jeudi 26 mars 2026

Nématodes : des ravageurs invisibles qui changent les pratiques agricoles

Les nématodes phytoparasites constituent une contrainte majeure mais souvent sous-estimée en agriculture. Ces vers ronds microscopiques du sol parasitent principalement les racines des plantes, perturbant l’absorption de l’eau et des éléments nutritifs. Ils peuvent provoquer la formation de galles ou de kystes ainsi que divers symptômes tels que le nanisme, le jaunissement ou le flétrissement. Les infestations peuvent entraîner des pertes de rendement significatives, voire la destruction complète de certaines cultures, notamment en maraîchage, en serriculture, en grandes cultures et en arboriculture. Leur impact économique est considérable, d’autant plus qu’ils sont difficiles à détecter précocement et qu’ils persistent durablement dans les sols.

Les nématodes à kyste (Globodera spp.) parasitent les racines de la pomme de terre et des autres Solanacées en causant des retards de croissance et une sénescence prématurée des plantes infestées. Très persistants dans le sol, les kystes contiennent les œufs de nématodes et les protègent contre la dessiccation. Crédit photo : Xiaohong Wang, US Department of Agriculture, Agricultural Research Service, licence Domain Public via Wikimedia Commons

Pour les contrôler, l’agriculture a largement eu recours à plusieurs nématicides chimiques. Il s’agit le plus souvent de fumigants du sol, libérant des gaz toxiques, ou de pesticides à large spectre également actifs contre des insectes, acariens ou autres organismes du sol. Leur mode d’action peu sélectif explique en grande partie leur efficacité, mais aussi leurs effets néfastes sur les écosystèmes du sol. Ces substances sont souvent très toxiques, tant pour l’environnement que pour la santé humaine : elles peuvent affecter de nombreux organismes non ciblés, appauvrir la vie biologique des sols, contaminer l’air et les eaux, et exposer les travailleurs agricoles à des risques importants. En conséquence, de nombreuses molécules ont été restreintes ou interdites, et les options chimiques disponibles sont aujourd’hui plus limitées.

Dans ce contexte, la lutte contre les nématodes ravageurs s’oriente fortement vers des approches durables, souvent plus rapidement encore que pour les insectes ou les maladies fongiques. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, le plus faible nombre de nématicides efficaces et leur toxicité élevée ont accéléré la recherche d’alternatives. D’autre part, la biologie même des nématodes, qui vivent dans le sol, favorise des stratégies agroécologiques telles que les rotations culturales, l’utilisation de plantes nématicides en assolement (engrais verts), les amendements organiques (compost, biofumigation) et, plus largement, la gestion de la santé des sols.

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Culture intercalaire d'oeillet d'Inde (Tagetes patula, Astéracées) protégeant des plantes potagères contre les attaques parasitaires.  Crédit photo: Airelle at fr.wikipedia, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5680053


Par ailleurs, le biocontrôle connaît une progression importante dans ce domaine, avec l’utilisation de micro-organismes (champignons nématophages, bactéries comme Bacillus) ou d’extraits végétaux. Enfin, l’absence de solutions curatives rapides renforce l’importance des approches préventives.

Ainsi, la gestion des nématodes s’inscrit de plus en plus dans une logique intégrée et durable, reposant sur la prévention, la diversification des pratiques et la valorisation des équilibres biologiques du sol.

Pour en savoir plus sur les nématodes phytoparasites et les méthodes de lutte, consultez les pages suivantes:

 ➤ Nématodes  – PestInfos, mars 2026

 ➤ Nématicides – PestInfos, mise à jour mars 2026 

Ravageurs des cultures ou agents phytopathogènes?  
Les nématodes phytoparasites sont des ravageurs des cultures, car ils endommagent directement les plantes en se nourrissant des tissus végétaux, notamment des racines. Leur action provoque cependant des altérations physiologiques et des symptômes proches de ceux causés par les agents phytopathogènes (champignons, bactéries), ce qui conduit certains spécialistes, notamment anglo-saxons, à les considérer également comme tels.



 

jeudi 12 mars 2026

La guerre aux animaux « nuisibles » : une fausse solution coûteuse et controversée

Chaque année, en France, des millions d’animaux dits « susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD), comme les renards, les fouines, les martres, les étourneaux, les pies, les corbeaux ou les corneilles, sont abattus dans l’espoir de protéger l’agriculture, les biens privés et d'éviter les risques sanitaires. Mais une étude scientifique récente du Muséum national d’Histoire naturelle, basée sur les données officielles récoltées pendant sept ans (entre 2015 et 2022) et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que cette pratique ne réduit pas les dégâts attribués, malgré l’élimination d’environ 1,7 million d’animaux par an.

Le renard roux (Vulpes vulpes) est souvent perçu comme nuisible par certains agriculteurs, éleveurs ou chasseurs lorsqu’il s'attaque à la volaille domestique, aux petits animaux d'élevage et aux petits gibiers (faisans, perdrix). Il joue aussi un rôle bénéfique important en contrôlant des populations de rongeurs (campagnols, souris), qui peuvent causer de gros dégâts agricoles (OP)

Pire encore, le coût de cette politique publique est huit fois supérieur aux pertes économiques qu’elle est censée prévenir : environ 103–123 millions € par an pour les abattages, contre 8–23 millions € estimés pour les dégâts déclarés. Les zones les plus touchées ne coïncident même pas avec celles où les abattages sont les plus nombreux.  

« Statistiquement, tuer plus d’animaux ne réduit pas les dégâts l’année suivante » (MNHN, 2026)

« Il n’y a aucune preuve tangible de bénéfices à détruire massivement des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (MNHN, 2026)

Au-delà des chiffres, la question éthique se pose : ces animaux jouent un rôle crucial dans les écosystèmes et fournissent aux humains des services écosystémiques essentiels pour l’agriculture et la foresterie. Par exemple, les renards et les martres contribuent à la régulation des populations de rongeurs nuisibles aux cultures (campagnols, souris) et les corvidés participent à la dispersion des graines et des fruits de nombreuses essences forestières. Les éliminer massivement pour des bénéfices économiques incertains soulève donc d’importantes questions liées au bien-être animal et au respect de la biodiversité.

Les chercheurs suggèrent des alternatives non létales : protection des cultures, dispositifs dissuasifs et répulsifs, aménagements agricoles et gestion plus raisonnée. Une approche qui permettrait de protéger les récoltes et réduire les dommages sans sacrifier des millions d’animaux.

Il conviendrait donc de réviser cette politique publique de régulation des ESOD et de mettre fin rapidement à ces pratiques à la fois inefficaces et contestables sur le plan éthique, afin de favoriser l’établissement d’une « cohabitation saine et durable » entre les humains et ces animaux encore trop souvent considérés comme « nuisibles ».

 

Références

➤ Jiguet, F., et al. (2026). Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France. Biological Conservation,. https://doi.org/10.1016/j.biocon.2026.111719

➤ Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) (9 mars 2026). La guerre aux«  nuisibles » ne réduit pas les dégâts, 9 mars 2026, [En ligne]. www.mnhn.fr/fr/actualites/la-guerre-aux-nuisibles-ne-reduit-pas-les-degats

mercredi 4 mars 2026

Cancer du rein et expositions aux pesticides agricoles

Une vaste étude épidémiologique française vient éclairer les liens possibles entre certaines activités agricoles et le risque de cancer du rein. Publiée dans l’International Journal of Epidemiology, elle s’appuie sur les données de la cohorte AGRICAN (AGRIculture and CANcer), qui suit près de 180 000 professionnels du monde agricole.

Objectif de l’étude

Les agriculteurs sont régulièrement exposés à divers agents chimiques, notamment les pesticides. Si plusieurs cancers ont déjà été étudiés dans ce contexte, le cancer du rein reste relativement peu exploré. Les chercheurs ont donc voulu déterminer si certaines cultures, certains élevages ou certaines tâches agricoles étaient associés à un risque accru.

Méthodologie : analyse des données de AGRICAN

Les chercheurs ont analysé les données de santé de la cohorte AGRICAN entre 2005 et 2017.
Au total, 654 cas de cancer du rein ont été identifiés pendant le suivi. Les expositions professionnelles ont été recueillies par questionnaire : 13 types de cultures et tâches associées, 5 types d’élevage (bétail), utilisation de pesticides (traitement des cultures ou des semences enrobées), durée d’activité et surfaces exploitées. Les analyses ont été réalisées séparément chez les hommes et les femmes avec comparaison aux agriculteurs non exposés.

Principaux résultats chez les hommes et chez les femmes

Chez les hommes, un risque légèrement plus élevé de cancer du rein a été observé chez ceux travaillant certaines cultures, notamment le colza, le tournesol, le maïs, le blé/orge, la betterave et le tabac. Ces cultures sont généralement associées à une utilisation plus importante de pesticides (traitements des cultures ou semences enrobées). Le risque semblait augmenter avec la durée d’exposition et la superficie cultivée.

Chez les femmes, un risque significativement plus élevé a été observé chez les viticultrices. Là encore, l’exposition aux pesticides et produits phytosanitaires pourrait jouer un rôle. 

Ces observations demandent toutefois à être confirmées et mieux comprises.

Associations entre risque de cancer et usage de pesticides 

Cette étude met en évidence des associations entre certaines activités agricoles, en particulier celles impliquant l’usage de pesticide, et le risque de cancer du rein. Elle souligne également des différences selon le type de culture, des différences entre hommes et femmes et la nécessité d’identifier plus précisément les substances chimiques (matières actives) responsables. Il ne s’agit pas d’un lien de cause à effet formellement prouvé, mais ces résultats renforcent l’importance de la prévention des expositions professionnelles en agriculture. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre quelles substances chimiques spécifiques augmentent le risque et pour expliquer les différences de genre observées.

Référence

 ➤ Carine Nassar, Mathilde Boulanger, Isabelle Baldi, Séverine Tual, Simona Bara, Pierre Lebailly, Bénédicte Clin, AGRICAN group (2026). Kidney cancer and occupational agricultural exposures in the AGRIculture and CANcer cohort. International Journal of Epidemiology, Volume 55, Issue 1. https://doi.org/10.1093/ije/dyag001

Lien

AGRICAN. Agriculture et cancer. Comprendre la santé des agriculteurs. www.agrican.fr/

lundi 2 mars 2026

Baisse inquiétante des populations d'oiseaux en Amérique du Nord

Une étude scientifique publiée dans Science en février 2026 révèle que le déclin des populations d’oiseaux en Amérique du Nord ne se poursuit pas seulement… il s’accélère.

Les chercheurs ont analysé près de 40 ans de données issues du North American Breeding Bird Survey, couvrant 261 espèces. Résultat : près de la moitié des espèces étudiées sont en diminution, et pour beaucoup d’entre elles, le rythme du déclin s’est intensifié au cours des dernières décennies.

Les chercheurs soulignent que l’agriculture intensive, marquée par l’usage accru de pesticides et d’engrais, la disparition des habitats naturels et le réchauffement climatique, exerce une pression croissante sur les populations d’oiseaux et explique leur déclin. Les régions les plus touchées sont le Mid-Atlantic, le Midwest et la Californie, toutes fortement marquées par une agriculture intensive.

Cette nouvelle étude confirme une tendance déjà observée ces dernières années : les oiseaux, considérés comme des indicateurs clés de la santé des écosystèmes, déclinent à un rythme préoccupant. Selon les chercheurs, ces résultats soulignent l’urgence d’agir pour protéger les habitats et adapter les pratiques agricoles et d’aménagement du territoire. 

 

Merle d'Amérique, un oiseau très familier des parcs et jardins, souvent en déclin localement. Crédit photo: Joseph Berger, Bugwood.org 

Une autre étude récente souligne que le déclin des oiseaux ne se limite pas à l’Amérique du Nord. Même dans les forêts tropicales encore préservées, les populations d’oiseaux diminuent, probablement en lien avec des changements climatiques subtils, comme des périodes de sécheresse plus longues. Les chercheurs s’inquiètent d’un « printemps silencieux » similaire à celui décrit par Rachel Carson dans les années 1960, où la disparition progressive des oiseaux pourrait transformer profondément ces écosystèmes.

 

Références 

➤ François Leroy et al. (2026). Acceleration hotspots of North American birds’ decline are associated with agriculture. Science391,917-921(2026). https://doi.org/10.1126/science.ads0871 

➤ Cornwall, W. (2026, février 25). Birds are vanishing from tropical forests. Is another ‘silent spring’ coming? Science. American Association for the Advancement of Science. 25 février 2026. https://www.science.org/content/article/birds-are-vanishing-tropical-forests-another-silent-spring-coming

➤ La Presse (2026). "Selon une étude : Il y a de moins en moins d’oiseaux dans le ciel de l’Amérique du Nord". La Presse. 27 février 2026. Cyberpresse [En ligne]. https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-02-27/selon-une-etude/il-y-a-de-moins-en-moins-d-oiseaux-dans-le-ciel-de-l-amerique-du-nord.php

 

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