Ravageurs des denrées stockées

Les ravageurs des denrées stockées regroupent l’ensemble des animaux qui se nourrissent aux dépens de grains ou de produits alimentaires entreposés dans divers environnements : exploitations agricoles (silos, granges), entrepôts, industries agroalimentaires (usines de transformation, minoteries), moyens de transport (navires céréaliers, camions), commerces ou habitations (cuisines, garde-manger).

Ces ravageurs sont responsables de pertes économiques importantes. Ils peuvent consommer directement les grains et produits dérivés, les souiller par leurs déjections, sécrétions ou odeurs, et altérer les conditions de stockage en augmentant la température et l’humidité. Ces modifications favorisent notamment le développement de moisissures, telles que Aspergillus et Penicillium, susceptibles de produire des mycotoxines dangereuses pour la santé humaine et animale.

Les ravageurs des denrées stockées sont majoritairement des insectes, en particulier des coléoptères, et dans une moindre mesure des lépidoptères (mites). Selon leur mode d’attaque, on distingue généralement:

  • les ravageurs primaires, capables d’infester des grains entiers et sains,
  • les ravageurs secondaires, qui exploitent des grains déjà endommagés ou des produits transformés (farines, semoules, pâtes, etc.).

Dans ce contexte, les termes « primaire » et « secondaire » décrivent uniquement le mode d’attaque et ne reflètent pas nécessairement l’importance économique des espèces.

Grains de céréales infestés par Rhyzopertha dominica Crédit photo: Whitney Cranshaw, Colorado State University, Bugwood.org 


En complément de ces insectes spécialisés, d’autres organismes opportunistes ou commensaux peuvent être associés aux denrées stockées, notamment :

  • des insectes opportunistes (comme les blattes et les fourmis),
  • ainsi que des vertébrés, en particulier les rongeurs et, dans certains cas, les oiseaux.

Ravageurs primaires

Les ravageurs primaires sont capables d’attaquer des grains entiers et intacts en les perforant pour s’y développer. Les larves évoluent à l’intérieur du grain, le rendant impropre à la consommation ou à la semence. Certaines espèces peuvent aussi infester les cultures au champ avant la récolte, ce qui favorise leur introduction dans les stocks.

Ces ravageurs sont majoritairement des insectes de l’ordre des coléoptères, auxquels s’ajoutent quelques lépidoptères. Ils s’attaquent principalement aux grains de céréales et aux graines de légumineuses, mais certaines espèces peuvent aussi infester des produits transformés ou dérivés (farines, etc.).

Adulte Sitophilus orysae sur grains de riz Crédit photo: Joseph Berger, Bugwood.org 

Grains de blé infestés par des adultes et larves de Trogoderma granarium Crédit photo: Ministry of Agriculture and Regional Development, Bugwood.org 


Noms Espèces (famille) Grains et denrées Impacts / Importance
Charançon du blé
Sitophilus ganarius
(Dryophthoridae)
Blé, seigle, orge, avoine, maïs Ravageur majeur des grains stockés; larves se développent dans les grains; pertes économiques élevées; adultes incapables de voler.
Charançon du riz Sitophilus orysae
(Dryophthoridae)
Riz (préférence), blé, maïs, orge Ravageur cosmopolite majeur; larves internes; adultes capables de voler et d’infester les cultures au champ.
Charançon du maïs Sitophilus zeamais
(Dryophthoridae)
Maïs, blé, riz, sorgho, produits dérivés (farines), manioc séché Espèce adaptée aux climats chauds; infestation fréquente au champ; dégâts importants en stockage.
Capucin des grains
Rhyzopertha dominica
(Bostrichidae)

Blé, maïs, riz Ravageur très destructeur; adultes et larves foreurs; grains réduits en poudre.
Grand capucin du maïs
Prostephanus truncatus
(Bostrichidae)

Maïs (grains et épis), manioc séché Ravageur majeur en zones tropicales; pertes extrêmement élevées, notamment en Afrique.
Dermeste du grain ou Trogoderma du grain (khapra)
Trogoderma granarium
(Dermestidae)

Très polyphage (grains, produits dérivés, légumineuses, fruits secs, poudre de lait, etc.)Espèce invasive majeure; très résistante aux insecticides et à la famine; organisme de quarantaine; un des ravageurs les plus redoutés.
Cadelle ou trogosite Tenebroides mauritanicus (Trogossitidae) Céréales, produits transformés, arachide, coprah, tabac, etc. Ravageur cosmopolite des stocks; également prédateur d’autres insectes des denrées.
Bruche du haricot
Acanthoscelides obtectus
(Chrysomelidae)
Haricots, pois chiches, lentilles, soja. Ravageur envahissant en Europe; peut détruire des stocks entiers de Fabacées en quelques mois.
Bruches du genre Callosobruchus
Callosobruchus spp., C. chinensis, C. maculatus
(Chrysomelidae)
Pois, niébé, lentille, etc. Ravageurs tropicaux majeurs des Fabacées; pertes pouvant atteindre 80 % en quelques mois.
Teigne des grains ou Alucite des céréales
Sitotroga cerealella
(Gelechiidae, Lepidoptera)
Céréales (maïs, blé, orge, riz, etc.)Ravageur des champs et du stockage; larves internes; forte capacité de dissémination.





Graines de soja perforées par la bruche du niébé Callosobruchus maculatus Crédit photo: Clemson University - USDA Cooperative Extension Slide Series , Bugwood.org 




Ravageurs secondaires

Les ravageurs secondaires s’attaquent exclusivement à des grains déjà endommagés ou à des produits transformés (farines, semoules, pâtes, pains, biscuits, etc.), ainsi qu’à diverses denrées alimentaires stockées. Ils sont incapables de perforer des grains entiers et sains. Très fréquents dans les minoteries, les boulangeries et les environnements domestiques (garde-mangers), ils provoquent principalement des altérations qualitatives des denrées. Leurs infestations entraînent des odeurs désagréables, des souillures (déjections, exuvies, cadavres), la présence de fils de soie, cocons ou amas agglomérés, ce qui dégrade leur valeur alimentaire et commerciale.

Ces ravageurs comprennent principalement des coléoptères et des lépidoptères (mites alimentaires), ainsi que certains acariens.

Adulte Tribolium castaneum Peggy Greb, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 

  

Noms Espèces (famille) Denrées attaquées Impacts / Importance
Tribolium rouge de la farine
Tribolium castaneum
(Tenebrionidae)

Farine, semoule, grains brisés, produits transformés (pâtes, biscuits), fruits secs, chocolat, épices Ravageur majeur à l’échelle mondiale; altère l’odeur et le goût; contamination importante; infestations persistantes. difficiles à contrôler.
Tribolion brun de la farine, Petit ver de la farine
Tribolium confusum
 (Tenebrionidae)
Grains endommagés, farines Espèce très commune; contamination des produits; odeurs désagréables; favorise les moisissures.
Silvain ou Cucujide dentelé des grains Oryzaephilus surinamensis (Silvanidae, Coleoptera) Farine, céréales, fruits secs, chocolat, tabac, etc. Ravageur cosmopolite très fréquent; infestations rapides des produits stockés.
Pyrale indienne de la farine 
Plodia interpunctella
(Pyralidae)
Farine, fruits secs, noix, chocolat, épices, lait en poudre, aliments pour animaux Mite alimentaire très répandue; larves produisent fils de soie, excréments et cocons qui agglomèrent les denrées et les rendent impropres à la consommation.
Pyrale de la farine
Pyralis farinalis
 (Pyralidae)
Grains et produits céréaliers (maïs, avoine, blé, orge), farines, paille, fruits secs, pommes de terre,  Ravageur cosmopolite, principalement dans les lieux humides; tissent des tunnels de fils de soie dans les produits.
Ciron de la farine
Acarus siro
(Acaridae)
Farines, grains humides, fromages, noix, produits riches en protéinesFréquent en conditions humides; altère le goût; réduit le pouvoir germinatif; peut provoquer des allergies cutanées et respiratoires.

  

Chenilles et adultes de la Pyrale indienne de la farine (Plodia interpunctella) Crédit photo: Clemson University - USDA Cooperative Extension Slide Series , Bugwood.org 

La présence d’une couche dense de fils soyeux à la surface des aliments stockés est un signe typique d’infestation par Pyrale indienne de la farine (Plodia interpunctella) Crédit photo: Phil Sloderbeck, Kansas State University, Bugwood.org 


Historiquement, le ténébrion meunier (Tenebrio molitor) était considéré comme un ravageur des denrées stockées, notamment des grains de céréales humides, altérés ou déjà endommagés. On le retrouvait fréquemment dans les anciens moulins, les silos et les minoteries, où sa présence était souvent associée à un manque d’hygiène. Désormais, grâce à l’amélioration des pratiques de stockage, il est beaucoup moins fréquent dans les installations modernes et cause peu de dommages économiques. Par ailleurs, espèce saprophage et omnivore, le ténébrion meunier est riche en protéines et peu facilement être élevé afin d'être utilisé comme appât pour la pêche, dans l’alimentation animale (oiseaux, reptiles, poissons) et, de plus en plus, dans l’alimentation humaine comme source alternative de protéines.

 

Ravageurs opportunistes

Certains insectes ne se développent pas à l’intérieur des grains ou des produits alimentaires, mais exploitent de manière opportuniste des denrées déjà accessibles. Contrairement aux ravageurs primaires et secondaires, ils ne sont pas spécialisés dans les produits stockés. Il s’agit principalement des blattes et des fourmis. Ces organismes peuvent occasionnellement nuire aux denrées entreposées dans les entrepôts, les commerces ou les environnements domestiques, en provoquant surtout des contaminations plutôt que des pertes directes importantes. 

Blattes 

Les cafards ou blattes (ordre des Blattodea) sont souvent associés aux denrées stockées, bien qu’ils ne réalisent pas leur cycle de vie à l’intérieur des produits alimentaires. Omnivores et détritivores, ce sont des ravageurs de surface qui consomment une grande variété de matières organiques. Ils s’attaquent notamment aux produits transformés riches en amidon (farines, pâtes, pain), aux denrées d’origine animale (viandes, graisses) et  aux déchets alimentaires. Ils sont également capables de ronger des emballages en papier ou carton et certains plastiques souples pour accéder à la nourriture.

En plus de produire une odeur désagréable et persistante, les blattes constituent des vecteurs mécaniques de pathogènes. Par contact, via leurs excréments ou leurs sécrétions, elles peuvent transmettre des microorganismes (bactéries, virus) tels que Escherichia coli ou Salmonella, responsables de troubles gastro-intestinaux.

Parmi les espèces les plus fréquemment rencontrées dans les stocks:

  • Blatte germanique (Blattella germanica, Blattellidae) : espèce la plus commune dans les industries agroalimentaires, les restaurants et les habitations; elle affectionne les milieux chauds et humides.
  • Blatte américaine (Periplaneta americana, Blattidae) : de grande taille, souvent présente dans les sous-sols, les égouts et les zones de transit de marchandises.
  •  Blatte orientale (Blatta orientalis, Blattidae) : préfère les environnements frais, sombres et humides (caves, locaux de stockage).

Blattella germanica Crédit photo: Peggy Greb, USDA Agricultural Research Service, Bugwood.org 


Fourmis

Plusieurs espèces de fourmis (ordre des Hymenoptera, famille des Formicidae) peuvent également être considérées comme des ravageurs opportunistes des denrées stockées. Elles sont attirées par les aliments riches en sucres (sucre, miel, confitures, fruits secs) et en lipides (huiles, produits transformés, aliments pour animaux). Les fourmis ne vivent pas dans les denrées, mais dans des nids situés dans le sol, les murs ou les fissures des bâtiments. Toutefois, elles peuvent pénétrer dans les zones de stockage (cuisines, entrepôts, magasins), percer des emballages légers (plastiques fins, cartons) et contaminer les produits par contact.

Leur organisation sociale amplifie leur impact : après la découverte d’une source de nourriture par une ouvrière "éclaireuse" (signal via ses phéromones), un grand nombre d’individus peut être mobilisé rapidement, entraînant une infestation massive en peu de temps. Les principales conséquences sont la contamination des denrées et la dégradation de la qualité sanitaire, ce qui peut entrainer des pertes économiques (produits impropres à la vente ou à la consommation). 

Parmi les espèces les plus fréquemment nuisibles aux denrées stockées: 

  • Fourmi pharaon (Monomorium pharaonis) : espèce très petite (2 mm) et difficile à contrôler, fréquente dans les bâtiments chauffés; elle peut établir des colonies à l’intérieur des structures.
  • Fourmi d'Argentine (Linepithema humile) : espèce invasive formant des supercolonies, capable d’envahir massivement les zones de stockage.
  • Fourmi noire des jardins (Lasius niger) : espèce commune qui peut pénétrer dans les bâtiments et habitations à la recherche de nourriture.

 

Rongeurs et oiseaux

En plus des insectes, les stocks de grains et de denrées alimentaires peuvent être attaqués par d’autres groupes d'animaux, en particulier les rongeurs et, dans certaines conditions, les oiseaux.

Rongeurs

Les rongeurs constituent des ravageurs très importants des denrées stockées. Contrairement aux insectes, ils ne sont généralement pas classés comme « ravageurs primaires » au sens strict, mais ils causent des dommages directs majeurs aux stocks. 

Ils sont capables de consommer des grains entiers et divers produits alimentaires, ronger des emballages résistants (sacs, cartons, plastiques, voire certains matériaux plus durs), contaminer les denrées par leurs urines, déjections et poils. Cette contamination entraîne des pertes qualitatives importantes, des risques sanitaires (transmission de pathogènes), et favorise le développement de moisissures et d’insectes ravageurs.

Parmi les espèces les plus fréquentes :

  • Rat noir (Rattus rattus) : bon grimpeur, souvent présent dans les parties hautes des bâtiments et les zones de stockage en hauteur.
  • Rat brun (Rattus norvegicus) : espèce fouisseuse, généralement associée aux zones basses, aux égouts et aux fondations.
  • Souris domestique (Mus musculus) : très répandue, capable de s’introduire dans les bâtiments par de très petites ouvertures. 

Oiseaux 

Dans les entrepôts ouverts, mal scellés ou dans les infrastructures de stockage agricole en extérieur, certains oiseaux peuvent également devenir des ravageurs des denrées stockées. Ils peuvent occasionnellement perforer ou endommager les sacs de stockage, consommer directement les grains et contaminer les denrées par leurs fientes. Ces dernières constituent un risque sanitaire important, car elles peuvent contenir des agents pathogènes, notamment des bactéries du genre Salmonella, responsables d’infections alimentaires. La protection des points d'accès par des filets ou grillages ou la mise en place de systèmes d'effarouchement (ultrasons, lasers, diffusion de cris de détresse, épouvantails réfléchissants, etc.) suffisent généralement pour les éloigner et protéger les stocks. 

Les espèces les plus concernées sont notamment :

  • les pigeons (Columba livia)
  • les moineaux (Passer domesticus).

 

Lutte contre les ravageurs des denrées stockées

 

Lutte en milieu domestique

 

Méthodes préventives

  • Vérifier les produits achetés (présence de larves, trous, fils de soie, etc.).
  • Conserver les denrées (céréales, farines, pâtes, épices, etc.) dans des contenants hermétiques (verre, métal, plastique rigide) en évitant les stocks trop prolongés.
  • Maintenir un environnement sec et frais.
  • Éliminer toutes sources d'infestation ou alimentaires  
  • Nettoyer régulièrement les placards, tiroirs, garde-manger, etc. en s'assurant de bien enlever toutes sources d'infestations (miettes, poussières de farine, déchets, etc.). Un bon nettoyage au vinaigre blanc pur permet en général d'éliminer les phéromones et les œufs microscopiques d'insectes collés aux surfaces ou rainures. Ne pas laisser de nourritures. 
  • Colmater les fissures et points d’entrée des insectes rampants (blattes, fourmis) et des souris (> 5 mm).

Méthodes physiques

  • Congélation (−18 °C pendant 48–72 h) : permet de tuer les œufs, larves et adultes
  • Chauffage (> 60 °C pendant 1 h) : efficace contre tous les stades de développement
  • Tamisage : permet d'éliminer les insectes visibles et débris dans les farines

La présence de quelques insectes dans les grains ou farines n’est généralement pas dangereuse pour la santé. Les produits peuvent être consommés après tamisage ou congélation, à condition qu’ils ne présentent ni odeur anormale ni moisissure. En revanche, en cas d’infestation importante (nombreux insectes, toiles, débris, altération du produit), il est préférable de jeter.

Pièges et répulsifs

Les pièges sont surtout utiles pour détecter et réduire les populations, tandis que les répulsifs sont principalement préventifs. En cas d’infestation, ils doivent être combinés à des mesures d’hygiène et de prévention (stockage hermétique, nettoyage, élimination des sources alimentaires).

Contre les insectes 

  • Pièges à phéromones pour attirer les mites alimentaires (par exemple les pyrales des farines) et détecter leur présence.
  • Pièges collants pour capturer les insectes rampants ou volants dans les placards.
  • Appâts ciblés (gels insecticides) très efficaces pour les colonies de blatte ou de fourmis, car ils permettent une action jusqu’au nid.
  • Répulsifs naturels: feuilles de laurier, clous de girofle, huiles essentielles, vinaigre blanc, etc. Ils peuvent avoir un effet limité, surtout en prévention, mais sont généralement moins efficaces que les appâts en cas d’infestation. 

Contre les rongeurs (souris)

  • Pièges mécaniques (tapettes) : solution efficace et rapide, à condition de les placer au bon emplacement, d’utiliser un appât discret et d’assurer un réglage précis du mécanisme. Les souris, souvent méfiantes, peuvent parfois apprendre à les éviter ou à les contourner. Cette méthode peut également être jugée cruelle.
  • Pièges à capture vivante : permettent de relâcher les animaux sans les tuer et de les relâcher loin du domicile.
  • Boîtes d’appâts sécurisées (contenant un rodenticide). Les rodenticides sont des molécules très toxiques pour les humains et animaux domestiques) et doivent être utilisées avec grande précaution. 
  • Répulsifs à ultrasons : efficacité variable et limitée dans le temps, selon l'environnement.
Piège collant à phéromone pour capturer Plodia interpunctella Crédit photo: Whitney Cranshaw, Colorado State University, Bugwood.org 

 

Lutte en milieu agricole et industriel

La surveillance continue et la détection précoce, notamment par l’échantillonnage des grains et des denrées, constituent la clé de la lutte contre les ravageurs en stockage. Cette lutte repose sur une combinaison de méthodes préventives, physiques, biologiques (biocontrôle) et, en dernier recours, chimiques.

Mesures préventives

  • Hygiène des installations de stockage
    • Nettoyage régulier des silos, machines, entrepôts
    • Élimination des résidus de grains (foyers d’infestation)
    • Désinfection entre lots
  • Conception et étanchéité des zones de stockage (silos, entrepôts, etc.)
    • Bâtiments hermétiques (contre insectes, rongeurs, oiseaux)
    • Grilles, moustiquaires ou filets, joints étanches
    • Gestion des ouvertures (portes, aérations) et des abords (végétation, déchets)
  • Gestion des conditions de stockage
    • Humidité du grain < 13–14 %
    • Température basse (< 15 °C si possible)
    • Aération contrôlée

Méthodes physiques

  • Refroidissement et ventilation des grains en soufflant de l'air froid pour ralentir ou bloquer le développement des insectes
  • Chauffage (traitement thermique) 50–60 °C dans structures ou équipements adaptés pour tuer tous les stades d'insectes
  • Atmosphères contrôlées (CO₂ élevé ou faible O₂ / ou N₂) afin d’asphyxier les ravageurs y compris leurs œufs.
  • Nettoyage des grains au moyen de nettoyeurs-séparateurs pneumatiques qui aspirent les poussières, les grains cassés et les insectes adultes. 
  • Filets ou grillages, systèmes d’effarouchement contre les oiseaux. 

Biocontrôle

Le biocontrôle repose sur l’utilisation d’organismes vivants ou de signaux biologiques naturels (phéromones) pour limiter les populations de ravageurs. En stockage des denrées, ces méthodes restent encore limitées mais en développement. Elles sont principalement utilisées en entrepôts et silos, et parfois en transformation alimentaire, en complément des mesures d’hygiène et des méthodes physiques. Elles sont surtout efficaces en prévention ou lorsque les infestations sont faibles à modérées.

Phéromones

Les phéromones sont largement utilisées en pratique pour la surveillance, mais leur efficacité pour le contrôle direct des populations reste limitée en milieu de stockage.

  • Utilisation de pièges à phéromones pour la détection précoce et le suivi des infestations de lépidoptères ou coléoptères.
  • Dans certains cas, elles peuvent être utilisées pour la confusion sexuelle, en saturant l’air et en perturbant la rencontre entre mâles et femelles (confusion sexuelle).

Guêpes Parasitoïdes

Les guêpes parasitoïdes (ordre des Nyménoptères) sont les agents de biocontrôle les plus utilisés contre les insectes des denrées stockées. Ces micro-guêpes pondent leurs œufs dans ou sur les ravageurs, entraînant leur mort.

  • Habrobracon hebetor : parasite les larves de mites alimentaires (pyrales).
  • Trichogramma spp. : parasitent les œufs de mites alimentaires
  • nisopteromalus calandrae : parasite certains coléoptères des grains, notamment les charançons.

Champignons entomopathogènes

Certains champignons entomopathogènes, comme Beauveria bassiana, peuvent être utilisés dans des contextes spécifiques (traitement de surfaces, stockage). Leur efficacité dépend fortement des conditions environnementales, notamment de l’humidité et de la température, ce qui limite leur usage.

 

Lutte chimique

La lutte chimique est très réglementée et encadrée, en raison de la toxicité des produits (risques directs pour les applicateurs et indirects pour les consommateurs via les résidus) et du développement possible de résistances chez les ravageurs. Elle est généralement utilisée en dernier recours.

Terre de diatomées 

Poudre naturelle composée de micro-algues fossilisées, la terre de diatomées agit de façon mécanique en endommageant la cuticule des insectes, entraînant leur déshydratation. Faiblement toxique pour les mammifères, elle est utilisée en pratique, notamment en stockage agricole et en production biologique. Son usage en milieu industriel reste plus limité en raison de contraintes techniques (poussières, humidité) et d’une efficacité parfois plus lente.

Insecticides de contact

Les insecticides de contact tuent les insectes par contact direct. Selon les produits et les réglementations en vigueur, ils peuvent être appliqués sur les surfaces et structures (murs, planchers, équipements) ou directement sur les grains. Leur utilisation doit respecter les limites maximales de résidus (LMR).

Substances couramment utilisées en stockage (selon réglementation locale) :

  • Pyréthrinoïdes
    • Cyflutrine
    • Pyrèthrines naturelles : parfois autorisés en Bio à condition que leur formulation ne contienne pas de pipéronyl butoxyde (PBO) dont la toxicité est avérée chez l'humain. 
  • Organophosphorés (de moins en moins utilisés en raison de leur toxicité)
    • Malathion : peut être appliqué directement sur les grains (notamment par pulvérisation en cours de manutention dans les élévateurs)
    • Pirimiphos-méthyl : utilisé en protection directe des céréales
    • Chlorpyriphos-méthyl : usage de plus en plus restreint en raison de sa forte toxicité 

Fumigation (gaz toxiques)

La fumigation consiste à utiliser des gaz insecticides, le plus souvent la phosphine (PH₃), pour traiter les infestations sévères. Ces gaz pénètrent au cœur des masses de grains et permettent d’éliminer les ravageurs primaires et secondaires. Ils sont très efficaces, mais nécessitent une étanchéité parfaite du bâtiment, des protocoles de sécurité stricts et du personnel qualifé. Des cas de résistance à la phosphine ont été signalés. 

  • Phosphure d'aluminium  (phosphine) : fumigant le plus courant. Il est appliqué sous forme de comprimés, de pastilles ou de rubans qui libèrent un gaz toxique (phosphine).
  • Phosphure de magnésium : réagit avec l'humidité de l'air.
  • Phosphine à l'état gazeux : gaz comprimé dans une bouteille, permettant une application plus précise
  • Dioxyde de carbone : utilisé en atmosphère contrôlée (alternative plus écologique).
  • Bromure de méthyle : désormais interdit sauf exceptions très limitées (par exemple, contre certains organismes réglementés comme Trogoderma granarius au Canada)

Pour en savoir plus : 
➤ Commission canadienne des grains. Lutte chimique (insecticides) contre les insectes ravageurs du grain entreposé. https://grainscanada.gc.ca/fr/qualite-grains/gestion/insecticides.html

Rodenticides

Les rodenticides sont utilisés sous forme de boîtes d’appâts sécurisées qui permettent de contrôler les populations de rongeurs autour des zones de stockage. Ce sont des produits très toxiques pour tous les mammifères, à utiliser avec une grande précaution pour limiter les risques pour les humains, les animaux domestiques et la faune non ciblée.

 

Olivier Peyronnet
Mise en ligne: Avril 2026 

 

 

 

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