jeudi 12 mars 2026

La guerre aux animaux « nuisibles » : une fausse solution coûteuse et controversée

Chaque année, en France, des millions d’animaux dits « susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD), comme les renards, les fouines, les martres, les étourneaux, les pies, les corbeaux ou les corneilles, sont abattus dans l’espoir de protéger l’agriculture, les biens privés et d'éviter les risques sanitaires. Mais une étude scientifique récente du Muséum national d’Histoire naturelle, basée sur les données officielles récoltées pendant sept ans (entre 2015 et 2022) et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que cette pratique ne réduit pas les dégâts attribués, malgré l’élimination d’environ 1,7 million d’animaux par an.

Le renard roux (Vulpes vulpes) est souvent perçu comme nuisible par certains agriculteurs, éleveurs ou chasseurs lorsqu’il s'attaque à la volaille domestique, aux petits animaux d'élevage et aux petits gibiers (faisans, perdrix). Il joue aussi un rôle bénéfique important en contrôlant des populations de rongeurs (campagnols, souris), qui peuvent causer de gros dégâts agricoles (OP)

Pire encore, le coût de cette politique publique est huit fois supérieur aux pertes économiques qu’elle est censée prévenir : environ 103–123 millions € par an pour les abattages, contre 8–23 millions € estimés pour les dégâts déclarés. Les zones les plus touchées ne coïncident même pas avec celles où les abattages sont les plus nombreux.  

« Statistiquement, tuer plus d’animaux ne réduit pas les dégâts l’année suivante » (MNHN, 2026)

« Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (MNHN, 2026)

Au-delà des chiffres, la question éthique se pose : ces animaux jouent un rôle crucial dans les écosystèmes et fournissent aux humains des services écosystémiques essentiels pour l’agriculture et la foresterie. Par exemple, les renards et les martres contribuent à la régulation des populations de rongeurs nuisibles aux cultures (campagnols, souris) et les corvidés participent à la dispersion des graines et des fruits de nombreuses essences forestières. Les éliminer massivement pour des bénéfices économiques incertains soulève donc d’importantes questions liées au bien-être animal et au respect de la biodiversité.

Les chercheurs suggèrent des alternatives non létales : protection des cultures, dispositifs dissuasifs et répulsifs, aménagements agricoles et gestion plus raisonnée. Une approche qui permettrait de protéger les récoltes et réduire les dommages sans sacrifier des millions d’animaux.

Il conviendrait donc de réviser cette politique publique de régulation des ESOD et de mettre fin rapidement à ces pratiques à la fois inefficaces et contestables sur le plan éthique, afin de favoriser l’établissement d’une « cohabitation saine et durable » entre les humains et ces animaux encore trop souvent considérés comme « nuisibles ».

 

Références

➤ Jiguet, F., et al. (2026). Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France. Biological Conservation,. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2026.111719

➤ Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) (9 mars 2026). La guerre aux«  nuisibles » ne réduit pas les dégâts, 9 mars 2026, [En ligne]. www.mnhn.fr/fr/actualites/la-guerre-aux-nuisibles-ne-reduit-pas-les-degats

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