mardi 30 décembre 2025

Des plantes Bt aux ARN interférents : toujours plus d’innovation, toujours les mêmes résistances

Les plantes génétiquement modifiées (PGM / OGM) conçues pour produire des toxines issues de Bacillus thuringiensis (Bt) sont cultivées à grande échelle depuis les années 1990 afin de lutter contre les insectes ravageurs tout en réduisant l’usage d’insecticides chimiques. Elles concernent notamment le maïs Bt ou le coton Bt.  Cependant, l’apparition de résistances chez les ravageurs ciblés, de plus en plus fréquente, remet en question l’efficacité à long terme de cette technologie.

Publiée en 2023, une synthèse portant sur 25 ans de données mondiales montre que, parmi 24 espèces de ravageurs étudiées, 26 cas de résistance confirmée aux cultures Bt et 17 signaux précoces de baisse de susceptibilité ont été recensés, même si certaines espèces restent encore sensibles (Tabashnik et al., 2023). Les auteurs soulignent que des stratégies telles que la mise en place de refuges de plantes non-Bt ou le recours à de nouvelles approches, comme la combinaison des toxines Bt avec l’interférence par ARN (ARNi), pourraient ralentir l’évolution des résistances. Toutefois, de l’aveu même des chercheurs, ces technologies ARNi ne constituent pas une solution miracle et pourraient, à leur tour, induire des phénomènes de résistance chez les insectes (Meunier, 2024, Inf'OGM), notamment via des modifications de l’absorption de l’ARN ou de l’ARNi chez les insectes.

L’interférence par ARN (ARNi) est une technique qui repose sur l’utilisation de fragments d’ARN double brin capables de bloquer l’expression de gènes spécifiques chez un organisme cible. En protection des cultures, cette approche consiste à exposer les insectes ravageurs à des ARN conçus pour inhiber des gènes essentiels à leur survie ou à leur reproduction, soit via des plantes génétiquement modifiées, soit par application directe d’ARN sur les cultures. Présentée comme une alternative ou un complément aux toxines Bt, cette stratégie se distingue par un ciblage moléculaire très spécifique, mais soulève, comme les autres méthodes de lutte, des questions relatives à l’apparition de résistances, à la persistance environnementale et aux effets à long terme sur les organismes non ciblés.

Aux États-Unis, dans la Corn Belt, la généralisation du maïs Bt ciblant la chrysomèle des racines (Diabrotica virgifera virgifera) illustre concrètement ces limites. Des données accumulées sur plus d’une décennie montrent que les populations de ravageurs ont progressivement développé une résistance, réduisant l’efficacité des semences Bt et entraînant des pertes économiques significatives pour les agriculteurs. Les chercheurs avertissent qu’une gestion non durable de ces cultures pourrait conduire à une obsolescence rapide des traits transgéniques actuellement disponibles (Ye et al., 2025, ScienceFoucart, 2025, Le Monde). 

Parallèlement, les analyses économiques et de politiques publiques montrent que les défaillances de marché jouent un rôle clé dans l’accélération de la résistance aux pesticides. Les choix des agriculteurs, souvent guidés par les coûts immédiats plutôt que par la durabilité, favorisent l’émergence de populations résistantes. Cela suggère que des interventions réglementaires et des incitations économiques sont nécessaires pour préserver l’efficacité des outils de protection des cultures (Brown et Reisig, 2025, Science).

Si ces études documentent l’émergence de résistances chez les ravageurs, elles interrogent rarement le choix même des plantes transgéniques insecticides. La majorité des études se concentre sur l’optimisation technique des dispositifs (refuges, nouvelles toxines, ARNi), sans vraiment remettre en cause le modèle agricole fondé sur l’exposition continue et généralisée des insectes à des toxines produites par la plante elle-même. 

Comme le souligne Info’OGM (Meunier, 2024), cette approche tend à considérer la résistance comme un simple problème technique à corriger, alors qu’elle peut être interprétée comme une conséquence structurelle d’un système agricole intensif reposant sur des monocultures et une pression de sélection permanente.

Cette vision est également cohérente avec les constats faits aux États-Unis, où la généralisation du maïs Bt dans la Corn Belt a favorisé l’apparition de résistances chez la chrysomèle des racines et ce, malgré l’introduction régulière de nouvelles variétés de maïs Bt combinant plusieurs gènes de toxines et censées être plus efficaces. Ces résultats suggèrent donc que la résistance n’est pas une anomalie ponctuelle, mais un phénomène prévisible dans un système reposant sur l’usage massif et prolongé de plantes insecticides  (Ye et al., 2025, Science).

 

Références

Brown, Z. & Reisig, D. (2025). Assessing market failures driving pesticide resistance. Science, 387(6737), 930-932. https://www.science.org/doi/10.1126/science.adv4313

Tabashnik, B. E., Fabrick, J. A., & Carrière, Y. (2023). Global Patterns of Insect Resistance to Transgenic Bt Crops: The First 25 Years. Journal of Economic Entomology, 116(2), 297-309. https://academic.oup.com/jee/article/116/2/297/6968925

Foucart, S. (2025, 27 février). Aux États-Unis, l’usage généralisé de maïs OGM insecticides nourrit la résistance des ravageurs. Le Monde.

Meunier, E. (2024). 25 ans plus tard, les OGM insecticides face à la résistance des insectes. Inf'OGM. https://infogm.org/25-ans-plus-tard-les-ogm-insecticides-face-a-la-resistance-des-insectes/ 

Meunier, E. (2024). ARN interférents et OGM : une nouvelle fuite en avant face aux résistances des ravageurs ? Inf’OGM. 

Ye, X., et al. (2025). Assessing market failures driving pesticide resistance. Science, 387(6737), 930-932. https://doi.org/10.1126/science.adv4313

 

 

 

 

 

 

 

mardi 23 décembre 2025

Champignons phytopathogènes : un danger croissant pour l’agriculture

Les champignons ont récemment attiré l’attention grâce à la série télévisée à succès The Last of Us, dans laquelle un champignon du genre Ophiocordyceps, ayant subi une mutation, prend le contrôle du cerveau humain et transforme les individus en zombies. Si ce scénario relève clairement de la science-fiction, il illustre néanmoins une inquiétude bien réelle exprimée par la communauté scientifique. En 2023, Sarah Gurr, spécialiste de la sécurité alimentaire à l’Université d’Exeter, alertait sur le risque croissant que représentent les champignons phytopathogènes dans un contexte de changement climatique :

  « Les infections fongiques se propagent rapidement et deviennent de plus en plus résistantes dans un un monde qui se réchauffe. La menace n’est pas celle des “zombies”, mais celle d'une famine planétaire. »
Stukenbrock E., Gurr S.J. Address the growing urgency of fungal disease in crops. Nature, 2023 : https://www.nature.com/articles/d41586-023-01465-4

Chaque année, les champignons phytopathogènes sont responsables de pertes agricoles estimées entre 10 et 23 % des récoltes, malgré l’utilisation intensive de fongicides. À ces pertes s’ajoutent des pertes post-récolte de l’ordre de 10 à 20 % (Stukenbrock et Gurr, Nature, 2023). Dans certaines régions du monde, notamment en Afrique subsaharienne, les conséquences peuvent être encore plus sévères : des études rapportent des pertes de rendement allant de 30 à 70 % sur le blé ou le maïs, liées à des agents tels que Fusarium graminearum ou  ou Fusarium verticillioides (Benjamin et al., Discov Agric, 2024). La rouille du blé qui touche de nombreux pays peut détruire jusqu’à 100 % des récoltes dans certaines conditions. 

Les champignons phytopathogènes constituent ainsi une menace majeure pour la sécurité alimentaire mondiale, particulièrement dans un contexte de croissance démographique et de réchauffement climatique. Pour des cultures vivrières essentielles comme le riz, le blé, le maïs, la pomme de terre ou le manioc, l’émergence ou l’intensification de maladies fongiques pourrait entraîner des pertes catastrophiques et fragiliser durablement les systèmes agricoles (Science Daily 2024). 

Comme la biodiversité fongique mondiale reste très largement méconnue, la menace fongique sur les productions alimentaires est probablement sous-estimée : de nouveaux pathogènes pourraient émerger, notamment sous l’effet du changement climatique, qui favorise leur dispersion et modifie leur aire de répartition. Pour l’agriculture, cela souligne l’urgence de diversifier les pratiques (variétés résistantes, rotation, agroécologie, surveillance, biocontrôle) plutôt que de compter uniquement sur les fongicides, d’autant que la résistance des champignons et oomycètes aux fongicides est un problème croissant




mercredi 17 décembre 2025

Comprendre les pesticides : définition, usages et enjeux

Les pesticides, également appelés produits phytopharmaceutiques en France ou produits antiparasitaires au Canada, regroupent un ensemble de substances destinées à prévenir, éliminer ou contrôler des organismes jugés nuisibles aux cultures, à la santé humaine ou aux biens matériels. Leur utilisation s’est fortement développée au cours du XXᵉ siècle avec l’essor de l’agriculture intensive et des systèmes de production à hauts rendements.

Aujourd’hui, les pesticides sont présents dans de nombreux compartiments de l’environnement, sols, eaux de surface, eaux souterraines, air, mais aussi dans les milieux domestiques et urbains. Cette diffusion soulève d’importantes questions scientifiques, environnementales et sociétales.

Impacts environnementaux et sanitaires

Si les pesticides peuvent contribuer à protéger les cultures et à limiter des pertes de rendement, un nombre croissant d'études scientifiques met en évidence les effets négatifs liés à leur usage intensif ou mal maîtrisé. Ces impacts concernent notamment la biodiversité (insectes pollinisateurs, organismes du sol, faune aquatique), la qualité des milieux naturels et les services écosystémiques (pollinisation, recyclage de la matière organique, contrôle naturel des ravageurs).

Sur le plan sanitaire, l’exposition aiguë ou chronique à certaines substances actives est associée à des risques pour la santé humaine. Ces risques font l’objet d’évaluations, de classifications et de débats scientifiques portés par des organismes internationaux tels que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). La présence de résidus de pesticides dans l’eau et les aliments fait l’objet de débats scientifiques et sociétaux et soulèvent de nombreuses préoccupations publiques.

Changements climatiques et résistance

Le réchauffement climatique modifie profondément les équilibres écologiques. Il favorise l’émergence ou l’expansion de ravageurs et d’agents phytopathogènes, ainsi que l’augmentation du nombre de cycles biologiques de certaines espèces nuisibles. Dans ce contexte, le recours accru aux pesticides peut accélérer l’apparition de phénomènes de résistance chez les insectes ravageurs, les champignons phytopathogènes et les plantes adventices. Ces résistances, aujourd’hui largement documentées, réduisent l’efficacité des substances disponibles et conduisent souvent à une escalade des traitements, renforçant la dépendance aux pesticides.

Réduire l'usage des pesticides 

Ces constats ont conduit à une remise en question progressive des modèles agricoles fortement dépendants des pesticides chimiques. De nombreuses instances scientifiques, institutionnelles et non gouvernementales soulignent la nécessité de réduire leur usage en privilégiant des stratégies alternatives :  lutte biologique, lutte intégrée, pratiques agroécologiques, diversification des systèmes de culture, sélection et culture de variétés résistantes. Ces approches visent à limiter le recours aux pesticides tout en maintenant une production agricole viable, et à renforcer la résilience des agroécosystèmes face aux changements climatiques, tout en réduisant les impacts environnementaux et sanitaires.

Une page de référence pour mieux comprendre les pesticides et les enjeux liés à leur utilisation

La nouvelle page « Pesticides : définition, types et usages » propose une synthèse structurée et documentée :

  • des classes fonctionnelles de pesticides selon les organismes ciblés,
  • des usages agricoles, sanitaires, domestiques et industriels,
  • des notions clés sur les formulations, l’homologation et les matières actives,
  • une présentation des origines chimiques, biologiques et microbiologiques,
  • ainsi qu’un éclairage sur la toxicité, les impacts environnementaux et les pesticides hautement dangereux (HHP).

 ➤ Pour approfondir le sujet, consultez la page : Pesticides : définition, types et usages 


 

 


mercredi 10 décembre 2025

Les pesticides « fluorés » : une catégorie non officielle, mais de plus en plus discutée

Une classe ou famille de pesticides désigne habituellement un ensemble de molécules partageant une structure chimique proche, un mode d’action similaire ou un spectre d’activité comparable. Les insecticides, par exemple, sont classés en familles telles que les organochlorés, carbamates, pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes, etc., chacune définie par une architecture moléculaire ou un mode d’action commun.

Les pesticides fluorés, en revanche, ne forment pas une famille chimique au sens strict. Cette expression désigne simplement des molécules pesticides contenant un ou plusieurs atomes de fluor (F) dans leur structure. On trouve ainsi des pesticides fluorés dans plusieurs familles classiques : pyridines, triazines, benzamides, SDHI, néonicotinoïdes, sulfonylurées, etc. Les pesticides fluorés appartiennent donc à des familles chimiques très différentes et présentent des modes d’action biologiques multiples. 

Parmi les pesticides fluorés, on trouve des herbicides (fluroxypyr, flumioxazine, fluazifop-P-butyl), des insecticides (fipronil, flupyradifurone, fluvalinate) et des fongicides (fluopyram, fludioxonil, fluxapyroxad, fluazinam). Par exemple, le fipronil est un insecticide phénylpyrazole contenant deux groupements –CF₃, le fluvalinate, un pyréthrinoïde acaricide contenant trois atomes de fluor, le fluroxypyr, un herbicide auxinique, dérivé pyridine-carboxylique, contenant un groupe –CF₃. 

Pourquoi ajouter du fluor ?

En chimie organique, l’introduction d’atomes de fluor modifie profondément les propriétés des molécules. Elle peut :

  • augmenter la stabilité chimique et métabolique,
  • accroître la lipophilicité ou la sélectivité,
  • améliorer la diffusion dans les tissus,
  • renforcer l’efficacité biologique.

Ces optimisations expliquent pourquoi l’industrie agrochimique utilise le fluor depuis longtemps, et de plus en plus depuis les années 2000. Plus de la moitié des pesticides récents contiennent désormais au moins un atome de fluor. Toutefois, ces mêmes propriétés rendent souvent les molécules plus persistantes et moins biodégradables, ce qui soulève des inquiétudes environnementales, pour les écosystèmes et les organismes non ciblées, mais aussi des inquiétudes pour la santé humaine..

Liens avec les PFAS : source, précurseurs ou contaminants

Plusieurs pesticides fluorés présentent un autre enjeu majeur : leur relation avec les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées). Cette relation intervient à différents niveaux :

  1. Certaines matières actives sont elles-mêmes des PFAS, car elles possèdent une chaîne perfluorée (–CF₃, –CF₂–).
  2. D'autres pesticides fluorés peuvent se dégrader en composés fluorés persistants, comme le trifluoroacétate (TFA) ou d’autres acides perfluorés.
  3. Des PFAS peuvent aussi être présents dans les formulations commerciales : solvants, surfactants, agents mouillants, stabilisants, adjuvants, ou encore revêtements d’enrobage des semences.

La liaison carbone–fluor (C–F), extrêmement stable, explique la persistance environnementale de ces substances PFAS et leur surnom de « polluants éternels ».

La classification d’un pesticide fluoré comme PFAS dépend de la définition utilisée : certaines conventions et réglementations (OCDE 2021) incluent toutes les substances contenant des motifs –CF₂– ou –CF₃, tandis que d’autres définitions plus strictes (EPA, UE) ne retiennent que les composés perfluoroalkylés (CF₃–(CF₂)ₙ–) qui sont encore beaucoup plus stable et persistants. Ainsi, le statut PFAS peut varier selon les auteurs et les cadres réglementaires.

Les pesticides fluorés, qu’ils soient perfluoroalkylés (comme le fipronil ou le fluazinam) ou polyfluoroalkylés (comme le flumioxazine ou le fluazifop-P-butyl), ainsi que leurs résidus, sont souvent considérés comme des PFAS selon certaines définitions. Très stables et persistants, des traces peuvent être détectées dans les sols, l’eau potable et les aliments.

Pourquoi en parle-t-on davantage ?

Même s’ils ne constituent pas une famille reconnue, les pesticides fluorés sont regroupés de plus en plus souvent dans la littérature scientifique et dans les médias en raison de :

  • leur présence croissante dans les nouvelles générations de pesticides,
  • leur potentiel de persistance et de bioaccumulation,
  • leur rôle possible comme source ou précurseurs de PFAS,
  • et leur risque accru pour les écosystèmes et parfois pour la santé humaine.

En conclusion, les pesticides fluorés ne sont pas une classe chimique homogène, mais une catégorie transversale regroupant tous les pesticides contenant du fluor. Leur développement croissant, leur potentiel de persistance et leurs liens directs ou indirects avec les PFAS expliquent l’intérêt scientifique et médiatique grandissant qu’ils suscitent.


Références pour en savoir plus :

Alexandrino, D. A. M., et al. (2022). Revisiting pesticide pollution: The case of fluorinated pesticides. Environmental Pollution, 292, Part A https://doi.org/10.1016/j.envpol.2021.118315

Donley, N., Cox, C., Bennett, K., Temkin, A. M., Andrews, D. Q., & Naidenko, O. V. (2024). Forever pesticides: A growing source of PFAS contamination in the environment. Environmental Health Perspectives, 132(7) https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39046250/


lundi 8 décembre 2025

PestInfos sur Bluessky @pestinfos.bsky.social

Fil de presse : Actualités, infos et veille scientifique sur les pesticides, leurs effets sur la santé et l’environnement, les alternatives biologiques, la lutte contre les organismes nuisibles en agriculture et en santé : Environnement, Agriculture, Biodiversité, Science, Écologie politique et sociale. 

La revue d'actualités de PestInfos est disponible : 

 Sur Bluesky depuis janvier 2025 : @pestinfos.bsky.social

 ➡️ https://bsky.app/profile/pestinfos.bsky.social

 Sur X (anciennement Twitter) de mai 2014 à janvier 2015 :

 ➡️ https://x.com/pestinfos

 En savoir plus sur PestInfos :

 ➡️À Propos

 

jeudi 4 décembre 2025

Glyphosate : l’étude phare de 2000 rétractée après 25 ans de controverse

L’étude de Williams et al. (2000), qui affirmait depuis 25 ans que le glyphosate, ingrédient actif de l’herbicide Roundup, était « sans danger », a été officiellement « retirée ou révoquée (retracted) » de la revue scientifique Regulatory Toxicology and Pharmacology. Les éditeurs évoquent de graves problèmes éthiques, ainsi qu’un manque d’indépendance et de transparence dans la rédaction de l’article. Il apparaît que l’étude avait en réalité été largement rédigée (« ghostwriting ») par le fabricant lui-même, l’entreprise Monsanto, sans que cela soit déclaré.

Publié en 2000, l’article de Williams et al., Safety Evaluation and Risk Assessment of the Herbicide Roundup and Its Active Ingredient Glyphosate, for Humans, passait en revue les rapports des agences de réglementation et concluait que le glyphosate ne présentait aucun risque sérieux pour la santé humaine : ni cancer, ni effets nocifs sur la reproduction, ni perturbation du système endocrinien. Pendant plusieurs décennies, cette étude a servi de référence mondiale pour affirmer que le glyphosate et le Roundup étaient sans danger.

Ce qui était censé être une étude scientifique indépendante et rigoureuse s’avère donc avoir été fortement influencée par Monsanto, remettant en cause la validité de ses conclusions. Cette rétractation rappelle l’importance de la transparence scientifique, surtout sur des sujets touchant à la santé publique.

Communiqué de l'éditeur (en anglais) : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0273230099913715?via%3Dihub

 

En juin 2025, une autre étude internationale publiée dans la revue scientifique Environmental Health a apporté de nouvelles conclusions plus préoccupantes quant à la dangerosité du glyphosate. Menée sur plus de 1 000 rats suivis pendant 2 ans, elle montrait que le glyphosate, même à des doses jugées sûres par les normes européennes, provoquait une hausse marquée de tumeurs bénignes et malignes dans de nombreux organes et tissus : sang (leucémies), peau, foie, thyroïde, système nerveux, gonades, rein, vessie, os, pancréas. Les auteurs estiment que ces résultats constituent une preuve solide que le glyphosate et ses formulations commerciales peuvent être cancérogènes chez l’animal, y compris à des doses considérées comme sûres pour l’humain.

Référence 

Panzacchi, S., Tibaldi, E., De Angelis, L. et al. Carcinogenic effects of long-term exposure from prenatal life to glyphosate and glyphosate-based herbicides in Sprague–Dawley rats. Environ Health 24, 36 (2025). https://doi.org/10.1186/s12940-025-01187-2

 

 

mardi 25 novembre 2025

Les mycorhizes : alliées invisibles mais précieuses des plantes

Discrètes mais puissantes, les mycorhizes sont des partenaires essentiels du monde végétal. Présentes chez la grande majorité des plantes, elles jouent un rôle clé dans leur croissance et leur santé. En améliorant l’absorption des nutriments et de l’eau, elles renforcent la nutrition des plantes tout en stimulant leurs défenses naturelles face aux ravageurs, aux parasites et aux agents phytopathogènes. Véritables alliées du vivant, les mycorhizes contribuent ainsi à la fertilité des sols et à une productivité durable des écosystèmes.

 ➤ En savoir plus sur les Mycorhizes : https://pestinfos.blogspot.com/p/mycorhizes.html

 

vendredi 9 mai 2025

Pyréthrinoïdes : alerte sur de nouveaux risques pour la santé

Suite à l’analyse des nouvelles données de l’expertise collective de l’Inserm (mise à jour en 2021) sur les liens entre exposition aux pesticides et santé humaine, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) alerte sur les risques associés aux insecticides pyréthrinoïdes et organophosphorés. Ces substances sont mises en cause pour leurs effets potentiels sur le neurodéveloppement, la reproduction et certaines formes de cancer.

L’Anses identifie trois principaux risques, en particulier pour les insecticides pyréthrinoïdes, encore largement utilisés en agriculture (produits phytopharmaceutiques), mais aussi dans des biocides domestiques (aérosols insecticides, traitements anti-poux ou certains médicaments vétérinaires). vétérinaires, etc.).  

  • Troubles du comportement de type internalisé (anxiété, dépressions, phobies, etc.) chez des enfants dont la mère a été exposée pendant la grossesse (par exemple : anxiété). 
  • Effets sur la fertilité masculine avec des atteintes spermatiques observées dans la population générale, bien que le niveau de présomption soit plus faible.. 
  • Augmentation du risque de certains cancers, notamment la leucémie lymphoïde chronique / lymphome lymphocytaire, associée à l’exposition professionnelle à la deltaméthrine (niveau de présomption moyen).

L’agence souligne également une étude épidémiologique récente (Qi et al, 2022) confirmant que l’exposition aux pyréthrinoïdes pendant la grossesse peut affecter le neurodéveloppement des très jeunes enfants.

Pour limiter les risques, l’Anses recommande :

  • une mise à jour régulière des évaluations des pesticides;
  • l’identification précise des sources d’exposition (agricole, biocide, vétérinaire, domestique) afin de mieux cibler les actions de prévention, notamment pour les femmes enceintes et les enfants;
  • une meilleure transparence et traçabilité des données d’usage, actuelles et passées;
  • une réduction des usages de pesticides au strict nécessaire, en agriculture mais aussi dans le cadre domestique.

Source : Anses (20/04/2025). Analyse des résultats de l’expertise collective de l’Inserm sur les effets des pesticides sur la santé 

 

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...