jeudi 5 février 2026

De faibles doses de pesticides accélèrent le vieillissement des poissons

Une nouvelle étude publiée dans Science met en évidence un effet préoccupant des pesticides agricoles sur la vie sauvage : une exposition chronique à de très faibles concentrations de chlorpyrifos, trop faibles pour être considérées comme toxiques à court terme, peut tout de même accélérer le vieillissement cellulaire et réduire la durée de vie des poissons.

Le chlorpyrifos (ou chlorpyriphos-éthyl) est un insecticide organophosphoré utilisé en agriculture pour lutter contre divers ravageurs (pucerons, chenilles de Lépidoptères). Cependant, il est associé à des effets neurotoxiques sur le développement chez les animaux et les humains. Ces risques ont conduit plusieurs pays à interdire ou restreindre son usage : il est interdit en Europe depuis 2020, au Canada depuis 2023, et strictement limité aux États-Unis. Malgré cela, le chlorpyrifos reste largement utilisé dans le monde, notamment en Asie sur le riz et le coton, en Afrique sur les cultures maraîchères, et en Amérique latine sur le soja et le maïs.

Des observations sur le terrain et en laboratoire

Les chercheurs ont étudié des populations de poissons sauvages (Culter dabryidans ou Chanodichthys dabryi) dans plusieurs lacs de Chine. Ils ont constaté que les poissons exposés à de faibles niveaux de chlorpyrifos (bien en dessous de leur seuil de toxicité aigüe) avaient des télomères plus courts ainsi que des signes biologiques d’âge physiologique avancé. Ces poissons étaient également moins nombreux à atteindre des âges plus élevés que ceux des lacs non contaminés.

Les télomères sont des séquences d’ADN répétitives situées aux extrémités des chromosomes. Ils protègent les chromosomes lors des divisions cellulaires et leur raccourcissement constitue un marqueur biologique du vieillissement cellulaire.

Pour confirmer que ces effets étaient bien liés au pesticide, des expériences en laboratoire ont exposé des poissons à différentes concentrations de chlorpyrifos sur plusieurs mois. Là encore, même à des niveaux inférieurs aux normes actuelles, une exposition continue a entraîné une accélération du vieillissement cellulaire et une réduction de la survie des poissons. À l’inverse, des doses élevées ont causé une toxicité immédiate (toxicité aigüe), mais n’ont pas accéléré le vieillissement de façon significative.

Réévaluation des risques des pesticides

Ces résultats remettent en question une hypothèse des évaluations de risques chimiques selon laquelle qu’un est sûr s'il produit ne provoque pas d’effets toxiques immédiats. Or cette étude montre clairement que des effets chroniques subtils mais biologiquement importants peuvent passer inaperçus si l’on ne regarde que la toxicité aiguë. Elle souligne donc l’importance de prendre en compte les effets chroniques des pesticides dans les évaluations de risque et le processus d’homologation.

Par ailleurs, comme les mécanismes du vieillissement cellulaire sont similaires chez de nombreux vertébrés, ces effets pourraient aussi se produire chez d’autres animaux, et peut‑être même chez les humains.

 Références 

➤ Huang, K., et al. (2026). Chronic low-dose exposure to chlorpyrifos reduces lifespan in a wild fish by accelerating aging. Science. https://doi.org/10.1126/science.ady4727

➤ Harley, S., Egan, R. (2026). Long-term pesticide exposure accelerates aging and shortens lifespan in fish. Phys.org, 15 janvier 2026. [En ligne]. https://phys.org/news/2026-01-term-pesticide-exposure-aging-shortens.html

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