur des défenses naturelles,

fongicide préventif (oïdium, mildiou, rouille, botrytis), répulsif insecticide

Décoction ou macération (feuilles fraîches ou sèches)

Pyrèthre

Tanacetum cinerariifolium ou Chrysanthemum cinerariifolium

Insecticide (pucerons, aleurodes, mouches) et acaricide

Infusion ou macération (fleurs épanouies fraîches ou sèches)

Pulvérisation sur les feuilles

Note : attention, l’extrait contient des pyréthrines qui sont toxiques pour les pollinisateurs

Raifort

Armoracia rusticana

Fongicide à large spectre

Infusion, macération et extrait fermenté (plantes entières avec racines)

Rhubarbe

Rheum rhaponticum

Répulsif insectifuge (pucerons, chenilles, plusieurs larves), limaces et rongeurs

Macération ou extrait fermenté (feuilles)

Pulvérisation, épandage des feuilles séchées et broyées au sol

Note : attention certains principes actifs peuvent être toxiques.

Sauge officinale

Salvia officinalis

Répulsif insectifuge

Fongicide (mildiou)

Infusion, décoction ou extrait fermenté (tiges et feuilles)

Note : ne pas utiliser sur semis (ralentissement de la germination)

 *Les modes de préparation et d’utilisation peuvent varier selon les auteurs.

  • Infusion : extraction des principes actifs par l’eau bouillante (surtout pour pour les tissus tendres);  
  • Décoction : extraction par trempage dans l’eau (24 heures), puis à l’eau bouillante et court trempage (20 à 30 minutes) dans l’eau frémissante (surtout utilisé pour les tissus coriaces); 
  • Macération : extraction par trempage simple (24 heures) dans l’eau froide ou de l’huile (lin, paraffine); 
  • Extrait fermenté ou purin : extraction par trempage prolongé dans l’eau froide (entre 5 et 30 jours) et fermentation.

Les extraits doivent être refroidis et filtrés avant de traiter. Certaines préparations peuvent être stockées au besoin pendant quelques jours à l’abri de la lumière et à température fraîche.

Autre préparation artisanale d'intérêt en permaculture, le thé de compost est obtenu par infusion d'un compost en le laissant tremper dans de l'eau oxygénée. En plus de stimuler la flore microbienne du sol, le thé de compost améliore la santé des plantes d'intérieur ou du jardin et renforcent leur défenses naturelles contre les maladies fongiques (Rustica, 2023). 

Article mis à jour en décembre 2025 

 

 

samedi 7 novembre 2020

Plantes messicoles : adventices habitantes des moissons

Les plantes messicoles sont des adventices inféodées aux moissons, en particulier aux cultures de céréales d'hiver (blé, orge, avoine, seigle). Elles incluent principalement des annuelles (bleuet, coquelicot, matricaires, adonis d'été, nielle des blés) et quelques vivaces (glaïeul des moissons, tulipa sp.). 

Depuis la domestication des céréales au néolithique, ces plantes anciennes originaires du moyen-orient ont migré et coévolué avec elles. Ce sont donc des espèces spécialistes qui ont des cycles de vie comparables à celles des céréales (entre le semis et la moisson) et sont dépendantes de certaines pratiques culturales ancestrales (labours superficiels à l'automne, semis clairs). En plus de leur importance patrimoniale et esthétique au niveau des paysages agricoles, les plantes messicoles favorisent la pollinisation des espèces cultivées et le contrôle biologique des ravageurs par les auxiliaires. 

En Europe, l'intensification des pratiques agricoles modernes (usage des pesticides, fertilisation azotée, labours profonds, remembrement, tri des semences) a conduit à la raréfaction, voire la disparition locale des plusieurs espèces messicoles. La mise en place de bandes fleuries en bordure des champs permet de favoriser leur présence et d'augmenter la biodiversité des agrosystèmes. 


 

➤ Pour en savoir plus:

 

 

mardi 1 septembre 2020

Principes de botanique

La botanique est la science qui étudie les végétaux ou plantes. Elle recouvre différentes disciplines scientifiques qui trouvent des applications en agriculture, en horticulture, en sylviculture, mais aussi en pharmacie, en agrochimie et en biotechnologies. 

  • Systématique et taxonomie : familles botaniques, identification et classification, inventaire des flores locales
  • Morphologie végétale : feuilles, tiges, racines, fleurs,fruits
  • Anatomie et histologie végétales : tissus de soutien, vaisseaux conducteurs, etc.
  • Physiologie végétale : nutrition, croissance et développement, transpiration, respiration, photosynthèse, hormones végétales, reproduction végétative (asexuée) et sexuée
  • Génétique végétale : hérédité et gènes, amélioration et sélection des plantes 
  • Écologie végétale : populations et communautés végétales, relations des plantes avec leur milieu (écosystèmes), répartition des plantes à la surface de la planète (biomes)
  • Pathologie végétale ou phytopathologie : maladies des plantes (agents phytopathogènes), ravageurs
  • Chimie végétale ou phytochimie : métabolisme et fonction des molécules végétales

Les principes de la botanique sont à la base de toute production végétale, qu’elle soit agricole ou horticole. Ainsi, tout bon horticulteur ou toute bonne horticultrice doit les comprendre et les maîtriser. Ils permettent notamment de mieux comprendre le fonctionnement des plantes, leurs besoins, leur croissance et leur reproduction.

Ces principes aident également à choisir les bonnes plantes au bon endroit, c’est-à-dire des espèces adaptées au climat et au sol, à prévenir les maladies et les ravageurs, et à appliquer correctement les techniques culturales (semis, arrosage, fertilisation, taille, etc.) ainsi que les méthodes de multiplication (bouturage, greffage, marcottage).

 Grâce aux principes de la botanique, l’horticulteur ou l’horticultrice peut cultiver et entretenir des plantes, ou concevoir des jardins et des cultures, de manière plus écologique et responsable, en respectant la biodiversité et en limitant l’usage des intrants chimiques (engrais et pesticides).

 Maîtriser la botanique, c’est passer d'un jardinage amateur à une horticulture plus professionnelle et durable.

Le guide d'apprentissage Principes de botanique est destiné aux étudiants en formation professionnelle en horticulture et jardinerie au Québec. Il expose les grands principes de botanique en lien avec la morphologie, la physiologie, la génétique, la classification et l'écologie des plantes.

CEMEQ. Principes de botanique, Horticulture et jardinerie (5288), Compétence 2, Sherbrooke (Québec), août 2020, 208p.
Auteur / rédacteur : Olivier Peyronnet, Ph.D 
Éditeur : Centre d'étude et des moyens d'enseignement du Québec (Cemeq)
➤ Pour en savoir plus : https://www.cemeq.qc.ca/liste-produits/secteur/2/collection/5288/produit/2283/principes-de-botanique/ 

La prévention des maladies des plantes et des ravageurs fait l'objet d'un second guide d'apprentissage intitulé "Problèmes phytosanitaires". Celui-ci est en cours d'édition. 



 

 

 

 

 

mercredi 22 novembre 2017

Le chlorothalonil, un fongicide en cause dans le déclin des bourdons

Composé organochloré dérivé du benzène (famille des chloronitriles), le chlorothalonil est un fongicide de contact multisite qui est utilisé en agriculture (arachides, pommes de terre, vigne, cultures maraichères), dans les terrains de golf et dans les peintures antisalissures (antifouling). Très toxique pour les poissons et les invertébrés aquatiques, il serait aussi néfaste pour les insectes pollinisateurs, notamment les bourdons.

En étudiant les facteurs qui menacent les populations d'insectes pollinisateurs sur 284 sites aux États-Unis, des chercheurs américains ont mis en évidence le rôle du chlorothalonil dans le déclin de quatre espèces de bourdon (Bompus spp). Ce fongicide rend en effet les bourdons plus sensibles à un parasite intestinal intracellulaire, Nosema bombi (Microsporidia, Fungi), qui peut être mortel. Les auteurs de l'étude s'inquiètent en outre de l'action synergiste du fongicide avec les insecticides systémiques sur les populations d'insectes pollinisateurs.

Ces résultats confirment une étude réalisée en 2013 qui montrait une augmentation de l'infection par un autre parasite intestinal, Nosema ceranae, chez les populations d'abeille dont le pollen était fortement contaminé par des fongicides. 

Références:

samedi 18 novembre 2017

Le paraquat un herbicide hautement toxique continue d'empoisonner les agriculteurs dans les pays en développement

Le paraquat (dichlorure de 1,1’-Diméthyl-4,4’-bipyridinium) est un herbicide de contact non sélectif qui est très utilisé dans le monde depuis les années 1960. Hautement toxique par ingestion, même à très faible dose, il est particulièrement dangereux pour les agriculteurs et les travailleurs qui peuvent s'empoisonner accidentellement lors de sa manipulation. Sans antidote connu à ce jour, le paraquat est aussi une des substances les plus utilisées dans le monde par les agriculteurs pour se suicider, notamment en Asie. Par ailleurs, des études ont établi un lien entre l’exposition chronique au paraquat et des lésions dégénératives semblables à celles causées par la maladie de Parkinson.

Interdit dans les pays européens depuis 2007, à usage restreint en Amérique du Nord, l'herbicide reste cependant très utilisé dans les pays en développement où les travailleurs des plantations (café, cacao, canne à sucre, huile de palme, caoutchouc, soja) et les paysans l'utilisent, souvent sans aucune formation ni protection adéquate, pour préparer le sol au semi direct sans labourage.

La multinationale agrochimique suisse Sygenta est l'un des plus gros producteur de paraquat, sous le nom commercial de Gramoxone. Une organisation non gouvernementale suisse Public Eye (Déclaration de Berne) accuse Sygenta d'être directement responsable de la mort des milliers de travailleurs et fermiers empoisonnés par le paraquat. L'ONG s'est rendu dans un petit village isolé des Philippines, au milieu d'une plantation de palmiers à huile, à la rencontre de ces agriculteurs intoxiqués à leur insu.


En association avec Pest Action Network UK (PAN UK), Public Eye a publié la bibliographie la plus complète à ce jour sur les conséquences sanitaires de l’emploi du paraquat. Plus de 200 publications y sont recensées.



Pour en savoir plus:



mardi 14 novembre 2017

L'imidaclopride et le chlorpyrifos, des insecticides néfastes pour les oiseaux

L'imidaclopride (néonicotinoïde) et le chlorpyrifos-éthyl (organophosphoré) sont deux insecticides neurotoxiques couramment utilisés pour lutter contre divers insectes ravageurs dans les cultures de céréales, de colza, de légumes ou les vergers. Ces deux insecticides sont connus pour avoir des effets néfastes sur les abeilles, notamment sur leur mémoire olfactive et leur capacité à butiner et à s'orienter en vol.

Des recherches menées à l'Université de la Saskatchewan ont montré que l'imidaclopride et le chlorpyrifos ont aussi des effets toxiques directs sur les oiseaux chanteurs et granivores, notamment sur leur masse corporelle et leur capacité à migrer. Lorsque les oiseaux consomment l'équivalent de seulement trois à quatre graines de colza (canola) traitées à l'imidaclopride ou huit granules de chlorpyrifos par jour pendant trois jours, les chercheurs ont observé :
- une diminution importante de leur réserve de graisse (jusqu'à 25%) et de leur poids;
- des signes d'intoxication aiguës (léthargie, perte d'appétit);
- et une modification importante de leur capacité à s'orienter.

Les oiseaux granivores qui se ravitaillent dans les champs au cours de leur migration sont particulièrement menacés. Ils peuvent consommer des graines enrobées d'imidaclopride et des granules de chlorpyrifos qu'ils confondent avec des graines. Cette intoxication pourrait modifier leur comportement migratoire et réduire ainsi leur chance de survie ou de se reproduire.

 Les recherches ont été menées en laboratoire sur le bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys), un passereau migrateur très courant en Amérique du Nord. Crédit photo: Wolfgang Wander — Travail personnel / http://www.pbase.com/image/83910026

lundi 17 juillet 2017

Chlorfénapyr et résistance aux pyréthrinoïdes

Le chlorfénapyr est un insecticide synthétique, dérivé trifluoré du pyrrole (famille arylpyrrole), un composé produit par voie microbienne. Il agit sur les insectes et les acariens, par contact et par ingestion, en perturbant la production d'ATP dans les mitochondries, et par conséquent la respiration cellulaire (phosphorylation oxydative). Il doit être métabolisé in vivo par des enzymes de détoxification pour être actif, ce qui retarde son activité insecticide.

Le chlorfénapyr est utilisé contre divers insectes et acariens ravageurs agricoles dans les cultures de coton, de soja et d'arbres fruitiers, mais aussi en lutte antiparasitaire contre les fourmis et les punaises de lit. Grâce à son mode d'action, il est particulièrement efficace contre les insectes résistants aux insecticides neurotoxiques conventionnels comme les pyréthrinoïdes, les carbamates et les organophosphorés. De ce fait, il est très utilisé dans les programmes de gestion de la résistance.

Cet insecticide s'est aussi avéré efficace contre les moustiques anophèles vecteurs de la malaria, particulièrement ceux qui sont résistants aux pyréthrinoïdes (N'Guessan R et al, Acta Trop 2007). Pour contrer cette résistance aux pyréthrinoïdes qui s’accroit en Afrique, de nouvelles moustiquaires imprégnées au chlorfénapyr (Interceptor® G2, BASF) sont en cours d'évaluation (N'Guessan R, et al, PLOS 2016; Malone D., IVCC 2017). Toutefois, le chlorfénapyr pourrait aussi induire des résistances chez les insectes comme le montre une récente étude réalisée aux États-Unis sur les punaises de lit (Ashbrook AR, Journal of Economic Entomology, 2017).

Le chlorfénapyr est moins toxique pour les poissons et la faune aquatique que les pyréthrinoïdes, mais est néanmoins toxique pour les oiseaux.

mercredi 5 juillet 2017

De nouvelles preuves de la nocivité des néonicotinoïdes pour les abeilles

Deux nouvelles études réalisées à grande échelle, l'une en Europe (Allemagne, Grande-Bretagne, Hongrie) sur onze champs de colza d'hiver (Woodcock et al., Science 2017), l'autre au Canada dans deux régions de maïsiculture (Tsvetkov et al, Science 2017), confirment les impacts globalement négatifs des insecticides néonicotinoïdes sur les populations d'abeilles domestiques et sauvages, notamment leur capacité à se reproduire (espérance de vie, fertilité). Elles mettent aussi en évidence l'imprégnation de l'environnement par les néonicotinoïdes qui sont absorbés par les plantes cultivées et sauvages.

L'étude canadienne montre que les abeilles qui butinent les plantes à fleur en bordure des champs de maïs (non pollinisé par les abeilles) sont exposées pendant trois à quatre mois à un cocktail de 26 pesticides, dont quatre insecticides néonicotinoïdes. L'exposition à ces derniers réduit de 23% leur espérance de vie et altère leur efficacité à prendre soin de la reine et à polliniser les plantes. Par ailleurs, les chercheurs canadiens ont observé que la toxicité aiguë pour les abeilles de deux néonicotinoïdes, la clothianidine et le thiaméthoxame, doublait lorsque les champs de mais sont traités avec du boscalide (SagePesticide), un fongicide couramment employé en maïsiculture.

L'étude européenne, quant à elle, montre que la clothianidine et le thiaméthoxame ont des effets variables sur les pollinisateurs du colza d'hiver, selon la période de l'année et le site. En Hongrie et en Grande-Bretagne, les chercheurs ont observé une nette diminution du taux de survie des abeilles domestiques (Apis mellifera) durant l'hiver. En revanche, peu d'effets néfastes ont été observés en Allemagne, où les abeilles domestiques avaient accès à un plus large éventail de plantes à fleur sauvages.Toutefois dans tous les sites européens, la reproduction des abeilles sauvages (Bombus terrestris et Osmia bicornis) est affectée lorsqu'elles sont exposées aux néonicotinoïdes.

Références:

mercredi 22 février 2017

La moule zébrée influencerait la qualité de l'eau potable.

Selon des chercheurs canadiens de l'Université Ryerson à Toronto, la moule zébrée (Dreissena polymorpha) affecte la qualité et le goût de l'eau potable en Amérique du Nord, notamment au Canada. La présence de cette petite moule envahissante dans les grands lacs américains dont le lac Ontario, provoquerait en effet une modification de la composition chimique de l'eau, notamment en azote et en phosphore, ce qui entraîne la prolifération de cyanobactéries dont des Microcystis spp. Ces dernières relarguent dans l'eau des toxines (microcystines) et augmentent la turbidité de l'eau.

La moule zébrée est une espèce envahissante exotique d'origine européenne (Mer Caspienne et Mer Noire) introduite par l'intermédiaire du transport maritime (eaux de ballast) en Amérique du Nord en 1988. N'ayant aucun prédateur en Amérique du Nord, elle prolifère et colonise de nombreux substrats, éliminant ainsi de plusieurs espèces indigènes comme les moules perlières d'eau douce (mulettes). Pouvant filtrer jusqu'à un litre d'eau par jour, elle diminue la concentration en plancton et augmente la transparence de l'eau, modifiant ainsi les réseaux trophiques et les propriétés physicochimiques des écosystèmes aquatiques. Par ailleurs, la moule zébrée est aussi vectrice de la bucéphalose larvaire, qui peut toucher plusieurs espèces de poissons dont le mené, et du botulisme aviaire qui affecte les oiseaux aquatiques.

Selon des chercheurs de l'Université de Buffalo State (Great Lakes Center), la moule zébrée serait en voie de disparaître des Grands Lacs au profit d'une autre moule exotique envahissante très semblable, la moule quagga (Dreissena bugensis). Cette dernière est capable de coloniser les grands fonds vaseux des lacs, repoussant ainsi la moule zébrée vers les zones peu profondes des lacs et les cours d'eau (source: Radio-Canada, 21/02/2017).
(OP - Publié le 21/02/2006 - Modifié et mis à jour le 21/02/2017)


Pour en savoir plus: 
La moule zébrée, Dreissena polymorpha, est un petit mollusque bivalve très productif et doté d'une grande capacité de fixation. La moule quanna, Dreissena bugensis, lui ressemble, mais est de plus grande taille (Photo: Domaine public, via Wikimedia)

dimanche 15 mai 2016

Plantes parasites

Il existe environ 4000 plantes qui sont parasites d’autres plantes. Celles-ci sont munies de suçoirs qui se fixent aux racines (épirhizes) ou aux parties aériennes (épiphytes) des plantes hôtes; ces suçoirs détournent la sève ou l’eau de la plante hôte à leur profit, ce qui l’affaiblit et la rend plus sensible aux attaques des ravageurs ou des maladies. On distingue deux grands types de plantes parasites soit les holoparasites et les hémiparasites.

Plantes holoparasites

Dépourvues de chlorophylle, les plantes holoparasites sont incapables de photosynthèse. De fait, elles détournent la sève élaborée (riche en sucres produits par photosynthèse). Parmi les plantes herbacées holoparasites les plus communes dans les régions tempérées, on trouve les cuscutes (Cuscuta spp., Cuscutaceae) et les orobranches (Orobranchaceae).

Dicotylédone originaire d'Amérique du Nord et naturalisée en Europe, le cuscute champêtre (Cuscuta campestris) est une plante grimpante épiphite qui parasite les légumineuses (Fabaceae), notamment la luzerne et le trèfle. Sa tige fine et filamenteuse, de couleur jaune orangé, s'enroule autour des tiges de la plante hôte formant une «chevelure» caractéristique, d'où son nom populaire de «cheveux du diable».
Crédit photo : Christian Fischer, licence Domaine public CC BY-SA 3.0

En Europe centrale et méridionale et en Asie centrale, l'orobranche du chanvre (Phelipanche ramosa, anciennement Orobranche ramosa) est une plante herbacée holoparasite qui menace entre autres les cultures de Solanacées (tomates, pommes de terre, aubergines), de fèves, de chanvre, de tournesols et de colza.
Crédit photo : Javier Martin, Licence Domaine Public via Wikimedia Commons

Plantes hémiparasites

Conservant leur capacité de photosynthèse, les plantes hémiparasites ne prélèvent que la sève brute (eau et éléments minéraux) des plantes hôtes. Les plus connues sont le gui (Viscum album, Viscaceae), une plante ligneuse épiphite qui parasite les arbres feuillus, notamment les pommiers et les peupliers, et les strigas (Striga spp., Scrophulariaceae), des plantes herbacées épirhizes qui parasitent principalement des graminées (Poceae).

En Afrique de l’Ouest et subsaharienne, Striga hermonthica , qui est connue sous le nom d'«herbe des sorcières», est un véritable fléau qui dévaste les cultures de sorgho, de riz, de maïs, de canne à sucre et de millets, menaçant ainsi l’autosuffisance alimentaire des populations locales. À noter que des mycoherbicides à base de souches de Fusarium peuvent être utilisées pour lutter contre S. hermonthica dans les cultures de Sorgho.
Crédit photo : USDA APHIS PPQ - Oxford, North Carolina , USDA APHIS PPQ, Bugwood.org, Licence CC BY 3.0 US Creative Commons Attribution 3.0 

lundi 15 février 2016

Les tributylétains, des pesticides antisalissures toxiques pour la faune marine

Dans les années 1960-1980, les tributylétains (TBT), des composés organostanniques (à base d'étain) ont été largement employés comme algicide, fongicide, molluscicide et désinfectant dans les peintures antisalissures marines (antifouling), les systèmes hydrauliques industriels comme les tours de refroidissement et dans les traitements conservateurs du bois et de la pâte à papier. Libérés sous l'action de l'eau de mer sous forme d'hydroxydes, de chlorures ou de carbonates, les TBT qui ne sont pas biodégradables se sont accumulés progressivement dans les eaux et sédiments marins des zones portuaires, des estuaires et des littoraux à des concentrations toxiques pour la faune marine.

En particulier, ils sont très toxiques pour les mollusques filtreurs (coquille Saint Jacques, moules, huîtres) et les escargots marins qui les accumulent et les concentrent dans leurs tissus adipeux; à de très faibles concentrations, il affectent leur fécondation et leur développement embryonnaire, ont des effets masculinisants (imposex) sur les femelles de gastéropodes et entraînent l'épaississement de la coquille des mollusques bivalves (Ifremer 2008; UVED - Université de Nantes 2006). En France, le bassin ostréicole d'Arcachon a été particulièrement affecté par les TBT. Au Québec, le Fjord du Saguenay est aussi largement contaminé (Viglino L., thèse UQAR 2005).

Très toxiques et bioaccumulables, les peintures antisalissures à base de TBT sont désormais interdites par l'Organisation maritime internationale. Les TBT ont été remplacés, entres autres, par des herbicides de la famille des triazines comme la cybutrine qui ne sont pas eux mêmes sans risques pour l'environnement. Divers composés toxiques à base de cuivre ou de zinc ont aussi été utilisés. Des recherches sont actuellement menées pour trouver des molécules d'origine naturelle aux propriétés antisalissures et moins toxiques (Agence nationale de la recherche, BIOPAINTRO 2012).

Divers organismes marins comme des cyanobactéries, des algues vertes, des mollusques (tarets), des crustacés (balanes), des éponges et des vers peuvent coloniser la surface des coques des navires et les infrastructures artificielles immergées (câbles, pieux, plateformes, hydroliennes) et former des accumulations ou salissures; celles-ci accélèrent la corrosion des coques, augmentent le poids des navires et entravent leur hydrodynamisme ce qui augmentent leur consommation en carburant. Elles peuvent aussi contribuer à véhiculer des espèces envahissantes.
Crédit photo : Rafal Konkolewski, licence CC BY-SA 2.5 via Wikimedia Commons



vendredi 15 janvier 2016

Stimulateurs des défenses naturelles des plantes

Diverses substances naturelles ou synthétiques peuvent stimuler les défenses naturelles des plantes saines contre les champignons et les bactéries phytopathogènes voire certains phytovirus; après avoir été reconnues par des récepteurs membranaires, ces substances appelées éliciteurs exogènes induisent une série de réactions métaboliques comme la production de signaux d'alerte (acide salicylique, acide jasmonique, éthylène), de protéines de défense (protéines PR, péroxydases, chitinases, etc.) ou de substances antimicrobiennes (phytoalexines) et qui peuvent conduire à des réponses physiologiques comme l'épaississement des parois cellulaires.

Fondée sur le même principe que la vaccination, la stimulation des défenses naturelles permet aux plantes saines d'acquérir une certaine résistance contre les agents infectieux (résistance systémique acquise) qui peut durer de quelques jours à quelques semaines. On distingue deux types de Stimulateurs des défenses naturelles des plantes (SDN ou SDP) soit les éliciteurs qui stimulent les réactions métaboliques de défenses dès leur application et les potentialisateurs qui les déclenchent uniquement lorsque la plante traitée est infectée. Tous deux agissent de façon préventive et systémique sans entrer en contact avec les agents phytopathogènes. Leur persistance d'action est toutefois limité et les traitements doivent être renouvelés fréquemment.

Les SDP ne sont pas à proprement parlé des fongicides car ils n'exercent aucune toxicité directe sur les champignons ou les bactéries.

Il est à noter qu'on trouve sur le marché de nombreux produits fertilisants commercialisés comme «phytostimulants», «biostimulants» ou «bioactivateurs» ce qui laissent à penser qu'ils possèdent une activité SDP. En stimulant la microflore du sol, les biostimulants favorisent en effet  l'absorption des nutriments minéraux par les plantes et, ce faisant, augmente leur vitalité et leur tolérance aux stress abiotiques ou aux maladies. Toutefois, leur efficacité pour prévenir les maladies ne peut être garantie.


SDP naturels

Quelques SDP naturels d'origine végétale, animale ou bactérienne sont homologués dans le monde :
  • la laminarine est un polysaccharide à base de glucanes (β-1,3-glucanes) extrait d’algues brunes (Laminaria digitata) et est efficace sur le blé, l'orge, le riz, le tabac et le pommier. Elle est homologuée en France pour prévenir la tavelure du pommier et le feu bactérien du pommier et du poirier (Bernardon-Méry A. et al., Phytoma 2013).
  • la chitosane (β-1,4 poly D glucosamine) est un polysaccharide obtenu par désacétylation de la chitine extraite de la cuticule des Crustacés (El Hadrami A. et al, Marine Drugs 2010). Elle est homologué aux États-Unis pour prévenir les maladies fongiques sur la vigne.
  • l'harpine, un peptide riche en glycine produit par la bactérie Erwinia amylovora, est efficace contre divers agents phytopathogènes, y compris certains phytovirus, sur le cotonnier, le tabac, la tomate, le piment, le fraisier, etc. (Wei ZM, Science 1992). Elle est homologué aux États-Unis depuis 2002 et pourrait être utilisée prochainement pour traiter les semences.
  • L'extrait de graines de Fenugrec ou trigonelle (Trigonella foenum-graecum, Fabaceae) est homologué en France pour protéger la vigne contre l'oïdium. Cet extrait est riche en protéines, en éléments minéraux et en flavonoïdes.
  • Le Milsana à base d'extraits de renouée de Sakhaline (Reynoutria sachalinensis, Polygonaceae) est autorisé en Allemagne et aux États-unis. Il contient entre autres du resvératrol, un polyphénol aux propriétés antifongiques (mildious, Botrytis) et antibactériennes.
Non toxiques pour la faune et les humains, ces substances naturelles se décomposent rapidement dans les plantes et l'environnement et ne laissent donc aucun résidu. Leur emploi est généralement compatible avec le cahier des charges de l'agriculture biologique. Ils sont aussi souvent associés à des fongicides de synthèse dans des programmes de lutte intégrée ou des stratégies anti-résistance.

SDP synthétiques

Divers SDP synthétiques sont commercialisés :
  • les phosphonates (ou phosphites) de potassium ou de sodium préviennent le mildiou de la vigne, le Phytophtora des arbres fruitiers ou le Pythium des gazons.
  • le foséty-al est utilisé sur la vigne contre le  mildiou et la pourriture noire.
  • l'acibenzolar-S-methyl est un benzothiadazole analogue structural de l'acide salicylique et prévient l’oïdium chez le blé, la moucheture bactérienne (Pseudomonas syringae) chez la tomate ainsi que les cercosporioses chez le bananier. Il est l'ingrédient actif du Bion qui est commercialisé en France.
  • la probénazole, un autre benzothiadazole, est employée au Japon pour protéger le riz contre la pyriculariose (Magnaporthe grisea) et les bactérioses dues à Xanthomonas oryzae.
D'origine industrielle, ces composés synthétiques ne sont pas autorisés en agriculture biologique.

dimanche 19 juillet 2015

La maladie corticale du hêtre américain transmise par une cochenille exotique

Introduite à Halifax vers 1890, lors de la plantation de hêtres ornementaux importés d'Europe, la cochenille du hêtre (Cryptococcus fagisuga Lindinger) est un Homoptère qui est responsable de la maladie corticale du hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia), appelé aussi hêtre américain. La maladie s'est ensuite propagée lentement vers l'ouest et le nord du continent et compromet désormais la survie des hêtres au Québec.

La cochenille est munie d'un puissant rostre qui lui permet de traverser l'écorce pour sucer la sève des hêtres. Les blessures causées par les cochenilles qui secrètent une cire blanche favorisent la propagation de deux champignons phytopathogènes, Neonectria faginata et le Neonectria galligena. La formation de chancres qui s'en suit entraîne le dépérissement des hêtres en quelques années.

Pour contrer la progression de la maladie corticale du hêtre, des recherches sont menées au Service canadien des forêts afin de trouver un parasite naturel de la cochenille.

La cochenille du hêtre secrète des cires blanches à l'aspect laineux sur l'écorce de l'arbre. Elles contiennent une substance qui empêcherait la cicatrisation des micro blessures causées par le rostre de l'insecte suceur, favorisant ainsi le développement des pathogènes. 
Source de la photo: Joseph O'Brien, USDA Forest Service, Bugwodd.org - Sous licence Creative Commons 3.0

Pour en savoir plus:

jeudi 23 avril 2015

Une microguêpe cécidogène pour lutter contre un acacia envahissant au Portugal

Le mois dernier, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a autorisé l'introduction d'une guêpe parasite cécidogène originaire d'Australie, Trichilogaster acaciaelongifoliae (Hymenoptera : Pteromalidae), pour réprimer la prolifération de l’acacia à longue feuille, Acacia longifola (Mimosaceae) qui nuit à la biodiversité le long des côtes portugaises. Cet acacia d’origine australienne avait été lui-même introduit il y a 150 ans pour lutter contre l’érosion des dunes de sable.

La microguêpe parasite, qui a déjà été introduite avec succès en Afrique du Sud dans les années 1980, pond ses œufs dans les bourgeons floraux de l'acacia et provoque la formation de galles qui réduisent considérablement la production de graines et la croissance de l'arbre.

Les galles se forment à l'éclosion des larves qui se développent à l'intérieur de celles-ci. Crédit : John Richfield (travail personnel) - sous licence publique via Wikipedia Commons

Bien qu'il soit pratiqué depuis une centaine d'année à travers le monde, principalement en Australie, en Amérique du Nord et en Afrique du Sud, pour lutter contre des espèces exotiques envahissantes, ce type de lutte biologique par acclimatation ou introduction reste très rare en Europe en raison des risques non négligeables d'effets écologiques non intentionnels; les insectes introduits peuvent étendre leur spectre d'action à d'autres plantes indigènes et devenir à leur tour envahissants.

Pour en savoir plus :

samedi 31 janvier 2015

Peut-on protéger les agriculteurs des pesticides?

Dans une conférence donnée à l'Institut de recherche travail Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail (IRSST), Alain Garrigou, ergonome à l'Université de Bordeaux II, explique les problématiques liées à la protection des agriculteurs face aux pesticides. Il souligne qu'il est difficile de protéger efficacement les agriculteurs contre les risques liés à la manipulation et à la pulvérisation des pesticides. Les mesures de prévention sont souvent trop complexes et peuvent devenir inapplicables dans les situations réelles de travail.

lundi 15 décembre 2014

La catastrophe de Bhopal : 30 ans d'empoisonnement

De nombreux carbamates insecticides comme le carbaryl, l’aldicarbe, le carbofuran ou le méthomyl sont synthétisés à partir d’isocyanate de méthyle (CH3-N=C=O), un produit chimique extrêmement dangereux, toxique et irritant. Ce dernier est à l’origine de la catastrophe de Bophal (Inde) en décembre 1984, un des pires accidents industriels de l’histoire.

L’explosion dans une usine agrochimique d’Union Carbide, qui produisait entre autres du carbaryl (sous la marque Sevin) dans des conditions non sécuritaires, laissa s’échapper dans l’atmosphère plus de 40 tonnes d’isocyanate de méthyle causant plus de 3500 décès immédiats par asphyxie et des milliers de victimes. Par la suite, les pesticides s’échappant des cuves de stockage abandonnées dans l’usine ont été lessivés pendant des années par les pluies et ont contaminé les nappes phréatiques et l’eau potable empoisonnant près de 300 000 indiens (cécité, invalidité, insuffisances respiratoires, avortements spontanés, malformations congénitales, etc.). À ce jour, 30 ans plus tard, le site n’a toujours pas été dépollué et des milliers de survivants continuent d’en souffrir

Pour en savoir plus:

samedi 26 juillet 2014

Lien entre autisme et exposition prénatale aux insecticides

L'autisme est une maladie complexe du développement neurologique des humains, qui se manifeste par des troubles de la communication verbale ou non verbale, une altération des interactions sociales et des comportements ou mouvements répétitifs. Elle se détecte habituellement au cours des trois premières années de vie de l'enfant. Au cours des dernières années, une forte augmentation de l'incidence des troubles autistiques a été constatée dans de nombreux pays. Par exemple, aux États-Unis, l'autisme touchait un enfant sur 68 en 2012 contre un enfant sur 150 en 2000. Des facteurs environnementaux, dont les expositions prénatales aux pesticides, sont suspectés d'être en partie responsables de cette forte augmentation. 

Confirmant des études antérieures, une nouvelle étude, menée par des chercheurs américains de l'Université de Davis en Californie, montre un lien entre l'exposition prénatale à divers types d'insecticides agricoles (organophosphorés, pyréthrinoïdes, carbamates et organochlorés) et des retards du développement neurologique chez l'enfant, en particulier l'autisme. Selon cette étude, une femme enceinte qui vit à proximité d'une exploitation agricole qui utilise des pesticides, a un risque plus élevé d'avoir un enfant autiste. Le risque est particulièrement élevé (60 %) lorsque les femmes sont exposées à des insecticides organophosphorés, comme le chlorpyrifos, l'acéphate ou le diazinon, au cours du deuxième et du troisième trimestre de grossesse. Des risques d'autisme sont aussi plus élevés lorsque les mères sont exposées à divers pyréthrinoïdes (esfenvalerate, perméthrine, cyperméthrine) dans les trois mois avant d'être enceinte ou au cours du troisième trimestre de la grossesse. Enfin, l'exposition prénatale à des carbamates, comme le méthomyl et le carbaryl, est associée à des risques plus élevés de troubles du développement de l'enfant. Cette étude confirme

Menée en Californie, dans le cadre du projet CHARGE (CHildhood Autism Risks from Genetics and the Environment), l'étude statistique a porté sur une population test de 1 600 mères d'enfant autiste ou ayant  un retard neurologique. Les chercheurs ont constaté que près d'un tiers des mères participantes à l'étude avaient vécu, au cours de leur grossesse, à proximité (dans un rayon de 1,5 km) d'exploitations agricoles où des insecticides étaient couramment utilisés.

Bien que l'étude n'établit pas une relation de cause à effet, les chercheurs suspectent ces insecticides neurotoxiques d'avoir un effet sur le développement du cerveau du fœtus. De fait, ils recommandent au femmes enceintes d'éviter toute exposition avec des pesticides agricoles.

Référence :
  • Janie F. Shelton, Estella M. Geraghty, Daniel J. Tancredi, Lora D. Delwiche, Rebecca J. Schmidt, Beate Ritz, Robin L. Hansen, and Irva Hertz-Picciotto. Neurodevelopmental Disorders and Prenatal Residential Proximity to Agricultural Pesticides: The CHARGE Study. Environ Health Perspect 2014 (Advanced pblication) [Résumé]
Pour en savoir plus :


mardi 22 juillet 2014

Des plantes pour lutter contre la malaria en Tanzanie

Dans les régions rurales d'Afrique, diverses plantes indigènes sont traditionnellement utilisées pour lutter contre les moustiques vecteurs de la malaria et d'autres parasitoses. En Tanzanie, ces plantes sont souvent les seuls moyens pour les communautés isolées de se protéger contre la malaria. Dans le but de connaître les pratiques de ces communautés et leurs relations avec les plantes pour lutter contre la malaria, des éthnobotanistes anglais ont interrogés plus de 200 personnes répartis dans quatre villages tanzaniens du district de Bagamoyo. Un peu plus de 40 % des villageois ont déclaré utiliser des plantes pour éloigner les moustiques et autres insectes piqueurs. Les résultats de l'enquête ethnobotanique révèlent qu'une grande diversité d'arbres, arbustes ou plantes herbacées sont utilisés.

Parmi les plantes les plus fréquemment citées par les villageois tanzaniens, on trouve le margousier (Azadirachta indica), les annones (Anona sp.),  l'anacardier ou pommier-cajou (Anacardium occidentale), des arbustes du genre Citrus, des plantes herbacées du genre Ocimum (proches du basilic), le manguier (Mangifera indica L.), le goyavier (Psidium guajava) et le cocotier (Cocos nucifera). À l'exception du goyavier, toutes ces plantes sont connues pour leurs propriétés insecticides, répulsives ou antiseptiques.

Il pourrait être intéressant de sensibiliser l'ensemble de la population à ces pratiques locales, dans le cadre des programmes de lutte contre la malaria. Combinée à l'utilisation systématique de moustiquaires, l'utilisation de plantes indigènes pourrait accroître l'efficacité de la lutte contre la malaria et contribuer à réduire l'épandage d'insecticides chimiques.


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« Neemtree ». Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Les graines du margousier (Neemtree en anglais), dont on extrait l'huile de neem, contiennent un insecticide naturel de la famille des limonoïdes, l' azadirachtineé. En Afrique, le brulage de ses feuilles est aussi couramment utilisé comme répulsif pour chasser les moustiques.


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« Gui1 cashewfruit2 ». Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

Riche en flavonoïdes, en acide anacardique et en tanins, la pomme de cajou, est un excellent répulsif contre les moustiques et insectes piqueurs. On laisse habituellement la pomme coupée en deux pourrir à même le sol pour éloigner les insectes ou dans une mare pour tuer les larves de moustiques. La coque de la noix de cajou contient aussi une résine toxique qu'on peut utiliser comme insecticide naturel.  

Référence : 
  • Innocent E, Hassanali A, Kisinza WN, Mutalemwa PP, Magesa S, Kayombo E. Anti-mosquito plants as an alternative or incremental method for malaria vector control among rural communities of Bagamoyo District, Tanzania. J Ethnobiol Ethnomed. 2014 Jul 11;10(1):56. [PubMed]

samedi 19 juillet 2014

Le longicorne asiatique, un foreur du bois exotique qui menace les forêts de feuillus canadiennes

Le Longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis) est un coléoptère de la famille des Cerambycidae qui s'attaque à tous les arbres feuillus, particulièrement les érables et les chênes. Ses larves xylophages creusent des galeries dans le phloème des arbres, ce qui les affaiblit, tandis que les adultes phytophages se nourrissent de l'écorce des rameaux.

Originaire aussi d'Asie (Chine, Corée), le Longicorne asiatique a été détecté pour la première fois en Amérique du Nord en 1999, dans les villes de Brooklyn et d'Amytiville (New-York). Malgré des mesures drastiques d'éradication des arbres infectés et de quarantaine, l'insecte fait sa première apparition en Ontario en 2003, dans la banlieue de Toronto, à Vaughan et à Toronto même. Les deux foyers d'infestation ontariens ont finalement été éradiqués au printemps 2013. Mais, un nouveau foyer d'infestation a été signalé à Missisauga en août 2013 (Gouvernement de l'Ontario).


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« Anoplophora glabripennis ». Les élytres de ce grand coléoptère noir luisant (long: 20-35 mm; largeur: 7-12 mm) sont ornés d'un nombre variable de de taches blanches irrégulières. Source : Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

Pour en savoir plus sur l'état du longicorne asiatique au Canada:

vendredi 18 juillet 2014

Les néonicotinoïdes et le fipronil menacent la diversité et le fonctionnement des écosystèmes

De nos jours, les insecticides systémiques à large spectre, comme les néonicotinoïdes (imidaclopride, clothianidine) et le fipronil, sont les principaux insecticides employés en agriculture. Les néonicotinoïdes représentent à eux seuls 40% du marché mondial des insecticides agricoles (soit environ 2,6 milliards de dollars en 2011). Pulvérisés ou appliqués sous forme de semences enrobées, ces insecticides neurotoxiques systémiques, qui pénètrent et diffusent à l'intérieur des plantes, se dégradent lentement et persistent dans l'environnement d'une saison à l'autre. Ainsi, depuis leur commercialisation au milieu des années 1990, les néonicotinoïdes et le fipronil sont fréquemment détectés dans les eaux et les sols des régions agricoles. On en trouve aussi dans l'air, sous forme d'aérosols, lors des pulvérisations ou des ensemencements. Par ailleurs, les néonicotinoïdes sont fortement suspectés de contribuer au déclin des populations d'abeilles observé un peu partout sur la planète, notamment en Europe et en Amérique du Nord.

Afin de documenter les impacts environnementaux des insecticides systémiques, un  regroupement international de chercheurs, la Task Force on Systemic Pesticides, a mené une vaste évaluation des risques basée sur plus de 800 études scientifiques publiées au cours des cinq dernières années. Leur constat est sans appel: l'utilisation intensive et répétée des insecticides systémiques menace la santé et la biodiversité des écosystèmes et les services qu'ils fournissent aux collectivités. Outre la pollinisation par les abeilles, le contrôle biologique des ravageurs par les prédateurs et parasitoïdes naturels et le recyclage des nutriments du sol par les vers de terre (lombrics) sont aussi affectés par ces insecticides systémiques et persistants.

Si les risques des néonicotinoïdes et du fipronil pour les abeilles étaient déjà connus, cette méta analyse met en évidence des risques élevés pour les vers de terre, les pollinisateurs sauvages, les invertébrés aquatiques (puces d'eau, escargots d'eau douce), les oiseaux, les poissons ou les reptiles. Les oiseaux granivores qui ingèrent des semences enrobées traitées avec ces insecticides neurotoxiques sont particulièrement à risque. Les niveaux de contamination des eaux sont aussi très préoccupants pour l'ensemble de la faune aquatique. Les effets directs de l’exposition à ces insecticides neurotoxiques s’étendent de la mortalité instantanée (toxicité aigüe) aux effets chroniques comme la baisse de la fécondité ou les troubles du comportement. Par ailleurs, ces insecticides ont la capacité d'exercer des effets indirects sur les populations de vertébrés (oiseaux, poissons, reptiles) en réduisant le nombre de leurs proies (via la chaîne alimentaire).

L'ensemble des données recueillies dans cette méta analyse justifient un examen plus approfondi des impacts environnementaux des insecticides systémiques. Les chercheurs de la Task Force on Systemic Pesticides préconisent en outre la mise en place de mesures réglementaires plus strictes à l'échelle mondiale voire l’interdiction des néonicotinoïdes dans certaines cultures, notamment de leur usage préventif par enrobage des semences.

Références

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