Gastéropodes ravageurs

Les gastéropodes ravageurs sont des mollusques, principalement des limaces et des escargots terrestres, qui se nourrissent de végétaux. Ils attaquent les jeunes plants, les feuilles et les fruits en broutant les tissus végétaux. Ils sont particulièrement problématiques dans les cultures maraîchères, les semis et les environnements humides.

D’un point de vue agronomique, les gastéropodes occupent généralement une place secondaire par rapport aux ravageurs majeurs que sont les insectes, les acariens et les nématodes. Toutefois, ils peuvent occasionnellement provoquer des pertes économiques, en particulier lors de l’implantation des cultures (céréales, colza, légumes, etc.) et dans des conditions environnementales favorables (humidité élevée, couverture végétale importante, résidus de culture).

Dotés d’une langue dentée et râpeuse appelée radula, les limaces et les escargots raclent ou broutent la végétation, notamment les semis, les jeunes plantules, les feuilles ou les racines. Omnivores, détritivores ou phytophages selon les espèces, ils peuvent s’attaquer aux plantes cultivées, aux cultures maraîchères ainsi qu’aux feuilles des arbres fruitiers, causant parfois d’importants dégâts, surtout en conditions humides. Très voraces, certaines espèces, comme Arion hortensis, peuvent consommer jusqu’à 40 % de leur poids par jour. 
Les principaux types de dégâts observés sont :

  • Défoliation et perforations des feuilles, souvent entre les nervures ou sur les bords;
  • Consommation des semis, des graines et des jeunes plantules (pertes à la levée);
  • Perforations des fruits et des tubercules (notamment en maraîchage);
  • Grignotage des fleurs et des racines tendres;
  • Présence de mucus rendant les produits impropres à la commercialisation (fraises, tomates, etc.).


Certaines espèces peuvent également contribuer à la dissémination de champignons phytopathogènes.

Hermaphrodites, ovipares et plus rarement vivipares selon les espèces, les limaces et escargots hivernent sous forme d’œufs ou d’adultes dans le sol ou les débris végétaux. Ils sont principalement actifs la nuit ou lors de conditions humides et pluvieuses. Durant la journée, ils se réfugient dans des zones sombres, fraîches et humides, dans les couverts végétaux et les résidus de culture. 

Mollusques (Mollusca) et Gastéropodes (Gastropoda)

Les mollusques (Mollusca) constituent l'un des plus vastes embranchements du règne animal, après les arthropodes, regroupant plus de 100000 espèces vivantes décrites. Ce sont des invertébrés à corps mou, non segmenté, souvent protégés par une coquille calcaire, qui vivent dans les milieux marins, d'eau douce et terrestres. Les classifications récentes distinguent huit grandes classes de mollusques, dont les trois plus importantes sont:
  • les gastéropodes (escargots, limaces)
  • les bivalves (coquillages : moules, huitres)
  • les célaphopodes (poulpes, calmars, seiches) 
Les gastéropodes (Gastropoda) constituent la classe la plus vaste, regroupant plus de 55000 espèces décrites. Ils représentent ainsi l’un des groupes d’animaux les plus diversifiés après les insectes. Ils se caractérisent par un corps mou et généralement allongé, pourvu d’un pied ventral aplati et musculeux (appelé sole), permettant le déplacement. La plupart possèdent une coquille spiralée externe (escargots), tandis que celle-ci est réduite, interne ou absente chez les limaces.
La majorité des gastéropodes joue un rôle écologique important comme décomposeurs, participant au recyclage de la matière organique en se nourrissant de débris végétaux, de matière en décomposition, de champignons ou de cadavres d’animaux. Ils constituent également une source de nourriture pour de nombreux prédateurs, tels que les hérissons, les oiseaux (notamment les grives et les merles), les amphibiens (crapauds) et certains insectes (carabes).
Les gastéropodes occupent une grande diversité de milieux : milieux terrestres (escargots, limaces, etc.); milieux dulcicoles (planorbes, limnées, etc.); milieux marins (patelles, bigorneaux. etc.).

Parmi les gastéropodes, certaines espèces terrestres sont considérées comme des ravageurs importants en agriculture. Les limaces ravageurs sont principalement nuisibles en maraichage (légumes, fruits) et en grandes cultures (céréales, colza) dans les régions tempérées et humides tandis que certains escargots sont en général plus problématiques dans les climats plus chauds et dans certaines cultures plus spécifiques (vigne, rizières, etc.). Les dégâts varient selon les conditions climatiques, les pratiques culturales et les espèces présentes.


Principales limaces dans les cultures

Description de cette image, également commentée ci-après
Deroceras reticulatum (Agriolimacidae) Crédit photo: Joseph Berger, Bugwood.org, http://www.insectimages.org/browse/detail.cfm?imgnum=5386116, cropped 16:9, via Wikimedia Commons

 

Noms Espèces (famille) Plantes sensibles Impacts / Importance
Loche laiteuse ou Limace grise Deroceras reticulatum (Agriolimacidae) Céréales, pomme de terre, laitue, chou, colza, légumineuses, etc. Très répandue en Europe et en Amérique du Nord; dévore les semis et jeunes plantules, les feuilles (entre les nervures) et les bourgeons.
Loche noire ou Limace des jardins Complexe Arion hortensis, A. distinctus, A. owenii (Arionidae) Très polyphage (légumes, jeunes plants) Dégâts souterrains sur semences, racines ou tubercules; pertes invisibles à la levée; peut favoriser des pathogènes.
Loche méridionale
Arion vulgaris
(Arionidae)
Cultures maraîchères, ornementales, fraises, etc. Espèce invasive en Amérique du Nord-Est et en Europe; ravageur dominant en Europe et en progression en Amérique du Nord très vorace; dégâts massifs dans les potagers et cultures maraîchères.
Grande loche ou Limace rouge
Arion rufus
(Arionidae)
Débris végétaux, parfois cultures Moins nuisible en agriculture; souvent supplantée par A. vulgaris; rôle partiellement décomposeur
Loche des marais Deroceras laevae (Agriolimacidae) Légumes Présente dans les zones très humides; peut être un ravageur important dans les serres, notamment en s'attaquant aux jeunes plantules et semis. 




La Limace léopard (Limax maximus, Limacidae) est une grande limace mouchetée de tâches noires. Omnivore, elle peut s'attaquer à d'autres limaces et ainsi jouer un rôle bénéfique dans les jardins. Elle peut aussi être l'hôte de vers nématodes parasites qui causent des maladies chez plusieurs mammifères sauvages ou domestiques (sanglier, chien, chat). 


Principaux escargots ravageurs 

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Cornu aspersum Crédit photo: Joseph Berger, Bugwood.org 


Noms Espèces (famille) Plantes sensibles Impacts / Importance
Escargot Petit gris Helix aspersa, syn. Cornu aspersum (Helicidae) Légumes (laitue, chou), agrumes, fraises, vigne, plantes ornementales Très commun dans les jardins et maraîchages en Europe et en Amérique du Nord; perforation des feuilles et consommation des fruits et jeunes pousses.
Cagot, limaçon, petit escargot blanc Theba pisana (Helicidae) Vigne, luzerne, trèfles, asperges, artichauts, semis de céréales, etc. Problématique en zones méditerranéennes; peut envahir massivement les cultures, notamment au Portugal, aux États-Unis et en Australie.  
Milk snail Otala lactea (Helicidae) Agrumes, vigne, légumes Originaire du bassin méditerranéen; Important en régions chaudes; peut causer pertes économique.
Escargot géant africain, Achatine Lissachatina fulica (Achatinidae) Très polyphage (plus de 500 plantes tropicales et ornementales) Espèce envahissante majeure en Asie, Pacifique, Antilles; nuisible dans les cultures, mais aussi en santé (vecteur de nématodes causant des méningites chez l'humain). 
Escargot-pomme Pomacea canaliculata      (Ampullariidae)Plantes aquatiques et semi-aquatiques:  lotus, myriophylles, riz Escargot d'eau douce originaire d'Amérique du Sud, invasif en Europe et Asie; nuisible dans les rizières en s'attaquant aux jeunes plants,




  

Plusieurs escargots, y compris certains ravageurs, sont comestibles et peuvent être élevés à des fins alimentaires (par exemple, le petit-gris). Certaines espèces comestibles ont d’ailleurs été introduites volontairement (pour l’élevage ou l’alimentation) et sont devenues, par la suite, envahissantes dans certains milieux (par exemple, l'escargot-pomme). Par ailleurs, certains escargots d’eau douce jouent un rôle de vecteurs de maladies humaines, notamment la bilharziose (ou schistosomiase), causée par un ver parasite de type trématode et principalement présente dans les régions tropicales. 
 
Parmi les autres mollusques, certains bivalves peuvent devenir envahissants en milieu aquatique, où ils perturbent les écosystèmes, obstruent les infrastructures hydrauliques (notamment les systèmes d’irrigation) et peuvent affecter la qualité de l’eau potable. C'est le cas, par exemple, de la moule zébrée (Dreissena polymorpha).

 

Lutte contre les gastéropodes ravageurs

Avant toute intervention curative, il est recommandé de réaliser un dépistage rigoureux en surveillant régulièrement la présence de limaces et d’escargots dans les cultures ou les jardins, notamment en début de soirée après une pluie, période où ils sont particulièrement actifs. En général, les méthodes culturales (préventives), physiques et biologiques sont suffisantes pour contrôler les populations de gastéropodes ravageurs. La lutte chimique ne doit être utilisée qu’en dernier recours, uniquement en cas de fortes infestations et en respectant les règles de précaution usuelles.

Pratiques culturales

  • Travailler le sol par labour ou binage afin de détruire les œufs et exposer les limaces aux prédateurs naturels (oiseaux, hérissons, crapauds, etc.).
  • Réduire l’humidité en évitant les excès d’irrigation ou d’arrosage et en arrosant le matin plutôt que le soir. 
  • Bien gérer les résidus: enlever paillis excessifs et débris végétaux qui constituent des abris pour les limaces.
  • Espacer les plants pour favoriser l’aération et limiter les zones humides propices aux gastéropodes.
  • Cultiver des plantes réputées répulsives au sein ou en bordure des cultures : thym, persil, oignon, bégonia, ail, sauge, etc.

Méthodes mécaniques et physiques

Ces méthodes visent à piéger ou à bloquer les limaces et escargots. Elles sont faciles à mettre en œuvre à petite échelle, notamment dans un jardin ou potager. 

  • Pièges à bière (coupelles) pour attirer et noyer les limaces et escargots.
  • Planches, tuiles ou cartons humides servant d’abris artificiels afin de faciliter la collecte manuelle.
  • Barrières par épandage de matières irritantes autour des plants: cendres, auiguilles de pins, sable, coquilles broyées (effet abrasif), marc de café (effet répulsif)
  • Rubans ou anneaux de cuivre qui repoussent les limaces par effet électrochimique.
  • Ramassage manuel, idéalement tôt le matin ou en soirée, moments où les limaces sont les plus actives.

Lutte biologique

  • Prédateurs naturels : favoriser la présence des carabes (coléoptères du sol), araignées, crapauds, grenouilles, couleuvres, hérissons, oiseaux insectivores (merle d'Amérique, grive, étourneau, etc.), par exemple en aménageant des abris (tas de bois, haies, points d’eau).
  • Nématode parasite : Phasmarhabditis hermaphrodita infecte et tue les limaces (notamment Arion vulgaris). Plusieurs formulations commerciales à base de nématodes sont disponibles. Toutefois, leur utilisation peut être coûteuse et leur efficacité dépend fortement des conditions environnementales, en particulier d’une humidité élevée et de températures fraîches.

Lutte chimique (Molluscicides)

  • Utilisation d’appâts anti-limaces contenant des substances actives comme le phosphate de fer (autorisé en agriculture biologique) ou le métaldéhyde (molluscide de synthèse, toxique pour les animaux).
  • Appliquer les produits de façon ciblée et modérée afin de limiter les impacts sur l’environnement et les organismes non ciblés, notamment les animaux domestiques et la faune auxiliaire. 
  • Privilégier les formulations moins toxiques et respecter les recommandations d’usage.

Bien que des mesures de lutte puissent être nécessaires contre les limaces ravageurs dans les cultures et jardins, il convient de faire preuve de prudence avec les escargots, car toutes les espèces ne sont pas nuisibles, en particulier en régions tempérées. Certaines peuvent même jouer un rôle bénéfique dans l’écosystème du jardin et du potager ou être comestibles.


Références 

➤ Ephytia (INRAe). Encyclopédie en protection des plantes. Gastropoda. https://ephytia.inrae.fr/fr/C/11176/Hypp-encyclopedie-en-protection-des-plantes-Gasteropodes-Gastropoda

➤ Espace pour la vie. Carnet horticole et botanique. Limaces et escargots. https://m.espacepourlavie.ca/carnet-horticole/ravageurs-et-maladies/limaces-et-escargots

➤ MolluscaBase. www.molluscabase.org/

 

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