mardi 17 juin 2014

De nouveaux pesticides détectés dans l'Arctique

Les polluants organiques persistants (POP), comme les dioxines, les furanes, les polychlorobiphényles (PCB) et les pesticides organochlorés (aldrine, dieldrine, lindane), sont une source de pollution majeure dans l’Arctique. Transportés par les vents depuis les régions tempérées, ces toxiques non biodégradables se concentrent dans le phytoplancton, les algues et les plantes qui les absorbent. Par la suite, ils s'accumulent, via la chaîne alimentaire, dans les tissus adipeux des animaux comme les poissons, les bélugas et les phoques. Par ce phénomène de bioaccumulation, on en retrouve même dans le lait maternel des femmes inuites. Les POP font l'objet d'une étroite surveillance par les chercheurs du monde entier. Si leur concentration dans l'air arctique est resté relativement stable au cours des dernières années, les chercheurs ont récemment détecté, dans les glaces, de nouveaux POP, dont de nombreux pesticides usuels et des retardateurs de flammes.

Ces dernières années, les analyses de carottes glaciaires ont ainsi révélé des concentrations croissantes de trois pesticides, soit le chlorpyrifos, un insecticide organophosphoré utilisé principalement contre les moustiques et les mouches, l'endosulfan, un insecticide organochloré interdit en Europe et au Canada depuis plusieurs années, et la trifluraline, un herbicide communément employé dans les cultures céréalières et légumières. Des phénomènes de bioaccumulation ont été aussi observés pour deux d'entre eux, soit le chorpyrifos et l'endosulfan, ainsi que pour le pentachloroanisole, un produit de la dégradation de rodenticides, et le metoxychlor, un insecticide organochloré apparenté au DDT.  La contamination de l'Arctique par les pesticides continue.

Référence :
  • Vorkamp K, Rigét FF. A review of new and current-use contaminants in the Arctic environment: Evidence of long-range transport and indications of bioaccumulation. Chemosphere. 2014 Sep;111C:379-395. Epub 2014 May 14. [PubMed]

dimanche 15 juin 2014

Contrôle du marché mondial des pesticides

Plus de 75 % du marché mondial des pesticides est contrôlé par seulement six compagnies agrochimiques soit :
  • Syngenta (Suisse)
  • Bayer CropScience (Allemagne)
  • BASF (Allemagne)
  • Dow AgroSciences (États-Unis)
  • Monsanto (États-Unis)
  • DuPont Pioneer (Etats-Unis). 
Certaines d’entre elles représentent également une part importante du marché mondial des semences et des biotechnologies végétales. Leur pouvoir d’influence sur les agriculteurs, via les coopératives et les institutions agricoles, et les autorités en charge des politiques agricoles est considérable. Selon plusieurs experts, cette forte concentration pourrait mettre en péril le système agricole mondial.

Pour en savoir plus : Contrôle du marché mondial des semences et des aliments par les grands groupes prives (Centre de recherche sur la mondialisation)

mardi 20 mai 2014

PESTInfos sur Twitter : les deux premiers tweets




Des pesticides perturbateurs endocriniens dans les cheveux des enfants français

Depuis quelques années, les substance insecticides et antiparasitaires à usages agricoles, thérapeutiques ou vétérinaires, comme les pyréthrinoïdes (deltaméthrine, perméthrine), les organophosphorés (chlorpyrifos, parathion) ou les vieux organochlorés (dieldrine, lindane), sont fortement suspectés d'être des perturbateurs endocriniens. De fait, plusieurs études scientifiques évoquent un lien entre exposition à ces pesticides, même à très faibles doses, et troubles du métabolisme (obésité), de la reproduction (puberté précoce, diminution de la fertilité) et du développement du foetus et du jeune enfant (troubles mentaux ou du comportement), etc. Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables aux expositions aux pesticides perturbateurs endocriniens et ne devraient pas y être exposés.

En 2013, Générations Futures a mené une enquête sur une population d'une trentaine de jeunes enfants dans des zones agricoles du Nord et de l'Ouest de la France afin d'évaluer leur exposition à différents pesticides. Même s'ils ne concernent qu'un faible échantillon peu représentatif, les résultats du rapport EXPPERT 3, publiés en avril dernier, sont alarmants. En moyenne, plus de 21 pesticides ou métabolites (issus de leur dégradation dans l'organisme) ont été retrouvés dans les cheveux des enfants. Certaines de ces substances ne sont pas autorisées en usage agricole (fipronil) ou ne sont plus autorisées en France depuis plusieurs années (endosulphan, dieldrine). Selon François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, cette étude « montre bien que dans la réalité nos enfants sont exposés à des cocktails importants de ces substances ».

Pour en savoir plus :

jeudi 11 juillet 2013

Effets des pesticides sur la santé : le bilan des experts de l'Inserm

Depuis les années 1980, un nombre grandissant d'articles scientifique et d'enquêtes épidémiologiques évoquent l'implication des expositions aux pesticides, y compris à l'état de traces dans les aliments ou l'eau, dans plusieurs pathologies comme les cancers, les maladies neurologiques, les troubles de la reproduction (fertilité) et les troubles de développement du fœtus et du jeune enfant.

Dans ce contexte, l'institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) vient de publier, il y a quelques semaines, une importante synthèse bibliographique qui dresse le bilan des connaissances relatives aux effets des pesticides, même à faible intensité, sur la santé humaine. Parmi la littérature scientifique internationale publiée au cours des 30 dernières années, les experts de l'Inserm ont ainsi recensé et analysé l'ensemble des données scientifiques qui concernent les expositions professionnelles, en particulier en secteur agricole, et les expositions précoces (fœtus et jeunes enfants) aux pesticides.

Selon les données analysées,  il semble bien exister un lien entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte comme la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphomes multiples). Par ailleurs, les experts de l'Inserm soulignent des risques importants pour le développement de l'enfant des expositions précoces du fœtus et du jeune enfant aux pesticides.


Pour en savoir plus (site de l'Inserm) :

mardi 15 janvier 2013

Le lindane pollue encore les sols

Le lindane (gamma-hexachlorocyclohexane ou HCH) est un insecticide neurotoxique de la famille des organochlorés qui a été abondamment utilisé pendant des décennies en agriculture et dans les produits antiparasitaires et vétérinaires (traitements contre les poux et la galle). Comme le DDT, un autre insecticide organochloré, le lindane est un polluant organique hautement persistant qui s'accumule dans les sols et, via la chaîne alimentaire, dans les organismes vivants. Ce pesticide organique persistant (POP) a été interdit en 1998 dans plus de 50 pays dont la France, et son commerce international reste limité en vertu de la convention de Rotterdam (PNUE).

Malgré son interdiction depuis 15 ans, le lindane et ses résidus sont encore présents dans les sols du nord et du nord-ouest de la France comme le montre la nouvelle étude réalisée par le Réseau de mesure de la qualité des sols et piloté par l'INRA (The Science of the Total Environment, 15 janvier 2013). La cartographie réalisée montre des concentrations importantes dans les sols des régions d'agriculture intensives et d'élevage industriel des porcs et des poulets. Le lindane se disperse facilement et se trouve aussi dans les sols des régions non cultivées où les pluies sont abondantes.

dimanche 2 décembre 2012

Des mouches parasitoïdes pour combattre les fourmis de feu invasives

Originaires d'Amérique du Sud, la fourmi de feu (Solenopsis invicta) a été introduite accidentellement aux États-Unis, en Alabama, dans les années 1930. Espèce invasive et agressive, elle a colonisé l'ensemble des états du Sud, où elle y occasionne des dégâts considérables, qui sont chiffrés à quelques milliards de dollars par an. Ces fourmis peuvent, entre autres, tuer les petits animaux domestiques et des oiseaux, causer des courts-circuits dans les systèmes de ventilation, endommager les récoltes en édifiant leurs nids ou encore perturber les balises lumineuses des aéroports. De plus, sa piqûre est très douloureuse et son venin peut causer des allergies sévères chez l'humain (environ 1% de la population y est allergique). De fait, pour de nombreux américains, les fourmis de feu sont « l'incarnation du diable ».

Pour contrôler biologiquement les fourmis de feu, les scientifiques américains ont introduit en Floride un de leurs plus redoutables parasites naturels, soit la mouche parasitoïde Phoridae du genre Pseudacteon. Originaires elles même d'Amérique du Sud, ces minuscules mouches, qui ressemblent aux drosophiles, pondent leurs œufs directement dans l'abdomen des fourmis adultes (ouvrières). Après éclosion, les larves migrent vers la tête des fourmis et dévorent les fourmis de l'intérieur. Au bout de quelques semaines, les fourmis, dont la la tête se décroche, meurent et les mouches parasitoïdes prennent leur envol.
(OP - Publié le 02/12/2005, Mis à jour le 02/12/2012)

Pour en savoir plus :

jeudi 15 novembre 2012

L'allélopathie, une nouvelle voie pour maîtriser les adventices

Plusieurs plantes ont la capacité de synthétiser et de diffuser dans leur environnement par volatilisation ou exsudation racinaire des composés organiques qui inhibent la germination ou la croissance de plantes voisines d'espèces différentes. Cette interaction chimique entre plantes appelé allélopathie joue un rôle important dans la compétition interspécifique pour les ressources de l'environnement chez les végétaux.

L'allélopathie offre aussi des perspectives intéressantes pour la gestion des "mauvaises herbes" ou adventices, notamment pour réduire l'utilisation des herbicides synthétiques et développer de nouveaux herbicides naturels. Les composés allélopathiques sont des métabolites secondaires (non essentiels au métabolisme général des plantes), tels que des flavonoïdes, des quinones, des acides phénoliques (acide salicylique) ou des terpénoïdes (eucalyptol). En particulier, les Labiées produisent des huiles essentielles qui pourraient servir de bioherbicides.

L'effet allélopathique peut être utilisé directement en cultivant des plantes intercalaires  ou indirectement en enfouissant certaines plantes ou produits végétaux qui en se décomposant libèrent des huiles essentielles aux propriétés herbicides. L'installation de plantes de couverture ou l'épandage de résidus végétaux permet en outre de protéger le sol contre l'érosion, d'augmenter son taux de matière organique et sa capacité de rétention de l'eau; ils sont une composante essentielle de l'agriculture de conservation qui exclut le labour.

Pour en savoir plus : 

mercredi 16 novembre 2011

Le bromure de méthyle contamine-t-il encore les fruits et légumes?

Le bromure de méthyle, appelé aussi bromométhane, est un gaz toxique halogéné (CH3Br) qui a été largement utilisé comme pesticide et fumigant non sélectif pour lutter contre les micro-organismes pathogènes (bactéries, champignons et nématodes parasites), les mauvaises herbes, les rats et les insectes. Il a été particulièrement utilisé comme fongicide dans les cultures maraichères (fraises, tomates), comme agent de stérilisation des sols et comme agent désinfectant des semences, des grains stockés (céréales) et des bois importés.

Très toxique par inhalation pour les animaux et les humains, le bromure de méthyle est aussi très néfaste pour l'ozone atmosphérique, en plus d'être un gaz à effet de serre. Dans la stratosphère, le bromure (Br) serait en effet 60 fois plus destructeur pour l'ozone (O3) que le chlore (Cl) des chlorofluorocarbones (CFC). Selon le Protocole de Montréal adopté en 1987, ce dangereux pesticide devait être totalement éliminé des pays industrialisés en 2005. Toutefois, plusieurs pays dont les États-Unis, le Canada et la France ont obtenu des dérogations pour certains usages avant expédition jusqu'en 2010 (quarantaine, traitements avant expédition, stérilisation des sols, etc.).

Bien qu'il existe des alternatives culturales (rotation des cultures, biofumigation), physiques (solarisation du sol, traitement thermique) ou chimiques (chloropicrine), le bromure de méthyle est encore utilisé, parfois illégalement, dans certains pays pour traiter les fruits et les légumes. Par exemple, en Californie, le bromure de méthyle est permis pour produire des plants de fraisiers exempts de maladies.
(OP - Publié le 25/12/2002, Modifié le 16/11/2011)

Pour en savoir plus:



mercredi 1 juin 2011

Comment désorienter les moustiques piqueurs?

Pour repérer leurs proies humaines, les moustiques femelles disposent entre autres de minuscules organes sensoriels qui détectent la moindre bouffée de dioxyde de carbone expiré par leurs malheureuses victimes. Des chercheurs de l'Université de Californie à Riverside viennent d’identifier des molécules odorantes qui sont capables de perturber ces organes situés autour de l'appareil buccal. Testées sur plusieurs moustiques vecteurs de maladies, Anopheles gambiae, Culex quinquefasciatus et Aedes aegypti, ces molécules volatiles activent les neurones sensoriels, brouillant ainsi la capacité des moustiques à détecter le CO2 expiré par leurs proies. Les moustiques restent ainsi désorientés pendant plusieurs minutes, même après la disparition des molécules odorantes dans l'air ambiant.

Des essais à petite échelle ont été menés avec succès au Kenya. Selon leurs auteurs, les résultats sont très prometteurs et pourraient mener à la mise au point d'une nouvelle génération de répulsifs et de leurres. Toutefois, il convient de rester prudent, car les moustiques femelles détectent aussi les odeurs et la chaleur dégagées par leurs proies. De plus, il reste à déterminer l'innocuité de ces molécules volatiles pour les humains et l'environnement.

Référence :

dimanche 29 mai 2011

Journée de l'abeille

Ce dimanche 29 mai a été décrété "Journée de l'abeille" au Canada. C'est l'occasion de rappeler l'importance cruciale des abeilles pour la production alimentaire et l'équilibre des écosystèmes en tant que principal pollinisateur des plantes à fleurs. Aujourd'hui, partout sur la planète, les populations d'abeille sont amoindries, victimes des maladies, du stress et des résidus de pesticides. Au Québec, près de la moitié des ruches exploitées par les apiculteurs pour produire le miel ont disparu au cours des dernières années.

La Fédération des apiculteurs du Québec rappellent en outre que les abeilles doivent aussi affronter l'hiver québécois qui occasionne une hécatombe annuelle dans les ruches. Les apiculteurs québécois profitent de cette "Journée de l'abeille" pour appeler les organismes publics, les compagnies agrochimiques et les agriculteurs à prendre en compte la situation inquiétante des abeilles dans leur lutte contre les insectes ravageurs.

samedi 18 décembre 2010

Abeilles et pollinisateurs : enjeux et menaces (Rapport PNUE)

Les indices d'une crise majeure de la biodiversité s'accumulent. On estime ainsi que la Terre perd entre 1 et 10 % de sa biodiversité tous les 10 ans. La destruction des habitats et la déforestation, la pollution, la propagation des espèces invasives et des parasites et la surexploitation des terres agricoles et des océans, qui sont liées aux activité humaines, en sont les principales causes. Les abeilles et les autres insectes pollinisateurs, comme les papillons ou les mouches, n'échappent malheureusement pas à cette crise de la biodiversité. Ces dernières années, plusieurs études ont montré un possible déclin des populations d'abeilles sauvages et domestiquées et des pollinisateurs à l'échelle de la planète, principalement en Amérique du Nord et en Europe.

La pollinisation est essentielle aux sociétés humaines. Beaucoup de plantes à fleurs, fruits et légumes en dépendent. L'Organisation mondiale pour l'agriculture (FAO) estime que près de 71 % des espèces végétales qui assurent 90 % de l'alimentation mondiale sont pollinisées par des insectes, principalement des abeilles. Au cours des 50 dernières années, les productions agricoles qui dépendent de la pollinisation ont été multipliées par 4. De fait, l'agriculture mondiale dépend de plus en plus de la pollinisation.

Dans un récent rapport, des experts du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE - UNEP) dressent le bilan de santé global des populations mondiales d'abeilles. Malgré des preuves de déclin dans plusieurs régions du monde, les experts onusiens hésitent à parler de «crise de la pollinisation» à l'échelle de la planète, car, selon eux, les données recueillies ne sont pas assez concluantes. Par contre, le rapport onusien énumère les nombreuses menaces auxquelles sont exposées les abeilles et les pollinisateurs :
  • Destruction et pollution des habitats conduisant à une diminution de la biodiversité des plantes à fleurs;
  • Épandages aériens d'insecticides et développement des insecticides systémiques (qui diffusent à travers toute la plante) et des semences enrobées qui sont toxiques pour les insectes non ciblés et les pollinisateurs;
  • Commercialisation, sélections, traitements antibiotiques et transports des abeilles domestiques qui amenuisent la santé des ruches;
  • Changements climatiques qui pourraient, entre autres, modifier les relations entre les insectes et les plantes à fleurs. 
Par ailleurs, le rapport onusien invite les gouvernements à prendre en compte ces menaces dans leurs politiques agricoles et à favoriser le développement des pollinisateurs sauvages et indigènes en complément aux colonies d'abeilles domestiques.

Référence :

mardi 3 août 2010

L'histoire controversée du DDT

Le Dichloro-Diphényl-Trichloréthane ou DDT est l'un des tout premiers pesticides de synthèse. Synthétisé pour la première fois en 1874 par un chimiste strasbourgeois, Othmar Zeidler, les propriétés insecticides de cet organochloré ont été découvertes en 1939 par le chimiste suisse Paul Hermann Müller (1899-1965). Dès les années 1940, le DDT est utilisé pour combattre la propagation du typhus et de la malaria, deux maladies infectieuses graves transmises respectivement par les poux (Pediculus humanus) et les moustiques (Anopheles spp.). En 1948, Müller reçoit d'ailleurs le prix Nobel de médecine pour sa découverte. Le DDT est alors abondamment pulvérisé sur les marécages, dans les habitations et même sur les personnes afin de lutter contre les mouches, les puces, les poux et les moustiques et de protéger les populations contre plusieurs maladies infectieuses. Il contribue ainsi à l’éradication du paludisme en Europe et en Amérique du Nord. En raison de sa grande efficacité, le DDT est ensuite massivement employé en agriculture pour lutter contre les insectes ravageurs comme le doryphore de la pomme de terre.

Toutefois, très rapidement des phénomènes de résistance au DDT apparaissent chez plusieurs espèces d'insectes, ce qui diminue l'efficacité des traitement et augmentent les doses d'emploi. Le DDT se révèle aussi toxique pour de nombreuses espèces non ciblées comme les insectes pollinisateurs, les poissons et les oiseaux, et des phénomènes de bioaccumulation sont observés. Très rémanent et non biodégradable, le DDT s'accumule, via la chaîne alimentaire, dans les tissus adipeux des animaux, et des traces sont même détectées dans le lait maternel humain. À l'époque, le DDT est aussi suspecté d'être responsable du déclin des grands rapaces, comme le Pygargue à tête blanche, en perturbant leur reproduction et en amincissant la coquille de leurs oeufs. En 1962, Rachel Carson, une biologiste américaine, publie un livre, « The Silent Sping » («Le printemps silencieux» en français), qui révèle au grand public le danger des pesticides pour l'environnement et la santé humaine. Dans les années 1970, le DDT est interdit d'utilisation dans de nombreux pays industrialisés, dont les États-Unis, le Canada et la France. Dès lors, le DDT cesse d'être utilisé en agriculture et de nouvelles familles d'insecticides de synthèse (organophosphorés, carbamates, pyréthrinoïdes) sont développées pour le remplacer. Par la suite, plusieurs études suspectent le DDT et ses dérivés organochlorés d'être des perturbateurs du système endocrinien.

Malgré qu'il soit un polluant organique persistant (POP), le DDT est encore utilisé de nos jours dans plusieurs pays en développement pour lutter contre les moustiques vecteurs de la malaria, principalement en pulvérisation dans les habitations. En 2006, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande toujours son utilisation limitée à l'intérieur des habitations dans les pays les plus menacés, suscitant la controverse dans la communauté scientifiques et la colère de nombreux groupes de protection de l'environnement. En l'absence de méthodes alternatives efficaces et abordables, le DDT devrait donc continuer à être utilisé pendant encore plusieurs années.

lundi 28 janvier 2008

Le Cruiser, un nouvel insecticide neurotoxique systémique inquiète les apiculteurs français

Le ministère français de l'agriculture vient d'annoncer l'homologation sur son territoire d'une semence enrobée de maïs destinée à l'alimentation animale, traitée avec un nouvel insecticide neurotoxique systémique, le Cruiser. Destinée à l'alimentation animale. Le maïs destiné à l'alimentation animale (maïs ensilage) couvre l'essentiel des surfaces de maïs cultivées en France.

Produit par le groupe agrochimique suisse Syngenta, le Cruiser dont la molécule active est le thiamethoxam, un neurotoxique qui agit sur les récepteurs nicotiniques des insectes, devrait servir à lutter contre les taupins (Agriotes spp), des coléoptères souterrains qui s'attaquent aux racines du maïs. L'insecticide enrobe la semence de maïs et diffuse dans la plante tout ai long de sa croissance.

Ce type d'enrobage inquiète les apiculteurs français. D'une part, des études écotoxicologiques, réalisées par Luc Belzunces (INRA, Avignon), ont montré que le comportement de vol des abeilles, en particulier leur retour à la ruche, pouvait être perturbé par l'absorption de très faibles doses de thiamethoxam. D'autre part, l'an dernier, plusieurs apiculteurs italiens ont accusé le thiamethoxam d'être responsable de la disparition brutale d'un grand nombre de leurs abeilles. Selon eux, les abeilles auraient été contaminées par la dispersion de la molécule neurotoxique dans l'air lors des semis. Des analyses récentes ont d'ailleurs confirmé la présence de Thiamethoxam dans les abeilles italiennes retrouvées mortes.

L'utilisation sur le maïs de deux autres insecticides neurotoxiques systémiques, le Gaucho et le Fipronil, suspectés d'être à l'origine de l'affaiblissement des colonies d'abeilles, est interdite en France depuis 2004. Histoire à suivre... (source : LeMonde.fr)

mercredi 9 janvier 2008

Risques de propagation de la dengue aux États-Unis

Dans un éditorial publié dans le Journal of the American Medical Association (JAMA), daté du 9 janvier, des responsables de l'Institut national américain des allergies et maladies infectieuses (National Institute of Allergy and Infectious Diseases, NIAID) s'inquiètent d'une éventuelle "multiplication à grande échelle des cas de dengue aux États-Unis". Ils préviennent que les risques de propagation de la dengue, une maladie virale transmise par les moustiques du genre Aedes, sont réels et doivent être pris au sérieux. À ce jour, plusieurs cas sporadiques ont en effet déjà été signalés dans le Sud des États-Unis, particulièrement au Texas, près de la frontière mexicaine.

Selon les experts, le réchauffement climatique en cours pourrait favoriser et accélérer la propagation de la maladie infectieuse vers le Nord du continent américain, d'autant plus, que les moyens pour combattre l'épidémie sont jugés nettement insuffisants.

La dengue connaît présentement une nouvelle recrudescence à l'échelle de la planète et menace près du tiers de la population mondiale. Chaque année, entre 50 à 100 millions de personnes la contractent, dont 22 000 en meurent. Or, actuellement, il n'existe pas de vaccins ou de traitements spécifiques contre la dengue. La lutte contre les moustiques vecteurs reste donc l'un des moyens privilégiés pour endiguer les épidémies de dengue. Pour les experts américains, il devient donc urgent d'accroître les traitements antivectoriels, principalement dans le Sud des États-Unis, et de développer des traitements médicaux et des vaccins efficaces contre la dengue
 

Références :

Pour en savoir plus sur la dengue :

vendredi 28 décembre 2007

Termites et champignons symbiotiques : des relations très complexes!

Les termites sont des insectes sociaux organisés en castes relativement complexes. Parmi les 2 000 espèces de termites recensées à ce jour, les espèces champignonnistes, qui appartiennent à la sous famille des Macrotermitinae, ont la particularité d'établir une relation de symbiose (c'est à dire, bénéfique aux deux organismes) avec un champignon supérieur appelé Termitomyce.
Contrairement aux autres espèces de termites, les espèces de termites champignonnistes sont incapables de digérer la cellulose et la lignine des végétaux. Ainsi, elles cultivent dans leur termitière des termitomyces sur un tapis végétal grossièrement mâchés. Les champignons pré-digèrent alors les végétaux en substances plus facilement assimilables par les termites.

Des études récentes, menées à l'Institut de recherches en développement (IRD), ont montré que chaque espèce de termite champignonniste est capable de cultiver diverses espèces de champignons. Cette découverte est d'autant plus importante que les termites champignonnistes sont responsables de nombreux dégâts dans les cultures agricoles en Afrique, particulièrement dans les champs de canne à sucre ou dans les cultures vivrières de mil et de sorgo, qui sont à la base du régime alimentaire des populations locales. Par exemple, les termites du genre Odontotermes peuvent occasionner des chutes de près de 25 % de rendement dans les champs de canne à sucre.

Pour lutter contre ces ravageurs agricoles, de nouvelles stratégies ciblent maintenant les champignons symbiotiques, car les fongicides utilisés sont généralement moins toxiques pour les humains et l'environnement que les insecticides. La capacité des termites à cultiver plusieurs espèces de champignons pourrait néanmoins leur permettre de déjouer cette nouvelle stratégie.

Pour en savoir plus (IRD) :

samedi 22 décembre 2007

Plongeon mortel (Vidéo à voir)

Nepenthes rafflesiana est une plante carninore qui pousse dans les forêts tropicales humides d'Asie. En utilisant des caméras très rapides, deux chercheurs français du CNRS ont filmé la capture de mouches et de fourmis dans les urnes d'une de ces plantes.

Les urnes de la plante carnivore contiennent un liquide visqueux et gluant qui assure à la fois la digestion des insectes et un rôle crucial dans leur capture. Le liquide secrété par N. rafflenasiae possède, en effet, des propriétés viscoélastiques qui lui permettent d'immobiliser rapidement la proie, en produisant des filaments de forte rétention. L'insecte est ainsi immédiatement recouvert du liquide visqueux et ne peut plus se dégager du piège gluant. Même lorsqu'il est dilué à 90 % par les eaux de pluies, ce qui arrive fréquemment dans les forêts tropicales humides, le liquide viscoélastique des plantes carnivores continue d'exercer sa mortelle emprise sur les insectes. Au contraire, dans l'eau, une mouche est capable de se dégager rapidement et de ainsi de reprendre son envol. Ce liquide, dont la consistance est semblable à celle des mucus ou salives secrétés par certains batraciens et reptiles, pourrait servir au développement de nouveaux bioinsecticides. (source : Sciences et Avenir.com)

Référence :
 

"Nepenthes rafflesiana ant". Licensed under Creative Commons Attribution 2.5 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nepenthes_rafflesiana_ant.jpg#mediaviewer/Fichier:Nepenthes_rafflesiana_ant.jpg.

 

 

vendredi 21 décembre 2007

Le régne facsinant des coléoptères

Les Coléoptères sont un ordre d'insectes très diversifié et abondant. À ce jour, environ 350 000 espèces de coléoptères ont été recensées aux quatre coins de la planète. De fait, cet ordre fascinant regroupe près du quart de tous les êtres vivants connus de la planète!

En comparant le patrimoine génétique de plusieurs espèces de coléoptères, des entomologistes britanniques ont récemment établi un nouvel arbre généalogique des Coléoptères qui remonte aux alentours de 300 millions d'années avant notre ère. Leur étude révèle en outre que leur incroyable diversité biologique est principalement liée à de grandes facultés d'adaptation qui leur a permis d'occuper de nombreuses niches écologiques. 

Les Coléoptères sont caractérisés par une paire d'ailes antérieures coriaces (les élytres) qui forme une carapace recouvrant l'abdomen. Leur deux ailes postérieures, membraneuses, sont repliées sous la carapace et se déploient lorsque le coléoptère s'envole. Ils possèdent aussi de puissantes pièces buccales broyeuses. 35 % d'entre eux sont des phytophages, dont de nombreux ravageurs agricoles et forestiers (charançons, chrysomèles, ténébrions, scolytes). On trouve aussi des détritivores et des carnassiers, prédateurs d'insectes. Certains d'entre eux, comme les coccinelles qui se nourrissent de pucerons, sont très utilisées en lutte biologique.


 Pour en savoir plus :

mercredi 21 novembre 2007

Des OGM ciblant le génome des insectes?

Au cours des prochaines années, de nouvelles plantes transgéniques capables de cibler le génome d'insectes ravageurs pourraient voir le jour dans les laboratoires. Le 4 novembre dernier, la revue Nature Biotechnology publiait deux études qui décrivent ce à quoi pourraient bien ressembler les OGM du futur.

Ainsi, ces nouveaux OGM utiliseraient l'ARN Interférence (acides ribonucléiques doubles brins), un mécanisme qui permet de réguler l'expression de certains gènes et de réduire spécifiquement la production de protéines. Au laboratoire, ce phénomène d'interférence est aujourd'hui couramment utilisé pour inactiver certains gènes ciblés. Il pourrait l'être à des fins thérapeutiques mais aussi agricoles.

Une équipe de l'Institut des sciences biologiques de Shanghaï (Chine) a réussi à rendre les chenilles de la noctuelle de la tomate, Helicoverpa armigera, sensibles au gossypol. Ce lépidoptère, qui ravage aussi le coton, a développé une résistance au gossypol, une molécule produite naturellement par le coton et toxique pour les insectes. Après avoir identifié le gène conférant cette résistance, les chercheurs chinois ont fait exprimer l'ARN correspondant dans des plantes transgéniques, ce qui a inactivé le gène de résistance des chenilles qui se se nourrissaient sur ces végétaux.

Dans une autre étude, des chercheurs de la multinationale agrochimique Monsanto ont produit des plants de maïs transgéniques capables d'exprimer certains ARN correspondant à des gènes assurant des fonctions physiologiques essentielles à la chrysomèle des racines du maïs, Diabrotica virgifera, un de ses plus coriaces ravageurs. La production de ces ARN par les plants transgéniques ont permis ainsi de réduire les dégâts engendrés par les chenilles de chrysomèle sur les racines.

En utilisant cette nouvelle stratégie d'administration orale d'ARN interférence, les chercheurs tentent d'anticiper et de contrecarrer l'apparition inévitable de la résistance des ravageurs au protéines insecticides Bt (i.e. toxines de Bacillus thuringiensis) produites par certaines plantes transgéniques. Bien qu'elle puisse apparaître comme prometteuse, cette nouvelle approche biomoléculaire présente deux inconvénients. D'une part, certains insectes, comme le charançon du coton, Anthonomus grandis, sont déjà résistants à cette stratégie. D'autre part, celle-ci n'apporte aucune solution au problème de la dissémination éventuelle des transgènes dans la nature; elle pourrait même s'avérer néfaste pour les insectes non ciblés et les organismes herbivores qui les consomment.

Pour en savoir plus :
  • Lire l'article de Hervé Morin (LeMonde.fr, 21.11.2007)
  • Référence : Mao YB., Cai WJ., Wang JW., Hong GJ., Tao XY, Wang L J., Huang YP., Chen XY., 2007. Silencing a cotton bollworm P450 monooxygenase gene by plant-mediated RNAi impairs larval tolerance of gossypol. Nat. Biotechnol. 25(11):1307-13 [Lire le résumé en anglais]
  • Référence : Baum JA., Bogaert T., Clinton W., Heck GR., Feldmann P., Ilagan O., Johnson S., Plaetinck G., Munyikwa T., Pleau M., Vaughn T., Roberts J., 2007. Control of coleopteran insect pests through RNA interference. Nat. Biotechnol 25(11):1322-6 [Lire le résumé en anglais]

vendredi 16 novembre 2007

Après les abeilles, les bourdons sont aussi menacés

Alors que les indications d'un déclin généralisé des abeilles se multiplient à l'échelle de la planète, des entomologistes s'intéressent aussi au sort d'une autre espèce d'insecte pollinisateur, le bourdon (Bombus sp). Ainsi, Robbin Thorp, professeur d'entomologie à l'Université de Californie à Davis, s'alarme du rapide déclin du Bourdon de Franklin (Bombus franklini) sur la côte Ouest américaine. Cette espèce endémique du Nord-ouest de la Californie et du Sud-ouest de l'Oregon y était encore largement répandue il y a 5 ans. Aujourd'hui, elle pourrait disparaître complètement, avant même d'avoir été inscrite sur la liste des espèces menacées.

D'autres espèces plus communes aux États-Unis, Bombus occidendalis dans l'Ouest et Bombus impatiens dans l'Est, se font également plus rares. Contrairement aux abeilles qui ont été importées par les colons européens au 17e siècle, les bourdons sont des hyménoptères indigènes du continent nord-américain. Ils sont des pollinisateurs naturels pour de nombreuses plantes sauvages. Bien qu'ils ne produisent que très peu de miel, ils rendent aussi de grands services à l'agriculture, en pollinisant près de 15% des cultures américaines, particulièrement les cultures maraîchères sous abris (tomates, poivrons, pastèques, courges, concombres, fraises, etc.) et les petits fruits (bleuets ou myrtilles, canneberges ou airelles, framboises).

Le déclin des bourdons inquiètent donc de plus en plus d'agriculteurs et d'entomologistes, d'autant plus qu'il se produit alors même que les populations d'abeilles sont au plus mauvais point. Certains scientifiques s'inquiètent même d'un possible déclin généralisé des insectes pollinisateurs. Comme pour les abeilles, les causes sont multiples et restent encore mal connues : pesticides, maladies parasitaires, pollution, malnutrition et destruction des habitats par le développement urbain et l'agriculture intensive. Toutefois, l'utilisation accrue de ruches commerciales de bourdons dans les serres et les champs pourrait être en partie responsable du déclin en facilitant la diffusion de maladies parasitaires. Selon le professeur Thorp, l'importation de bourdons d'élevage en provenance d'Europe serait en effet responsable de la propagation d'une maladie due à une microsporidie du genre Nosema. Il a d'ailleurs constaté que les populations de bourdons sauvages ont commencé à s'amenuiser dans les années 1990, alors que des bourdons d'élevage étaient importés en grand nombre d'Europe pour polliniser les serres américaines. (Source : Jeff Barnard, Associated Press, Grants Pass Oregon)

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